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CHAPITRE QUATRIEME

L'organologie phrénologique, loin d'avoir été fortifiée par de nouvelles preuves et appuyée de meilleures raison» par les successeurs de Gall, n'a pas eu, en définitive» d'adversaires plu» réels et plus redoutables qu'eux.

Après Gall, Spurzheim (1), c'est de tout droit, et ce n'est peut-être pas encore assez, Spurzheim, en

(1) Ouvrages de Spurzheim.

Spurzheim a publié, en commun avec Gall :

l» Recherches siw le système nerveux en général et sur celui du cerveau en particulier ; mémoire présenté à l'Institut de France, le li mars 1808, suivi d'observations sur le rapport qui en a été fait à cette compagnie par ses commissaires ; par F.-J. Gall et G. Spurzheim. Paris, 1809;

2° Les deux premiers volumes de l'édition in-i de l'ouvrage de Gall.

Il a publié seul les ouvrages suivants :

The phijsiognomical sijstem of doctors Gall and Spurzheim^ in-S. London, l8i5.

Ont Unes of tlie phijsiogjiomical System of doctors Gall and Spurzheim, in«l2. London, 1815.

Ohservatioits on the derangcd manifestations of mind, or insanity, in-8. London, I8l7.

Eramination of the objections made in Britain, against the

effet, n'est pas seulement le disciple, le-eonlinuateur de Gall, c'est son collaborateur, son émule, l'homme qui a fait plus que l'aider dans ce qui surtout restera de lui, ses travaux anatomiques, et auquel son système de psychologie doit cette forme quelque peu

doctrines of Gall and Spurzlicim, in-8. Edinburgh, 1817.

Observations sur la phre'nologie , ou la connaissance de l'homme moral et intellectuel fondée sur les fonctions du système nerveux, 1 vol. in-8. Pari;, 1818.

Observations sur la folie, ou sur les dérangements des facultés morales et intellectuelles de l'homme, 1 vol. in-8. Paris,

Essai philosophique sur la nature morale et intellectuelle de l'homme, 1 vol. in-8. Paris, 1820.

View of the elementanj principles of éducation, founded on the studij of the -nature of man, In-12. Edinburg, 1827. — Réimprimé avec de nombreuses additions, in-8. Londres, 1828.

Une édition française a été donnée de cet ouvrage. Paris, 1822.

Vhrenolofjij , or the doctrine of tlie mind and of the relation-^ between its manifestations and. the hod\j, avec 15 gravures, in-S. Londres, 1825.

A View of the philosophical principles of phrenologij, in-S, Londres, 1825.

Fhrcnolof/>/ in connexion ivith the studij of pliysionomij, première partie, caractères, avec -Si planches, in-8. Londres, 1826.

The anatomy of the hrain, v;ith a gênerai view of the nervous System, in-8, avec 11 planches. Londres, 182G.

Manuel de phre'nologie, in-12. Paris, 1832.

Spurzheim publia ce dernier ouvrage au moment de son départ pour l'Amérique; c'était comme son testament phrénologique , adressé à l'Europe. Il mourut à Boston , an mois de novembre 1832, assez peu de temps après son arrivée aux États- Unis, mais pourtant après y avoir commencé quelques cours. Il était âgé de 55 ans. Gall était mort quatre ans auparavant, en 1828, à l'âge de 70 ans.

écossaise qui a permis de le placer dans les cadres de la philosophie.

J'ai dit plus haut, à ce sujet, comment Spurzheim ne tarda pas à s'écarter de son maître dans sa détermination et son classement des facultés primordiales. Si de ces modifications apportées à la psychologie de Gall il n'était résulté que des changements de noms, indiquant seulement pour chaque faculté une manière différente de concevoir ses attrihutions, l'organologie n'aurait pas eu beaucoup à en souffrir, et chaque organe eût, en somme, conservé, à la surface du cerveau, sa position et son étendue ; mais nous avons vu qu'il n'en avait pas été ainsi. Les nouvelles déterminations psychologiques de Spurzheim le conduisirent en définitive , non -seulement' à changer les noms de presque toutes les facultés primitivement admises par Gall, mais encore, dans beaucoup de cas, à modifier leurs attributions, leur ressort, quelquefois à en confondre deux en une seule, le plus souvent à en dédoubler une ou deux autres, et enfin à en admettre de tout à foit nouvelles; ce qui porta à trente-cinq le nombre des facultés admises et proclamées par Spurzheim et par la phrénologie, sa filleule. Cela ne put pas se fiiire sans donner lieu à quelque déplacement au préjudice des organes primitivement établis par le fondateur de la doctrine, sans en rapetisser un grand nombre, sans en séparer quelques-uns dont la proximité semblait résulter d'une nécessité psychologique. Mais,

il est juste aussi de le reconnaître, il y avait à la surface du cerveau des espaces vides et inoccupés, inania régna, ou, pour dire la chose plus simplement, des circonvolutions sur lesquelles Gall n'avait essayé aucune détermination , n'avait inscrit aucune étiquette. Spurzheim s'en empara comme de bonne prise ; il y plaça quelques-uns de ses nouveaux organes, en ayant soin de ne pas négliger le principe de bon voisinage ; et il résulta de tout cela une topographie encéphalique dont les départements, réduits, pressés, rapprochés dans l'ordre de leurs produits, laissent désormais bien peu d"e place à de nouvelles délimitations.

Le cervelet, la clef de voûte de l'édifice, puisqu'il est la condition sine quà. non de la perpétuation de l'espèce, conserva cette attribution capitale, et la conserva sans mélange. Il en fut de même encore de l'organe de l'amour des enfants , placé immédiatement au-dessus de lui, dans les circonvolutions qui forment le pôle occipital des hémisphères cérébraux, et devenu, dans la nomenclature de Spurzheim, l'organe de la philogéniture; seulement, il dut abandonner à un nouvel organe une ou deux de ses sinuosités supérieures. J'ai dit, en effet, que Spurzheim n'avait pas pensé pouvoir accorder une valeur réellement psychologique à celte espèce de jeu de mots en vertu duquel Gall avait réuni dans le même organe la faculté de la hauteur morale et la faculté de la hauteur physique, celle qui porte certains anim.aux

et même certains hommes à habiter les hautem's de la terre. Il avait cru, en outre, que cette opinion, fût-elle vraie, n'expliquerait point la disposition de la plupart des êtres animés à habiter les plaines et les mers. Il institua, en conséquence, un organe de l'habitativité, auquel il affecta, sous le numéro 3 de la série, quelques-uns des replis de la partie supérieure ou antérieure de l'organe de l'amour des enfants. Ce nouvel organe se trouva ainsi placé entre celui de la philogéniture , celui de l'amitié, celui de la vanité, celui enfin de l'orgueil, suivant Gall, auquel il emprunta'un peu de sa moelle, comme il lui avait emprunté un peu de ses attributions.

La partie antérieure et inférieure des lobes moyens du cerveau, leur pointe, leur seule partie véritablement détachée du reste de l'hémisphère, est assez nettement divisée, dans l'homme, en trois circonvolutions principales, dirigées d'arrière en avant et à peu près parallèles les unes aux autres. De ces trois circonvolutions, celle qui est placée le plus haut et le plus en dehors, c'est l'organe de la ruse. Spurzheim n'y changea et n'en retrancha rien. La circonvolution inférieure à celle-ci est l'organe de l'instinct carnassier, suivant Gall. Cette circonvolution est fort longue et se termine en avant par une sorte d'épanouissement tuberculeux très- considérable. Spurzheim pensa que sa partie postérieure pouvait suffire à la faculté carnassière, qu'il appela, d'une manière plus générale, faculté delà destruction. Quant à son

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épanouissement antérieur, il en fit l'orgaue de l'alimentation. Restait, en dedans des deux organes placés dans la circonvolution précédente, une vaste circonvolution, longitudinale comme elle, et accompagnant en dehors la corne d'Ammon. Elle était vierge et tout à fait libre. Spurzheim y plaça l'organe de l'instinct de conservation, ou de l'amour de la vie, qui est à l'individu ce qu'est à l'espèce le cervelet, organe de la reproduction. Il faut dire, avant d'aller plus loin, et par respect pour la vérité, que Spurzheim paraît ne pas avoir eu la première idée de l'établissement de ces deux derniers organes, celui de l'amour de la vie et celui de l'alimentation. Nous ne tarderons pas à voir à qui il est juste d'en rapporter l'honneur.

D'autres changements furent encore opérés par Spurzheim parmi les organes de la partie postérieure et latérale de l'encéphale , organes affectés par Gall aux instincts ou facultés appétitives. Mais ces changements ne furent qu'une affaire de classification, qui eut pour résultat de rattacher à ces organes, sous le nom d'organe de la construction, celui de la mécanique nu des arts, que Gall avait rapporté à une classe supérieure, et d'en séparer, au contraire, pour les placer plus haut, les organes de la circonspection, de la vanité et de l'orgueil , que Gall rangeait, comme nous l'avons vu, parmi ceux des qualités appétitives, toufes communes aux animaux et à l'homme. Ces quatre organes n'en conservèrent pas

moins à la surface du cerveau leur place et leur circonscription ; et cela eut lieu surtout pour l'organe de la construction, situé dans la tempe à l'union du lobe moyen avec le lobe antérieur du cerveau, entre les circonvolutions affectées à l'instinct de la propriété et à la faculté du calcul.

En somme, le premier genre des facultés affectives établies par Spurzheim , ou son genre des penchants, s'enrichit de trois facultés et, par conséquent, de trois organes tout à fait nouveaux : celui de l'habitativité, celui de l'alimentation, celui de l'amour de la vie. Mais ce ne fut là que la moindre partie des conquêtes organologiqucs du parrain de la phrénologie.

