‹ La physiologie généraleChapitre 17 sur 218 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

11 y a, entre les corps bruts et les êtres vivants, une différence fondamentale qui explique toutes les propriétés que manifestent les organismes uni- ou pluricellulaires. Cette différence ne réside essentiellement ni dans la complexité chimique extrême des substances organisées, ni dans la faculté de se- mouvoir en apparence spontanément, ni dans ce qu'on a appelé Virrilabilité du protoplasma, c'est-à-dire la propriété de réagir aux excitations .extérieures; elle réside tout entière dans le fait suivant :

Entre une dissolution limpide de sel marin et de l'eau pure, il n'y a, de prime abord, aucune différence perceptible, et pour que nous soyions certains d'être en présence de chlorure de sodium, il faut que nous soumettions cette dissolution à diverses expériences. Ces expériences ont pour but de manifester les propriétés du chlorure de sodium. Versons donc, par exemple, de l'acide sulfurique dans notre dissolution à chaud ; une réaction se produit, caractéristique du sel marin. Le sel marin a manifesté ses propriétés, mais, en les manifestant, il s'est détruit; ce que nous avons maintenant devant

nous n'est plus du chlorure de sodium, mais du sulfate de soude.

Prenons, au contraire, de la levure de bière. Gomme le chlorure de sodium, cette levure possède certaines propriétés et notamment celle de dédoubler le glucose en acide carbonique et en alcool. Mettons-la donc dans un moût sucré et voyons ce qui se passe. Si les phénomènes que nous attendons ne se produisent pas, c'est que nous ne sommes pas en présence de levure de bière, car ces phénomènes sont caractéristiques de la levure comme le fait de se transformer en sulfate de soude sous rinfluence de l'acide sulfurique est caractéristique du sel marin. S'ils se produisent, au contraire, c'est que nous avons bien affaire à de la levure de bière. Mais après avoir recueilli l'acide carbonique, l'alcool et les autres produits des réactions réciproques du moût sucré et de la levure, nous constatons que la levure, bien loin de s'être détruite comme le chlorure de sodium manifestant ses propriétés, a augmenté de poids, au contraire, et que, par conséquent, la masse des substances chimiques constitutives de cette levure est devenue plus considérable au lieu de diminuer ou de se transformer complètement.

Si, au lieu de levure, nous avions pris des spores d'asper- ^z7/ws, des bactéries, des protozoaires, etc., nous serions arrivés aux mêmes résultats, c'est-à-dire que les matières vivantes, quelles qu'elles soient, quand elles sont mises dans les conditions favorables à la manifestation de leurs propriétés caractéristiques, s'accroissent et se reproduisent. C'est là la différence fondamentale entre les substances brutes et les substances vivantes: les premières se détruisant, les secondes augmentant de masse, se synthétisant, en manifestant leurs propriétés.

Cette différence, sur laquelle jusqu'ici pourtant on a peu insisté, tient en puissance tous les autres caractères différenciels que l'on a cherché à établir entre les corps inertes et les matières vivantes, et notamment les caractères nutritifs, reproducteurs et évolutifs. Mais nous n'avons pas pour le moment à insister sur ces caractères, que nous aurons plus tard à examiner et à expliquer en détail.

La propriété caractéristique des matières vivantes, la propriété d'assimilation (Le Dantec), de synthèse, est évidemment d'ordre purement chimique, et les phénomènes physiques qui l'accompagnent (dégagement de chaleur, etc.,] ne sont pas différents de ceux que nous constatons dans les réactions ordinaires de la chimie. C'est donc dans la constitution chimique des matières vivantes qu'il faut chercher l'explication de cette propriété.

Or la fonction des molécules est directement liée à leur constitution. Dans tout édifice chimique en effet, l'arrangement propre de certains groupes d'atomes imprime, en vertu même de son mode vibratoire particuher, de la manière dont il se comporte vis-à-vis de l'énergie, à la molécule tout entière ou au moins à quelques-unes de ses parties, son mode de fonctionnement spécifique. C'est ce que Ton montre à propos des fonctions chimiques (alcool, aldéhyde, acide, aminé, etc.) et des groupes atomiques (OH, COH, CO-H, AzH-, etc.) qui les déterminent.

Prenons par exemple la leucine. Dans cette substance, qui a pour formule

AzH2— CSRiO- CQSH

le groupe central C^H^*^ est uni, d'une part, à l'amidogène AzH*, de l'autre, au carboxyle CO'^H. Or, le radical AzH^, quand il est hé à un groupe hydrocarboné, imprime à la molécule l'aptitude à s'unir aux acides pour former des sels, et le groupement CO'H confère à ce même édifice chimique la propriété contraire de s'unir aux bases. « Ces deux aptitudes opposées, ce§ deiLX fonctions, la fonction aminé ou alcaline et la fonction acide, quoique différentes et même contraires, appartiennent donc Fune et l'autre à la fois à la leucine, et chacune de ces fonctions dissemblables est corrélative de la nature et du mode de groupement des deux chaînons spécifiques AzH' etCO^H qui existent sans se confondre dans cette molécule.

(c Le mode de réagir, de fonctionner de la molécule chimique, sa façon d'influencer la matière ambiante et d'être influen-

cée par elle, est donc corrélative de son organisation chimique. Les divers modes suivant lesquels chaque molécule nous dévoile son activité dépendent, on le sait aujourd'hui, de ces groupes spécifiques constitutifs, amidogène, carboxyle, oxhydrile, carbonyle, etc., dont elle est construite et des relations de ces groupes avec le reste de l'édifice. Ces groupes ou radicaux sont les organes élémentaires de cet organisme chimique complexe, la molécule '. » C'est de cette notion fondamentale que l'on fait dériver, à l'aide des données de la chimie générale, toutes les propriétés caractéristiques de la substance vivante.

Dans tous les organismes, si simples ou si compliqués qu'ils soient, la seule partie vivante, douée d'excitabilité, de la faculté de se nourrir, de se mouvoir, de se reproduire et d'évoluer, est le protoplasma, et son contenu différencié, le noyau. L'animal des embranchements supérieurs, le végétal le plus élevé en organisation, aussi bien que le protozoaire ou la bactérie, se réduisent, en définitive et essentiellement, aune masse de protoplasma, isolée chez l'être uni-cellulaire, réunie en colonies cellulaires chez l'être plus complexe.

Cette masse protoplasmique est loin d'être honpogène. Les travaux des cytologues sont parvenus à y distinguer un certain nombre de substances qui se différencient les unes des autres par leur aspect et les réactions qu'elles présentent. Dans le cytoplasma, on distingue d'abord Vhyaloplasma, 'Q\x suc cellulaire, du spongioplasma, lequel renferme des filaments en réseau (mitome) et de fines granulations plus ou moins abondantes (microsomes). Le protoplasma se compose jdonc d'une partie solide et d'une partie liquide plus abondante. Les rapports de ces deux parties ne sont pas encore bien connus et ont donné lieu à un certain nombre de théories que nous ne pouvons exposer ici^. Parmi les différentes substances dont

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