‹ La physiologie des gens du mondeChapitre 105 sur 182 · CHAPITRE XJI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XJI

Jamais une pierre mille fois lancée en l’air n’acquiert plus de légèreté ou de tendance à s’élever; une barre de fer plusieurs fois pliée finit par se casser plutôt que de s’assouplir; mais le propre des corps doués de la vie et d’une organisation est de se modifier, de s’accoutumer, de s’habituer plus ou moins , de se proportionner en quelque sorte aux objets qui les entourent, au climat, aux aliments et aux diverses circonstances qui peuvent naître ou changer.

D’où vient cette différence ? c’est que les éléments des corps bruts ou minéraux sont fixes, déterminés, suivant les lois géométriques ou chimiques de l’attraction et des affinités.

Les corps morts sont ramenés aussi à ces lois de proportion ou de quantité constante qui sont les propriétés générales de la matière.

Mais les corps organisés étant formés de principes constituants au moyen d’une puissance vitale, cette puissance les assimile, par l’habitude, aux temps, aux lieux et aux climats, selon les lois générales de la nature.

Plus un corps organisé vivant sera compli-

DE L’HABITUDE

qué d’un grand nombre d’éléments , plus son organisation sera flexible, susceptible d’habitudes acquises, et de variations contractées par les accoutumances.

Ce fait est remarquable depuis la plante jusqu’à l’homme, dans toute la progression de l’échelle organique. Le végétal fixé sur le sol a plus de difficulté pour s’acclimater à d’autres contrées, et pour se nourrir d’aliments divers que n’en a le moindre insecte destiné par sa locomobilité à parcourir différents pays, à trouver d’autres nourritures. La plupart des animaux domestiques et l’homme enfin, deviennent, par l’habitude, cosmopolites , ou pliables à toutes les températures du globe.

Ainsi, la culture, la naturalisation des végétaux modifie non-seulement leurs habitudes de floraison et de fructification, mais altère plus ou moins profondément leur organisation, donne des fruits plus abondants ou plus savoureux, des fleurs doubles, rend des individus nains, d’autres géants, etc.

Chez les animaux, les variations deviennent peut-être plus considérables, si l’on considère

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