Gall avait donné le nom de facultés intellectuelles h toutes les facultés placées au-dessus de ce genre de penchants, lequel correspondait à sa classe des instincts ou qualités appétitives, et les plus élevées de ces facultés étaient pour lui celles dont les organes sont placés à la partie supérieure du cerveau, depuis l'organe de la bonté jusqu'à celui de la fermeté. Spurzheim renversa la hiérarchie ainsi établie par son maître. Il rallia à son ordre premier des facultés aflectives, sous le genre II, et sous le titre de sentiments, toutes les fticultés dont les organes occupent les circonvolutions du vertex, et composa son dernier ordre, celui des facultés intellectuelles proprement dites, des facultés dont les organes occupent les circonvolutions du front ou du lobe anté-

rieur du cerveau, depuis la faculté et l'organe de la mémoire des personnes jusqu'à la faculté et à l'organe de l'esprit métaphysique. Mais là ne se bornèrent pas les changements apportés par Spurzheim dans les organes des deux classes de facultés intellectuelles de Gall. Pour commencer parles organes des sentiments ou des facultés intellectuelles supérieures de Gall, les organes de l'esprit caustique, de la bonté et de la mimique conservèrent , dans les circonvolutions de la partie supérieure du front, et sous les noms d'organes de la gaieté, de la bienveillance et de l'imitation, leur place et leur circonscription. En arrière d'eux, et sur les circonvolutions de la ligne médiane, il en fut de même des organes de la théosophie, de la fermeté et de l'orgueil, le premier et le dernier sous les noms d'organes de la vénération et de l'estime de soi. Mais entre ces organes médians d'une part, et ceux de la poésie et de la circonspection d'autre part, Gall avait laissé à la face supérieure du cerveau de belles circonvolutions inoccupées, celles qui, à peu près particulières à l'homme, descendent presque verticalement du vertexà la tempe. Spurzheim y plaça d'avant en arrière les organes de trois facultés nouvelles , l'amour du merveilleux, l'espérance, et le sentiment de la justice. Toutefois cette occupation ne put pas se faire sans qu'il en résultât quelque déplacement dans les organes voisins et quelque diminution dans leur étendue. Ainsi l'organe de la poésie de Gall fut porté,

SOUS le nom d'organe de l'idéalité, un peu plus haut et plus en avant qu'il n'avait été placé par le fondateur de la doctrine. Ainsi l'organe de la circonspection, en môme temps qu'il perdit un peu de son ampleur, fut aussi un peu abaissé du côté des organes des instincts. Ainsi les organes de la vanité et de l'attachement subirent tout à la fois un peu d'amoindrissement et de déplacement, après avoir déjà éprouvé le môme dommage lors de l'introduction de l'organe de l'habitativité parmi ceux des qualités affectives.

Après cette introduction de trois organes tout à fait nouveaux parmi ceux des facultés de sentiment représentant les facultés supérieures de Gall, Spurzheim, arrivant à ce qu'il appelait, lui, ses tacultés intellectuelles proprement dites, se sentit de plus en plus en verve créatrice, et à côté des huit organes qu'il conservait du maître, il en créa six nouveaux. Il est vrai que des deux organes du langage et de la mémoire des mots, situés, l'un à la partie moyenne, et l'autre à la partie postérieure de la face inférieure du lobe frontal du cerveau, il n'en lit qu'un qu'il plaça, sous le nom d'organe du langage, dans la circonvolution de cette même face la plus voisine de la scissure de Sylvius. Et une pareille réduction arrivait ici fort à propos, car dans ces circonvolutions du lobe antérieur, en bas, en haut, en avant, sur lés côtés, le terrain était précieux, toutes les places étaient occupées. En haut et en avant, les organes de la sagacité comparative, de l'esprit métaphysique,

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de la mémoire des faits, conservèrent sinon toute leur étendue, au moins, le centre de leur position primitive. Mais une division de l'organe de la mémoire des personnes en deux organes, celui de l'individualité et celui de la configuration, rejeta un peu en haut et en dehors celui de l'organe des lieux , et ce fut celui de la configuration, qui, prenant place dans la circonvolution qui borne en dedans l'anfractuosité olfactive, vint se cacher derrière le sinus frontal, dont le développement avait auparavant si souvent été pris par les cranioscopes complaisants ou malhabiles pour le résultat d'un développement considérable de l'organe des localités. L'organe de la configuration occupa la circonvolution située en dehors du sillon olfactif. En dehors et en avant de lui deux nouveaux organes, ceux de l'étendue et de la pesanteur, diminuèrent beaucoup , de ce côté, l'ampleur de l'organe du coloris, que diminua semblablement, à son côté externe, la création de celui de l'ordre, intercalé ainsi entre l'organe des couleurs et celui du calcul ou des mathématiques. Enfin, au-dessus de tous ces organes, un dernier organe, celui du temps, organe dont Gall avait parlé, ainsi que de celui de l'ordre, mais sans les admettre ni l'un ni l'autre, vint se placer entre l'organe des localités et celui des tons ou de la mélodie, prenant un peu de cerveau à l'un et à l'autre, et les repoussant aussi un peu, l'un en avant et en dedans, l'autre en arrière cl en dehors.

Tel est, d'une manière à la fois succincte et complète, le système organologique de Spurzheim, telles sont les modifications qu'il a apportées à celui de Gall. Deux organes, ceux de la mémoire des mots et du langage, réunis en un seul organe, qui porte ce dernier nom ; deux organes dédoublés, celui de la mémoire des personnes et celui de l'orgueil, pour donner lieu, le premier, aux organes de l'individualité et de la configuration, le second à ceux de l'estime de soi et de l'habitativité ; neuf organes nouveaux, ceux de l'amour de la vie, de l'alimentation, de la justice, de l'espérance, de l'amour du merveilleux, de l'étendue, de la pesanteur, de l'ordre, du temps, s'intercalant entre les anciens organes admis par Gall, quelquefois s'emparant de circonvolutions jusque-là abandonnées, mais la plupart du temps déplaçant dans un sens ou dans un autre des organes depuis longtemps en possession, et leur enlevant une partie de la circonvolution affectée à chacun d'eux : voilà la division organologique du cerveau qui, en ce moment, porte par excellence le nom d'organologie phrénologiquc. Mais pas plus que celle qu'avait primitivement établie Gall, elle n'a eu le privilège d'être respectée par les élèves de Spurzheim, et ce grand phrénologue n'était pas mort que déjà de nouveaux organes se présentaient à la surface du cerveau sous le patronage de crànioscopes plus ou moins célèbres, qui, dans les parties mômes les plus divisées de ce viscère,

trouvaient encore de nouvelles localisations à opérer.

Avant de faire connaître ces additions, de plus en plus modernes, à la science des organes, j'ai besoin de réclamer l'indulgence du lecteur, pour l'étrange langage qu'il m'a déjà fallu lui parler, et pour celui qu'il me faudra lui parler encore. C'est Spurzheim, qui, dans ses conceptions hybrides, a surtout donné à la phrénologie ce vocabulaire sans nom qui suffirait seul à lui assigner un rang à part parmi les sciences de l'esprit. Mais ses disciples n'ont pas fait défaut à son exemple; en Angleterre, en Amérique, en France môme, on ne trouverait pas un pbrénologue qui n'ait plus ou moins ajouté aux barbarismes du maître.

L'Angleterre est devenue, comme chacun sait, l'Éden de la phrénologie; peut-être était-elle condamnée à apprendre ainsi quel abus pouvait faire l'empirisme des principes de son Bacon. Dans deux au moins de ses trois royaumes, chaires, journaux, écoles, musées, sociétés académiques, rien ne manque à l'heureuse doctrine. C'est en Angleterre que Spurzheim, après sa rupture avec Gall, alla porter ses pénates (1). C'est de là que, poussé par sa mau-

(I) Spurzheim se sépara de Gall en 1813, et arriva en Angleterre au mois de mars 1814. Après des succès très-variés et très-dispulés, soit à Londres, soit à Edimbourg, il eut enfin la satisfac-

vaise étoile, mais sûr au moins de ce qu'il laissait derrière lui, il quitta TEurope pour se rendre dans le Nouveau Monde, et y périr victime de son zèle pour la propagation de la foi phrénologique.

Au premier rang des phrénologistes de la Grande- Bretagne, dans une contrée qui compte tant de célébrités en ce genre, se présente M. Georges Combe, auteur d'un grand nombre d'ouvrages sur la science cranioscopique et sur ses applications (1), et qui.

tion de voir la phiénologie prendre racine dans les deux principaux royaumes de la Grande-Bretagne. En 1826, le vice-chancelier de l'Université de Cambridge mit à sa disposition une des salles destinées aux cours pujjlics. Là il eut pour auditoire plus de deux cents personnes, et parmi elles des hommes du premier nom et de la plus {jrande influence dans l'Université. (Notice sur la vie et la mort de Spurzheim, àans le Journal phrénologique d'Edimbourg, t. VIII, no 35. mars 1833.)

En 1834 , le ministre du commerce de France eut la curiosité de demander à la Société phrénologique de Londres des documents sur l'état de la phrénologie en Angleterre. Cet état se trouva être on ne peut plus prospère. Pour ne parler que des Sociétés phrénologiques du Royaume-Uni , le nombre en allait à vingt-huit.

(1) Voici, sauf omission, les principaux ouvrages phrénologiques de M. Combe :

10 Esquisse de plire'/ioloijie (Outlines of phrenology), publiée dans les Transactions de la Société' ph-énolof/i'/ue, hondies,i8'2i, plus tard réimprimée à part et traduite en français, d'abord par M. David Richard dans le journal de la Société phrénologique de Paris, t. IH, 1835, puis par M. Fossati, sous le titre tie Nouveau Manuel de phre'noloQte, 1 vol. in-l2. Paris, 1830.

S" Éléments de plire'noloffie, 1 vol. in-l2, 3"= étlilion, 1828.

30 Système de phrénoloyic, 1 vol. in-S, 3« édition, 1830.

40 Essai sur la constitution de l'iiomme, considérée dans ses

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dans les revues scientifiques de l'Ecosse, a engagé plus d'une lutte de psychologie et d'organologie avec les représentants actuels de la philosophie de ce pays. Dans l'ensemhle du système, M. Combe n'a guère fait que suivre Spurzheim, ses déterminations psychologiques, et sa classification. Quant au détail des organes, on lui doit une ou deux acquisitions. M. Combe partage d'abord, jusqu'à un certain point, avec M. Crooke, son compatriote, et avec le docteur Hope de Copenhague, la découverte d'un des deux derniers organes consacrés par l'adoption qu'en a faite Spurzheim, celui de l'alimentation. Mais une découverte que M. Combe semble ne partager avec personne, c'est celle qui l'a porté à regarder l'organe de l'habitativité comme celui de la faculté de concentrer son attention, et à lui donner, en conséquence, le nom d'organe de la concenfrativiié {roncentrativitjj), tout en lui conservant, surtout chez les animaux, la faculté habitative. Voici comment chez ces derniers M. Combe comprend cette double attribution : « C'est probablement par un semblable pouvoir (celui de concentrer leur attention) que les animaux qui aiment les hauteurs, comme le chamois, maintiennent actives toutes les facultés nécessaires

rapports avec les olijets extérieurs, I vol. in-8, traduit en français par R. Dumont. Paris, t»3i.

