Cf. Credner, Géo/o^ée, traduction française, p. Ib
porte aux tropismes les faits d'accroissement dans une direction donnée, et aux tactismes ceux de déplacement, de translation de cellules libres.
C'est Pfeffer ^ qui a étudié les phénomènes chimiotactiques avec le plus de rigueur et de précision. Pour cela, il a immergé des solutions de concentration connues, renfermées dans des tubes capillaires bouchés à une de leurs extrémités, dans le liquide où se trouvent les plastides. Ce dispositif a le grand avantage d'isoler, pour ainsi dire, l'action de la substance en expérience et, par conséquent, de la rendre plus visible et indépendante des autres influences. En effet, si la substance eu expérience était uniformément répandue et distribuée dans le liquide ambiant, elle pourrait avoir une action sur la matière vivante, par exemple sur la nature et l'intensité du mouvement, sans que cette action soit nettement appréciable. Si, au contraire, cette substance est inégalement distribuée, elle agira encore sur la nature et l'intensité du mouvement, mais aussi sur sa direction, de telle sorte que Ton pourra juger en même temps si cette action est positive ou négative. Or, avec le dispositif de Pfeffer, la diffusion de la matière en expérience ne peut se produire qu'à l'extrémité du tube capillaire A, et si Ton admet, pour la simplification de l'explication, que ce tube soit extrêmement fin, les zones d'égale teneur en substance expérimentée seront des sphères concentriques ayant toutes pour cenlre l'ouverture du tube capillaire, et la teneur de la sphère en substance expérimentée sera d'autant plus faible que le rayon sera plus grand. C'est ce que montre schématiquement la figure 3.
Supposons maintenant un plastide P, plongé dans le liquide qui contient la matière en expérience. La teneur de cette substance en liquide est plus forte en a qu'en 6, qui correspondent respectivement aux sphères concentriques 0'" et 0""\ la teneur allant en diminuant de 0 à 0'"". Il en résulte que toutes
i. Cf. Locomotorische Richtungs bewegungen durch Ch'^ynischc iîe/z^ (Leipzig, I88I-I880). — Ueber chemiotakti^clie hewegungen von Bactérien, Flagellaten und Volvocinen (1886-1888).
les différences de réaction de la substance et du plastide, entre les points a et les points b, seront de même sens, et que par conséquent la résultante de toutes ces réactions sera dirigée suivant A6, et quelle que soit la différence entre Aa et A6. Si donc la substance en expérience attire le plastide, le plastide manifeste une tendance à passer du milieu de moindre teneur au milieu de teneur plus forte et il se rapproche de A, ce qui met en évidence l'influence de la substance en expérience sur le mouvement et sur la direction du mouvement K C'est ainsi que, grâce aux expériences de Pfeffer sur les bac-
Fi.2-. 3.
téries, les flagellés, les anthérozoïdes de cryptogames, etc., on a pu prouver que ces phénomènes sont d'ordre purement chimique. D'ailleurs, chaque substance impressionne différemment les diverses espèces d'organismes élémentaires ; les unes les attirent (chimiotaxie positive), les autres les repoussent(chimiotaxie négative), d'autres, enfin, sont complètement indifférentes, et comme le dit très bien Le Dantec, le fait que chaque plastide réagit à sa façon visrà-vis d'une solution déterminée prouve que la matière vivante n'est pas une et que ces différences de réaction chimiotactique traduisent pour nous des différences de constitution qui seraient autrement inappréciables.
On peut dire, d'une manière générale, que les substances nutritives sont positivement chimiotropiques et les substances nuisibles négativement chimiotropiques ; mais cela n'est pas absolu. Certaines bactéries, par exemple, ne sont pas attirées par la glycérine dont elles peuvent se nourrir ; d'autres sont, au contraire, vigoureusement attirées par des matières qui leur sont toxiques. On ne saurait donc attribuer les phénomènes chimiotactiques à une force interne, mais bien à une action chimique extérieure, quoiquïl semble que « les plastides recherchent les substances qui leur sont utiles et fuient celles qui leur sont nuisibles ». Mais le fait que, actuellement, les plastides sont de préférence attirés par les substances nutritives et repoussées par les substances toxiques, n'a aucune signification téléologique ; il est le simple résultat d'une sélection rigoureuse. « Supposons, dit Le Dantec ^, dans un liquide non homogène, dans lequel existe plusieurs centres de diffusion de substances différentes, diverses espèces de plastides; au bout de quelque temps, toutes celles qui sont positivement chimiotropiques pour, les substances nuisibles auront disparu ; un peu plus tard, celles qui ne sont pas positivement chimiotropiques pour les substances utiles auront également disparu, et il ne restera plus, dans notre liquide, que les espèces qui seront à la fois positivement chimiotropiques pour les substances utiles et négativement chimiotropiques pour les substances nuisibles. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que toutes les espèces de plastides, que nous observons aujourd'hui dans les eaux douces et les eaux salées, soient négativement chimiotropiques pour les substances qui leur sont nuisibles et qui ont pu se trouver normalement, un jour ou l'autre, en un point du miheu où elles ont vécu. Mais si nous expérimentons une substance nouvelle, complexe, que ces êtres n'ont jamais eu occasion de rencontrer au cours de l'existence de leur espèce, nous ne devons pas nous étonner qu'ils soient positivement chimiotropiques pour une substance qui leur est