‹ La physionomie comparéeChapitre 23 sur 34 · ARTICULÉS · texte numérisé non relu

ARTICULÉS

Les insectes, les arachnides et les crustacés, forment le troisième embranchement du règne animal. Nous les placerons cependant au second rang dans l'ordre de l'expression, parce que leur forme extérieure se rapproche davantage de celle des vertébrés, et que ce rapprochement se marque aussi dans leurs mouvements, dans leur sensibilité et dans leur intelligence.

Ce n'est pas que les articulés ne présentent une structure intérieure et extérieure bien différente de celle des vertébrés. Ils n'ont point de squelette intérieur; leur corps est divisé en sections par des anneaux tantôt uniformes, tantôt moditlés par des appendices de diverse nature ; au lieu de deux paires de pattes

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ils en ont trois, quatre, cinq et jusqu'à plusieurs centaines de paires, ou parfois ils en manquent complètement ; leur système nerveux se compose d'une série de ganglions enfermés chacun dans un des anneaux et reliés entre eux par un double cordon de moelle épinière; ils respirent presque tous par des trachées qui font pénétrer l'air dans la substance même de leur corps comme dans une éponge ; leur appareil respiratoire est très incomplet; enfin ils subissent presque tous des métamorphoses avant d'arriver à leur complet développement.

Mais si ces caractères organiques les mettent en infériorité, l'ensemble des fonctions de relation des articulés ne les en place pas moins beaucoup au-dessus des mollusques. Ainsi que nous l'avons remarqué, dans nos considérations générales sur l'organisation des animaux, les articulés supérieurs présentent à nos yeux des corps qui, tout différents qu'ils en soient, ont des parties analogues, distinctes, rangées dans le même ordre, que chez les vertébrés. Ils ont une tête, un thorax, un abdomen. Leurs membres, bien qu'en plus grand nombre, sont placés par paires ; ils s'articulent par une espèce de hanche, on y peut distinguer une cuisse, une jambe, un tarse, sorte de doigt divisé en articles qui rappellent les phalanges et qui se terminent par des griffes ou des ventouses.

L'enveloppe cornée dont les articulés sont revêtus donne aux muscles de ces animaux des points d'appui solides, et la conformation excellente des membres et des autres appareils de relation imprime à leurs mouvements beaucoup de précision et de force. Un grand nombre d'insectes sont pourvus d'ailes dont la rapidité peut, chez certaines espèces, rivaliser avec celles des oiseaux. Enfin la respiration et la circulation, malgré ce que leurs appareils peuvent avoir d'incomplet, fonctionnent avec une grande énergie, l'air venant au-devant du sang, non plus dans des organes particuliers, mais dans toutes les parties, de sorte que la masse entière du corps des insectes est un poumon où le sang s'oxyde sur tous les points à la fois. Aussi la plupart des insectes consommentils une grande quantité d'oxygène. Gomme résultat, on le voit, la respiration de l'insecte ressemble donc beaucoup à celle de l'oiseau.

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Les organes des sens sont lies délicats chez ces animaux. La plupart sont pourvus de palpes à l'aide desquelles ils exercent le toucher avec beaucoup de sensibilité. Des faits incontestables, tels que leur arrivée, d'une grande distance, sur le point où se trouve une substance nutritive pour eux, ne permettent pas de douter que leur odorat ne soit très fin. Quant au goût, d'après la linesse de leur odorat on doit le supposer développé, surtout quand on considère que la plupart des insectes sont ou carnassiers ou suceurs et vivent d'une nourriture molle ou liquide dont la saveur doit se faire plus facilement sentir.

La plus grande différence qui distingue les insectes est l'organisation de leurs yeux. « L'organe qui nous semble être un œil unique est en réalité une agglomération d'une multitude de petits yeux, ayant chacun une cornée, un corps vitré conique, un enduit de matière colorante, et un filament nerveux particulier. Chez le hanneton, par exemple, on en compte près de neuf mille, et on connaît des insectes qui en ont plus de vingt-cinq mille. Toutes ces petites cornées sont hexagonales et sont soudées entre elles de façon à former une sorte de cornée commune dont la surface présente une multitude de divisions visibles seulement à la loupe. On ne sait rien de précis sur la manière dont ces appareils agissent sur la lumière qui les frappe ni sur le mécanisme j de la vision chez les insectes.» (Milne Edwards).

Quoi qu'il en soit, cette complication et cette déhcatesse d'organisation de l'œil semblent indiquer, de la part de la nature, les soins les plus minutieux pour la vue des insectes.

La nourriture des insectes est extrêmement variée. Quelquesuns, et ce sont les plus redoutables pour l'agriculture, rongent les végétaux vivants ; d'autres se nourrissent de bois mort : ce sont les broyeurs. Il en est au contraire un grand nombre, comme les papillons, les mouches, les cousins, qui, au lieu de mâchoires, ont une trompe qu'ils enfoncent ou qu'ils appliquent sur les végétaux ou les animaux pour en pomper le suc ou le sang: ce sont les suceurs.

Enfin, sous le rapport de la reproduction, les insectes ont des sexes séparés, et la fécondité de cerlaines espèces es! assez connue ])our faire voir que leur puissance vitale est aussi supérieure (jue

leur organisation. La nature a même institué pour eux seuls des modes de reproduction accélérés qui font voir que l'existence de ces êtres est d'une importance exceptionnelle dans l'économie biologique du globe.