50 fy^roiii de p/iréuolofjit;, ia'dei il yew-Xork en 1839, publiées en 1 vol. par André Boardman, secrétaire de la Société plirénologique de cette ville.

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pour que, dans les lieux difficiles, dangereux, où ils broutent, ils puissent garder une position fixe, tout en évitant l'atteinte du chasseur (I). » C'est certainement une grande découverte qu'a faite là M. Combe, et c'est un organe bien partagé que celui qui réunit à la faculté tout instinctive du choix des lieux à habiter, la faculté toute philosophique de l'attention à concentrer. Il y aurait bien quelque chose à dire sur ce cumul, envisagé du point de vue psychologique, et plus encore du point de vue phrénoLogique, et Gall n'en eût pas été très- satisfait. Mais je veux ici m'abstenir de toute critique, et joindre mes ftiibîes éloges à ceux qu'a provoqués dans le monde phrénologique la découverte de M. Combe.

M. Georges Combe a un frère, M. André Combe, fervent phrénologue comme son aîné, et qui, sans avoir, à son exemple, créé de nouveaux organes, a pourtant émis en phrénologie des idées qu'en France surtout on sera peut-être bien aise de connaître (2). Ainsi M. André Combe a constaté que les Français, qui ont beaucoup A: individualité et de constructivité, ne sont propres qu'à faire des babioles, tandis que les Anglais, qui ont beaucoup de causalité, sont des hommes profonds, qui posent des principes, par

(1) Journal de la Société phrénologique de Paris, t. III. p. 153.

(2) Phrenological Essaij, par Andrew Combe, lu à la Société de médecine d'Edimbourg, le 21 novembre 1823. [Edimhurgh phrcnnloyical journal, t. 1, n» 3, art. 1, p. 337.)

exemple, les principes de la phrénologic. Les Français, au dire de M. André Combe, manquent de l'organe de IdL prudence, les Anglais l'ont Irès-développé. Les Français, en vertu de leur organisation cérébrale, ne sont, ne peuvent être que vaniteux ; les Anglais seuls ont de Vorgueil. Ces derniers ont beaucoup de fermeté et de persévéï^ance ; les Français en manquent complètement (I). Ceux-ci, en somme, ont un cerveau dont le volume ne peut pas soutenir la comparaison avec celui du cerveau de leurs voisins d'outre-Manche. C'est là ce qui explique leur infériorité générale relativement à l'Angleterre. M. André Combe est très-sûr de ce qu'il avance, et il a fait, sur ce sujet, des obser^ifltions fort nombreuses, non-seulement k Paris, mais dans nos provinces. Je ne suppose pas qu'il en ait publié le résultat en témoignage de reconnaissance du bon accueil que nous faisons à ses compatriotes, lorsque leur prudence les force à venir chercher en France un peu de ce bien-être que refuse à des millions

(1) Nous aimons à croire que M. A. Combe vit encore, sans en rien savoir pourtant; car nous ne nous occupons plus guère de la phrénologie et des phrénologues. Si la doctrine deGalla eu le bonheur de conserver M. Combe, nous ne doutons pas que, depuis l'alliance de son pays et du nôtre et la prise de Sébastopol, cet illustre cranioscope n'ait conçu une meilleure opinion de la fermeté française, et ne soit en mesure de lui assigner dans le cerveau quelque vaillant organe. C'est comme cela qu'on fait à la fois de bonne pbrénologle et de bonne politique.

(Note fie ta deuxii'me édition.)

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d'entre eux la fermeté persévérante des grands seigneurs de leur pays.

Je ne quitterai pas l'Angleterre, sans faire mention de quelques autres conquêtes organologiques ou modifications psychologiques, opérées par des docteurs moins célèbres de la phrénologie du Royaume- Uni. Ainsi M. Simpson, homme pourtant considérable dans cette science, divise l'organe de la pesanteur, organe déjà si petit et si resserré par ses voisins, en deux organes désormais aussi primitifs que ceux qui le sont le plus, l'organe de la résistance et celui de l'impulsion (1). M. Richard Edmondson, sans trop tenir compte de cette nouveauté, est d'avis que c'est au moygn de l'organe de la pesanteur qu'on apprécie et qu'on établit bien la perpendicularité des objets (2). M. R. Cox pense qu'il faut appeler la combativité esprit d'opposition, opposiceness, pour que cette faculté comprenne dans son domaine et les oppositions morales et les oppositions physiques (3). Suivant M. Scott, d'Edimbourg, l'esprit caustique de Grall, l'esprit gai de Spurzheim n'est, en réalité, ni gai, ni caustique, mais il a surtout pour fonction d'apprécier les différences qui existent entre les choses. Suivant M. Hewet-AVatson, au contraire, cet

(1) Edinhuryh phrenologkal journal, décemlne 1834.

(2) Observations sur l'organe de la pesanteur. (Eilinburghplire nological journa!, décembre 1834.)

[Z) Ohserrations sur la combativité. (Même journal, même numéro.)

esprit prend connaissance de la nature intrinsèque de ces mêmes choses, nature que Kant et bien d'autres ont pourtant regardée comme assez positivement inaccessible. Enfin, suivant M. Schwartz de Stockholm, dont plusieurs travaux phrénologiques ont été publiés par les Revues anglaises, cette faculté considère les objets en tant que moyens pour arriver à un but, et ■NL Schwartz appelle en conséquence son organe, organe de la faculté de combinaison (I).

Ce n'est certainement pas là, à beaucoup près, tout ce qu'on pourrait mentionner avec distinction des cranioscopes de la Grande-Bretagne. J'en passe et des meilleurs. Mais il faut savoir s'imposer des limites, et ce que j'ai dit de la phrénologie anglaise suffit bien pour montrer avec quelle assurance et quel succès elle marche dans la voie de réforme ouverte par Spurzheim, et pour faire pressentir tout ce qui doit résulter de ces innovations pour l'affermissement de l'organologie. J'aurais à signaler le même esprit chez les phrénologues du Danemark, de l'Amérique, de l'Inde, aOn de tirer plus tard les mêmes conséquences de la diversité de leurs découvertes et de la divergence de leurs opinions ; mais je craindrais, par cela môme, de lasser la patience du lecteur et de m'en voir abandonné dès le début de ces voyages. Je regrette pourtant de ne pas lui faire faire

(l) M. Vimont , Traité Je jjhre'nolor/ie humaine et comparée, t. Il, p. 387 et 388.

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un peu connaissance avec la phrénologie du Nouveau Monde, de ne pas lui montrer l'Union américaine près de se couvrir d'établissements phrénologiques, aussi nombreux et aussi variés que ceux qui font l'orgueil de sa sœur de l'ancien continent. Je lui aurais fait voir, dans cette exposition, le vieux professeur Galdwel, ce vénérable pionnier de la phrénologie américaine, occupé, depuis plus de vingt ans, à semer de ses brochures toute l'immense vallée duMississipi. Je lui aurais montré Georges Combe venant, à travers les mers, reprendre avec un religieux courage la mission cranioscopique interrompue par la mort de Spurzheim. J'aurais cherché à le transporter, en esprit, sur les bords naguère sauvages du lac Ërié, dans l'ancien empire des Iroquois, et à l'y faire assister avec moi aux séances de la Société phrénologique, fondée depuis quelques années à Buffalo. Je lui aurais signalé alors, parmi les productions les plus considérables de la phrénologie de l'Union, deux ouvrages, dont l'un est dû à la plume du secrétaire de cette honorable compagnie (I), et dont l'autre, infiniment plus original, est l'œuvre de son président (2). J'aurais, dans l'examen de l'ouvrage de ce dernier, insisté particulièrement sur l'importante découverte d'un organe àelsi chimicalité

(1) \\. \V. Haskiiis, History and progress of phrenology , I vul. in-12. Buffalo et New-York, 1839.

(2) J. Stanley Grimes, A neic systetn of phrenology , 1 vol. in-r.'. Diill'alo et iNew-York, 18:;9.

(chemicality) ou de la gourmandise, organe que l'auteur a reconnu à une certaine saillie sur le buste antique d'Ânacréon (1), et qu'il ne pourra manquer de rencontrer aussi sur ceux de Comus et de Bacchus, ces deux gourmands de la mythologie. Mais, outre ma crainte des redites, j'ai hâte de repasser l'Atlantique et de rentrer en France. J'y ai laissé de grands phrénologistes, et à leur tète, sinon par ordre de date, au moins par droit de renommée, un homme qui, par les liens de son passé, eût semblé ne devoir jamais revêtir un pareil titre.

Ce ne fut pas, en effet, sans quelque surprise qu'on vit Broussais, vers la fin de sa carrière, se faire le disciple de Gall, qu'il avait assez malmené jadis, le proclamer un homme de génie (2), en dire autant de Spurzheim [3\ et mettre au service de la phrénologie le prestige de sa vieille gloire et les derniers bouillons de sa bile. Mais, en y regardant de près, cette conversion de Broussais n'a plus rien qui étonne, et l'on comprend, au contraire, qu'elle était comme une nécessité de la nature plastique de ses

(i) «Ctiemicaiily gives fullness lo Ihe bones iinder tlie eye, and lengtli fiom the ear to the nose. See Anacreon, plate ii. » Lo':. cit., p. 115.

(2) Cours de j)hrénolo(jie, p. 128.

(•3) IhùL, p. 387.

512 LA l'IIRÉNOLOGIE

idées et une conséquence des opinions de toute sa vie. Broussais, devenu philosophe, devait finir par être phrénologue. Le même esprit qui l'avait porté, en médecine, à localiser toutes les maladies, et jusqu'aux plus générales et aux plus indéterminées, devait, en philosophie, le conduire fatalement à matérialiser les facultés. Des facultés sans organes devaient être pour lui comme des fièvres sans inflammations. Il ne pouvait pas plus vouloir de cette ontologie que de l'autre, et devait tout tenter, au contraire, pour leur faire suhir le même destin. La phrénologie lui parut donc être la médecine physiologique de la philosophie, le moyen d'abattre ce qu'il appelait l'ontologie des psychologues. 11 s'en saisit, mais d'une main affaiblie par l'âge, et on le vit, on vit Broussais, l'intraitable réformateur en médecine, l'homme de ses idées, et l'ennemi des idées des autres, loin de rien réformer, de rien attaquer en phrénologie, s'y faire, le dirai -je? éclectique, suivre l'ornière battue, prenant de toutes mains, sans aucun esprit de contrôle, et se rangeant, en définitive, aux idées et à la classification de Spurzheim. Son amour des animaux, et surtout de leurs espèces emplumées, le porta cependant à leur accorder des facultés que n'avaient pas remarquées en eux les deux fondateurs de la doctrine : la gaieté (I), l'a-

(1) De l'irritation et de la folie, 2^ édition , 2 vol. in-8. Paris, 1839, t. I,p. 2(;f!.

