‹ La phrénologieChapitre 36 sur 62 · RGA>E DE LA FERMETÉ · texte numérisé non relu

RGA>E DE LA FERMETÉ

Situé près de la ligne médiane, immédiatement ■sur le sommet de la tête et derrière le précédent, et formant en cet endroit une protubérance bombée en segment de sphèt^e (3). Possesseurs de l'organe : le fameux peintre Unterberger et les voleurs de grands chemins extrêmement endurcis au crime (-4). Un de ces durs voleurs s'étrangla un jour dans sa prison, et Gall regarde cette fin violente comme une acte de fermeté. Il dit, en outre, avoir trouvé sur ce pendu les pariétaux désunis à l'endroit où est placé l'organe de cette faculté; et il se demande sérieusement s'il faut attribuer cet écartement à la strangulation, ou à la trop grande activité de l'organe (5). Comprend-on qu'un anatomiste, un homme qui s'était tant occupé du crâne, ail pu se faire une pareille question?

J'ai été de plus en plus court dans la mention que je viens de faire des preuves de détail et d'apparence

(I ) Sur les fonctions du cerceau, 1. V, p. 388 ft 389.

(2) Ifn(l.,t. V, p. 387.

(3) I/jicl., t. V, p. 41)3.

0) IfjiJ.

(5) Ifji(/., t. V, p. i04.

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quelquefois un peu scientifique dont Gall a appuyé l'établissement de chacun des organes de son système. Il ne faudrait pas croire pour cela que j'aieomis de signaler aucune des espèces de faits qui composent ces étranges preuves, et chaque fois, au contraire , qu'il s'est rencontré parmi elles quelques affirmations un peu contrôlables, je n'ai pas manqué de les comparer à la nature. Quant à la manière assez peu grave dont j'ai traité, la plupart du temps, les preuves d'un autre caractère, elle découlait de ce caractère même, et tout autre s'y fût laissé aller à ma place. Je défie l'honmie le plus sérieux, la plume la plus retenue, de discuter, pendant deux pages, je ne dis pas tous les travaux ni toutes les opinions de Gall, je mentirais à la vérité, mais ses idées et ses faits en organologie, sans que bientôt toute patience échappe, sans que la raillerie se présente d'ellemême, prenant la place de faits contradictoires, qui pourtant étaient là présents. C'est là ce qui est constamment arrivé à tous les hommes qui, après s'être occupés, en connaissance de cause, de l'organologie phrénologiquc, l'ont traitée comme avant elle l'avait seule été la physiognomonie, entendue à la manière de Porta et de Lavater.

Mais pour revenir à une allure plus sévère, je ferme le livre de Gall. J'oublie que je viens de démontrer l'impossibilité de son organologie et d'établir l'inanité de toutes les preuves qu'il a prétendu lui donner; je suppose qu'il n'a cherché à en tirer au-

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cune de la cranioscopie des animaux, dont il a reçu, comme nous l'avons déjà vu, et comme nous ne tarderons pas à le voir encore, de si cruels démentis ; je suppose qu'il s'en est tenu au cerveau et au crâne de l'homme, et qu'il a dit tout simplement avoir observé qu'à telle de leurs proéminences correspond telle de ses facultés. Qu'on ne s'imagine pas que, dans cette hypothèse, ce qu'il y aurait à faire pour^ combattre sérieusement et anéantir tous ces prétendus organes, ce serait d'accomplir pour chacun d'eux ce que j'ai accompli, dans un travail à part, pour celui de la destruction, et seulement même ce que j'ai exécuté plus haut pour celui de l'amour physique. Des travaux aussi rigoureux sont désormais fort inutiles pour démontrer g posteriori le néant de faits impossibles. Il suffît bien, pour cela, de l'observation journalière, faite par des hommes compétents, et dont l'attention s'est portée sur ces matières, et des faits scientifiques ordinaires qui viennent d'eux-mêmes s'y ajouter.

