OISEAUX
L'oiseau est un animal à sang chaud et à respiration double ; chez lui l'intérieur des poumons communique par des conduits qui vont porter dans toutes les parties du corps, même dans les os, l'air respirable ; cet air entre en contact avec le sang et lui abandonne de l'oxygène. Celte opération développe de la chaleur, de sorte que le corps est échauffé à la fois dans toutes ses parties, à la différence des mammifères, où la respiration n'a lieu que dans les poumons et où le foyer de la chaleur est par conséquent concentré dans ces organes. On peut donc comparer le corps des oiseaux à un appartement chautîé par un calorifère, tandis que celui des autres animaux ne serait chauffé que par un poêle. Le premier effet de cette température élevée du corps est de le rendre plus léger, puisque les gaz et notamment l'air, qui le pénètrent, étant plus chauds, sont moins denses.
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Cette oraiule quantité d'air, ainsi lépainliic dans toute la substance du coips, l'allège par eilc-niènie, puisque tout l'espace que cet aii' occupe serait rempli, à délaut d'air, par des liquides ou des solides, comme il en est pour les mammifères : le corps forme ainsi une espèce d'épongé indjibée d'air, sans parler d'une enveloppe d'air chaud que les plumes, grâce à leur disposition feutrée, maintiennent autour du corps de l'oiseau.
Cette chaleur du sang, cette circulation et cette respiration accélérées, sont à la fois la cause et l'elfet de l'activité extrême de l'oiseau, ])uis([ue si ses mouvements les accélèrent, la respiration et la circulation à leur tour activent ces mômes mouvements. Or ces mouvements fréquents et rapides sont une condition essentielle de sa vie, car, de tous les modes de locomotion, le vol est celui qui exige la plus grande force et la plus grande vitesse et qui ne permet aucun temps de repos.
Toute l'organisation physiologique de l'oiseau est donc calculée pour les ailes. On peut ajouter que la charpente du squelette est agencée uniquement pour fournir des points d'appui aux leviers musculaires et osseux qui doivent manœuvrer ces ailes. Aussi le corps est-il une carcasse rigide, inflexible, où tous les os soudés ne permettent aucune articulation : il ne s'y produit aucun de ces mouvements, de ces palpitations des flancs et de la poitrine, qui chez les mammifères donnent lieu a des expressions si pathétiques.
Les pattes mêmes, excepté chez les rapaces et les grimpeurs, ne sont guère que des supports, se contractant automatiquement lorsque l'animal se pose, et d'ailleurs elles se réduisent à mesure que les ailes se développent, jusqu'à devenir presque nulles chez le martinet, la frégate, le milan de la Caroline.
La masse du corps étant ainsi immobile et l'action des pattes, plus ou moins limitée, toute l'activité de l'oiseau, en dehors du vol, se concentre dans les mouvements de la tête et de la queue. Les deux parties varient également en grandeur et en activité, depuis la queue, si longue et si mobile du paon, jusqu'à celle delà caille, ([ui est à peine marquée et j'este toujours inerte ; depuis le cou du moineau, qui n'a que neuf vertèbres, jusqu'à celui du cygne, (jui eu a vingt-trois : mais dans tous ks oiseaux sans exception
c'est la tête qui est l'instrument principal de la vie, et à cet effet son articulation avec la première vertèbre du cou se fait par un seul condyle demi sphérique, ce qui lui donne une mobilité extrême. Il suffit d'observer une poule, un pigeon, par exemple, pour voir qu'à chacun de leurs mouvements leur tête semble sautiller au bout de leur cou.
Cette tête, si importante pour la nourriture et la défense de l'animal, est abaissée au point de vue de l'expression. D'abord elle est petite comparativement au corps, ce qui, dans tous les animaux indique peu d'intelligence; le crâne est exigu; la face ne consiste pour ainsi dire qu'en un bec et des mâchoires ; le nez et les lèvres sont remplacés par le cornet rigide du bec ; il n'y a pas d'oreille externe.
Les pattes sont des tubes osseux terminés par des espèces de pinces : elles ne prennent d'indépendance et d'activité que chez les rapaces et les grimpeurs, et sont couvertes d'écaillés qui en augmentent la raideur et l'insensibilité.
Mais ce qui contribue encore à effacer la physionomie de l'oiseau, ce sont ses ailes. Au repos, elles se confondent avec la masse du corps, et nous sommes tellement habitués à voir des membres à côté d'une tête, que l'animal semble mutilé ; cet effet est très sensible surtout chez les oiseaux à grosse tête comme le perroquet ou à long bec comme le corbeau, qui restent longtemps immobiles. Lorsqu'au contraire l'oiseau vole, sa tête se renfonce, ses pattes se couchent en arrière, et on ne voit plus que deux ailes et une queue.
La forme des oiseaux est ovoïdale, tendant un peu au prisme chez les rapaces et chez certains grands échassiers. Sauf dans ces espèces supérieures, la tendance générale à l'ovoïde ne laisse que peu de place à la diversité des parties, et le plumage, par l'épaisseur de la couche dont il enveloppe tout le corps, augmente encore l'uniformité des contours et la continuité des masses. Par la même raison les oiseaux se distinguent beaucoup moins les uns des autres que les mammifères; ils se distingueraient moins encore sans la variété de leur plumage.
Nous n'avons pas à revenir sur ce que nous. avons dit à propos des couleurs dans les animaux; les oiseaux présentent l'énigme
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dans tout son éclat, mais un éclat qui nous aveugle, car il est impossible de se rendre compte, de près ou de loin, de leur cololalion si variée. Au milieu de cet éhlouissement on ne voit qu'un groupe, celui des rapaces, qui olfre une certaine homogénéité dans les couleurs, car ainsi que nous l'avons rappelé précédemment, leur plumage ne présente d'autres nuances que le blanc, le noir et le roux, soit seuls soit mélangés, et jamais aucune des couleurs du prisme.
Le système nerveux des oiseaux est beaucoup moins actif que celui des mammifères. Le tact et le goût existent à peine chez eux, leurs pattes étant couvertes d'écaillés, et leur langue, sauf dans les perroquets, ne consistant guère qu'en un cartilage plus ou moins aigu. Ils n'ont pas d'oreille externe, l'ouïe, par conséquent, n'est pas fort développée.
Mais la vue est extraordinairement organisée chez eux, la rétine présente des dispositions toutes particulières, et ils ont une troisième paupière qui se tend ou se détend latéralement sur l'œil pour mochtîer la vision. On conçoit que ces êtres, qui nagent dans l'air à de grandes hauteurs au-dessus du sol, n'auraient pu vivre sans cette faculté de voir à distance les insectes qu'ils vont poursuivre dans l'espace ou la proie qu'ds cherchent à découvrir de loin en s'élevant dans l'air.