DEPI'IS GALL. 213

mour de l'approbation, la fermeté, l'esprit de causalité, le sentiment de la vénération, et jusqu'à celui de la conscience (1). Pour ce qui est de l'homme, qui n'a rien à désirer sous le rapport de toutes ces qualités supérieures et des organes qui leur correspondent, Broussais eût bien voulu lui découvrir sous le crâne quelques organes d'une nature tout opposée, celui, par exemple, du plus désagréable et du moins intellectuel de nos besoins. Mais une pareille assignation n'est pas, dit-il, chose facile à faire (2), et il ne se sentit pas de force à la tenter. Jadis il avait été plus hardi pour un autre besoin d'un caractère encore plus nécessité, celui de la respiration, et il avait proposé d'en placer l'organe dans le cervelet, en compagnie de ceux de quelques autres facultés viscérales (3).

Un phrénologiste lyonnais, M. Imbert, ne fut pas content île celte affectation. Il proposa, sous le titre d'organe de la respirabilité, un organe destiné à nous avertir particulièrement du besoin de respirer, et il en plaça le siège à la pointe du lobe moyen du cerveau, à l'origine d'une des racines du nerf olfactif, en avant et un peu en dedans de l'organe de l'alimentivité, mais dans la même circonvolution que cet organe et que celui de la destruction (4).

(1) Cours de phr^nolofjie, p. 301, 331, 3(i3, 3:8, C77. . {2)Ibid., p. 140.

(3) Cours de pathol'Kjie et (le thérupeutiiiue générales, t. IV, p. 7?.

(4) Lettre de M. le docteur Imhert sur un nouvel organe céré-

Cet organe de la respiration, qui, au dire de M. Imbert, juge les odeurs comme celui du coloris juge les couleurs, comme celui de la musique juge les rapports des sons, comme l'alimentivité juge les saveurs, se trouve donc ainsi former le quatrième organe interne des sens extérieurs, l'organe du sens de l'olfaction. Il manquait un cinquième organe de ce genre, un sens interne de la sensation externe du tact, et c'est cet organe que M. le docteur Fossati, ancien et illustre président de la société phrénologique de Paris, a institué sous le titre d'organe de la tactilité. Il est disposé à en placer le siège dans la région de la tempe, au-dessus et un peu en arrière de l'organe de la constructivité, au-dessous de celui de l'idéalité, et au-devant du sens de la propriété (1).

Qu'on me permette ici une courte remarque, que je n'aurai peut-être pas occasion de placer ailleurs. La phrénologie, dans l'institution de deux des organes internes des sensations externes, le sens interne de l'olfaction et celui du goût, a suivi une sorte de logique, et a, tant bien que mal, placé ces organes le plus près possible de l'origine des nerfs de ces sens. Mais Gall et Spurzheim n'en avaient pas fait de même a l'occasion des sens du coloris et de la musique, qui sont assurément situés fort loin des points

bral, qu'il propose de 'iioimner organe de la respirahilité. (Journal de la Sdciélé phrénologique de Paris, 1. 111, p. 239 )

(1) Nouveau Manuel de phrénologie, par G. Combe, trad. par ledocteur J. Fossali. Paris, 1 vol. in-l2, p. 174 et 175.

d'origine des nerfs optique et acoustiquCi Je crois bien que si la phrénologie avait à déterminer à nouveau la place de ces deux derniers sens internes, loin de les laisser où les a mis son fondateur, elle les rapprocherait du mésocéphale, ce rendez-vous à peu près commun des nerfs des cinq espèces de sensations. Mais il n'y avait pas à revenir là-dessus. Quant à la place qu'assigne M. Fossati à l'organe de la tactilité, loin de la moelle encore, et au voisinage des premiers sens internes institues par son maître, on ne peut le blâmer d'en avoir agi ainsi pour la localisation de ce nouveau sens. C'est de sa part une marque de respect pour l'homme dont il a été le plus intime et le dernier élève.

Broussais aussi comptait au premier rang parmi ses élèves, un homme d'une grande simplicité scientifique, et qu'on a vu longtemps assis à sa droite, dans les beaux jours de son système. Cet homme, c'était feu Sarlandière, dont on possède, entre autres travaux, un ouvrage posthume sur l'anatomie du système nerveux [i). Sarlandière, lors de la défection de Broussais, poussa la fidélité à son chef jusqu'à passer avec lui dans le camp phrénologique, et il y employa si bien ses loisirs qu'il finit^ après les

( 1 ) Traité du système nerveux dans l'état actuel de la science, 1 vol. in-8, avec G planches. Paris, 1840.

Dans cet ouvrage, qui est au moins le fruit d'un long travail, la foi phrénologique de Sarlandière se montre fort affaiblie, et c'est à peine si le nom de Gall y est [M-ononcc. (Voir les pages 2.3'.', 2-59, 240, 251.)

?10 LA PHnÉNOLOUlE

tentatives -les plus opiniâtres, par inventer un casque cranioraétrique, destiné à évaluer le développement des organes, et avec lequel il n'est pas possible d'en laisser échapper le plus petit (I). Ce casque figura d'une manière très-distinguée ù une exposition des produits de l'industrie française. Le roi et la famille royale le remarquèrent, et son auteur, qui se trouvait là par hasard, put expliquer tout à l'aise aux augustes curieux le mécanisme et l'utilité de son instrument. C'est ce qu'il fit dans une conversation que nous a conservée, dans toute sa can- <leur, le Journal de la Société phrénologique de Paris, et dont je veux citer la fin. a Xon-seulement, « a dit l'auteur au roi, on devra préciser avec cet « instrument le système d'éducation propre à cha- « que jeune sujet, mais on organisera ainsi le sys- <( tème de répression, le système pénitentiaire, et « peut-être arrivera-t-on à l'abolition de la peine de « mort. Le roi, qui écoutait l'auteur arec beaucoup « d'attention, s'est cependant fait répéter ces der- <( nièrcs paroles, et a répondu : Ce serait une chose (( bien désirable, et cet instrument aurait rendu un <( grand service aux hommes. On ne peut douter <( d'après cela, dit le rédacteur du Journal de « la Société phrénologique, de l'intérêt que le roi <( porte au sort de la phrénologi^' et de son désir

(1) Considérations sur les mesures du crûne Itumuin. (Journal «le la Société phrénologique de Pari?, t. Il, 1833.)

«de voir un jour, abolir la peine de mort (1). » La peine de mort n'est pourtant pas encore abolie. Mais ce n'est sûrement pas la faute du roi, qui ne fait pas tout ce qu'il veut ; et si la couronne prend un jour sur ce point Tinitiative, peut-être le devrat-on au crânomètre de feu Sarlandière. Ce n'est cependant pas à cette utile invention que se bornèrent les travaux de ce crànioscope. Il existe de lui un système phrénologique oîi les facultés sont réparties en dix cercles, un cercle de plus qu'il n'y a de cercles de damnés dans l'enfer de Dante : cercle de l'attachement, cercle de l'aversion, cercle de l'égoïsme, cercle de la conscience, cercle de la bienveillance , cercle de la connaissance, cercle des aptitudes, cercle des créations, cercle des raisonnements (2). Du reste, tous ces cercles ne renferment pas autre chose que les facultés définitivement admises par Spurzheim. Elles y sont seulement différemment rapprochées, et purgées en outre de ces dénominations en ivité, que Sarlandière a la hardiesse de trouver barbares, ridicules, impropres, inadmissibles. Et il ne s'en lient pas là ; après les changements de mots, viendront les changements de choses.

(1). Le crônomètre de M. le docteur Sarlandière. (Journal de la Société phrénologique de Pari?, t. Il, p. 401.)

(2; Examen crifùjue de la rlussifxcatifrn des facultés cérébrales adoptées par Gall et par Spurzheim et des dénominations impo* sées à ces facultés, précédé de quelques considérations sur les études phrénolofjiques. (Journal de la Société phrénologique de Paris, 1. 1, 1832, p. 311 et suiv.)

218 LA PIIRÉNOLOGIE

Cet organe de l'amour de la vie ou de la conservation, ce dernier-né de la phrénologie, placé dans la circonvolution la plus interne de la pointe du lobe moyen, Sarlandière en foit l'organe de la haine ou de l'opiniâtreté dans le mal-vouloir. Cet organe, dit-il, correspondant précisément à la cavité glénoïdale, refoule en bas, quand il est très-développé, et cette cavité, et l'os maxillaire inférieur, qui s'articule avec elle. De là la fijrme proéminente de menton qu'on a nommée menton de galoche, indice assuré d'un esprit mordant et dun mauvais caractère (1). Mais si Sarlandière a ainsi donné à l'organe de l'amour de la vie des attributions aussi peu aimables, en revanche il en a attribué de fort louables à celui de la persévérance ou de la fermeté. Au lieu de le laisser s'appliquer indifféremment au bien ou au mal suivant l'opinion phrénologique vulgaire, il le regarde comme exclusivement consacré à aider les bonnes facultés et à contre-balancer l'esprit haineux. C'est ainsi que, dans un sentiment bien respectable, il s'empresse de fermer d'une main la plaie qu'il avait faite de l'autre (2).

Dans les deux facultés précitées, Sarlandière, comme on a pu le remarquer, laisse subsister l'or-

(1) Exfimen cn'tifjue, etc., p. 330, 331 ; Comment on peut procéder à ta découverte des organes situés à In base du cerveau. (Journal de la Société plirénologique de Paris, t. I, 1832, p. 2GG.)