Ainsi, que Gall vous dise qu'il y a dans tel endroit du crâne une proéminence de telle ou telle forme^ occasionnée par un organe cérébral sous-jacent, celui par exemple de la bienveillance, et que cette proéminence existe chez tous les hommes éminemment bienveillants, et manque, au contraire, chez tous ceux qui ne le sont pas. Est-ce que, si vous avez pris garde à des faits de ce genre, vous n'aurez pas à l'instant môme à opposer aux cas qu'il allègue

des cas de nature opposée, c'est-à-dire des cas où existe une grande bienveillance, sans qu'il y ait rien de proéminent sur le crâne vis-à-vis de l'organe de cette faculté, et des cas où il y a, au contraire, en ce lieu une assez forte saillie, sans qu'il existe aucun caractère marqué de bienveillance chez l'individu qui en est porteur?

Que Gall, réunissant les uns aux autres plusieurs organes voisins, ceux, par exemple, du sens des choses, de la sagacité comparative, de l'esprit caustique, de l'esprit métaphysique, prétende qu'un front dont la grande étendue témoigne de l'existence de ces organes témoigne aussi de celle de leurs facultés : est-ce que, tous, nous ne connaissons pas, à côté de nous, parmi nos amis, dans nos familles, des faits qui prouvent qu'un vaste front n'est pas toujours l'enseigne d'une vaste intelligence, et qu'une vaste intelligence va quelquefois sans un vaste front? C'est là un double fait que j'ai eu occasion de constiiter bien souvent, dans certaines grandes réunions d'élite, en y promenant les yeux sur des têtes dont la valeur et la célébrité étaient loin de se trouver en rapport avec la quantité de subsance cérébrale renfermée dans leur boîte osseuse. De même, dans des réunions bien différenles, où l'idiolisme étendait son triste niveau, il m'est arrivé plusieurs fois de rencontrer des crânes qui dans leur partie frontale eussent fait honneur aux hommes les plus justement célèbres, et où l'on eût pu trouver avec avantage

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les organes de toutes les sortes d'esprit, de celui même qui apprend à rire des mystificateurs et des sots.

Ainsi donc, soit qu'on recherche les organes en masse, contrairement au principe même de l'organologiCj soit qu'on les recherche isolément et un à un, ainsi que tout bon phrénoloiïue doit le faire, ce qui arrivera, en y mettant même beaucoup de complaisance, c'est que, dans plus de la moitié des cas, on ne trouvera absolument rien, ou l'on trouvera tout l'opposé de ce qu'on aurait dû trouver. Or, ce que montre un tel résultat, c'est ce qui n'a plus guère besoin d'être montré, c'est-à-dire qu'il n'y a pas d'organes. Dans le rapport purement empirique qui eût lié de tels organes à leurs facultés, la démonstration de leur existence n'eût pu résulter que d'une corrélation constante des deux termes de ce rapport. Un seul fait, un fait bien formel, opposé à cette corrélation, détruit l'existence des organes (T, parce qu'il détruit le rapport empirique sur lequel seul était fondée l'opinion de cette existence. Que sera-ce donc lorsque, au lieu d'un seul fait de ce genre, il y en aura des milliers?

Il est vrai que, dans la détresse occasionnée par

(1) « Le moyen de détruire ia science plircnologique serait de montrer une grande force de facullé avec absence de l'organe sans maladie. » ( Edinhur'jJt phrenological journal , t. I , n" 2 , art. 13.)

Voyez, au chapitre v île cet ouvrage, V II i'i foire de Vitn Mongiamele.