De tout cet ensemble de traits et de caractères il résulte que l'oiseau a par lui-môme très peu d'expression, et que toute sa physionomie est dans ses mouvements. Seuls certains rapaces ont quelque chose de plus dans les traits de la tête, par suite des détails que nous analyserons tout à l'heure.
Sous le rapport de la grandeur, rappelons que cet ordre présente des écarts aussi considérables que ceux d'entre les mammifères, puisque l'échelle du minimum au maximum va du plus petit des oiseaux-mouches, qui est gros comme une abeille, à l'autruche, qui a près de trois mètres de hauteur.
Enfin, pour en achever la comparaison avec les mammifères, les oiseaux présentent de môme des nuances de style en rapport avec leur régime, et il y a dans les formes de certaines espèces uîie ressemblance. vague avec ce qu'ils mangent. Les insectivores, par exemple, ont des formes plus fines, et le bec surtout es!
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aigu et délicat ; les granivores ont un bec busqué non moins caractéristique. Nous montrerons en leur lieu les analogies qui nous semblent se marquer avec assez d'apparence entre les rapaces et les carnassiers, entre les rongeurs et les passereaux, entre les échassiers et les kanguroos, entre les plongeurs et les amphibies.
Comme parmi les mammifères, on trouve parmi les oiseaux ces singuliers déclassements par lesquels certaines espèces semblent sortir des conditions de leur organisation : il y a des oiseaux nageurs, plongeurs, grimpeurs, et d'autres qui ne volent pas, au point que chez quelques-uns d'entre eux, comme l'aptéryx et le manchot, les ailes viennent à disparaître presque complètement. La seule chose qui ne change jamais chez les oiseaux, c'est la nature du tégument: tous ont le corps couvert de plumes.
La voix enfin est une des facultés les plus caractéristiques de loiseau. Dans la plupart des espèces, le cri est mieux articulé que chez les mammifères, mais chez quelques-uns comme les oiseaux chanteurs, la voix est musicale, c'est-à-dire qu'elle reproduit, dans un ordre et avec des intervalles musicaux réguliers, des séries de notes qui constituent un véritable chant. C'est là, au point de vue de l'expression auditive, un privilège exclusif aux oiseaux, et si on ne peut pas le considérer positivement comme un rapport direct entre eux et nous, il faut en tout cas y reconnaître une communication naturelle analogue à l'impression mystérieuse que la voix des grands mammifères nous fait éprouver. Le chant de certains oiseaux comme le rossignol est si puissant, si émouvant, celui de certains autres comme la chouette ou le kamichi est si mélancolique ou si solennel, que nous ne pouvons les entendre sans nous sentir saisis d'une émotion profonde.
Nous allons passer en revue les principaux types des oiseaux. en suivant la classification de Cuvier, qui s'accorde pour nous avec celle de leurs divers caractères d'expression, réserve faite des écarts qui, dans cette classe de vertébrés comme dans toutes les autres, font parfois prendre à certains oiseaux les caractères d'une famille très différente de la leur.
Rapaccfi. — Les rapaces sont les plus expressifs des oiseaux, parce qu'ils en sont les mieux organisés, les plus forts et les plus carnassiers. Dans les oiseaux comme dans les mammifères, le
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rL'iiinie Carnivore coïncide toujours avec une organisation et une intelligence supérieures ; pour le rapace comme pour le carnassier, la vie est une chasse, tandis que pour les herbivores elle n'est qu'un repas.
Ces conditions de lutte et de poursuite imposées aux animaux de proie leur donnent à tous, quelle que soit leur place dans la série animale, une certaine analogie qui domine les différences de forme. Des nécessités de mécanique, des conditions de force et de pénétration, s'imposent à l'outillage indispensable pour saisir, retenir et déchirer la proie. Les membres à leur tour doivent être aptes à manœuvrer ces armes, et pour donner un point d'appui aux membres, le corps prend une forme appropriée.
C'est ainsi que, malgré l'immense différence entre un rapace et un carnassier, nous pouvons saisir du premier coup d'œil une analogie évidente entre le bec des rapaces et la dent des carnassiers, entre la forme des serres de l'aigle et celle des griffes du lion. La grosseur des pattes, la force du bec, le développement du crâne, la vivacité du regard, et la disposition particulière des narines, ouvertes largement dans une membrane qui couvre tout(; la surface du bec, enfin la forme busquée et sensiblement prismatique de leur dos, tout en eux indique la force. Plusieurs atteignent une taille considérable, et l'envergure de leurs ailes arrive à près de trois mètres. Leur vol est d'une telle puissance que certains d'entre eux peuvent enlever un agneau et même un lama; mais ce qui en tout cas est bien établi, c'est que le gypaète, lorsqu'il voit un mouton, une chèvre, un chamois, ou même un jeune veau, sur le bord d'un rocher escarpé, fond sur lui, le précipite, et s'abat ensuite sur l'animal pour le dévorer lorsqu'il s'est brisé dans sa chute.
Les rapaces se divisent en deux familles bien distinctes, les diurnes et les nocturnes.
Le vautour, le condor, le faucon, l'aigle, le milan de la Carohne, représentent, parmi les rapaces diurnes, des types particulièrement caractéristiques sous le rapport de l'expression.
Le caulour. — Ce qui donne au vautour une physionomie tout à fait à part, c'est la nudité de sa tête et de son cou, cpii' fait ressortir davantage la collerette hérissée dont il est ouli>uré.
Le rengorgement de ce cou pelé donne encore plus de saillie au bec énorme qui forme à lui seul presque toute la figure de l'oiseau, et l'absence de plumes sur le crâne laisse \oir l'exiguïté de cette partie ; de là résulte une expression de bestialité plus marquée, ce qui se produit toutes les fois que, chez un animal, la masse antérieure de la face prédomine sur celle du crâne. C'est ainsi qu'avec une tète peu différente de celle de l'aigle, le vautour se place en regard de l'aigle à peu près comme est le tigre en res^ard du lion ; on lui trouve un air de bassesse et de
ce '
lâcheté, tandis qu'on a fait à l'aigle une dignité égale à celle du lion ; au fond cependant l'aigle ressemblerait au vautour si on lui plumait la tête et le cou, de même que le lion ressemblerait au tigre si on lui retranchait sa crinière.
