‹ La physiologie des gens du mondeChapitre 158 sur 182 · CHAPITRE XV. 3 F · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV. 3 F

béciles , ou du moins ceux qui vivent sans soucis, et dont le caractère ne prend aucune inquiétude , poussaient plus avant leur carrières que les autres hommes; delà vient qu’en général les personnes gaies, comme les sanguins, passent pour vivaces. Des hommes célèbres, même par leur esprit ou leurs connaissances, ont dû une très-longue vie à cette absence de chagrins, à ces habitudes toujours joviales. Guillaume Postel, homme très-érudit, mais dont l’esprit était un peu aliéné, vécut plus d’un siècle; l’enjoué Fontenelle, Duverney, savant anatomiste, le célèbre président de la société royale de Londres, Hans-Floane, les médecins suisses Plater, père et fils, Mairan, le président Hénault, Pont de Yeyle , l’espagnol Moralès, Scipion , Maffey, mademoiselle Scudéri, Crébillon , l’anatomsite Tenon , etc., vécurent longuement. Ils eurent un caractère assez gai , ou du moins toujours égal, porté aux affections douces et agréables.

De là résulte que la vie philosophique prolonge souvent la durée de l’existence , et que celle-ci n’est nullement incompatible avec les travaux de l’esprit, quand ils ne sont pas ex-

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cessifs; ainsi Numa, Solon, Sophocle, Pindare, Anacréon, Xénophon, Philolaüs, devinrent octogénaires. Platon mourut à quatre-vingt-un ans; Protogoras d’Abdère, Diogène le cinique, à quatre-vingt-dix; Zénon Cittien, Isocratte, à quatre-vingt-dix-huit; le grammairien Orbilius, du temps de Cicéron à cent; Hippocrate, à cenrt-quatre ; Xénophane, à cent-deux; Démocrite, à cent-neuf ans, et Gorgias, à centhuit; Épiménide , à eent-cinquante-sept, si l’on en croit l’histoire qui prétend aussi que ce philosophe dormit pendant cinquante-sept ans dans une caverne ( c’est-à-dire, se retira du monde). Moïse vécut cent-vingt ans. Tous furent des hommes d’un esprit élevé ou d’une trempe ferme de caractère , de même Xénophile, philosophe pythagoricien, parvint à cent ans; Demonax, à quatre-vingt-dix-neuf. Les Brachmanes , qui mènent une existence philosophique dans l’Inde, arrivaient souvent à un siècle et demi, au rapport des anciens.

On cite pareillement, chez les arabes, de longs âges, même parmi les médecins: Ainsi, Abubeter Rhazès , mourut en io85, à centvingt ans, et, au rapport d’Averrhoës, le nié-

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decin Avenzoar , vécut cent-trente ans ; on avait attribué cent-quarante ans de vie à Galien , mais le P. Labbé a montré, dans sa chronologie, qu’il n’a guère passé l’âge des septuagénaires. On compte parmi d’autres savants modernes , des octogénaires assez nombreux. André Gésalpin et Charles l’Ecluse, botanistes, morts à quatre- vingt- quatre ans, Fabricius d’Acquapendente , à quatre-vingt- deux , et Harvey son disciple, à quatre-vingts; Louis Jungermann, à quatre-vingt-un; André Dulaurent, à quatre-vingt-sept; François Glisson, Gonthier d’Audenarch, également octogénaires.

Parmi les plus illustres modernes, il faut compter Newton et divers astronomes, Buffon, Voltaire avec plusieurs autres; cependant on doit avouer que beaucoup d’hommes de génie, dont le développement intellectuel, surtout s’est opéré de bonne heure , ont montré une vieillesse précoce, ou bien ont succombé à la fleur de leurs ans , comme Pascal , à trenteneuf ans , Barattier , Descartes , Montaigne , Montesquieu, etc. Aussi la plupart des centenaires cités précédemment (à l’exception des

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philosophes ) , furent des personnages d’un esprit simple et ordinaire , des paysans , des soldats, des manœuvriers, qui ne se sont jamais distingués du commun des hommes. Presque tous ont mené une vie dure, austère; exposés aux intempéries du ciel, ils ont subi un régime grossier, le plus souvent frugal, ou plutôt ont enduré la pauvreté et le besoin. C’est par des causes analogues, que les cénobites des monastères du mont Sinaï ou de la Thébaïde parviennent souvent jusqu’à cent et cent vingt ans, que des Scheicks arabes, dans leurs arides déserts, atteignent une extrême vieillesse en conservant encore un caractère de beauté noble et de la vigueur. Saint- Jean, Saint-Jérôme, Saint-Luc, qui parvinrent à un âge si avancé, le durent sans doute à leurs jeûnes , à leurs perpétuelles macérations et à leurs contemplations ascétiques, qui les détachaient des soucis terrestres. Il en fut de même de Saint-Antoine , de Saint-Paul , ermites qui moururent plus que centenaires, comme plusieurs autres pieux anachorètes, qui se traitaient d’une manière presque sauvage dans leurs austérités incroyables, au milieu des plus

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