La physionomie comparée
La physionomie, ainsi que son étymologie le marque, est la formule, l'expression, vôao;, de la nature, -pucrscoç.
Exprimer, c'est, dans le sens littéral, presser un objet et en faire par ce moyen sortir ce qui y est contenu: dans le sens figuré, c'est rendre sensibles les qualités contenues dans un objet.
Le résultat de cette opération intellectuelle est l'expression ou effet expressif. Cette expression est tantôt sensible aux yeux ou à l'oreille, tantôt seulement perceptible par le sentiment intérieur ou par l'intelligence. Mais qu'elle nous arrive par une voie ou par une autre, elle nous inspire toujours une idée.
Bien que le mot de « physionomie » s'emploie le plus habituellement pour désigner l'expression de la tigure humaine, il s'applique, avec une fréquence et une extension bien remarquables et bien significatives, non seulement aux êtres animés qui participent avec nous aux mouvements de la vie, mais, on peut le dire, à toute la création. Ces objets insensibles qui composent et remplissent l'univers s'animent, sous le regard de l'homme, d'une vie toute sentimentale, tout intellectuelle, tout idéale, sans doute, mais aussi vraie pour nous que celle des êtres vivants : ils nous parlent, ils nous répondent, nous accablent ou nous consolent, et nous les voyons tonrà tour sourire ou pleurer avec nous ; pour nous un animal, un arbre, une forêt, un lac, la mer, le ciel, un nuage qui passe, a sa physionomie, et son aspect fait naître en nous une idée ou un sentiment.
â I.NTHODUCynON
Oiiaiil il l'iionune, sa ligure, peisouiie n'en a jamais douté, est l'iuiage de son âme, et comme il est à la fois ce qui nous intéresse le plus et ce que nous connaissons le mieux, de tout temps les hommes oui cherché à découvrir les rapports entre la l'orme visible de ses Ira/ts cl les qualités cachées qui peuvent y correspondi'e.
Or, si nous consultons 1(5 langage dans tous les temps et chez tous les peuples, nous voyons qu'il applique pour ainsi dire les mômes mots à la physionomie des choses qu'à celle de l'homme : il atteste de la façon la plus décisive qu'il y a pour nous tous nue analogie entre l'expression de la figure humaine et l'expression des autres objets de la nature, et il suffit de prêter l'oreille pour entendre à chaque instant parler d'un animal, d'un végétal, d'un paysage, delà mer, du ciel, dans les mémos termes qu'on parle d'un homme. Ce ne sont pas là de simples figures de rhétorique, ce sont des formules très précises et très sérieuses de conceptions qui sont dans l'esprit humain, puisque le langage n'est autre chose que l'idée devenue sonore par la voix articulée, ou rendue lisible par l'écriture.
Ainsi donc il résulte de l'histoire, de l'observation et du langage, qu'il y a dans l'esprit humain un ensemble de notions générales d'où nous tenons pour assuré qu'il existe des rapports constants entre les traits de l'homme et ses qualités intérieures, entre la forme des choses et leurs qualités intérieures, et le nom de physionomie s'applique pour nous également à l'homme et aux autres objets de la nature.
Les anciens philosophes, voyant que toutes nos idées ont pour source ou pour objet ce monde qui nous enveloppe de toutes parts, appelaient l'homme un « microcosme », c'est-à-dire un monde en petit, une réduction de l'univers, mais une réduction où toutes les parties en sont représentées proportionnellement. Cela revient à dire que l'homme rassemble dans son intelligence une conception complète des choses, d'oi^i l'on peut conclure que l'esprit humain est la conscience de l'univers. Eh bien, cette conscience, c'est le jugement, l'appréciation, que l'homme fait de lui-même d'abord et des choses extérieures ensuite: c'est cela qui constitue l'expression, autrement dit la physionomie.
D'où l'homme a-t-il tiré cette conception? Est-ce de son for intérieur et par le seul jeu de son imagination ? Non, sans doute: il l'a tirée, comme tout ce qu'il a pua[)preudre, de l'observalion de cluuiue chose