Le condor. — Le condor, qui n'est qu'un grand vautour, pourrait justifier cette réflexion, car tout vautour qu'il est, il a été choisi comme emblème national par les peuples de l'Amérique. Ses mœurs ne diffèrent cependant en rien de celles des vautours et des autres rapaces, mais il est d'une telle force et d'une telle grandeur, qu'on conçoit comment il a dû naturellement être pris comme une image de la puissance guerrière. C'est en effet le plus beau et le plus grand des oiseaux de proie^ et la noirceur de son plumage ajoute encore à ce que son aspect a de menaçant. Sa tête, quoique dépourvue de plumes, n'est pas hideuse comme celle du vautour ; elle est drapée de caroncules qui en augmentent le volume et donnent au cou phis de mouvement ; ces caroncules forment sur la gorge une sorte de jabot, et s'étalent sur le haut du front en un disque charnu.
Comparé aux autres oiseaux de la même famiUe, le condor est celui qui donne l'idée de la plus haute puissance où s'élève, dans un oiseau, l'expression de la force et de la férocité. C'est le lion de l'ornithologie.
L'aigle. — L'aigle, bien des siècles avant le condor, avait été pris par les hommes comme emblème du pouvoir; puisque son image servait d'étendard aux légions romaines ; le Saint Empire, l'Autriche, la Russie, la France impériale, l'ont aussi fait figurer dans leur écusson ou à la hampe de leurs drapeaux. Lorsque l'on considère l'aspect et les mouvements de cet oiseau, on reconnaît
que sa physionomie est en elï'et 1res caracléi'istique, très particulière, et l'analyse de ses liuils justitie le symbolisme que la majorilé du genre humain, on peut le dire, s'est accordée de toul temps à lui reconnaître.
Outre que sa taille, sa couleur sombre et ses formes vigoureuses, annoncent chez lui, comme chez tous les rapaces, la force et la cruauté, sa tête se distingue de celle de ses congénères par une largeur beaucoup plus grande de la base du bec, par l'enfoncement de ses yeux, ombragés sous des espèces de sourcils qui donnent à la fois plus de vivacité à son regard et plus de modelé à sa tête. Cette largeur à la base isole le bec, en fait mieux ressortir la saiUie, et forme une espèce de face que les sourcils accentuent et développent encore. La tète a des mouvements brusques de côté ou en avant qui mai'quent la vigueur, la décision. La garniture de plumes qui cache une partie des serres les fait paraître plus puissantes. Enfin, lorsque, déployant ses ailes, l'aigle s'élève, plane dans l'espace, ou fond comme un trait du haut des airs, il y a dans sa figure, dans son ascension ou dans sa descente rapide, dans ses mouvements, tous les signes de force, de grandeur, de rapidité, de majesté imposante, qui répondent dans l'esprit des hommes à l'idée du pouvoir suprême, et l'aigle semble vraiment un oiseau royal.
Le faucon. — Chez le faucon et les oiseaux du même type, la taille diminue beaucoup, le corps s'effile, le bec et les serres ont moins de force, les ailes sont moins larges, le vol est moins puissant. Destinés à chasser une proie plus légère et plus faible, ces oiseaux perdent en masse ce qu'ils gagnent en vitesse, et comme si la nature voulait marquer leur infériorité par un signe visible, leur couleur est moins foncée en général (|ue celle des grands rapaces.
Le milan de la Caroline. — Une mention particulière est due au milan de la Caroline, parce que cet oiseau de proie présente dans ses formes le dernier terme de la tendance que nous venons de signaler. 11 a les ailes et la queue tellement longues qu'il ne peut être comparé qu'à la frégate, qui est le plus surprenant des oiseaux sous ce rapport.
. La messager. — Le messager ou serpentaire oll're une physio-
nomie encore plus à part : c'est an véritable échassier quant à la longueur de ses jambes. Il se nourrit spécialement de serpents, et la longueur de son tarse lui permet de tenir ces animaux à distance sans avoir à redouter leur piqûre. Tous les autres oiseaux à longues pattes sont des écliassiers, dont les mouvements sont toujours lents et mesurés : le messager, qui a du sang d'oiseau de proie dans les veines, marche au contraire vivement ; ses grandes enjambées, sa tête haute, son bec recourbé, la plume détachée qu'il porte derrière l'oreille, tout cela lui donne un air conquérant et agressif qu'on ne retrouve dans aucune autre espèce d'oiseaux.
Les rapaces nocturnes. — La chouette, le grand-duc, le hibou, par la grandeur de leurs yeux, par l'apparence arrondie de leur tête et les deux aigrettes qui s'y dressent, offrent une ressemblance extérieure saisissante avec les félins, et ils sont nocturnes aussi.
L'épaisseur du plumage de leur tête les rend tout à fait différents des autres oiseaux et les revêt d'un aspect de tristesse^ qui les a fait choisir comme emblème et comme présage de la mort ; ils figurent, en compagnie du crapaud et de la chauvesouris, dans les scènes fantastiques dont notre imagination aime à peupler l'obscurité des nuits. La rondeur de leurs yeux, entourés d'une auréole rayonnante de plumes pâles, leur donne un regard étrange, parce qu'en effet, dans tout objet environné de lignes divergentes, l'expression, qu'on cherche naturellement vers le centre, se disperse dans toutes les directions. Leur couleur est terne et sombre, leur corps est ramassé ; nous ne les voyons guère que pendant le jour, et ils sont alors éblouis par la lumière, immobiles, ahuris: tout cela en fait des volatiles fort laids, sinistres même; et puisqu'il fallait aux hommes une image vivante des idées funestes que leur inspirent la mort et la nuit, ils ne pouvaient rien choisir de mieux que ces vUaines bêtes, qui ne vivent que de sang et de ténèbres.
Passereaux. — L'ordre des passereaux comprend un nombre immense d'oiseaux de petite ou de moyenne taille depuis le corbeau jusqu'à l'oiseau-mouche. Ils se distinguent très nettement des autres ordres par la conformation de leurs pattes, qui sont
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coui'h's, grêles, presque toujours pourvues de trois doigts en avaiil et d'un quatrième en arrière, et dont les ongles sont faibles et peu courbés. Chez certains d'entre eux qui par exception vivent de proie vivante, le bec est crochu. Les autres sont granivores ou insectivores: dans le premier cas, leur bec est conique; dans le second cas, il est faible et grêle ou très élargi. Une seule espèce, le calao-rhinocéros, porte un bec énorme surmonté d'une espèce de corne en croissant.