(2) Examen critique, etc., p. 321; Comment on peut procéder, etc., p. 2G7.

gane, mais il change ou modifie la fonction. Dans une troisième, il conserve la fonction, mais il change l'organe, ou le transporte d'une partie de l'encéphale à une autre. Et quel est l'organe avec lequel Sarlandière en use avec aussi peu de ménagement ? C'est celui qui ouvre le catalogue de Gall, et nous a valu de sa part de si belles histoires, l'organe sans lequel l'espèce humaine ne serait pas encore sortie du domaine des idées archétypes, c'est, en un mot, l'organe de l'amour physique et de l'instinct de reproduction. Une telle foculté, un tel but avaient paru aux fondateurs de la doctrine réclamer, en toute propriété, une partie considérable et tout à fait déterminée de la masse nerveuse encéphalique, et le cervelet lui avait été en conséquence exclusivement affecté. Rien ne semblait pouvoir changer cette destination, qui était le premier article du Credo phrénologique, quand Sarlandière, son casque en tête, vint attaquer de ce côté l'infaillibilité du symbole, et transporter du cervelet au cerveau l'instrument de la perpétuation de notre espèce. Il accueillit cette remarque déjà souvent faite par des anatomistes adversaires de la phrénologie, qu'il y a surtout dans le bas de l'échelle animale des espèces dont le vif instinct reproducteur est loin d'être en rapport de développement avec le petit volume de leur cervelet (1). Il s'inscrivit en faux contre cette

(I) Comment on peut procéder à la découverte des or (fanes situés a la hase du cerveau, p. 272.

assertion de ses confrères les phrénologues, que les nègres, dont la salacité passe aussi pour très-grande, offrent une proportion considérable de cette môme partie de l'encéphale (1). Enfin, de quelques faits pris dans son observation particulière, il se crut autorisé à conclure que l'organe de l'amour physique siège dans les circonvolutions de la face inférieure de la pointe postérieure des lobes cérébraux (2). D'après lui, c'est l'ampleur de ces circonvolutions qui, en déprimant la tente du cervelet et ce dernier organe lui-même, peut lui faire faire saillie à la nuque, faire croire à tort à son développement dans le cas pourtant d'une énergie considérable de l'instinct de reproduction, et à tort aussi, comme on le voit, faire prendre ce développement imaginaire pour la condition organique de cet instinct (3).

En somme donc, deux anciens organes recevant de nouvelles facultés, une ancienne faculté recevant un nouvel organe, voilà les acquisitions que doit à feu Sarlandière l'organologie phrénologique. Le lecteur pressent, de plus en plus, je ne dirai pas ce que valent, mais ce que signifient de pareilles acquisitions, et j'aurai à m'en expliquer bientôt. Il me reste à faire connaître auparavant tout ce qu'ont accompli, dans cette voie, deux des hommes qui ont consacré à l'exaltation et h la défense de la phrénologie le

(1) Comment on peut procéder, clc, p. 273.

(2) lhid.,\^. 270,271.

(3) Ihid., p. 271.

plus de savoir et de dévouement : je veux parier de M. Vimont et de feu Baiiiy de Blois.

M. Viraont(l), par sa science anatomique, autant que par sa foi aux idées de Gall, est certainement le disciple le plus considérable de ce dernier. Il est aussi son admirateur, bien que cette admiration, il faut l'avouer, ne se manifeste pas toujours sous des formes parfaitement respectueuses.

Mais cette admiration que professe M. Yimont pour le créateur de la phrénologie, il s'en faut qu'il ait cru pouvoir l'étendre à l'homme qui, après avoir été le collaborateur de Gall, a fini par donner à la science qu'ils ont presque fondée en commun le nom qu'elle porte aujourd'hui. Le sentiment que M. Vimont éprouve pour Spurzheim, est, ce me semble, toul autre chose que de l'admiration, et du reste il ne prend guère la peine d'en dissimuler la nature. M. Vimont parait ne voir dans ce grand phrénologiste qu'un simple disciple de Gall, mais un disciple

(1) J'ai déjà eu occasion de citer souvent son Traité de p/trénnlofjie humaine et comparée, Paris, 1835, 2 voi. in-4, avec alla» in-folio.

Antérieurement à ce grand travail, M. Vimont avait, en 1827, présenté à l'Institut de Fiance, pour le prix de physiologie, un important mémoire phrénoloiiique , ayant pour pièces à l'appui un nombre immense (2,600) de tcte3 d'animaux. Cela ne convertit pourtant pas l'Institut à la phrénologie.

qui a gâté l'œuvre du maître, et qui de plus a empêché la filiation phrénologiquc d'aller en droite ligne de Gall, l'inventeur de la doctrine, à l'auteur du traité de phrénologie comparée. Ces fâcheuses dispositions de M, Vimont à l'égard de Spurzheim se trahissent dès le début de son livre.

Gall, tout en exposant les facultés de son système dans un ordre ascendant qui conduisait des plus brutales aux plus intellectuelles, n'avait pas été tellement fidèle à cet ordre, qu'il n'eût placé au-dessus ou à la suite des facultés réflectives, apanage plus particulier de notre espèce, des sentiments dont quelques-uns, de son propre aveu, nous sont communs avec quelques animaux, de telle sorte que sa philosophie de l'homme se trouvait avoir pour clef de voûte la faculté qui caractérise plus particulièrement certain quadrupède d'un assez mauvais renom d'esprit, le sentiment de l'opiniâtreté. Spurzheim, il faut lui rendre cette justice, avait fait une classification plus étudiée et réellement plus scientifique, dans laquelle, s'élevant des besoins aux sentiments, et de ceux-ci aux aptitudes de plus en plus intellectuelles, il arrivait, en terminant, aux facultés de la raison et de la parole, qui sont l'attribut exclusif et comme la couronne de l'humanité. Cette classification, qui est généralement admise par la phrénologie des deux hémisphères, n'a pas satisfait M. Vimont, et voici comment il s'exprime et sur elle et sur son auteur.

'( Après un examen réfléchi de la classification de te ce médecin (Spurzheim), je me suis vu forcé de « l'abandonner. Plus je l'ai étudiée, plus elle m'a <( paru vicieuse par le fond et par la forme, par les di- « visions et subdivisions des facultés, et par la ma- <(jcure partie des expressions ridicules employées ((■pour les désigner. J'ai peine à concevoir comment, <( avec un esprit d'observation assez remarquable, (( Spurzheim n'a pas été frappé lui-même du vice de « sa nomenclature. J'ai vu avec plaisir que les mé- (( decins les plus distingués de France n'ont jamais (( pu condescendre à recevoir les mots sécrétivité, <( merveillosité , langage prétentieux , de mauvais « goût, et qui figurerait à merveille dans la comédie « des Précieuses ridicules ou des Femmes savantes (1),

Il n'y a pas moyen de ne pas partager un peu la colère de M. Yimont contre ce qu'il appelle le langage de Spurzheim. Mais ce langage n'est ni prétentieux, ni de mauvais goût, comme le croit Thonorable physiologiste ; il est tout simplement phrénologique, et ne saurait figurer ailleurs que dans des livres de phrénologie. Je suis pourtant forcé de le faire figurer dans celui-ci, et j'en demande encore une fois pardon au lecteur, qui me tiendra compte, je l'espère, de cette triste nécessité.

En conséquence de son opinion sur la classification phrénologique de Spurzheim, M. Viraont en a

<1) Ouvrafji; dté, t. II, p. 105.

élaboré une, où, refaisant un peu plus mal ce par quoi Gall avait commencé, il sépare les sentiments des penchants, dont quelques-uns pourtant sont déjà des sentiments, fort empreints même de moralité; intercale, entre les uns et les autres, d'abord les facultés perceptives, en partie communes aux animaux et à l'homme, ensuite les facultés réflectives particulières à notre espèce ; enfin couronne le tout par trois facultés qu'il appelle des sentiments, l'amour du merveilleux, l'esprit poétique, et, tout en haut, le sens des arts, qui se trouve produire, suivant l'occasion, la Transfiguration, la Cène, ou les serrures de sûreté.

Cette classification une fois établie, M. Yimont passe au détail des organes, la chose qui nous importe le plus ici. M. Yimont n'en a inventé que six; mais cette addition aux créations de Spurzheim n'en forme pas moins un total de quarante-deux organes, et M. Yimont n'en restera peut-être pas là.

Le premier des organes inventés par M. Yimont, c'est celui de la conservation ou de l'amour de la vie. Nous savons déjà où est placé cet organe, et nous en avons parlé à propos des conquêtes phrénologiques accomplies par Spurzheim. Mais, suivant M. Yimont, ce serait à tort qu'on ferait honneur de sa découverte au collaborateur de Gall. C'est à lui, M. Yimont, à lui seul, qu'il faut l'attribuer, et nous pensons avec Broussais que la vérité de son

affirmation ne saurait être l'objet d'un cloute (1). Un second organe créé par M. Vimont, c'est celui qui force une faculté à continuer son action. Mais il est juste de remarquer que si M. Vimont a créé cet organe, il n'en a pas découvert la fonction. Cette découverte est due à M. G. Combe. Ce dernier, comme nous lavons déjà vu, avait pensé que l'organe de l'habitativité, indépendamment de la faculté que lui attribue le barbarisme de Spurzheim, en a encore une autre, celle d'une concentration de l'attention sur les actes des autres facultés ; et, regardant sans doute ce nouvel attribut comme bien supérieur au premier, c'est de celui-là seul qu'il avait tenu compte pour donner à cet organe bicéphale le baptême d'un nouveau barbarisme, concentrât ivit y. M. Vimont a voulu qu'il y eût deux organes là où il y avait deux facultés. Pour la faculté et l'organe de l'habitativité, il s'en réfère à peu près à Spurzheim. Quant à la faculté de concentration, après avoir traduit, pour la dénommer, la désignation écossaise par la phrase que j"ai citée, il en place l'organe vis-à-vis de l'angle postérieur et interne du pariétal, au-dessous de l'organe de l'habitativité, lequel lui abandonne un peu de ses circonvolutions, et, pour lui faire place, se retire aussi vers le vertex, déplaçant, par le même mouvement, l'organe de l'orgueil, qui lui est immédiatement supérieur (2).

(1) Cours de phrénoloyie, p. 237.

(2) Traité de phre'nologie humaine et comparée, t. Il, p. 210.

Un troisième organe, dont la découverte est due à M. Yimont, c'est celui qu'il appelle de l'attachement à la vie ou du mariage. Ce phrénologiste a pensé que cette espèce d'union exclusive de deux individus de sexe différent ne pouvait, soit dans notre espèce, soit dans les autres espèces animales, s'expliquer par l'action simple ou combinée d'aucun de ses quarante et un organes. En conséquence, il en a trouvé un quarante-deuxième, placé immédiatement à côté et en dehors de celui de l'amour des enfants, qui lui abandonne en bon frère un peu de sa matière cérébrale.

