‹ La Phtisiothérapie dans l'Antiquité: Orientaux - Grecs - ArabesChapitre 8 sur 30 · HISTOIRE DE LA PHTISIOTHÉRAPIE CHEZ LES ORIENTAUX · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE LA PHTISIOTHÉRAPIE CHEZ LES ORIENTAUX

$S 4, Les Hindous,

Environ quatre mille ans avant notre ère, existait, dans les plaines du Gange, un peuple de pasteurs, issu des plateaux du Pamir, les Aryas. Déjà à cette époque lointaine, où l'air était pourtant absolument pur, non contaminé par les germes morbides, la phtisie faisait des ravages, s’1l faut en croire ces hymnes religieux, les plus anciens monuments de la littérature hindoue, les Védas!.

1 Pour plus de renseignements, voir l’intéressant ouvrage du Dr Cordier, Etude sur la médecine hindoue (lemps védiques et héroïques), thèse de Bordeaux, 1894.

Dans le Rigvéda', ou livre des Hymnes, nous voyons le malade adresser d'humbles supplications aux dieux guérisseurs, car la maladie était pour lui un signe de la colère céleste. C'est ainsi que les deux Açvins, fils de Sürya(le Soleil) et de Saran”yn (eau, nuages, vents), étaient invoqués pour toutes les affections :

Trois fois, Acvins, donnez-nous les remèdes célestes, trois fois les terrestres, trois fois aussi (ceux qui viennent) des eaux; donnez à mon fils faveur, bonheur et prospérité ?.

Etaient aussi suppliés contre la phtisie, Indra, le roi des dieux ; Agni, le feu céleste : Sôma, la liqueur de vie ; Rudra, « le plus médecin des médecins ».…

Les propriétés des plantes furent beaucoup chantées, car les Aryas voyaient en elles le remède que les dieux avaient mis à leur disposition pour combattre les maladies :

O plantes, filles des temps reculés, plus vieilles de trois âges que les dieux mêmes, je veux chanter votre verdure de cent sept manières différentes. Oui, vous comptez cent espèces, et votre port est mille fois varié ; que la puissance dont vous êtes douées, me guérisse ce malade ! Venez joyeusement à son secours, avec vos fleurs, avec vos fruits. Semblable à la cavale qui arrive au but, que la plante nous couduise au succès... L'’herbe aqueuse, l'herbe laiteuse, l’herbe nourrissante, les voici toutes rassemblées pour guérir son affection... Sur votre route, de membre en membre, de jointure en jointure, vous chassez devant vous

! A. Langlois, Æig-Véda, trad. du sanserit, 1871. * Liétard, la Doctrine humorale des Hindous et le Rig-Véda, p. 17, Janus, 1898.

AIT NS SOS la maladie de langueur, ainsi que le ferait la parole sévère d’un justicier. Et toi, maladie, envole-toi comme les pies,

comme les geais, va-t-en sur les ailes du vent ; fuis bien loin avec la tempête ! !..

S1 nous passons à l'Atharvavéda, ou livre des Incantations, nous ne trouvons plus de prières, mais des hymnes conjuratoires, des exorcismes stupides :

Je te sauve et te fais vivre par ce breuvage, disait

le prêtre magicien à son malade, en lui tendant une potion, te délivrant de la maladie inconnue qui te dévore, de la phtisie qui te consume. Quand l'accès de fièvre viendra te prendre et te saisir, qu'Indra et Agnite préservent et t’en défendent!

Les amulettes jouissaient d’une grande vogue, et le malade, qui voulait se débarrasser d’une toux opiniâtre, n'avait qu'à suspendre à son cou «une amulette de pierre ou de métal, en forme de broche ou de javelot, rappel de l’arme de Rudra? ».

La thérapeutique, aux temps védiques, était donc très simple. Le phtisique avait recours aux dieux, aux plantes, parmi lesquelles nous signalerons l'herbe kus’’ha (Costus spiciosus), aux incantations…

La période épique, qui fait suite, ne nous donne que peu de renseignements sur la phtisie. Dans les Lois de Manou?, elle est considérée comme incurable, et infligée comme châtiment au meurtrier d’un brahmane.

1 Voir le Bhisagatharvan ou chant du médecin, Rig-Véda (VIII, V, 3), cité par Cordier, loc. cit.

? V, Henry, la Magie dans l'Inde antique, Paris, 1904.

3 Loiseleur-Deslonchamps, Lois de Manou, Paris, 1833.

Il en est de même dans le Mahäbhärata, où nous lisons : « Au.milieu de l'amour, Vyas’itâçva fut pris d’une consomption pulmonaire ; au bout d'un temps qui ne fut pas long, il descendit au tombeau. »

En fait de thérapeutique, toujours les sortilèges ; quelques simples comme le Convolvulus turbith l'Andersonia rohitaka, \ Eugenia acutangula ; le lait en breuvage, le beurre fondu, l'air des forêts où «l'on ne voyait aucun homme malade, ou maigre, ou faible ».