C'est dans cet ordre que se trouvent la plupart des petits oiseaux tels que le moineau, le pinson, la mésange, la linotte, le rossignol, tous les becs-fins, et les colibris. La petitesse de leur corps, la finesse de leurs pattes et de leur bec, leur donnent un caractère d'élégance et de légèreté. Les insectivores sont les plus élégants de tous ; l'hirondelle en est un des types remarquables, par la longueur extraordinaire de ses ailes et de sa queue.
C'est parmi les oiseaux de cet ordre qu'on voit éclater le suprême éblouissement des couleurs. La plupart des oiseaux des tropiques, et à leur tête le colibri, sont de véritables joyaux vivants. Ici, comme à l'aspect des couleurs splendides des papillons, des coquillages, la raison n'a rien à espérer qui lui découvre la cause de ce déploiement de magnificence, puisque les plus brillamment ornés des passereaux difîèrent à peine, par la taille et les conditions de vie, de leurs congénères les plus modestes et les plus obscurs.
A part le corbeau, le calao, la pie-grièche et la pie, qui sont presque carnassiers et dont la taille est d'ailleurs plus forte, ces oiseaux n'ont pas grande intelligence; leur vie s'agite dans un cercle étroit, leur vol n'est ni très élevé ni très soutenu sauf chez les hirondelles, et par conséquent leurs mouvements multipliés et toujours les mômes n'ont pas d'autre expression que celle de la grâce légère et de la vivacité. Telles sont, au point de vue de la physionomie, les seules observations à retenir sur ces oiseaux. Par cet ensemble de caractères et par leur manière de vivre, ils représentent d'une manière frappante les rongeurs et les insectivores de la classe des mammifères.
Grimpeurs. — Bien que placés en zoologie après les passe-
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reaux, les grimpeurs sont beaucoup plus intéressants sous le rapport de l'expression. Cet ordre est formé des toucans, des perroquets, des indicateurs, des pics et des coucous. Les grimpeurs sont pour la plupart frugivores ou granivores. Ce qui les distingue des autres oiseaux, c'est la disposition de leurs quatre doigts qui, dirigés deux en avant et deux en arrière, leur forment une sorte de pince ou de crochet dont ils se servent pour grimper, en s'aidant en outre parfois de leur bec comme d'un crampon.
Les perroquets. — Les plus connus d'entre eux sont les perroquets, remarquables par leur aptitude singulière à imiter la voix humaine et même à prononcer des mots et des phrases entières. Quoique cette faculté ne soit pour ces oiseaux que le résultat d'un simple penchant instinctif servi par un appareil vocal particulier, les perroquets sont peut-être, si on en juge par la grosseur de leur tête et par le développement et la saillie de leurs circonvolutions cérébrales, les plus intelligents des oiseaux. Ceux qu'on tient en captivité donnent des marques très touchantes d'affection à leurs maîtres.
Les perroquets sont des animaux essentiellement grimpeurs et ils vont de branche en branche en s'y accrochant avec leurs pattes, qui sont armées d'ongles forts et assez crochus.
Mais ce qui les caractérise au plus haut degré et les place hors de pair avec les autres oiseaux, c'est l'adresse et la facilité avec lesquelles ils savent se servir de leurs pattes pour saisir leur nourriture, la porter à leur bec et l'y maintenir pendant qu'ils mangent. Ils deviennent par là le seul exemple d'animaux chez lesquels le pied de derrière s'élève presque à la fonction d'une main. Cette faculté, jointe h la grosseur et à la rondeur de leur tête, au développement de leur cerveau, à leur instinct d'imitation, à leur caractère affectueux, et enfin à leur habitude de grimper, fait faire un rapprochement entre ces oiseaux et les singes, comme nous en avons fait un entre les rongeurs et les passereaux.
La famille des perroquets, dont l'ara, le cacatoès et les perruches, sont les représentants bien connus, est une des plus nombreuses et des plus variées de l'ornithologie. Dans les
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petites espèees elle arrive à se conrundie presque avec les passereaux, mais dans les grandes, son bec recourbé, sa tête grosse, les mouvements bizarres de ses pattes, et surtout sa façon de grimper en s'aidaid du bec, lui donnent un air d'intelligence et d'adresse qu'on ne retrouve à un tel degré dans aucune autre espèce d'oiseaux.
Le coucou, tindicateur et le pic. — Les autres espèces de grimpeurs sont fort au-dessous des perroquets comme physionomie et comme intelligence; insectivores, ils se rapprochent par leurs formes des passereaux insectivores. Ce sonl des animaux effilés, à bec long et aigu, conformés enfin, comme les quadrupèdes insectivores, dans ce style menu qui rappelle vaguement la ténuité de leur proie habituelle.
Le coucou n'a de remarquable que son instinct d'usurper le nid des autres espèces. Le pic est plus curieux par son adresse à creuser les troncs d'arbres pour y découvrir les larves dont il se nourrit. Il s'attaque même à la pierre : dans une vieille tour dépendant d'une maison de campagne oîi j'habite pendant la belle saison, les pics ont creusé dans la pierre deux trous dans l'un desquels on pourrait faire entrer le poing.
Quant à Findicateur, il ne diffère pas beaucoup, comme expression, des deux espèces précédentes. Il n'a de particuher que son avidité pour le miel, qu'il cherche en criant, et c'est ainsi qu'il aide les indigènes de l'Afrique à découvrir les nids d'abeilles sauvages.
Gai/ i /lacés. — Le pigeon, le dindon, le paon, le faisan, le coq, la pintade et la perdrix, sont les types les plus connus des gallinacés.
A part le pigeon et ses variétés, qui se rapprochent des passereaux, mais dont les formes et les mouvements ont une grâce toute particulière, les gallinacés ont le bec court et voûté, les narines percées dans un espace écailleux, les ailes courtes, les pattes très fortes. Leur régime est essentiellement granivore, leur gésier est très musculeux et souvent garni intérieurement de plaques osseuses qui leur permettent de broyer avec leur estomac les graines qu'ils ont avalées.
Ce sont des oiseaux (riiistiiict assez grossier, vivant pour la
plupart en troupes sous la conduite d'un chef, et que l'ensemble de leurs mœurs et de leurs caractères biologiques généraux permet d'assimiler aux ruminants ou aux pachydermes. Les gallinacés sont plutôt marcheurs : ils ne volent que pour changer de lieu de pâture, puisque c'est sur le sol qu'ils trouvent les graines dont ils se nourrissent.
