‹ La Phtisiothérapie dans l'Antiquité: Orientaux - Grecs - ArabesChapitre 22 sur 30 · ON · texte numérisé non relu

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été d'excellente qualité, puisqu'il avait pu conserver les cadavres intacts durant une longue suite de siècles. Ils employèrent alors les cadavres asphaltés, à la place de l'asphalte lui-même, et peu à peu l'importance de celui-ci fut réléguée au second rang, et c’est au corps conservé que l'on attribua la principale vertu. Cela ressort, par exemple, d’une recette curieuse qui se trouve dans un Commentaire de l'épopée d'Alexandre, du poète persan Wizäm : prenez est-il dit, une personne rouge de cheveux, nourrissez-la de fruits jusqu'à l’âge de trente ans, noyez-la alors dans un vase en pierre rempli de miel et d'aromates, et fermez le vase ; en ouvrant celui-ci au bout de cent vingt ans, on trouvera le contenu entièrement momifié.

Ajoutons que la momie ou cadavre sera employée dans le traitement de la phtisie jusqu’au xvn° siècle.

$ 3. Règne animal.

L'organothérapie! n'a de moderne que le nom, car, de tout temps, la phtisie fut traitée par des remèdes tirés de l’homme ou de la bête. Les Chinois utilisaient le poumon de porc, les testicules de chien, le sang de cerf, la colle de peau d’âne noir, l’écaille de tortue brûlée, la gelée de corne de cerf, les os fossiles. Souvenons-nous que, dans l'antique Grèce, Esculape ordonna à un phtisique de boire du sang de taureau et manger de la chair d'âne. Hippocrate est le premier qui ait prescrit le castoréum, employé si souvent dans la suite, et la thériaque n'a dû sa renommée qu’à la

* Pour l'histoire de l’organothérapie à travers ies âges, consulter Barrier, Opolhérapie des Anciens (thèse de Paris, 1903).

chair de vipères qu'elle contenait et qu'il fallait ainsi préparer :

Choisissez, à la fin du printemps ou au début de l’automne, des vipères longues, pesantes, à l'œil vif, au museau retroussé, qui se sont nourries de semences de fenouil vert, coupez-leur la tête et la queue, enlevez-leur les entrailles et la peau, et faites bouillir leur tronc ainsi écorché dans de l'eau avec un peu de sel et d’aneth. Puis pressez légèrement la chair cuite, après qu'elle se sera détachée des os, et mélangez-la avec du pain sec pulvérisé, pour en faire de petits trochisques, que vous dessècherez au midi en les retournant fréquemment !.

Mais ce sont principalement les ouvrages de Dioscoride et de Pline qui abondent de ces sortes de remèdes, dont nous rappelons quelques exemples : le suif de chèvre, de bouquetin, la chair d’escargots, de limaces, de grenouilles, et surtout les écrevisses, contenant de la chaux. Voici comment on devait les brûler :

On leur coupait les pinces et les pattes, on leur fendait l'abdomen, on les lavait très bien avec de l'eau et du sel et des cendres de sarments ; on les mettait dans un poten terre tout à fait neuf, n'ayant jamais contenu d'eau; on beuchait le pot avec de l'argile pure, de la guimauve et du sel, et on le mettait dans un four où l’on avait cessé de cuire le pain ; on l’enlevait le lendemain. Il fallait avoir soin de ne pas les brûler jusqu'à la transformation en cendres, mais seulement jusqu’à la transformation en chaux ?.

Mais rien n'égalait le poumon de renard et de cerf,

{ Cabanès, Remèdes d'autrefois, Paris, 1905.

? Tiré du livre de l'Art du traitement, trad. Guigues.

qui restera en honneur jusqu’au milieu du xvmn° siècle. On l’accommodait de différentes façons, soit séché à la fumée et broyé dans du vin, soit en éclegme, écrasé avec du miel, soit mélangé à d'autres plantes. Avec les testicules de coq, il sera encore très à la mode du temps de Marcellus Empiricus, Paul d'Egine, Mésuë, au looch célèbre.

Prenez poumon de renard desséché, suc de réglisse, capillaire, graines de fenouil âà drach. ïij ; faites-en un looch avec du sucre et ajoutez-v du rob myrtin, si vous voulez corroborer fort.

Et remarquons que les Anciens n’utilisèrent que les poumons d'animaux à course rapide : « On supposail que ceux-ci devaient être particulièrement bien organisés pour résister à l’essoufflement de longue marche et à une allure soutenue toute la journée’. »

! Brunet, le Suc pulmonaire (thèse de Bordeaux, 1896).

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