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POISSONS

Nous ne pouvons avoir sur la physionomie des poissons des idées aussi précises et aussi étendues que sur celle des autres animaux. Le milieu qu'ils habitent nous est inaccessible : pour les y apercevoir, il faut que l'homme plonge sous l'eau, et dans les courts instants de submersion qu'il peut supporter, il les entrevoit à peine. Ce n'est que du bord d'une rivière ou d'un bassin, lorsque l'eau est claire, quand les poissons se montrent un moment près 'de la surface, qu'on aperçoit leur dos et qu'on suit leurs mouvemeuts.

Les aquariums permettent, il est vrai, de les observer plus complètement : mais outre qu'ils sont là confinés dans des espaces très réduits, on n'y voit qu'un nombre d'espèces insignifiant en comparaison de l'innombrable multitude des poissons qui peuplent les eaux du globe. Hors ces occasions passagères nous ne pouvons étudier les poissons que morts, lorsqu'on vient de les pêcher, ou lorsqu'ils sont conservés dans les galeries d'histoire naturelle, de sorte que la plus grande partie de nos observations porte sur des cadavres.

Une raison plus décisive réduit encore le champ de ces observations : c'est que, par la nature môme de ses formes et de ses mouvements, le poisson n'a pour ainsi dire aucune expression.

A la différence de tous les autres vertébrés, qui ont la terre pour appui et qui, lorsqu'ils s'en éloignent pour s'élever en l'air ou pour nager dans l'eau, peuvent toujours revenir s'y reposer, le poisson est un être fiottant, toujours en état d'équilibre instable.

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(irâce à la Uuiclité du milioii où il est comme suspendu, il s'y élève ou s'y abaisse pai' la seule contraction de sa vessie natatoire. Tout son mouvement est dans la queue, qui fonctionne à la manière d'une hélice; les nageoires pectorales et anales, qui représentent les membres absents, n'agissent guère que pour donner la direction; les nageoires dorsales, plus ou moins mobiles, sont comme une quille supérieure qui maintient ou rectifie cette direction.

Ces conditions suffisent déjà pour placer les poissons bien audessous des animaux qui portent leur équilibre en eux-mêmes ; leurs mouvements, emprisonnés dans un fluide qui les enveloppe^, les presse et leur résiste de toutes parts, auraient déjà par cela seul moins d'indépendance et de variété ; mais de plus leur corps n'est qu'une masse informe, confuse, un tronc mutilé qui se réduit presque à une tête et à une queue soudées bout à bout ; quelques poissons n'ont même pas de nageoires.

Le recul de l'activité vers les parties postérieures est encore un autre caractère d'infériorité pour les poissons. Nous avons à plusieurs reprises insisté pour faire voir comment, en sens contraire, la supériorité expressive des animaux est en raison directe de la prépondérance des parties antérieures du corps: cette loi ne se dément jamais, et nous la voyons se confirmer à chaque pas nouveau que nous faisons dans l'analyse de l'expression.

La diversité et l'indépendance des parties sont un autre élément non moins important dans la gradation des êtres animés, et on peut tenir pour assuré d'avance qu'il en est ainsi pour tout objet, même inanimé, même artificiel, susceptible d'une expression quelconque : sous ce rapport encore le poisson est inférieur parce que ses parties sont uniformes et soudées sans interruption les unes aux autres.

Dans des êtres aussi grossièrement conformés, les appareils des fonctions organiques présentent un abaissement correspondant à celui de la forme extérieure. La respiration ne se fait [)lus par des poumons, mais par des branchies, sorte de peignes où l'air contenu dans l'eau se dépose par fillration au lieu de se mêler directement avec le sang comme cela a lieu dans les

poumons des autres vertébrés: c'est donc une respiration imparfaite. Le cœur n'a que deux cavités au lieu de quatre et ne reçoit que du sang veineux, qui, projeté dans un vaisseau dorsal seulement, ne parvient de là aux autres parties du corps que par cette unique impulsion. La circulation est donc très lente, et le sang est froid comme celui des reptiles.