Nous franchissons un intervalle considérable, et nous arrivons avec M. Yimont aux facultés intellectuelles perceptives. Une de ces facultés est celle de l'étendue, et M. Yimont ne croit pas qu'on puisse la confondre avec celle de percevoir la distance (1). Il crée donc un organe de la distance, et le place au-dessus de l'orbite, dans une partie du cerveau où il y en avait déjà un grand nombre, et beaucoup plus que de circonvolutions. Aussi le nouvel organe, pour se loger entre celui de l'étendue et celui de la pesanteur, est-il obligé de les repousser un peu tous les deux, l'un en dedans, l'autre en dehors, non toutefois sans leur avoir emprunté un peu de leur substance grise et blanche. C'est toujours le même procédé, et cela doit donner confiance dans ses résultats.

(I) Ouvrage cité, t. III, p. 290.

A côté de l'organe de la distance, M. Vimont en a ■découvert un autre, celui du sens géométrique ; ce mot n'a pas besoin d'explication. Mais ce n'est pas, comme on pourrait le croire, sur le cerveau ou le crâne des grands mathématiciens du temps présent ou du temps passé (1), que M. Yimont a trouvé cet organe. Il l'a découvert sur le crâne des canards sauvages, qui volent en formant un triangle (2), sur le crâne des lemmings, qui voyagent par ordre de bataille (3), sur celui enfin des harengs, qui nagent et viennent se faire mettre à la saumure par bandes assez régulières (4). La démonstration embrasse comme on le voit, le ciel, la terre et les eaux, et il ne semble pas qu'il soit possible d'y rien ajouter. J'oubliais de dire que cet organe de la géométrie des harengs et des canards est situé entre l'organe de la distance, qiii est en dedans, et celui de la pesanteur, qui est en dehors; c'est comme une section de l'Institut.

Le dernier organe découvert jusqu'à présent par M. Vimont, c'est l'organe dusens du beau dans les arts^ qu'il a donné pour couronnement à son édifice organologique. On a déjà tant parlé du beau, que le meilleur moyen de rajeunir ce sujet c'était peut-être de le considérer du point de vue phrénologique, qui est au moins un point de vue original. Mais pour cela

(1) Ouvrage cité, t. H, p. 295.

(2) Ibid., ihid., p. 293.

(3) Ihid., ihid., p. 294.

(4) Ihid., ihid., p. 294.

il n'était pas nécessaire, ce me semble, de créer un nouveau sens, d'imposerun nouvel organe à ces lobes antérieurs du cerveau déjà si surchargés d'organes de perception, de composition, de réflexion, de philosophie. En envisageant convenablement l'action combinée des anciens sens de la construction, de la configuration, de l'idéalité, de l'imitation, de l'individualité, du merveilleux, etc., un phrénologue quelque peu ami des arts eût certainement pu dire sur le beau des choses qui ne seraient jamais venues à l'esprit de Winckelmann ou de Lessing.

Quoi qu'il en soit, le nouvel organe a pris place à la partie externe du front, entre ceux du talent musical, de l'esprit de discrimination (nous verrons tout à l'heure ce que c'est que cet esprit-là), de l'esprit poétique, et enfin du talent de la construction, organes dont chacun lui a donné, suivant l'usage, un peu de sa matière en même temps qu'un peu de son esprit. C'est un sens qui, comme on le voit, est tout à la fois assez bien pourvu et assez bien avoisiné.

Tels sont les six nouveaux organes introduits par M. Vimont dans le catalogue du système. Mais ce n'est pas là, à beaucoup près, tout ce que lui doit la phrénologie. M. Yimont semble avoir eu l'intention de renouveler la face de la science. Principes, facultés, organes, il a touché à tout, pour tout reconstruire, et si Gall et Spurzheim revenaient à la vie, je veux dire à la crànioscopie, ils auraient peine à se re-

connaître dans le nouveau palais que M. Vimont a élevé à leur doctrine.

M. Vimont, s'attaquant d'abord aux principes, commence par reprocher à ses maîtres, à Gall aussi bien qu'à Spurzheim, d'avoir donné aux facultés de leur système des caractères généraux incapables de particulariser chacune d'elles (l), ce qui est pourtant, dans toute science, le fait des caractères généraux. Après ce reproche, peut-être un peu inattendu, et dont on pourra lire le développement dans l'ouvrage de M. Vimont, ce phrénologiste en articule un autre, bien plus grave, et que je citerai textuellement.

« Quelle était la première chose que devaient faire « Gall et ceux qui ont écrit sur la phrénologie ? « C'était, après l'exposition de la théorie des fonc- « tions du système nerveux cérébral, de donner une « espèce de carte où le siège des organes fût indiqué « rigoureusement. Eh bien! je puis affirmer que jus- « quà ce jour on n'a rien jn'oduit de bon à cet égard. « L'ouvrage f?e Gall, sauf qvelqves organes assez bien « indiqués, est plutôt propre à induire en erreur qu'à (( donner une juste idée du siège des organes (2). »

Et si vous croyez que Gall n'a fait que se tromper dans presque toutes ses déterminations organologiques, vous vous tromperiez beaucoup vous-même ; car Gall, nous l'avons déjà vu, a mis, suivant M. Vi-

(1) Ouvraiji' cile, t. II, p. 9i et suiv.

(2) Ihid.. t. II, p. 112.

mont, beaucoup d'adresse (1) dans sa manière de présenter les faits, surtout en phrénologie comparée. Mais, qu'il y ait de la part de Gall erreur ou adresse, cette adresse dont tout le monde devine le vrai nom, il est certain qu'au dire de M. Vimont, il n'y a pas grand compte à faire de presque toutes les déterminaticms de son illustre maître, soit en phrénologie comparée, soit même en phrénologie humaine.

<( Ainsi, suivant M. Vimont, tout ce que Gall a dit <( sur le siège de l'organe de la destruction chez les « oiseaux est extrêmement vague ou inexact ; il con- <( fond cet organe avec celui qui préside au choix des (( aliments. Dans le cormoran, il prend l'organe de «l'alimentation pour celui du penchant à détruire ; « de là ces différences de place suivant les es- « pèces (2). »

« Sur la figure :2 de la planche XIV de son atlas, <( Gall, dit encore M, Vimont, indique la région de a l'organe qu'il appelle instinct carnassier, exacte- « ment sur la partie qui se trouve correspondre à « celui de la circonspection (3). »

(( Si l'on cherchait avec Gall, dit toujours M. Vite mont, le siège de l'organe de la ruse chez les (( oiseaux dans la même région que chez les quadru- «pèdes, c'est-à-dire sur l'os pariétal, et que l'on <( choisît pour exemple un crâne de coq pour fiiire

(1) Ouvrage cité, Introduction, p. 14.

(2) /iîV/., t. II, p. 19J.

(3) Ihid., ihid.

(i l'application, on tomberait juste sur une partie du <( crâne où l'on ne voit pas de cerceau (I). »

Quant à l'organe du courage, « Gall en indique le « siège chez le cheval dans un point où il ne se ren- « contre pas non plus de cerveau, erreur que repro- « duit Spurzheim en copiant le dessin de Gall (•2].»

(( Gall indique, d'une manière on ne peut plus « inexacte, le siège de l'organe de l'amour des petits (( chez les oiseaux. Cet organe, d'après ce qu'il en « dit, s'étendant depuis la ligne médiane jusqu'à « l'organe de l'ouïe, comprendrait toute la partie (( postérieure de l'hémisphère cérébral ; or, cette ré- <( gion contient plusieurs parties cérébrales affectées «à diverses fonctions (3). »

On voit que M. Vimont a reconnu, comme moi et avant moi, le procédé en vertu duquel Gall prend successivement, chez les animaux qui ont un petit cerveau, toute une partie de ce viscère pour les organes de cinq ou six facultés différentes.

Je continue à citer.

« Pour ce qui est du même organe (celui de l'a- « mour des petits) chez les quadrupèdes, Gall est « tout aussi inexact. Il en place le siège dans le che- '( vreuil ailleurs que dans le bœuf, et l'organe a la « môme place dans les deux espèces (4). »

(1) Ouvrage cité, t. Il, p. 198.

(2) Ibid.,L II, p. 201.

(3) I/jid., t. II, p. 253.

t4) I/jid., t. H, p. 255.

2 3-2 L\ PHRENOLOGIE

(( Gall s'est trompé en prétendant que la région « pariétale moyenne correspond à l'organe de la cir- « conspection chez les animaux (1). »

(( Il a fort mal indiqué le siège de l'organe de la (! mélodie chez les oiseaux ('2). »

(i Suivant lui, l'organe des localités est très-difficile <( à distinguer chez les petites espèces d'oiseaux (( voyageurs, et l'on pourrait même l'y confondre « avec l'organe de l'amour de la progéniture. C'est (( absolument, dit là-dessus M. Vimont, comme si (i l'on prétendait qu'il est possible de confondre les « yeux avec les oreilles (3), »

« Gall, enfin, a eu tort d'indiquer chez le hamster, <( la marmotte, le castor, chez tous les rongeurs, le (( siège de l'organe de la construction au-dessus et « en avant de l'arcade zygomatique, car c'est là que (( se trouvent, sous l'os temporal, les organes de la « destruction et de l'alimentation (4). »

Voilà delà part de Gall, en phrénologie comparée, bien des erreurs ou bien des tours d'adresse, et l'on conçoit très-bien que M. Vimont ait pu dire que toutes les applications faites par Gall de ses déterminations organologiques aux tètes d'animaux sont très-inexactes; que lui M. Vimont, se verrait forc^ de l'abandonner entièrement, quand il serait question

(1) Ouvrage cité, t. II, p. 275.

(2) Ibid., t. II, p. ;37l.

(3) IbuL, t. Il, p. 30T.

(4) Ibid., t II, p. 3G1.

DEPllS GALL. 23 3

d'appliquer la phrénologie aux vertébrés. (1), et qu'il ferait connaître combien est gronde l'imperfection des travaux de Gall sur plusieurs points essentiels de la physiologie du cerveau (2).

Spurzheim, suivant M. Viraont, est loin aussi d'être à l'abri de tout reproche en phrénologie comparée, lui qui, par exemple, place l'organe de la douceur chez le chien à l'endroit môme où se trouvent d'énormes sinus frontaux (3), et qui, chez le même animal, indique l'organe du courage au point d'insertion des muscles postérieurs du cou (4). Il n'est pas même, non plus que Gall, exempt d'erreur et même d'adresse en organologie de l'homme. M. Vimont, comme je l'ai déjà dit, les accuse l'un et l'autre d'avoir exagéré, dans le portrait qu'ils ont donné de Rubens, la saillie que forme dans l'arcade sourcilière le grand développement de l'organe du coloris (5). Ils se sont aussi trompés ensemble, mais sûrement dans ce cas il n'y a eu querreur, dans le siège qu'ils ont assigné à l'organe de l'attachement. Ils l'ont marqué trop haut et trop près de la ligne médiane (6). Il faut dire ici que M. Yimont ne pouvait manquer de les accuser de cette méprise, lui qui, plaçant en dedans et en haut de l'organe de l'attachement un

(1) Ouvrage cité, t. II, p. 280.

