‹ La physiologie des gens du mondeChapitre 106 sur 182 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

toutes les races de chiens, de poules, de pigeons, et d’autres espèces assujéties cà un antique esclavage, à ces vieilles habitudes de la domesticité qui passent même dans la source des générations.

Qu est-ce donc que la nature? s’est demandé Pascal; n’est-ce pas une première habitude, plutôt que celle-ci n’est une seconde nature, comme on l’a dit? Les êtres animés n’étaientils, dans leur principe, que des individus informes et ambigus dont les circonstances permanentes au milieu desquelles ils vivaient ont décidé originairement la constitution ? Ces faits nous sont éternellement dérobés; mais l’on peut conclure que si la constitution de notre globe a changé, ou doit changer (et les monuments subsistants de ses anciennes catastrophes nous montrent qu’il n’a point toujours été dans le même état qu’il présente aujourd’hui), les êtres organisés qui le peuplent ont dû subir plusieurs modifications et des métamorphoses graduelles au moyen de l’habitude, pour se mettre en rapport avec son nouvel état.

toutefois, dans 1^ constitution actuelle de

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notre monde , nous voyons des espèces déterminées, constantes, se maintenir dans une forme originelle, et lorsqu’on a fait subir le joug des habitudes contraires à leur disposition innée, lorsqu’on a dégradé plus ou moins leur type, soit par des mutilations, soit par des modes divers de nutrition, ces espèces tendent à revenir à leur forme première quand on cesse de la contrarier. Ainsi , l’arbre fruitier de nos jardins reproduit des sauvageons, et la fleur double redevient simple quand la main industrieuse du jardinier cesse de maintenir l’influence des habitudes. L’enfant naît toujours ignorant et sauvage de parents instruits et civilisés. La nature s’est réservé presque intacte la source de ses créatures , et si elle transmet quelques dispositions contractées, comme aux chiens de chasse, à d’autres individus modifiés de longue main, elle rentre sans cesse dans son moule primordial lorsqu’elle est indépendante.

Les premiers actes de notre vie sont le jeu nécessaire de nos organes; on ne peut donc les considérer comme des habitudes devenues involontaires. La respiration n’est point une ha-

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bitude, car les animaux ayant des poumons ne peuvent s’en passer; la nutrition, le sommeil, indispensables à notre vie, ne sont point des habitudes; mais, ce qui devient tel, ce sont les modifications de ces actes organiques. Ainsi , l’habitude n’est point l’essence de nos facultés innées, elle en est le mode plus ou moins variable; elle est acquise et non primordiale.

On acquiert donc les habitudes par la fréquente répétition des mêmes actions, et il en naît, par cela même, une plus grande aptitude à les renouveler. Cette merveilleuse propriété de la nature vivante établit à la longue des modifications très-remarquables dans l’individu qui contracte ces habitudes.

De ce qu’il existe dans notre nature des actes nécessaires qui en résultent, il s’ensuit 'que l'habitude ne peut transgresser certaines limites sans détruire l’être vivant. Mais jusqu’où s’étend la puissance des modifications, surtout par la continuité des accoutumances, à la suite d’un grand nombre de générations? voilà ce qu’on ignore. Toutefois les races d’animaux très -anciennement domestiques, quoique fort variées, n’ont jamais essentiel- I. 1 4

DE L’HABITUDE

Iement changé de type : l’homme civilisé depuis tant de siècles, le chinois policé sans interruption pendant trois mille ans au moins , peut bien montrer plus d’aptitude innée à l’esclavage de ses manières, à conserver obstinément ses minutieuses habitudes, mais il n’a point perfectionné ou détérioré radicalement son espèce. Le sauvage naît sans doute moins propre à la vie sociale que l’européen; il retourne dans ses forêts, abjurant nos études et nos arts pour lesquels son cerveau n’est pas assez développé; mais nous ne voyons pas se propager des races de savants, ou d’hommes de génie, même chez les Égyptiens , les Indous , et d’autres nations parmi lesquelles le fils doit exercer constamment la profession de son père, de quelque caste que ce soit.

Si l’on veut distinguer ce qui est de la nature et ce qui résulte de l’habitude, il suffit de considérer ce qu’on peut perdre par l’interruption continuelle d’une action , et ce qu’on ne saurait oublier. En effet, l’accoutumance se perd par l’intermission d’une habitude, ou se change par des coutumes con-

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