La tête, ainsi que nous l'avons dit, n'est pas séparée du tronc et se continue avec cette partie. La colonne vertébrale n'a que deux portions distinctes, l'une, dorsale, qui commence à la suite de la tête, et l'autre, caudale, qui se continue avec la première sans qu'il y ait ni cou ni sacrum.

Les nageoires pectorales, à la base desquelles on rencontre quelques osselets qui simulent les vestiges d'un radius et d'un cubitus, ne se composent que de rayons cartilagineux réunis par des membranes ; un seul os, simulacre d'un membre postérieur, porte les nageoires ventrales, et encore ces deux sortes de nageoires disparaissent dans les dernières espèces.

Le crâne, extrêmement réduit, n'est pas à beaucoup près rempli par la masse du cerveau. Les organes des sens existent à peine. Le toucher ne peut, à cause des écailles dont le corps est presque toujours revêtu, s'exercer que par les lèvres ou les barbillons ; la langue et le palais sont presque cartilagineux, les aliments ne séjournent pas dans la bouche : le goût est donc à peu près nul. L'organe de l'odorat n'est qu'un cul-de-sac qui ne peut être qu'imbibé et non traversé par l'air ou par l'eau. L'oreille se réduit à un vestibule composé de trois canaux semi-circulaires, et les ondes sonores n'y peuvent parvenir qu'après avoir mis en vibration les téguments et les os du crâne ; il n'y a d'ailleurs ni tympan ni oreille externe. Enfin les yeux, très grands et presque immobiles, n'ont ni paupière ni appareil lacrymal, la cornée est presque plane, et le cristaUin est sphérique au lieu d'être lenticulaire comme chez les autres vertébrés. De tous ces détails d'organisation il résulte que l'intelligence et les sens des poissons ne sont pas moins imparfaits que leurs formes, leurs mouvements et leurs autres fonctions.

Les poissons n'ont point d'organe vocal. Le bruit que quelquesuns font entendre au sortir de l'eau n'a pour cause que le frot-

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leineiit inùcanique de Tair coiilrc cerlaities parties de la gorge.

Les poissons ont pour téguments des écailles tantôt imbriquées, tantôt disposées en plaques. Dans certaines espèces le corps est hérissé d'épines. D'autres, comme l'anguille, par exemple, ont lu peau nue.

Les couleurs des poissons, d'un éclat presque toujours nacré ou métallique, sont d'une richesse et d'une variété merveilleuses. A quoi peuvent servir ces couleurs, chez des animaux destinés à vivre dans un milieu aussi peu éclairé que le fond des eaux, c'est ce qu'il est difficile de savoir. Peut-être cette diversité et cet éclat leur ont-ils été donnés comme compensation du peu do différence de leurs formes, afin de les rendre plus reconnaissables les uns pour les autres; mais en tout cas, pas plus que pour les autres animaux, on ne peut rien deviner de ce qui détermine la couleur de leurs écailles.

On trouve dans cet ordre des différences extrêmes de grandeur entre les espèces. De certains petits poissons longs de quelques lignes, aux requins de vingt-cinq pieds de long, il y a autant d'écart qu'entre une musaraigne et une baleine, entre un oiseau-mouche et une autruche, entre un têtard et un crocodile.

Malgré leur nombre immense, les espèces de cette classe ne présentent pas autant de variété dans la forme que les quadrupèdes, les oiseaux et les reptiles ; l'absence de membres, le peu de différence des téguments, les conditions rigoureuses de la natation, imposent à tous les poissons une construction uniforme dont les détails seuls peuvent varier.

La forme dominante de ces animaux étant, comme nous l'avons remarqué déjà, beaucoup plus confuse et beaucoup plus sommaire, nous ne trouverons pas parmi eux autant de types différents, et ceux que nous pourrons distinguer seront moins tranchés.

Nous pourrons cependant encore apercevoir, mais plus effacées, plus fugitives, que dans les reptiles, ces analogies physionomiques que la ressemblance des mœurs et du régime semble retléter d'une classe à l'autre. Mais comme la plupai't des poissons se nourrissent de proie vivante, et que d'ailleurs les espèces qu'ils

mangent ne vivent que clans l'eau, là encore les traits expressifs résultant du régime ne peuvent être ni aussi divers ni aussi marqués.

