‹ La phrénologieChapitre 2 sur 62 · VI AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

VI AVERTISSEMENT

et pour les vrais phrénologues, Torganologie phrénologiqiie, c'est-à-dire le système de Gall sur les organes cérébraux et les bosses, c'est toute la phrénologie. Sans doute, dans les travaux de Gall et indépendamment de ses recherches anatomiques, on peut, on doit distinguer de ses assertions craniologiques, son système de psychologie , sa doctrine philosophique et les applications qu'il en a faites. Pour mon compte, et comme on le verra dans ce livre même, j'ai commencé par cette distinction, au grand ébahissement des adeptes de la doctrine, qui ne se doutaient pas qu'il y eût tant de choses. . . dans une doctrine, et que leur maître en craniologie fût aussi un grand psychologue. Aujourd'hui même ils ne s'en doutent guère davantage, et le monde s'en doute et s'en soucie encore moins. Ce n'est ni de la philosophie, ni de la psychologie, que le monde va chercher dans Gall, et qu'il demande à ses successeurs. La science des organes cérébraux, la géographie des protubérances crâniennes, la divination cranioscopique, c'est là, je le répète, pour le monde, tout Gall et toute la phrénologie, et c'est sous ce nom seul désormais qu'il veut qu'on lui parle de ces merveilles. Prononçons-en donc le rejet sous ce nom, tout en sachant bien, du reste, mieux sur-

DE LA DEUXIÈME ÉDITION. Vit

tout qiie nous ne le savions il y a vingt ans, que la phrénologie est immortelle, comme toutes les pauvretés de même sorte, qui ne meurent que pour renaître, parce qu'elles ont leur raison d'être dans l'impérissable niveau d'une trop nombreuse classe d'esprits.

Dans les lettres et les arts, et dans les esprits qui les cultivent ou ont l'air de les cultiver, il y a des espèces, des degrés. Au bas, tout au bas de l'échelle, il y a le boulevard du Temple et le Cirque, avec leurs auteurs, leurs ouvrages, leur public. Sur ces tréteaux du boulevard, dans cette poudre de l'hippodrome, il faut à la foule qui bruit, des acteurs aux massives allures, des écuyères au port vigoureux, des héros qui parlent comme on crie, des bêtes qui en remontreraient aux héros ; et du clinquant et de la fanfare, et tout ce qui peut frapper les sens et la chair.

De même il y a dans les sciences un public qui est une foule, qui a ses satants, foule aussi, et qui, en fait de science et de livres, ne comprend et ne goûte que ce qui tombe , et le plus grossièrement, sous les sens : des idées qui ne sont que des sensations, des théories qui sont des enluminures ; à la place de l'observation réfléchie le plus misérable

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empirisme ; des contes à dormir debout substitués aux faits. Comme ces insensés prisonniers de la caverne de Platon , les hommes de ces contes et de ces théories tournent le dos à la lumière, contemplant, sur le fond de l'antre, les ombres du réel et du vrai, et s'y attachant d'autant plus qu'elles sont plus vulgaires et plus fantasques.

C'est pour celte sorte de public qu'ont été imaginées, presque dès le commencement du monde, et se renouvelant de siècle en siècle, tantôt sous un nom, tantôt sous un autre , toutes ces fausses et folles sciences, dont la physiognomonie ouvrait, il y a deux mille ans, la liste, que ferme aujourd'hui la phrénologie.

Pour ce qui est de cette dernière, une circonstance a pu aider aux égarements de la foule, soit celle qui est menée, soit celle qui mène. C'est la complicité mallieureuse de certains physiologistes, (ju'on eût pu croire au-dessus d'elle. Livrés à l'étude de la science de l'homme, dans ses parties, il est vrai, les plus accessibles, il semble qu'ils eussent dû un peu mieux en connaître et la nature et l'histoire. Aussi n'est-ce pas sans un triste étonnement qu'on les voit, maintenant encore, placer sous le nom et le couvert de la phrénologie tout ce qui se

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