DU DEGRÉ DE CURABILITÉ DE LA PHTISIE
La question de la curabilité de la phtisie a déjà été abordée au chapitre Pronostic; il convient de l'envisager encore au point de vue thérapeutique et de rechercher dans quelle mesure les moyens précédemment étudiés sont efficaces. Peut-on les considérer comme des agents véritablement curateurs, ou bien faut-il ne voir en eux que de simples palliatifs? Sur ce premier point le doute ne nous paraît pas pouvoir exister. La phtisie est curable, cela est incontestable et il n'est pas de praticien, même parmi les plus incrédules, qui ne puisse citer quelques faits de guérison authentique. Pour notre part nous en avons observé un assez grand nombre. Nous allons même plus loin que la plupart des auteurs. Nous pensons qu'il n'existe pas de forme de la maladie que l'on soit en droit de déclarer nécessairement au-dessus des ressources de l'art ou de la nature ; nous ne faisons pas même d'exception pour la phtisie dite aiguë, nous appuyant sur les observations de Wunderlich, Colin, Empis, Lépine, etc. ; toutefois, nous le reconnaissons, ce sont là des cas exceptionnels, probablement même des guérisons temporaires qui ne sauraient détruire la loi générale de l'excessive gravité des diverses espèces de phtisie aiguë.
La phtisie chronique offre à la thérapeutique un terrain beaucoup meilleur. C'est dans la forme à marche lente, apyrétique, avec intégrité de l'appareil digestif que l'on constate les guérisons les plus nombreuses. Cette heureuse terminaison d'une maladie considérée longtemps comme incurable peut s'observer à toutes les périodes de l'affection, pourvu que les lésions aient envahi une partie peu étendue des poumons. Même lorsque le ramollissement s'est emparé des masses caséeuses et que des excavations se sont formées au milieu du parenchyme pulmonaire, tout espoir n'est pas perdu. Souvent, en effet, dans ces cas le médecin constate avec bonheur une tendance remarquable à la réparation des tissus; tantôt ce sont les parois de la cavité qui se rapprochent laissant pour tout vestige une cicatrice fibreuse ou fîbro-cartilagineuse ; tantôt c'est une substance gélatiniforme ou crayeuse qui en détermine l'oblitération complète ; ailleurs on trouve à l'intérieur de l'excavation une sorte de kyste fibreux plus ou moins épais qui obture l'orifice des bronches et empêche toute communication avec l'air extérieur; quelquefois la caverne est tapissée par une membrane lisse qui se continue avec la muqueuse des bronches. Dans ce dernier cas, quoique l'auscultation de la poitrine révèle l'existence du souffle caverneux et du gargouillement, la lésion retentit à peine sur l'organisme comme s'il s'agissait d'une simple dilatation des bronches.
TRAITEMENT. fcl9
On peut juger par ce qui précède combien sont variés les procédés dont se sert la nature pour amener, sinon la guérison absolue^ du moins un état valétudinaire voisin de la santé. L'essentiel, nous ne saurions trop le répéter, c'est que les altérations pulmonaires soient et restent limitées. Pour cela la maladie doit être attaquée dès ses premières manifestations locales et dans ses périodes stationnaires. Il faut agir avec résolution et conviction ; la prolongation de la vie et souvent la guérison définitive sont à ce prix.
En passant en revue le programme si complexe des soins, des précautions que comporte le traitement de la phtisie, programme qui comprend les voyages, le séjour dans le midi l'hiver, dans les montagnes en été, l'absence de travaux pénibles, une nourriture abondante, des médicaments coûteux, on est naturellement conduit à se demander avec tristesse ce qu'il adviendra des pauvres et des deshérités de la fortune dans une lutte qui exige de si dispendieux sacritices. Ici, comme en tant d'autres circonstances, le médecin se heurte douloureusement contre l'inégalité sociale avec toutes ses poignantes conséquences. Et cependant, pour les pauvres comme pour les riches, quoique avec des chances différentes, la lutte est possible avec des procédés identiques au fond, mais modifiés et amoindris sans doute par la dure nécessité des choses. « Les occupations malsaines, peu hygiéniques, dit Bennet, doivent être abandonnées par le phtisique pauvre. Il faut substituer la vie au grand air, les occupations du dehors aux travaux sédentaires de la maison et surtout il faut abandonner le séjour des villes pour celui de la campagne ou au moins des faubourgs. Les pauvres atteints de phtisie devraient retourner dans leur village natal, même s'ils sont forcés d'y occuper une position inférieure à celle acquise dans la ville. Les jeunes phtisiques doivent être placés en pension ou en apprentissage chez des parents campagnards; l'air pur de la campagne leur fera plus de bien que tous les médicaments qu'ils pourraient obtenir dans les hôpitaux et dans les dispensaires des villes. » Nous nous associons entièrement à ces sages conseils. D'ailleurs les administrations hospitalières des grandes villes, avec les larges ressources dont elles disposent, pourraient établir loin des centres, dans des localités rurales appropriées, des hospices qui même pour les tuberculeux avancés joueraient le rôle de sanatoria et rendraient de précieux services. Un grand nombre de projets de cette nature ont été mis en avant; quelques-uns ont déjà reçu un commencement d'exécution. Espérons qu'ils seront le prélude d'un ensemble de mesures hygiéniques, seules capables d'arrêter les progrès d'une maladie qui prélève sur la classe ouvrière un si lourd impôt.