Enfin nous retrouverons chez les poissons ces déclassements singuliers qui font sortir des rangs certaines espèces et semblent les pousser hors de leur milieu. H y a des poissons qui marchent au fond de l'eau, d'autres qui sautent à la surface, d'autres qui débarquent sur la terre et y rampent à de grandes distances, d'autres qui grimpent sur les arbres, d'autres enfin qui volent en l'air pendant quelques instants. Ces faits viennent attester une fois de plus la constance de cette loi mystérieuse qui pousse certains animaux à s'élancer hors des conditions normales de leur organisation.

Après ce que nous venons d'exposer, on a compris d'avance que nous ne saurions consacrer beaucoup de développements à une classe d'animaux si inférieure au point de vue de l'expression. Nous nous bornerons donc à analyser les traits des espèces les plus importantes ou les mieux connues, laissant d'ailleurs aux observateurs, qu'une étude plus détaillée pourrait intéresser, le soin d'appliquer à d'autres espèces les mêmes principes d'analyse.

La perche. — La perche appartient à l'ordre des acanlhoptérygiens, qui comprend les trois quarts des poissons, et qui se caractérise très vivement par ses nageoires épineuses. Les poissons de cet ordre sont en général d'une forme élancée et d'une grande vigueur. Ce sont des animaux carnivores, et la façon dont ils sont armés, le style des formes et des lignes de leur corps, leur donnent une certaine correspondance avec les carnassiers et les insectivores.

Les poissons volants. — Le dactyloptère et l'exocet ont des nageoires pectorales tellement développées qu'ils s'en servent pour s'élancer hors de l'eau afin d'échapper à leurs ennemis. Ces poissons représentent ici les chauves-souris de la classe des mammifères. Leurs formes osseuses et cannelées semblent arborer encore davantage le caractère exceptionnel de leurs mœurs.

Le thon. — Par sa grande taille, par sa force : par le style particulier de sa construction, et enfin par la beauté de ses cou-

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leurs, le llion est un des types les plus remarquables de la classe des poissons. Son corps est très effilé en avant et en arrière, ses nageoires sont vigoureuses et bien dessinées. Ce poisson atteint une taille énorme : au musée de Bergen j'en ai vu un qui est aussi gros qu'un cheval. Les courbes de son corps sont fermes et proportionnées comme celles de la carène d'un bâtiment bien construit ; il résulte de l'aspect de ce grand être organisé une impression favorable, parce que la construction s'en montre bien appropriée aux conditions de vie de l'animal.

Les bouche-en- flûte. — Les bouche-en-tlûte forment une lamille singulièrement caractérisée par le prolongement en tube de leur bouche et par l'allongement cylindrique de leur corps. Ils rappellent ainsi les fourmiliers et les bécasses, et vivent aussi d'une proie ténue qui leur échapperait sans la conformation particulière de leur bouche.

La carpe. — La carpe appartient à Tordre des malacoptérygiens, des poissons à nageoires molles. Ce sont des animaux beaucoup plus massifs, beaucoup plus lents et beaucoup moins carnassiers, que les précédents. Avec les barbeaux, les goujons, les tanches, les brêmeS;, les ablettes, les loches, les cyprins, ils forment un groupe de poissons omnivores, herbivores souvent, qui se distinguent des autres espèces par des mouvements plus lents, des mœurs moins sanguinaires. Ce sont les ruminants ou les gallinacés de l'ichtyologie.

La truite et le saumon. — Par leurs formes ramassées, par leur force musculaire, par leur puissance de natation, et surtout par l'armement extraordinaire de leur l)ouche, qui est hérissée, jusque sur la langue, de plusieurs rangées de dents aiguës, la truite et le saumon peuvent être comparés aux félins. Gomme les félins d'ailleurs c'est par sauts et par bonds qu'ils s'avancent, avec tant de force qu'ils peuvent remonter de puissantes cascades ou s'élancer hors de l'eau pour franchir des barrages très élevés. Malgré le rang reculé que la classification leur assigne, ces poissons, considérés sous le rapport de l'expression, offrent peulêtre la physionomie la plus intéressante, ils ont pour eux une forme qui exprime netteniciil et éncrgiquemeut la vigueur ; leurs mouvements soûl remarquai>les de précision el de puissance, et

surtout, à cause de l'organisation exceptionnelle de leurs mâchoires, la tête, partie antérieure, joue chez eux un rôle prépondérant; la vie est concentrée à l'avant du corps. Au point de vue de l'expression et de l'activité vitale, ce sont donc pour nous des poissons supérieurs.