Arrivons maintenant à une époque où la médecine hindoue devient une véritable science, époque assez difficile à déterminer, où vécut Suçruta, l’auteur de l'Ayurvéda', ou « science de la durée de la vie », que certains sanscritistes (Hessler, Willers, Lassen) placent vers le x° siècle avant Jésus-Christ; d’autres ( Wise), entre le mm et le 1x°, et d’autres enfin aux premiers siècles de notre ère.

Comment ce recueil, encore classique dans l’Inde moderne, a-t-1l été composé? C’est ce que nous dira la première page de l’Ayurvéda :

Pris de pitié pour les pauvres humains, touché à la fois par le spectacle des maladies de tout genre, qui accablent notre espèce et par l'ignorance des hommes pour ce qui concerne l’art de guérir, Dhanvantari (médecin des dieux), se décida un Jour à descendre sur la terre pour pratiquer la médecine. Il s'établit d’abord à Bénarès, puis, à la façon des sages de l’Inde se choisit une retraite au fond des forêts ; c'est là que les Reshis (sages lettrés) résolurent de

1 Nous avons puisé nos documents dans l'ouvrage du D'Miqueu Rey, Contribution à l’élude de la phtisie pulmonaire dans l'Ayurvéda de Suçruta (thèse de Paris, 1905).

um f7 — lui adresser une députation, chargée de lui demander de vouloir bien leur communiquer les préceptes de la science médicale, À 12 tête de la députation était Suçruts, fils du roi Viçvamitra, Dhanvantari consentit volontiers à ce qu’on demandait de lui: et c'est la relation de ses révélations qui constitue l'Ayurvéda de Sucruta.

Suçruta parle de la phtisie en plusieurs endroits, mais surtout dans son chapitre xri’, qui lui est entièrement consacré. Désignée sous le nom de rajayakshma ou de s0sh4, de kskaya, elle tient à l'altération des

trois humeurs : väta, V'air ; pitfa, la bile, et cleshman, la piiuite, Elle a comme principales causes : la faiblesse congénitale, les fatigues de toutes sortes, les chagrins, le jeûne, la lecture des livres sacrés, les blessures de la poitrine, la grossesse, l'abus du génésique. Il est très difficile de La guérir et, aux périodes avancées, mieux saut l’abandonner que de « s’exposer à perdre sa réputation ». Toutefois, que le médecin qui aspire aux honneurs, entreprenne sa guérison, et cela par l'hygiène, le régime, les médicaments.

Et d’abord, des conseils moraux :

Que le malade atteint de consomption, évite le chagrin, l2 colère, la malédiction. Qu'il fréquente les médecins. Qu'il aille souvent avec les Brahmanes et es entende de priéres pures sorties de leur bouche.

Au point L vue hygiénique, Suçruta recommande les onctions 4 l'huile de sésame ou au beurre clarifié, les bains, les aspersions, à condition qu’il n’y ait pas

‘ Susrulas Ayurvédas, par le D FrAREASONS Hessler, t. I, p- 92, 1850.

de fièvre : « de même qu'un jeune arbre, dont la racine est arrosée avec de l’eau, se met à croître, de même les éléments du corps augmentent chez un homme qui reçoit des aspersions ». Il conseille également les promenades à pied, à cheval ou en voiture, qui « procurent de la vigueur, facilitent la digestion et engendrent un doux sommeil », enfin la cure d'altitude (« que le phtisique aille habiter les régionslélevées »), et la cure des étables à chèvres.

Riche est l'alimentation que Suçruta prescrit au phtisique; on y rencontre toutes les viandes de la création, surtout les céléripèdes et les oiseaux ; cheval, âne, mulet, chameau, antilope ; singes et autres animaux qui habitent parmi les feuilles ; animaux des cavernes, lion, tigre, panthère, ours, renard, hyène ; gibier ailé, vautour, aigle, faucon, corneille, perdrix, coq domestique etsylvestre ; enfin les ichneumons, les serpents, les lombrics, les rats, etc... Bien plus, précurseur de la zomothérapie,ilrécommande le jus de viande, mêlé ou non à des liqueurs spiritueuses.

Le nombre des légumes est considérable ; aussi n’en citerons-nous que quelques-uns : Phaseolus mungo, espèce de haricot ; l’Hordeum hexastychum ou orge à six arêtes ; le blé, le riz, une variété d'asperges, Asparagus racemosus, les aubergines, Solanum melongena… Signalons encore comme nourriture ordonnée à chaque instant, le lait cru ou cuit, seul ou mélangé à du sucre, du poivre long, du beurre clarifié et du miel: les beurres huileux de vache, jument, brebis, chèvre, éléphant, antilope, ânesse, chamelle ; l'huile de sésame, le miel, le sucre blanc, les raisins.