Le coq. — Le coq est assez connu pour que nous n'ayons pas à insister beaucoup sur la description de sa physionomie. C'est par excellence l'oiseau batailleur, et tout, dans la forme de son corps, de sa tête et de ses pattes, porte un air conquérant et agressif qui saute aux yeux des plus simples, puisque partout le coq est pris pour prototype des hommes à caractère vaniteux ou provocant.
Le dindon. — Le dindon, sans qu'on paisse bien s'exphquer pourquoi^ a été au contraire toujours considéré comme le type de la sottise. Sa marche cadencée, les caroncules qui défigurent sa tête, et l'habitude qu'a le mâle d'hérisser ses plumes en faisant la roue, nous sembleraient plutôt propres à marquer chez lui la violence que la stupidité, car le dindon, surtout à l'état sauvage, s'il est aussi peu intelligent que les autres gallinacés, ne l'est pas moins.
Le paon. — Le paon, comme chacun sait, est l'emblème de l'orgueil humain : la raison, c'est qu'il étale en roue sa queue, et qu'on suppose que c'est pour faire voir comme elle est belle, Ce serait donc un enfantillage que de chercher un rapport physionomique entre la queue du paon et la métaphore purement littéraire que les hommes y ont pendue. Sans doute il est vrai que l'épanouissement d'une partie mobile est en général un signe de contentement chez tous les animaux, mais vouloir en faire l'indice d'une vanité propre à l'homme seul, c'est une licence qu'il faut laisser aux poètes et aux fabulistes, et qui n'a rien de commun avec les principes de l'expression naturelle. Ou arriverait à quelque chose de plus sérieux si l'on pouvait découvrir pourquoi le paon a une si belle queue, mais il faudrait pour cela résoudre l'énigme de la coloration dans les animaux et même dans toute la nature : or ce serait entamer la question par un des points les plus difficiles, puisque précisément nous
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voyons chins celte esp^ce, côte ;\ côte avec le mâle si l)rillamment part3, la femelle rt'uluite aux couleurs les plus modestes.
Le faisan. — Chez les faisans, la forme du corps, fine par elle-même, prend une expression plus gracieuse et plus légère par l'effet de la queue, qui est longue et droite. C'est d'ailleurs dans cette tribu qu'on trouve le faisan doré, le faisan argenté, le faisan de la Chine, dont le plumage est, par son éclat et sa richesse, comparable à celui des plus beaux oiseaux des tropiques. Les faisans sont plus aériens que les espèces dont nous avons parlé jusqu'ici, et leur forme correspond à cette différence.
Les perdrix, les cailles, la pintade. — Enfin les perdrix, les cailles, dont on peut rapprocher la pintade, composent, au point de Yue de la forme, un groupe d'oiseaux essentiellement terrestres, à petite tête, à pattes courtes, et dont le corps, ovoïde et incliné en arrière, se termine par une queue très courte. Ces oiseaux ont le vol assez lourd, quoi qu'ils puissent fournir, comme les cailles, de longues traites dans leurs migrations. Leur plumage est de nuances ternes ou blanchâtres, et pas plus chez eux que chez les rapaces, on n'y trouve d'autres nuances que le blanc, le roux et le noir. Sous le rapport de l'expression, ces animaux ne présentent aucun autre signe que leurs formes massives, qui semblent convenir à des oiseaux destinés à gratter et fouiller la terre ou le gazon pour y chercher les graines dont ils se nourrissent.
Echassiers. — Dans l'ordre des échassiers, la physionomie des oiseaux prend un caractère tout à fait décidé, par suite de l'extrême longueur de leurs pattes, qui entraîne forcément un cou plus long, puisque sans cela l'oiseau ne pourrait atteindre sa nourrilure sans se baisser, sans s'arrêter par conséquent.
Ce n'est pas tout : les échassiers vivent de poissons ou de coquillages, mais ne nagent pas ; ils ne peuvent que s'approcher de l'eau ou s'y avancer, ce qui leur est facile grâce h la longueur de leurs pattes. Avec leur long cou, ils peuvent approcher l(Mn' têle de la surface de l'eau, mais une fois arrivés Ifi, si leur bec était pareil à celui des autres oiseaux, il leur serai! impossible de saisir aucun poisson: ils out donc un grand bec, faute
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de quoi ils mourraient de faim. Ainsi plantés au bord des étangs ou des rivières, ils ressemblent très exactement à des pêcheurs qui auraient un cou pour ligne et un bec pour hameçon.
Cette excessive longueur du cou, du bec et des pattes, donne à quelques-uns de ces oiseaux la plus étrange physionomie, que vient encore accentuer la bizarrerie de leurs mouvements.
Mais, chose singulière et qui montre combien quelques légères modifications de forme peuvent changer l'expression d'un objet, à côté des oiseaux les plus laids de l'ornithologie, comme l'autruche ou le marabou, on trouve dans ce même ordre la grueparadis et la demoiselle de Numidie, qui sont peut-être les plus gracieux et les plus élégants de tous les oiseaux.
Pour continuer le travail de comparaison que nous avons poursuivi à travers la diversité des espèces et des types, il faut remarquer comment nous retrouvons ici, par analogie avec les quadrupèdes pêcheurs tels que la loutre, des oiseaux à qui la terre ne suffît pas pour vivre, qui ne peuvent pas vivre dans l'eau, mais qui s'y avancent, faisant ainsi quelques pas vers le régime amphibie, et s'arrêtant. En sens contraire, nous allons voir dans ce même ordre des échassiers qui abandonnent le vol pour devenir exclusivement terrestres.
A un autre point de vue les échassiers sont un nouvel exemple de cette tendance à l'allongement des membres postérieurs, que nous avons observée chez plusieurs espèces de mammifères, et que nous retrouverons chez les reptiles et jusque chez les insectes. Seulement il faut remarquer que les longues pattes de ces oiseaux ne leur servent pas à sauter, et sont uniquement de véritables échasses destinées à élever leur corps au-dessus de la surface de l'eau.
L'autruche. — L'autruche est un oiseau qui marche et ne peut voler : ses jambes sont d'une force et d'une longueur extrêmes, et ses ailes, n'ayant que des plumes molles dont les barbules ne s'accrochent pas entre elles, sont plutôt des panaches que des ailes véritables. Par son régime et par sa gloutonnerie, l'autruche se rapproche singulièrement des galHnacés ; elle s'en rapprocherait aussi par sa forme si elle n'avait ce long cou qui, terminé pai* une tête si petite^ lui donne l'étrange physionomie
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que chacun sait. La slupidité fait le fond du caractère de cet oiseau, et il suffit de le considérer pour voir que la forme s'accorde avec le fond, car l'aulruche a réellement l'air stupide. Cette expression, qui frappe tout le monde, se rattache, ainsi que nous l'avons remarqué ailleurs, h la disproportion entre le corps énorme de cet oiseau et la petitesse ridicule de sa tête : or comme c'est un fait constant que l'intelligence des animaux est en rapport direct avec le volume relatif du cerveau, l'autruche nous paraît stupide parce que sa tête ne peut contenir qu\m très petit cerveau. La longueur excessive du cou ajoute d'ailleurs h cette impression, parce que ce cou si démesuré n'est pas non plus en proportion avec la tête insignifiante qu'il a à supporter : de là un effet de discordance et de ridicule.