Le turbot. — Le turbot est le type de ces singuliers poissons qui, vivant presque continuellement appliqués contre le fond de la mer, semblent s'y être aplatis en compagnie des plies, des soles, des hmandes et des raies. Comparée à celle des autres poissons, leur forme n'en est évidemment qu'une dégradation qui se marque encore davantage par l'écrasement et la torsion de leur tête, oii les deux yeux, par une disposition unique chez les êtres vivants, sont placés du même côté de la face, tandis que l'autre côté, celui qui s'applique contre le fond, ne se compose que de la moitié de la face et de la l)ouche.

Cette interversion extraordinaire de parties si invariablement disposées chez tous les autres animaux donne à la physionomie des poissons plats un aspect irrégulier, désordonné, dont l'effet est très défavorable. Comparés aux autres poissons, ils semblent estropiés, et ils le sont réellement, quoique cette torsion de la tête soit pour eux une nécessité, car si leurs yeux étaient placés normalement, l'un de ces yeux resterait appliqué contre le fond de la mer et ne leur servirait à rien.

Le turbot, dans les grands fonds, arrive à des dimensions énormes. J'en ai vu un, sur le marché au poisson de Bergen en Norvège, qui avait plus de deux mètres de longueur et dont le corps était aussi épais que celui d'un homme, et on m'a assuré qu'on en avait pris un autre deux fois aussi gros.

L'anguille. — L'anguille est presque un serpent: elle en a la forme et les mouvements, et la même impression d'horreur se produit à son aspect. Ce poisson est un nouvel exemple de la tendance qui pousse certains animaux à sortir de leur milieu. Quand la saison est très chaude ou que Teau des étangs commence à se corrompre, les anguilles sortent de l'eau et, rampant à travers les prés, vont chercher des eaux plus salubres. Quelquefois elles s'enfoncent dans la vase et peuvent, quoique privées d'eau, y demeurer des mois et même des années. C'est là une

espèce d'hiberualioii onde reviviscence. qui, toule singulière qu'elle soit, ne peut s'expliquer que par la vitalité extraordinaire de ces poissons. Quoi qu'il en soit il en résulte que l'anguille est un poisson amphibie ou terrestre à ses heures.

Lanabas. — Il n'est pas sans intérêt de mentionner, à côté de l'anguille, un singulier poisson épineux, l'anabas, qui non seulement sort de l'eau, mais grimpe aux arbres et y demeure perché pendant des heures. C'est là encore un exemple bien curieux de déclassement, puisqu'il nous montre un poisson quittant son milieu biologique pour aller, à côté des écureuils et même des oiseaux, se balancer au souffle du vent. Celui-là ne se contente pas, comme l'anguille, d'être terrestre : il lui faut être aérien et arboricole.

Le coffre. — Le coffre, cuirassé de plaques osseuses divisées en compartiments réguliers, représente un type de poissons correspondant aux tortues chez les reptiles et aux tatous chez les mammifères. La rigidité de cette carapace, jointe à sa forme anguleuse, produit le même effet que chez tous les animaux ainsi cuirassés, de sorte que le coffre et les autres poissons du même genre peuvent être considérés comme les derniers sous le rapport de l'expression.