Quant aux boissons, le vin rouge ou blanc, les liqueurs spiritueuses, l’alcool tiennent une grande place dans le traitement. « Les esprits distillés éloignent la consomption. »

Et remarquons la façon dont le médecin hindou prescrivail le régime : il commençait par préparer son malade, en augmentant son appétit, en nettoyant ses voies digestives à l'aide de vomitifs et de purgatifs. Puis, 1l lui donnait une nourriture légère, peu abondante, et ne faisait de la suralimentation que lorsque la digestion s’opérait bien.

Le mode de préparation des mets était aussi très important, et nombreux étaient les condiments avec lesquels ils étaient accommodés : sel, poivre noir, gingembre, stimulant la digestion, poivre long, moutarde, safran des Indes, cardamome..,

Si nous voulions énumérer au complet la liste des médicaments proposés par Suçruta contre la phtisie, 1l nous faudrait plusieurs pages. Aussi l’abrégerons-nous beaucoup, nous contentant de signaler les suivants, tirés du monde végétal : contre la toux et favorables à la gorge, les fruits cuits du Zizyphus jujuba, les fleurs du Justicia qgauderussa, et du J. pectoralis, de la famille des Acanthacées. — Contre les ulcères, le catarrhe, le Pinus devadaru prescrit « à cause de sa substance huileuse ». — Comme purgatifs : l'Hedysarum gangeticum et V'H. lagopodioïdes, espèce de sainfoin, le Momordica monadelpha, variété de concombre, le Boerhavia diffusa alata, le Ricinus communis, euphorbiacée si connue de nos jours, qui, uni à d’autres plantes et mélangé à du beurre de chèvre, « fait dispa-

en raître l’induration des glandes mésentériques ». — Contre la diarrhée, le fruit du Terminalia citrina, le rhizome de la pivoine, plantes astringentes. — Enfin, comme fébrifuges : l'ail, les fleurs du Bignognia suaveolens, du B. indica et les graines du Michelia champaca.….

Tel est en détail le traitement que Suçruta faisait suivre à ses phtisiques. On peut dire que le médecin hindou eut une seule préoccupation, celle de bien alimenter son malade, et que tous les moyens thérapeutiques mis en œuvre, hygiène, pharmacie, furent donnés dans ce but : la cure des montagnes, les promenades courtes, la vectation, l'équitation, pour exciter l'appétit, faciliter la digestion; les plantes apéritives, laxatives, purgatives. Remarquons cette alimentation composée de farineux : haricot, orge, blé, riz; d'hydrocarbonés : sucre et miel; de corps gras : huile, beurre, lait; de viandes légères provenant d'animaux à course rapide. Suçruta a rédigé en maître le régime du poitrinaire ; nul, parmi les Anciens, ne le surpassera.

Terminons cette histoire de la phtisie dans l'Inde par quelques prescriptions de médecine chevaline, tirées d’un très vieux livre sanscrit, l'Açvavaidyaka de Jayadattasouri suivi de l’Acvacikittifa de Nakoula‘ dont la traduction, faite par le Dr L. Ballin est encore inédite. C'est le traitement du cheval qui tousse.

* Nous devons ces documents à l’obligeance de M. le professeur Florence.

Träilement de la loux provenant de la bile.

17. Dans la toux provenant de la bile, on prendra le suc de l’excrément de bœuf, et on fera un électuaire en le joignant au miel et au beurre clarifié.

18. On fera manger une nourriture au lait, préparée avec la farine d'orge et le lait de chèvre, avec la poudre de Philanthus emblica et de poivre long, le miel et le beurre clarifié:

19. Le lait de chèvre joint à la poudre de poivre long, avec le sucre candi joint au poivre long, à la Glycyrrhiza glabra, à la Sida cordifolia et au pigment jaune

20. Doivent être donnés en boisson pour apaiser la toux, produite par le vent. Ensuite, on fera manger dans la décoction de feuilles de Trichosanthes dioicum

21-23. Les fèves Mungo amères, jointes au poivre long, au beurre clarifié et au miel. On préparera la poudre de Philanthus emblica, jointe à la manne de bambou et à la poudre dé poivre long, avec le beurre clarifié. On le donnera en électuaire au cheval, et on le lui fera manger en boulettes.

23. On donnera ainsi la poudre de fruits de Gmelina arborea: Avec le Symflocas racemosa, le santal, la Glycyrrhiza glabra et le Padona käâshtha, joints au beurre fondu, on fera un parfum dont la fumée sera présentée devant les narines, selon le cérémonial déterminé parles préceptes de la science.

$ 2. Les Egyptiens.

Nos efforts pour découvrir la maladie pulmonaire dans le royaume des Pharaons, sont restés vains. Les papyrus d’Ebers, de Brugsh, de Smith, ces vieux montients de la science égyptienne, sont muets là-

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