Op. cit., p. 57'o
nuisible; nous pouvons seulement affirmer que, si celte substance s'était rencontrée souvent dans le milieu où l'espèce en question a vécu, cette espèce ne serait pas arrivée jusqu'à nous. »
Les expériences de J. Massart ' ont montré d'autre part que l'on peut adapter à des solutions salines concentrées les organismes élémentaires qui, au début, étaient extrêmement sensibles à des solutions beaucoup moins concentiées. Cette adaptation est facilement explicabler car les réactions qui se produisent sont subordonnées à la nature même du plastide, pour lequel la substance en expérience ne manifeste de propriétés actives que parce que cette substance n'entre pas dans sa constitution, ne répond pas à son propre mode vibratoire ; mais si le plastide vient à se saturer petit à petit de cette substance, il n'y a plus lieu à aucune réaction entre lui et la solution. On dit alors que le plastide est adapté. Mais s'il est adapté, c'est que la matière chimique est entrée dans la constitution de sa molécule, puisque c'est là, comme nous l'avons vu, la condition pour qu'il n'y ait plus de réaction entre le protoplasma et les éléments du milieu ambiant. Or, cette adaptation comporte nécessairement une modification chimique dans la composition de la matière vivante. Feutrée dans son complexus d'un facteur nouveau. îl est donc naturel de penser que la suppression de ce facteur entraîne la destruction de l'équilibre moléculaire du protoplasma. C'est là, en effet, ce qu'a vérifié Hafkine -, en montrant que des espèces adaptées à une concentration saline déterminée sont tuées quand on les transporte brusquement dans une solution de concentration différente. Toutes ces expériences indiquent, avec une grande précision, ce qu'est en définitive l'adaptation chimique et, coqséquemment, à quoi répondent la non-adaptation et la mort qui s'ensuit.
1. Sensibilité et Adaptation des organismes à ta concentratioji des solutions salines [Archives de biologie, IX, 1889).
2. Recherches sur l'adaptation au milieu chez les infusoires et les bactéries {Annales de CInsti tut Pasteur, 1890].
1(50 LA PHYSIOLOGIE GENERALK.
Dans tout ce qui précède, il n'a été question que des organismes élémentaires, des plastides ; mais les causes qui déterminent les réactions, subsistent encore nécessairement quand les plastides sont associés en colonies, en organismes pluricellulaires. Seulement les actions chimiotactiques se compliquent et l'organisme ne semble plus leur obéir que médiatement, parce que, au chimiotropisme individuel de protoplasmas particuliers, succède, en vertu de la solidarité des parties plus ou moins intimement et complètement assurée par des appareils différenciés, comme le système nerveux, la réaction d'autres protoplasmas qui traduisent différemment les impressions reçues. Il importe donc au plus haut point de ne pas confondre les phénomènes cellulaires avec les phénomènes d'ensemble. C'est ainsi que, par exemple, « dans un être pourvu d'un système nerveux complet, la lumière impressionnera certaines cellules superficielles. En chacune de ces cellules, il pourra se passer des phénomènes phototactiques comparables à ceux des plastides isolés, et chacun de ces phénomènes in- Ira-cellulaires, considéré isolément, sera en relation immédiate avec la direction de la radiation lumineuse. Mais la direction du mouvement général du corps n'a aucun rapport direct avec celle du mouvement individuel de chacun de ses plastides. Le mouvement produit dans les cellules superficielles par faction de la lumière transmettra une excitation spéciale aux cellules nerveuses centrales, d'où, par suite de phénomènes d'une très grande complexité, partira une nouvelle excitation déterminant l'activité de certains muscles... La direction générale du corps provenant du mouvement des muscles n'aura qu'un rapport infiniment éloigné avec celle de la radiation, qui a primitivement impressionné des cellules superficielles spéciales. Si, par aventure, nous constatons que, dans certains cas, le mouvement a lieu dans la direction de la lumière, il serait absurde de voir dans ce phénomène une réaction immédiate de même ordre que celle des plastides '. »