L esturgeon. — L'esturgeon, qui d'ailleurs se rapproche du requin par la forme de son corps et par la disposition de sa gueule, est un poisson d'une grande taille, et dont le corps effdé, les nageoires puissantes, annoncent bien la force et l'activité. Cet animal, qui peut atteindre jusqu'à quinze pieds de longueur, est très intéressant à comparer avec les autres espèces, parce qu'il reste, au milieu de la faune maritime actuelle, un des derniers survivants de l'époque quaternaire. En l'observant avec attention, on lui trouve en effet quelque chose de primitif et de fruste, et les écussons coniques rangés en lignes sur ses flancs, la crête épineuse qui se hérisse sur son dos et sous son ventre, lui donnent une physionomie tout à fait barbare. L'absence de dents chez des animaux aussi puissants, et le vestige d'os intermaxillaire qui, par une exception unique parmi tous les vei'tébrés hors l'homme, ne se trouve que chez l'esturgeon, contirnienl ;uial(uni(piement ce que sa physionomie extérieure lui donne J'exceplionnel.

Le requin. — On peut appliquer au requin toutes les observations que nous avons faites sur les grands carnassiers. Son corps est admirablement construit pour la natation, ses nageoires sont d'une grandeur et d'une puissance extraordinaires. Comme chez tous les animaux supérieurs, la tête est proportionnellement très forte, et le développement des nageoires antérieures concentre l'activité à l'avant du corps. Cette tendance générale s'accumule en proportion monstrueuse dans la gueule du requin, véritable gouffre hérissé de six rangs de dents aiguës, et dont les mâchoires sont d'une force telle qu'elles peuvent couper en deux d'un seul coup le corps d'un homme. Cette gueule est, à vrai dire, tout l'animal ; le corps immense qui la promène à travers les mers n'est guère que le moteur de cette machine de destruction, qui, toujours béante, jamais rassassiée, peut engloutir presque sans interruption, mortes ou vivantes, toutes les proies qu'elle rencontre.

Les requins sont probablement les plus grands des poissons : on en conserve, dans les galeries du Muséum, des individus qu* ont trente pieds de long.

L'aspect de ces monstres est bien fait pour justifier l'idée que nous avons de leur férocité. A mesure qu'on examine cette épouvantable construction si savamment combinée pour le meurtre, la comparant à celle des autres animaux qui ont le même rôle, on voit combien la nature est une et logique dans toutes ses œuvres ; avec quelle constance et quelle netteté elle les revêt des signes d'expression les plus propres à avertir les êtres vivants de ce qu'ils peuvent attendre ou craindre les uns des autres.

La lamproie. — Dans les poissons cartilagineux suceurs, dont la lamproie est le type, nous arrivons au dernier rang de la classe des poissons. C'est aussi le degré où l'embranchement des vertébrés va finir. Dans ces êtres dégradés, on dirait que la nature, lasse de produire des animaux supérieurs, se relâche de sa faveur ou de sa perfection et, tout en ébauchant le veitébré, le laisse inachevé.

L'animal s'allonge, son corps se réduit à un cylindre uniforme; les nageoires pectorales et ventrales disparaissent ainsi que les

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côtes ; les vertèbres ne sont i)liis que de simples anneaux cartilagineux, et la plupart du temps les autres os ne sont pas même cartilagineux et sont réduits à la consistance de membranes. Les organes des sens sont à peine indiqués, le tube intestinal est droit et mince; les branchies prennent la forme de bourses. Le corps est petit, les muscles sont faibles ; la tête, d'une excessive petitesse, n'a même plus de mâchoires ; la bouche n'est qu'un suçoir: la vie n'a plus de centre, elle se disperse dans toute la longueur du corps.

Ainsi^ dans ces êtres faibles et imparfaits, déjà semblables aux mollusques, se termine l'embranchement des vertébrés , celui dans lequel l'expression, servie par des organes puissants, se localise dans des parties plus ou moins analogues à celles de riiomme, et fournit à nos observations des signes plus ou moins ressemblants à ceux que nous pouvons produire nous-mêmes. Désormais, dans le rapide coup d'œil que nous allons jeter sur les animaux invertébrés, nous ne retrouverons plus que des vestiges affaiblis, que des indications vagues ; nous y pourrons encore épeler quelques signes du langage universel de l'expression, mais des signes moins précis, moins analytiques, comme les mots à peine articulés qui, chez les races inférieures, forment le langage de l'homme primitif.

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