‹ La physiologie des gens du mondeChapitre 141 sur 182 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

doués d’un sens exquis, d’un tact délicat, dévorés d’un ardent enthousiasme pour le beau, capables de le réaliser dans de riches conceptions , vivant avec les hommes dans une réserve voisine de la défiance , analysant avec soin toutes leurs actions , saisissant dans le sentiment ses nuances les plus délicates ; mais, prompts aux interprétations défavorables , et voyant tous les objets à travers le prisme lugubre de la mélancolie.

Le Tasse, Pascal et J. J. Rousseau peuvent être cités comme exemples.

L’histoire de ce dernier, comme celle de presque tous les mélancoliques qui se sont illustrés dans la carrière des lettres , nous présente le génie aux prises avec l’infortune, et luttant péniblement contre l’adversité ; une ame forte, logée dans un corps débile, d’abord douce , affectueuse , expansive et tendre, aigrie par le sentiment d’une condition malheureuse et de l’injustice des hommes.

Jusqu’au moment où tourmenté du désir de la célébrité, Rousseau s’élança dans la carrière épineuse des lettres , doué d’un tempérament sanguin , on le voit présentant toutes

284 DES TEMPÉRAMENTS

les qualités propres à ce tempérament : doux, aimant, généreux et sensible, quoique inconstant; son imagination féconde ne lui présente que des images riantes; et, dans cette illusion du bonheur, il vit d’agréables chimères ; mais graduellement détrompé par les dures leçons de l’expérience , profondément affligé de sa misère et des torts de ses semblables, son physique s’use, se mine et s’épuise, avec lui le moral change, et son exemple peut être donné comme la preuve la plus frappante de l’influence réciproque du moral sur le physique, et du physique sur le moral. Il prouve sans répliqué que le tempérament mélancolique est moins une constitution particulière du corps, qu’une véritable maladie dont les degrés peuvent varier à l’infini , depuis une certaine originalité dans le caractère, jusqu’à la manie la plus décidée.

Ce tempérament, qui est celui des hypocondriaques, influe assez sur le cerveau pour déranger les facultés intellectuelles, et produire la monomanie qui souvent conduit au suicide.

Plusieurs des tempéraments que nous ve-

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