(2) Ihid., t. II, p. 281.

(3) Ihid., Introduction, p. 27.

(4) Ihid., t. II, p. 117.

(5) //.(>/,, t. Il, p. 3i9.

(G) Ihid., t. II, p. 227.

23 4 LA l'IIRENOLOGIE

organe que Spurzheim lui-môme n'admettait pas, celui de la concentration, repousse, par cela même, en dehors et en bas le premier de ces deux organes (I). C'est la môme raison qui a fait dire à M. Vimont que Gall avait placé l'organe de l'orgueil trop bas ou trop en arrière (2), et que Spurzheim aurait dû rapprocher davantage du front celui de l'espérance (3), dont pourtant il est l'inventeur.

Gall et Spurzheim étaient à la fois d'avis que le cervelet est dans sa totalité l'organe de l'instinct de reproduction. M. Yimont, il est bon que je le répète ici, pense que les masses latérales de cet organe pourraient bien être seules affectées à cette faculté, tandis que sa partie centrale serait l'organe de la locomotion, l'organe de l'agilité, de la sûreté du pied chez les animaux (4). C'est oublier, comme je l'ai aussi fait remarquer, que chez nombre d'espèces très-reproductives de vertébrés inf^neurs, cette partie centrale est tout ce qui subsiste du cervelet.

L'amour de la propriété, l'instinct du vol, de Gall, se liait, dans son grand développement, à un grand développement de cette proéminence cérébrale, placée par lui sous la partie antérieure de la tempe. M. Vimont dit qu'il n'est pas vrai que, comme le préfend son maître, tous les voleurs présentent un tjrand

(1) Ouvrage cité, t. Il, p. 210.

(2) ItAcL, t. II, p. 403.

(3) Ibid., t. II, p. 422.

(4) Ihid., t. II, p. 242.

dêceloppement de cet organe, et il ajoute, contre lui encore, qu'il arrive quelquefois que la partie du pariétal sous lequel il siège soit déprimée, bien que l'organe lui-même offre un assez haut degré de développement (Ij. Cette assertion est un trait de prudence crànioscopique dont nous avons déjà vu un exemple dans Gall à l'article de l'organe du courage. Voilà déjà bien des bouleversements et des ruines dans le champ de la phrénologie. Douze ou quinze organes sur le carreau, c'est-à-dire mal déterminés parles deux crànologues qui passent pourtant pour en avoir fait la découverte, un pareil résultat aurait pu, ce semble, contenter les plus exigeants. Il n'a pourtant pas contenté M. Vimont. Après le tour des organes, vient celui des facultés, et il n'en est presque pas une qui lui échappe sans meurtrissure. J'ai dit avec quel profond mépris il traite les noms que leur a imposés Spurzheim. Ceux que leur avait donnés Gall ne trouvent guère plus grâce devant saplume, et il est rare qu'il les conserve sans amendement. Et ces changements de nom, loin d'être chez M. Vimont chose oiseuse, se lient au contraire, dans sa manière (le voir, à un changement dans la nature des facultés; je veux dire que M. Vimont attribue au plus grand nombre d'entre elles des caractères très-différents de ceux que leur avaientassignés leurs inventeurs.

(1) Ou.vra(je cUc, t. II, p. 2CG, :;G7, 208.

•i'iô LA PHRENOLOGIE

La première de toutes ces facultés, celle de la conservation, a, suivant lui, dans son domaine, une partie des manifestations affectives que Gall et Spurzheim avaient rapportées à l'action, soit isolée, soit combinée, des instincts de la ruse et de la circonspection. Ainsi la peur, dit M. Vimont, n'est ni une affection de l'organe du courage, comme le prétend Gall, ni une affection de celui de la circonspection, comme au contraire l'établit Spurzheim ; mais elle est exclusivement une affection du sens de la conservation (1). Les phrénologucs, comme on le voit, n'auront ici que l'embarras du choix.

L'instinct d'alimentation reçoit, dans la manière de voir de M. Vimont, un supplément d'attributions qui soulèvera peut-être quelques doutes. « Un fait, « dit ce pbrénologue, auquel j'étais loin de penser « d'abord, et qui m'a cependant été confirmé par <{ une multitude d'observations, c'est que l'organe « de l'instinct d'alimentation est généralement assez « prononcé chez les personnes qui aiment beaucoup « à fumer. Personne, ajoute M. Vimont, n'avait fait « avant moi cette remarque {%. » Je crois, en effet, que ce n'est que d'après lui qu'elle a été émise par deux autres phrénologistes (3). J'ai omis de dire,

(1) Ouvrage cité, t. II, p. 1 GO et 20ô.

(2) Ifjid., t. 11, p. 173.

(3) MM. Ombros et Th. Penlhélite : De l'aliment ivite' ou du sens de la faim et de la soif: journal de la Société phrénologique de Paris, t. III, 1835, p. 430.

quand il a été question des organes admis, rectifiés ou rejetés par M. Yimont, que le siège de celui de cette faculté a été, à ce qu'il assure, mo.l indiqué par fous les auteurs qui en ont traité, y compris même le docteur Hope, ù qui pourtant Von en doit la découverte, y compris par conséquent G. Combe et Spurzheim, qui n'en ont parlé que d'après ce dernier il\ Le lecteur trouvera peut-être cette affirmation bien hardie, et surtout un peu compromettante pour la détermination organologique qu'elle concerne.

Mais ce qui, dans les idées de M. Yimont, me semble d'une hardiesse beaucoup moins rassurante encore, c'est la manière dont il a envisagé l'instinct carnassier ou du meurtre de Gall, l'instinct de destruction de Spurzheim (2'. Pour le fondateur de la phrénologie, cet instinct était tout simplement celui qui porte à faire souffrir un être ayant vie, à le tuer, et à se nourrir de sa chair. Spurzheim avait un peu étendu ce triste domaine. Son instinct de destruction ne poussait pas seulement à tuer, mais à détruire avec colère ce qui môme n'a ni sensibilité, ni vie ; et jusque-là au moins restait le sentiment fondamental d'une impulsion violente et funeste. M. Yimont a trouvé la généralisation trop étroite. C'est un acte de destruction, a-t-il dit, (juc la section d'une touffe d'herbe par la dent paisible d'un mouton ; et son

(I) Ouvrarje cité, t. Il, p. 178.

(?) Voir, sur ce point, mon mémoire sur VOrgane phrénolnfjiqui'.de la destruction <],ez les animaux, in-8, Paris, 183S.

238 LA PUREKOLOGIE

instinct de la destruction a tout embrassé, le meurtre d'un homme et le repas d'une brebis (1). Broussais a pris cette assimilation sous son patronage (5), et elle constitue présentement un des principaux dogmes phrénologiques. Ce que ce nouvel article de foi a de contraire à la logique et à la grammaire, je ne m'arrêterai pas à le faire voir; mais ce que tout le monde m'accordera, et, je l'espère, M, Yimont luimême, c'est que le sentiment essentiel de ce nouvel instinct n'est plus en aucune façon celui de l'instinct carnassier de Gall, celui même de l'instinct de destruction de Spurzheim, et c'est pour le moment tout ce qui m'importe.

Amour des. petits, amour des enfants, ce sont là des désignations que M. Vimont trouvé mauvaises. Il faut appeler, dit-il, l'instinct qui représente cette sorte d'amour, instinct de conservation du produit de la conception, parce que ce n'est point à des petits qu'ils ne connaissent pas encore, mais bien à ce produit de la conception, (qu'ils ne connaissent pas davantage) que s'adressent les préparatifs de réception, la confection des nids, par exemple, que font certains animaux à l'époque de leurs omom^s (3). Les lobes postérieurs du cerveau sont, comme on sait, dans leur pointe, l'organe phrénologique de cet instinct. Mais suivant

(1) Ouvrarje cité, t. l!,p. 188 à 192.

(2) Cours de phrénologie, p. 218 et s\x\\. — De Tirritation et de la folie, 2« édition, t. I, p. 198, 3G3 et suiv.

(."î) Ouvrage cité, t. Il, p. 250.

M. Vimont, Gall a eu tort de dire que chez les femelles ces lobes sont plus développés que chez les mâles, et il s'inscrit nettement en faux contre cet axiome organologique (1). Suivant lui encore, Gall a prétendu à tort que la castration chez les quadrupèdes et les gallinacés donne lieu à un développement accidentel de l'organe de l'amour des petits. Je ne comprends pas, dit M. Vimont, comment un pareil effet pourrait se produire (2) ; et huit lignes plus bas seulement, il avance que chez le chapon le m.ême organe, celui de l'amour des petits, a pu entrer en action parl'eflet même de la castration (3). Je ne sais pas si M. Vimont comprend mieux ce dernier effet. Mais entrer en action et se développer, d'après les règles de la physiologie la plus vulgaire, et d'après celles surtout de la phrénologie, ne sont-ce pas deux degrés de la vie d'un organe, et l'un ne conduit-il pas à l'autre?

J'ai déjà dit de quelle manière M. Vimont a réprimandé son maître, au sujet du développement de l'organe de la propriété. Il le traite avec tout aussi peu de mesure à l'occasion de la faculté elle-même. Gall, relativement à l'essence de cette faculté, avait comme posé en principe qu'on ne vole que pour voler, c'est-à-dire par amour de soi et du bien des autres, et cela, la plupart du temps, sans but plus éloigné

(1) Ourrarje cité, t. II, p. 252.

(2) llnd.,\.. II, p. 2C0.

(3) Ibid., t. II, p. 261.

et plus réfléchi. Ce n'est ni ainsi, ni pour cela qu'on tlérobe, dit M. Vimont : on dérobe pour manger, par exemple, ou dans le but de la satisfaction de toute autre faculté. Les hommes ont cela de commun avec les animaux (1). Cette nouvelle manière de voir de M. Vimont est dans tous les cas plus honorable pour notre espèce que les anciennes idées de son maître, et il y a d'autant moins d'inconvénient à l'adopter qu'elle rend à peu près inutile une des principales facultés admises par la phrénologie.