Les grues. — Les grues, au contraire, sont des oiseaux élégants et légers, volant parfaitement, et chez lesquels la forme générale semble tracée sur un plan particulier. La tête est plus grosse, toujours ornée d'aigrettes ou de plumes renflées; le bec est plus court et fin ; le cou n'est pas aussi long. Mais ce qui distingue particulièrement les oiseaux de cette tribu, c'est le modelé de la masse générale du corps, oîi les lignes et les surfaces se suivent et s'enchaînent d'une façon continue, par des passages toujours adoucis, en laissant partout dominer l'ovoïde, qui est la plus agréable des formes. Cet harmonieux enchaînement des lignes donne une grâce parfaite à tous les mouvements de ces oiseaux.
La grue-paradïs. — Chez la grue-paradis ces avantages sont encore augmentés par la disposition particulière du plumage, qui semble une robe de soie, tant il est égal et serré, et par sa couleur gris-rosé, d'une finesse et d'une douceur admirables. Des ornements blancs près des yeux, de longues plumes noires et souples à la queue, complètent la parure de cet admirable oiseau.
La demoiselle de NumkUe. — La demoiselle de Numidie a été ainsi nommée, dit M. Milne Edwards, « à cause de son port élégant et de ses gestes affectés ». Ces quelques mois peignent en effet fort bien la démarche et la physionomie de cet oiseau. En lui faisant l'honneur de le compariM- à uut» Jimuk^ fille du
grand monde, on n'a pas seulement rendu justice à sa distinction presque féminine, on a cédé à un sentiment beaucoup plus sérieux et beaucoup plus profond, au sentiment de l'analogie, qui est un des plus impérieux de l'esprit humain, et qui gouverne une grande partie de nos jugements.
En effet, à mesure que nous avançons dans l'étude de la physionomie, nous voyons se définir de plus en plus une idée qui se représente plus nette à chaque observation nouvelle, l'idée de comparaison. C'est à force de retrouver dans tant d'êtres divers les mêmes signes d'expression, que nous sommes arrivés d'abord à fixer la valeur de chaque signe, et que le signe à son tour nous a permis de comparer les êtres entre eux. Or, ainsi que nous croyons l'avoir montré jusqu'ici et que nous espérons le confirmer jusqu'au bout, les signes d'expression sont les mêmes dans tous les objets de la nature : c'est donc une bonne fortune pour nous d'avoir pu donner ici la preuve que cette universalité des signes d'expression n'est pas seulement une conception instinctive du commun des hommes, mais qu'un savant, au cours du travail le plus sérieux, y donne une consécration scientifique, puisqu'il parle d'un oiseau comme il parlerait d'une femme.
Il ne fait d'ailleurs que justifier, en le commentant, le nom galant de la demoiselle de Numidie. Cet oiseau est mince, élégant, gracieux, souple ; ses mouvements sont cadencés, ses pattes longues, fines, légères, semblent à peine toucher le sol, et chacun de ses pas, chacune des ondulations de son cou, semble être calculé par une sorte de coquetterie à la fois provocante et dédaigneuse : tout naturellement l'image d'une jeune fille se présente comme comparaison, parce que les formes et les mouvements de cet oiseau ont les mêmes expressions que les formes et les mouvements d'une jeune fille.
Le héron. — Chez le héron et les oiseaux de la même famille, la forme devient moins élégante, le bec augmente de volume, et surtout les mouvements et l'attitude prennent un caractère lourd et disgracieux, par suite de l'habitude qu'ont ces échassiers de rester immobiles au bord des eaux, le corps droit, le cou replié et la tête presque cachée entre les épaules.
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Le marabou. — Dans la tribu des cif^ognes, le corps devieat plus voûté et plus aplati du dos, les pattes grossissent, la tète se dénude, et enfin le bec arrive à un développement énorme. C'est dans le marabou ou cigogne à sac qu'on peut voir ces caractères arrivés à leur dernier excès, et il en résulte pour cet oiseau une laideur indescriptible. Il n'y a pas de caricaturiste au monde qui eût jamais pn être de force à imaginer la ligure du marabou. Ce corps blanc par devant et noir par derrière ; ces pattes énormes et raides toujours souillées de longues traînées de lîente ; cette collerette de plumes ébouriffées oii s'enfonce un cou rouge, ridé, sous lequel pend une sorte de vessie pointue ; cette tête pelée, hérissée de quelques rares poils ; enfin ce bec, gros et long comme le bras d'un homme et barbouillé çà et là de grosses taches noires ; avec cela, l'immobihté du marabou, son air stupide, son attitude triste et presque honteuse, sa tête enfoncée dans ses épaules, son bec pendant, tout cela forme un ensemble d'un grotesque inouï.
Il n'est d'ailleurs pas difficile de se rendre compte des causes de cet effet. C'est comme toujours dans la disproportion des parties que consiste la laideur du marabou : le corps est trop gros pour les pattes, le bec est monstrueusement gros pour la tète; de plus le cou et la tête sont pelés et tachetés de noir, la vessie du cou a un aspect répugnant, et enfin l'oiseau est comme renfoncé en lui-même.
Le flamant. — Entre la laideur du marabou et la grâce de la demoiselle de Numidie, la bizarrerie du tlamant peut servir de terme moyen pour vérifier une fois de plus l'application des principes généraux de l'expression. Le flamant a les pattes extrêmement longues, mais elles sont fines ; son corps est petit, d'une forme élancée ; son cou est d'une longueur extraordinaire, mais il ne le renfonce pas entre ses épaules ; son bec n'est pas très long, et il est plié en deux à son miheu. Son plumage, ses pattes et son bec, sont du plus beau rose. De tout cela résulte un aspect de légèreté dans les formes, et la teinte rose du plumage jette sur l'ensemble un effet agréable. Mais en même temps, connue les jambes et le cou sont disproportionnés avec le corps, il se mêle à cet effet un air i\(\ jjizarreiie. (^t les mouvemcnls du bec
que l'oiseau manœuvre comme une faulx, en le couchant siu- le côté, lorsqu'il fouille la vase, ajoutent encore à l'originalité de la physionomie du flamant.