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cette foule de cas dits exceptionnels, on a, pour se tirer d'affaire, parlé de l'activité des organes, et prétendu qu'elle suppléait à leur défaut de développement. Gall lui-même, par un ou deux passages de son livre, a l'air de donner accès à ce moyen d'explication. Il semble qu'il voulût se réserver ainsi une porte de derrière, et, comme dirait Broussais (1), tine échappatoire, pour tous les faits où on lui montrerait un très-petit organe avec une puissante faculté, ou une faculté presque nulle pour un organe d'un grand volume. Dans le premier cas, l'organe serait peu actif ; dans le second, il le serait beaucoup. Mais malgré cet acte de prudence de Gall, il résulte évidemment de la lecture de son ouvrage qu'il a entendu que, dans presque tous les cas, la masse et l'activité d'un organe marcheraient parallèlement. A chaque instant il prend ces expressions l'une pour l'autre, et, dans son hypothèse et son but, il ne pouvait faire autrement. Comment, en effet, Gall, ou tout autre que lui qui eût voulu établir un rapport nécessaire entre telle disposition morale ou intellectuelle et tel développement partiel de la surface du cerveau, aurait-il pu en venir à celte fin, en admettant que dans la moitié des cas peut manquer la coexistence sur laquelle est fondé ce rapport? Gela n'eût-il pas frappé de mort à l'instant même toute tentative d'établissement d'un tel système ? Aussi,

(I) Cours de pltiénoîogie, p. 625.

dans le livre de Gall, n'est-il en réalité jamais parlé d'exceptions- à la loi qu'il pose. Partout il y est question de grands organes et de grandes focultés, toujoiœs, constamment, dans tous les cas, en rapport les uns avec les autres, et dont le développement et la puissance sont toujours aussi regardés comme corrélatifs, je dirai même comme identiques.

Au reste, celte corrélation de l'activité au volume n'a-t-elle pas lieuessentiellcmentpour les vrais organes, pour ceux dont l'existence et la distinction sont incontestables, le foie, lepoûmon, le cœur, lesmuscleset le reste? Leurpuissancen'est-ellepas, presque constamment, étroitement corrélative à leur masse? Dans le système nerveux central lui-même, quoiqu'il n'en soit pas tout à fait ainsi, n'existe-t-il pas, relativement àson volume, une certaine limite au-dessous de laqu£lle il n'y a pas d'activité qui supplée au défaut delà matière? Gall avait donc parfaitement raison de vouloir qu'il en fût des organes de son système comme des organes ordinaires, où, dans l'immense majorité des cas, l'action est proportionnelle à la masse, et de ne parler d'activité que pour des faits exceptionnels, qu'il n'y avait pas moyen de passer sous silence. Il y a plus : dans les véritables organes considérés d'un individu à un autre, et jusque dans le cerveau lui-même, envisagé dans sa totalité, ce mot d'activité a un sens, car il peut être regardé comme exprimant, chez les deux individus, dos conditions différentes de structure intime et nié-

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taniquo, qui donneraient, si elles étaient connues, l'explication de la puissance différente de ces organes dans le cas de masses égales. Mais dans les organes phrénologiqiies, une telle explication n'est pas possible, et ce mot d'activité ne représente plus rien. On se demande comment un petit organe est doué d'une grande faculté, et l'on dit que c'est parce qu'il est très-actif. On ne fait que changer un mot contre un autre, un verbe contre un. substantif. Poui' qu'il en fût autrement, il faudrait que cette activité plus grande d'un organe phrénologique fut duo à une structure différente de celle des organes voisins. Or, c'est là ce qui no saurait avoir lieu, puisque ces sortes d'organes font partie de circonvolutions continues et de même structure, et qu'il y en a quelquefois plusieurs dans une même circonvolution.