Arrivant aux facultés perceptives, M. Vimont s'exprime ainsi : « Tout ce que Gall a dit sur les facultés «. ainsi appelées par les métaphysiciens me paraît u souvent très-vague, et je me vois forcé de l'aban- (( donner (2). » En conséquence, il faut, suivant M. Vimont, appeler perception ou conscience des objets ce que Gall a appelé mémoire des choses, mémoire des ftiits, éducabilité, perfectibilité, toutes expressions à rejeter. Et d'ailleurs, continue M. Vimont, qu'est-ce que c'est que cette éducabilité que Gall, dans tel endroit de son ouvrage, accorde avec raison au renard, et qu'il lui refuse quelques pages plus loin? Qu'est-ce que cette perfectibilité, dont le même Gall place l'organe tantôt dans une partie très-restreinte du cerveau, tantôt dans la totalité du front (3)? Je suis parfaitement d'accord avec M. Vimont sur

(1) Ourra/je cité, t. II, p. 257, 2G8.

(2) Ifjùl., t. II, p. 280.

(3) l'jtd., t. II, p. 281, 282.

DEPUIS GÀLL. 2U

toutes ces contradictions de Gall, et je regrette sincèrement que ce savant anatoraiste n'en ait pas tiré la conclusion qu'elles renferment.

Le sens de la pesanteur avait reçu ce nom de Spurzheim, et c'était là, au dire de M. Yimont, une dénomination très-défectueuse (1). M. G. Mackensie, d'Edimbourg, a donc bien fait d'appeler ce sens, sens de la résistance. C'est ce sens qui, suivant M. Yimont, fiiit les bons joueurs de billard, les beaux danseurs, les beaux patineurs, enfin les pigeons culbutJints (-2) !

Gall avait rattaché à deux facultés distinctes la mémoire des mots et la faculté du langage. Spurzheim n'y avait vu, au contraire, que deux points de vue d'une même faculté, et M. Yimont est de son avis. Mais il le blâme d'avoir dit que le talent de la philologie n'est qu'un mode du jugement de la mémoire verbale. -Ce genre de talent ou de mémoire n'est, suivant lui, que le résultat de l'heureux développementdes facultés intellectuelles supérieures (3), et par conséquent, il ne saurait avoir pour signe essentiel les yeux pochetés, ou à fleur de tôte (4). Cette dernière dénégation est fort grave ; elle compromet le système dans son origine même. On sait que c'est à l'observation de ces gros yeux, de ces yeux de ba:uf,

(1) Ouvratje cité, t. II, p. 296.

(2) Ibid., t. H, p. ÏOG.

(3) Ihid., t. II, p. 3iO.

(4) Ibid., t. II, p. 3i2.

2 42 LA THRENOLOGIE

signes prétendus de la mémoire des mots, que Gall dut la première idée de ses recherches ; ce fut pour lui la pomme de Newton. M. Vimont nie également que le perroquet ait la faculté du langage. Le perroquet, dit-il, n'imite la voix humaine que parce qu'il est doué à un haut degré du talent d'imitation, talent queM. Yimont appelle encore faculté du langage d'expression (1). Il semblerait donc fort douteux que Gall ait pu trouver chez le perroquet l'organe d'une faculté que, suivant M. Vimont, cet oiseau ne possède pas.

Je passe sur les idées de ce phrénologue au sujet de la faculté de comparaison, qu'il nomme appréciation de l'état des choses (2V II n'a pas tort d'être mécontent de ce qu'en dit Gall; mais je ne voudrais pas en conclure qu'il en a mieux parlé que lui. Je note seulement qu'il en a parlé autrement, et qu'en outre il blâme Gall de ne pas avoir reconnu cette faculté chez les animaux (3).

Je note de môme, et ce sera ma dernière remarque, que l'esprit caustique de Gall, l'esprit de gaîté de Spurzheim, n'ont plus, suivant M. Yimont, le mot pour rire. M. Yimont a rendu cette faculté tout à fait grave et supérieure. Il l'appelle esprit de discrimination, ou de combinaison. Enchérissant sur ce qu'en ont dit avant lui trois grands phrénologues étrangers, M. Scott d'Edimbourg, M. Hewet-Watson,

(1) Ouvrage cité, t. II, p. 375.

(3) I6ic?., t. II, p. 383.

M.Schwartz, il dit que cette faculté a pour objet de réagir sur les impressions produites par les autres facultés (1), et qu'elle aune tout autre nature que celle que lui ont attribuée Gall et Spurzheim (2). En conséquence, dit-il, Spurzheim a commis une double erreur, en plaçant cette faculté au nombre des sentiments, et en la considérant comme la cause de la gaité ^3).

Je viens de donner une grande place aux idées et aux découvertes de M. Yimont en phrénologie humaine et comparée. La haute réputation phrénologique de cet auteur, 'l'importance et le format de son ouvrage, le magnifique atlas qui l'accompagne, tout me faisait une loi d'en agir ainsi à son égard. Mais il était surtout nécessaire que je fisse connaître tout ce qu'il y a de réellement nouveau dans ses travaux j)hrénologiqucs, et les différences qui existent entre les déterminations psychologiques et organologiques qu'il a effectuées et celles qui appartiennent aux deux fondateurs de la doctrine. J'aurais pu sur ce dernier point être beaucoup ^lus long encore que je ne l'ai été. Mais j'aurais alors dépassé toutes les bornes. J'en resterai donc là pour le moment sur le fait de ces différences, et ce ne sera que plus tard que j'en tirerai les conclusions qu'elles renferment, el que le lecteur doit pressentir.

(1) Ouvrage cité, t. Il, p. 38G.

(2) Ihid., t. 11, p. .387.

(3) Ibid., i.W, p. 38C.

Après M. Yiraont, qui reconnaît, comme on \ient de le voir, quarante-deux organes, tandis que Gall n'en avait admis que vingt-sept, et Spurzheim que trente-cinq ; qui prétend que ses deux maîtres, ou au moins ses deux prédécesseurs, n'entendaient pas grand'chose en phrénologie, soit humaine, soit comparée, qu'ils se trompaient sur les principes, se trompaient sur les applications, usaient d'adresse dans leur façon de présenter les faits, et étaient si peu exercés au manuel même de leur système, qu'ils numérotaient des organes sur des endroits de la tête qui ne correspondent pas au cerveau ; après une telle autorité s'en présente une autre, non moins grande, qui, tout en ayant l'air et véritablement la volonté de revenir purement et simplement à Gall et à sa méthode, est peutêtre de l'un et de l'autre l'adversaire le plus redoutable. Ce dangereux ami, cet ennemi, on peut le dire, intime, c'est feu Bailly de Blois, auteur laborieux et exact de plusieurs mémoires d'anatomie avant tout phrénologique, et d'idées qui ne le sont pas moins (I).

(1) Bailly de Blois a aussi publié un Traité anatomico-pathnloyique (comme on disait dans ce temps-là) des fièvres intermiftentes simples et pernicieuses, l vol. in-S, Paris, 1825.

Quant à ses travaux sur le système nerveux et plus particuliè renient sur la phrénologie, en voici les principaux :

Recherches d'anatomie et de physiologie comparées du système nerreux dans les quatre classes d'animaux vertébrés. (Analysé

De tous les phrénologistes c'est celui dont les opinions m'ont paru porter la plus mortelle atteinte aux principes mêmes de la doctrine, et c'est pour cela que je lui ai réservé la dernière place.

Feu Bailly a d'abord, sur la nature môme de la phrénologie, une manière de voir tout à fait à lui, et qui en ferait remonter loin l'histoire. Il parle d'une phrénologie des premiers âges du monde, comme Bruckcr traite de leur philosophie. « Les mêmes or- «ganes, dit-il, qui ne sont que rudimentaires chez « les mammifères (et l'homme fait partie de ces « animaux-là), sont là comme souvenir des premiers « temps de la création (1). »

dans Archives générales de médecine, janvier 1824, et Bulletin universel de Férussac, même année.)

De l'existence de Dieu et de la liberté morale, démontrée^ par des arguments tirés de la doctrine du docteur Gall: in-8.de 56 pages, Paris, 1824.

Essai sur les moyens de faire faire des progrès à la phrénologie ; avantages, insuffisance ef abus de la crdnioscopie. {Journal de la Société phrénologique de Pari>, t. 111. 1S25.)

Mémoire sur l'anatomie phrénologique des tubercules quadrijumeaux, du ruban gris des inammifcres (circonvolutions latérales de la moelle épinière des poissons cartilagineux] , et des faisceaux longitudinaux de la moelle épinière. (Journal de la Société phrénologique de Paris, t. III, 1833.)

Second mémoire d'anatontic phrénologique . (Journal de la Société phrénologique de Paris, t. III, IS35.)

Gall avait une considération toute particulière pour feu Bailly, qui lui avait rapporté de Home le plâtre du crâne du Tasse. Parmi les travaux de ce phrénologue, il y en a de purement anatomiques dont Cuvier avait tenu comjite.

(1) Second mémoire d'anatomie phrénologique. (Journal cité, t. 111, p. 458.)

On s'est quelquefois moqué d'Empédocle, à propos de la prétention qu'on lui attribue d'avoir été tour à tour arbre, poisson, et enfin lui-même. Il y avait pourtant, dans cette ambitieuse idée du thaumaturge d'Agrigente, le germe et comme la divination de la théorie moderne de la transformation des espèces. Après ce qu'ont dit sur ce sujet Lamarck et d'autres célèbres partisans de cette sorte de palingénésie, comment douter que nos ancêtres n'aient habité successivement les eaux, les airs et les forêts, et que tel, qui dans son orgueil de race se dirait volontiers issu d'un des rois du siège de Troie, ne se trouvât être tout simplement, en remontant un peu plus haut, le descendant incontestable de quelque hôte des anciennes mers ?

Notre cerveau, suivant feu Bailly, témoigne de la vérité de ce système. Nous y avons encore les organes qui servaient à nos pères à être poissons. Ces organes, ce sont les tubercules quadrijumeaux et les éminences mamillaires, parties qui, chez les poissons, ont toute l'importance des organes [cérébraux les plus développés (1), mais qui chez nous ne servent pas à grand'chosc, attendu qu'heureusement pour nous, nous ne ressemblons pas beaucoup à nos ancêtres. Nos facultés ont donc changé avec nos organes, quelques-uns de ces derniers ne sont véritablement là

(l) Second mémoire d'anatomie phrénologique, p. 458,

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