L'ibis et la bécasse. — Parmi la famille des longirostres, il faut mentionner l'ibis, dont une espèce a été divinisée par les Égyptiens. Les oiseaux de cette famille sont de petite taille, assez disgracieux, et vivent en général de vers que, grâce à la longueur de leur bec, ils peuvent saisir dans la vase. La bécasse est proverbiale pour sa stupidité. L'aspect de sa tête très petite et de son long bec lui aura sans doute valu ce renom, comme d'ailleurs à tous les oiseaux dont le bec est excessivement long. Ce jugement se justifie d'ailleurs par la même raison qui donne un air de plus en plus stupide à tous les animaux et même à l'homme à mesure que la face prédomine sur le crâne : ici le bec correspond à la face des mammifères, et comme il est à la fois long et étroit, il produit un efTet de longueur et d'étroitesse qui abaisse doublement l'expression. A part la courbure de son bec, l'ibis diffère à peine de la bécasse, et on ne peut que se perdre en conjectures sur le mystère de cet oiseau insignifiant élevé au rang d'un dieu par un des peuples les plus sérieux et les plus distingués qui aient passé sur la terre.
Les oiseaux plongeurs. — Dans la famille des oiseaux plongeurs, nous trouvons un nouvel exemple de ces déclassements de milieu sur lesquels nous avons appelé plusieurs fois l'attention de nos lecteurs. Voilà des animaux que leur organisation repousse à la fois de l'air et de la terre, car ils ont des ailes extrêmement courtes, et leurs pieds sont si courts, placés tellement en arrière du corps, qu'ils ne peuvent avancer qu'en sautillant, et encore tombent-ils souvent à plat ventre. Cette disposition des pieds les oblige, loisqu'ils sont à terre, de se tenir dans une position verticale, ce qui leur donne le plus étrange aspect.
Les plongeurs ne reprennent leur vie normale que loi'squ'ils sont dans Teau, de sorte qu'on peut justement les appeler les phoques de l'ornilhologie. Ils se nourrissent d'ailleurs, comme les phoques, de poissons. On peut même remarquer une certaine analogie de formes entre ces oiseaux et les mammifères amphi-
hies : leiic UMc csl grosso, loui' roii roiirt, cl le corps est ellipsoïde, de même ([iie dans ces uiiimaiix.
Le phigoii'ut et l'aptéry.r. — L(^ pini^ouin est le plus connu et le plus caractéristique des oiseaux de cette famille. Dans la grande espèce on trouve au plus haut degré les signes pliysionomiques qui expriment la stupidité: rallongement du cou, Timmobilité, le manque complet de détail dans les formes, l'air d'impuissance et de maladresse ; les ailes sont remplacées par des moignons, et les pattes seml)lent fichées directement dans le corps. Dans l'aptéryx de la Nouvelle-Zélande, ces mutilations s'accentuent au point que cet oiseau semble vraiment un quadrupède inachevé.
Les oiseaux de mer. — Les albatros, les pétrels et les mouettes, semblent se détacher sur le groupe des palmipèdes par une sorte d'analogie avec les rapaces. L'albatros, avec sa taille énorme, sa puissante envergure, son bec crochu, est l'aigle des mers. Il est d'ailleurs carnassier, il attaque même les animaux vivants, et des naufragés accrochés à des épaves ont été dévorés par des troupes d'albatros. Les pétrels et les mouettes peuvent être aussi justement assimilés aux faucons et aux éperviers. Comme dans ces rapaces, l'élancement des formes, l'ampleur des ailes, la force du bec et des pattes, expriment par des signes directs le caractère et les habitudes de ces oiseaux.
Pélicans et cormorans. — Le pélican et le cormoran, par la grandeur surprenante de leur bec, présentent deux des physionomies les plus bizarres de l'ornithologie. Ici le bec est un instrument de pêche, pince et épuisette tout à la fois chez le pélican, dont la gorge membraneuse en forme de sac peut contenir plus de vingt pintes d'eau. L'appropriation au régime devient le trait le plus saillant de la physionomie, car l'énormitt' du bec ne laisse place chez ces oiseaux à aucune espèce d'expression.
La frégate. — La frégate, à cause du développement de ses ailes et de sa queue, mérite encore d'être citée comme un IVappant exemple de l'accord entre la forme et la fonclion. La frégate est le plus puissant voilier des mers; on en a rencontré à. plus de quatre cents lieues au large.
Tribu des canards. — Le canard, Foie et le cygne, forment un groupe nombreux qui diffère des autres palmipèdes par un bec épais revêtu d'une peau molle, ce qui suffit pour donner à cette partie un aspect plus vivant. La tête de ces oiseaux est assez grosse, et les plumes du front forment au-dessus des yeux un renflement qui accentue l'effet de ces organes. Ces oiseaux sont d'une taille assez considérable ; les masses principales du corps se divisent nettement; les ailes, la queue, et surtout le cou et la tête, sont continuellement animés de mouvements vifs et gracieux. Lorsqu'ils nagent, leur cou rengorgé, leur queue retroussée, leur donnent beaucoup d'élégance. Le plumage est généralement de couleurs très variées et très vives. Enfin le vol est puissant et élevé. Au point de vue du style, leurs formes sont remarquables par la prédominance et l'heureux enchaînement des hgnes et des surfaces courbes. Dans les migrations ils déploient de grandes qualités d'instinct, de discipline et de force, de sorte qu'on peut leur donner rang parmi les oiseaux supérieurs.
Le cygne. — Un cygne voguant sur l'eau d'un bassin est certainement un des plus agréables spectacles que la nature puisse offrir au regard de l'homme. Il n'y est pas insensible, et, dès la plus haute antiquité, son admiration pour le plus beau peut-être des oiseaux s'est traduite en cent façons. Le cou du cygne, avec ses courbes si gracieuses et si variées, est devenu dans les arts un motif d'ornement qu'on peut qualifier d'éternel, puisqu'à l'heure qu'il est l'imagination des modernes n'a rien trouvé de mieux, pour orner les robinets de nos baignoires et de nos toilettes, que ces mêmes cols-de-cygne qui, chez les anciens, alimentaient les piscines d'argent de Lucullus. Chaque hiver nous pouvons voir glisser sur la neige des traîneaux faits à l'image d'un cygne aux ailes entr'ouvertes. Enfin la fable de Jupiter et de Léda nous montre le maître des dieux lui-même ne dédaignant pas de se déguiser sous le plumage d'un de ces palmipèdes pour mieux séduire la jeune Léda, et y réussissant complètement, puisque les œufs d'oij sortirent Castor, Follux et Hélène, furent le fruit de celte union ornithologique.