Il faut donc, il faut de toute nécessité, et c'est là la pierre angulaire de la phrénologie, il faut que, dans presque tous les cas, un gros organe agisse beaucoup et qu'un petit agisse peu. Il le faut, et pour la solidité de la doctrine, et pour les applications qu'on prétend en faire, et pour la conformité des faits nouveaux avec les anciennes assertions du maître. Partout, en effet, au commencement comme à la fin de ses histoires de facultés monstrueuses, prises des morts et des vivants, Gall parle de vastes, d'énormes protubérances, d'éminences bombées en segment de sphère, allongées en ellipse, arrondies en cône, aiguisées enpyramide, roulées enspirale, relevées eu

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bourrelets monstimeux. Le crâne, cette surface si égale et si lisse, se changeait ainsi sous sa baguette en une terre de nouvelle découverte, semée de collines et de vallées d'un aspect tout à fait étrange, et où il était assurément fort nécessaire, si Ton voulait s'y reconnaître, d'accepter la topographie qu'il en a tracée. Aussi ne comprends-je pas comment Gall a pu se plaindre de ce que les bouffons anti-or g anologistes lui ont faussement ivttribué la création de proéminences, de bosses saillantes comme un œuf, ou comme le poing (1). Ces proéminences, ces bosses c'est Gall lui-même qui les a créées ; son système n'est que le système des bosses, et un système des plus bouffons. J'ai fait connaître textuellement, à l'article de chaque organe, la forme particulière qu'il lui assigne, et on a pu voir si je dis vrai. Ces ellipses, ces pyramides, ces cônes, ces spirales, ces segments de sphère, qu'est-ce que c'est que cela, §1 ce ne sont des bosses ? C'est certes bien ainsi que le public a entendu la chose, et c'est bien ainsi que Gall comptait qu'il l'entendrait. La phrase où il se défend des bosses est, de sa part, une pure précaution contre les bouffons anti-organologistes qui de-

(OSur les fonctions du cerveau, t. III, p. 222.

Il est si vrai que Gall voulait qu'on crût à l'existence de bosses isolées sur le crâne, qu'il les a fait représenter dans les pi. xcvui, xcix, c, de son atlas, lesquelles forment comme la carte organologique de son système. Aucun phrénologue.il faut le reconnaître, n'a osé suivre un tel exemple.

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valent un jour lui chercher querelle sur ce point. Quant à la bosse , elle était pour le monde, un monde souvent très-recommaiidable ; et, qu'on me permette cette trivialité, ici d'accord avec le sujet, Gall ne s'est pas trompé en pensant que le monde donnerait dedans.

Je viens de montrer aussi longuement, et à coup sûr aussi rigoureusement que cela était nécessaire, ce que c'est que le système organologique de Gall dans son principe et dans ses détails. Après avoir dit quelque chose de son origine et de ses débuts, j'ai démontré son impossibilité, puis établi contradictoirement la nullité de toutes ses preuves. Comment se fait-il donc que ce système ne soit pas mort avec son fondateur, et ait pu survivre à l'examen, à la lecture même de son ouvrage ? Comment se fait-il qu'il ait pu trouver après Gall des continuateurs, des élèves, et un public qui ne leur a pas encore manqué ? Ces continuateurs, ces élèves sont donc parvenus à démontrer à ce public la réalité de l'impossible, ou au moins ont trouvé à l'appui de l'organologie des raisons nouvelles, spécieuses, et auxquelles Gall n'avait pas songé, des raisons qui expliquent la vie actuelle du système, non-seulement parmi de vulgaires adeptes, mais chez un grand nom])re d'hommes de science, de ceux surtout 'que leur profession et leurs études eussent dû le plus en éloigner?

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Je vais faire voir que c'est le contraire qui a eu lieu, et que le système organologique de Gall, loin de puiser dans les soi-disant travaux de ses élèves une confirmation de sa vérité, ne trouverait nulle part ailleurs de réfutation aussi directe, aussi mortifiante, d'annihilation aussi absolue. Je n'oserais encore dans cette tâche promettre de rester toujours parfaitement sérieux; mais je serais bien heureux et bien fier si je parvenais à amener quelques phrénologues à rire avec moi de leur science, et, comme l'oncle de la comédie, à désarmer après avoir ri.

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