Sans vouloir écarter d'une main trop indiscrète la vapeur dont
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le loinlaiii du passé voile avantageusement cette scène, nous pouvons (lu moins y voir quelle haute opinion les Grecs, ce peuple artiste par excellence, se faisaient des grâces du cygne, puisqu'ils leur supposèrent assez de puissance pour captiver une mortelle. Si d'ailleurs, comme on est autorisé à le croire, la figure du cygne n'a été inti-oduite dans la fable de Léda que pour servir de syml)ole à un auioui- gracieux et tendre tel que Jupiter voulait l'offrir à une jeune fille candide, nous n'aurons pas besoin d'une analyse bien approfondie pour montrer que les poètes ne pouvaient faire un choix plus judicieux.
En effel, si nous nous reportons aux principes d'expression que nous avons vus se dégager et se confirmer progressivement au cours de cette étude, nous reconnaîtrons dans la figure et dans les mouvements de cet oiseau tous les signes expressifs de la grâce et de la beauté. Le corps est heureusement proportionné; les masses de la gorge, du dos et de la queue, sont nettement accusées et s'accordent par des transitions bien enchaînées. La longueur extrême du cou, si disgracieuse dans l'autruche parce que le cou est raide, devient chez le cygne un élément de grâce, par les deux courbes contraires qui, donnant à la gorge une saillie avantageuse, ramènent la tête en avant et l'élèvent au-dessus du corps. Ainsi soutenue, agitée en tous sens par des mouvements tantôt vifs et tantôt onduleux, cette tête, bien formée et bien détachée du cou, a des yeux ombragés par des espèces de sourcils, une partie saillante qui rappelle la masse des joues, un bec membraneux, vivement coloré et d'un modelé bien détaillé. La queue retroussée et mobile, les ailes à demi ouvertes, marquent l'essor d'un mouvement prêt à se déployer ; le jeu des pieds palmés, qu'on voit ramer à l'arrière de cette barque vivante, est élégant par lui-même et agréable à suivre, d'abord parce que c'est un mouvement, et ensuite parce qu'il explique le glissement du cygne sur l'eau. Enfin cette robe, tantôt d'un blanc de neige, tantôt d'un noir d'ébène, où chaque plume, dessinée et saillante, se détache avec ses lumières et ses ombres pour se fondre dans l'enveloppe générale du clair-obscur, revêt tout l'aspect de l'oiseau d'une; véritable magnificence.
Loïc. — L'oie ressemble beaucoup au cygne : mais son cou
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plus court et plus droit, ses ailes toujours collées le long du corps, sa tête au bec plus massif, et enfin son plumage d'un gris cendré, lui donnent un aspect lourd et rustique. Quoique, grâce à ses jambes un peu plus longues, elle marche mieux que le cygne, son balancement, la raideur de son cou, et son cri désagréable, lui ont valu detre prise comme type de la bêtise. La seule explication de cette maheillance est que l'oie est un oiseau de basse-cour, qu'on l'a continuellement sous les yeux, el qu'elle fait un peu plus de bruit et d'embarras que les autres habitants de la ferme, car l'oie est au contraire un oiseau très intelligent, Mais elle est grosse, elle est remuante, indocile, elle s'effarouche et crie h tout propos, et quand elle s'en va clopinclopant le bec en l'air et les ailes traînantes, elle a dans les mouvements quelque chose de niais et de suffisant qui rappelle la dégaine d'un sot; elle est désagréable à conduire, désagréable à rencontrer : c'est par toutes ces raisons que les philosophes, en quête d'une comparaison bien humiliante pour qualifier ceux d'entre nous qui se font distinguer par une sottise supérieure à celle du commun des hommes, ont dit: bête comme une oie. Mais en disant cela on parle toujours d'un homme : or si jamais on arrive, comme il faut l'espérer, à reviser le jugement injuste qu'on a porté sur Toie, et que l'on considère les développements inimités où peut atteindre la sottise humaine, je crains qu'on n'en arrive à retourner la comparaison.
Le canard. — Le canard a la tête plus fine, le cou plus dégagé et moins raide, le plumage plus brillant [que l'oie. La forme de son corps est plus délicate et mieux modelée. Celui-là encore, par suite de sa longue société avec l'homme, a eu sa part de quolibets : on ne le fiétrit pas comme l'oie, mais on le ridiculise. C'est encore a la marche qu'on s'en prend: « marcher comme un canard » est une expression courante pour définir la marche disgracieuse de certaines gens. On ne prend pas garde que le canard est organisé avant tout pour voler et pour nager, et qu'autant il marche mal, autant il est gracieux lorsqu'il nage ou découplé quand il vole.
Quoi qu'il en soit il n'est pas inutile de remarquer combien la démarche est un trait prépondérant dans l'expression, puisque
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cela seul a suffi aux hommes pour cai'act(Sriser l'oie et le canard sans qu'auc'iiu des autres Irails ail pu modifier celte impression.
De r anthropomorphisme animal et des fables. — Enfin, au moment oii nous allons quitter, avec les mammifères et les oiseaux, les deux groupes les plus expressifs d'êtres vivants, et qui nous sont le plus familiers, nous ne croyons pas pouvoir laisser sans le mentionner tout un ensemble de conceptions plus ou moins imaginaires, plus ou moins humoristiques, que l'homme a de tout temps attachées à certaines figures, à certains caractères d'animaux, et qui forment, à côté de la zoologie, une espèce de philosophie animale. Les animaux domestiques, et à leur tête le chien et le chat, ont fourni sur ce point une ample matière à l'esprit, au cœur, à l'humeur aigre ou bénigne, de bien des gens ; les fables sont un des produits les plus féconds et, à notre humble avis, les plus faux et les plus médiocres, de ces imaginations. Une misanthropie étroite et bourrue est en général au fond de ces soi-disant badinages, et le caractère vrai des animaux n'a aucune espèce de rapport avec les traits qu'on leur y attribue.
Mais U faut pourtant reconnaître qu'en dehors de ces inventions purement littéraires d'auteurs ou de moralistes en chambre qui n'ont jamais su voir l'animal vrai, il y a une espèce de philosophie ou d'esthétique naturelle qui fait vraiment partie du sens commun, et celle-là il faut en tenir compte pour l'étude de la physionomie.