Ces animaux ne sont pas moins remarquables par leur intelligence, qui semble égaler, sinon dépasser, celle des plus grands vertébrés, à en juger par leurs mœurs sociales, par leur travail collectif, et aussi par les traits individuels d'intelligence que les observateurs les plus sérieux ont eu cent fois occasion de constater.

La taille des articulés est très petite ; cependant si on compare les infiniment petits qui se trouvent dans cette classe, on verra que l'écart du minimum au maximum est aussi grand que dans les autres animaux. D'ailleurs parmi les crustacés, qui sont aussi des articulés, nous verrons le crabe de Java, que nous avons cité, et qui est d'une taille énorme.

Nous devons enfin rappeler ici, sans en pouvoir tirer de conclusions plus précises que pour les autres animaux, la richesse et la variété de couleurs qui décorent les insectes, et dont la splendeur éclate au plus haut point chez les papillons. Tout ce qu'on peut entrevoir, c'est que, au moins clans les insectes, la couleur semble d'autant plus vive que l'animal vit en plus grande lumière. C'est frappant lorsque l'on compare les papillons diurnes avec les nocturnes. Mais il ne faut pas se hâter de voir là un principe général certain, car, outre que certains papillons nocturnes sont de couleur claire, tous les rapaces, diurnes et nocturnes, sont de la même couleur.

De tous ces détails d'organisation et d'intelligence il résulte que les articulés;, et particulièrement les insectes, ont une physionomie très supérieure à celle des mollusques. Malgré la petitesse de ces êtres, malgré la différence de leurs formes d'avec celle des vertébrés, les proportions de leurs parties, l'action de leurs appareils de relation, la vivacité et la variété de leurs mouvements, reproduisent des signes d'expression analogues à ceux des animaux supérieurs. Leur corps et leurs fonctions sont disposés dans le même ordre, ils sentent comme eux, ils pensent presque comme eux, et lorsque, abordant l'étude de la physionomie animale, nous

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avons cru pouvoir présenter deux mouches mortes comme exemple de l'expression dans les êtres animés, nous n'avons pas trop présumé de la nature, et les faits qui précèdent doivent justifier notre choix.

Les carabes. — • Les carabes sont des insectes ailés dont les ailes sont recouvertes de ces boucliers cornés qu'on appelle des élytres. Tout le monde en connaît une espèce, le carabe doré, qui vit sur les roses. Ces insectes sont d'une forme élégante et fine, leur tête et leur corselet sont bien distincts, leurs pattes sont longues et souples, et la plupart sont ornés des couleurs métalliques les plus brillantes.

Les dytisqiies. — Les dytisques sont ces gros insectes noirâtres avec une bordure jaune, qu'on voit nager dans les eaux stagnantes. Leur corps est ovalaire et discoïde, d'une construction parfaitement entendue pour la natation. Leurs pattes de derrière sont en forme de rames et les autres sont garnies d'une palette qui fait office de nageoire. Dans leur ensemble ces insectes rappellent beaucoup la construction des tortues de mer. Ce rapprochement peut être noté comme un fait de plus qui prouve que dans les êtres organisés la forme indique la fonction: tous les animaux aquatiques, si éloignés qu'ils soient dans la hiérarchie zoologique, se ressemblent par le style.

Les scarabées. — Le bousier, le hanneton, et le scarabée des Égyptiens, forment une tribu d'insectes de forte taille, à corps ramassé, à cuirasse très dure, et qui vivent de matières corrompues ou de végétaux. La marche de ces insectes est lente, leur vol est lourd, et l'épaisseur de leurs formes et de leurs membres est bien en rapport avec le caractère de ces mouvements et le genre de travail qui leur est imposé pour s'approprier leur nourriture.

La sauterelle. — Voici encore un insecte chez lequel la forme indique au plus haut point la fonction. La sauterelle est le kanguroo de l'entomologie, par l'énorme développement de ses pattes de derrière et par son mode de progression, qui procède par longs sauts où l'animal s'aide de ses ailes ; nous avons là d'ailleurs encore un exemple de ces animaux sauteurs qui sont répandus dans toute l'animalité. Au reste, la sauterelle ne se borne pas à sauter ainsi ;

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les sauterelles d'Afrique volent, comme on sait, par légions innombrables et s'abattent ensuite sur les champs pour les dévaster.

La courtilllère. — La courtillière, par ses habitudes et par sa conformation, représente la taupe. C'est un animal fouisseur; il lui faut creuser des galeries à travers des terres souvent fort dures, et il a été conformé à cet effet avec tant de soin par la nature qu'on peut le comparer à une machine fouilleuse. Il a une tête et un corselet énormes, ses ailes sont très réduites et n'occupent qu'une partie du dos, ses pattes de derrière sont d'une grosseur extrême, et quant à ses paltes de devant, elles sont monstrueuses ; à la fois tranchantes comme des pelles et dentées comme des pioches, elles constituent de véritables outils de mineur. Les mâchoires de l'insecte ne sont pas moins vigoureusement conformées, de sorte qu'il coupe facilement toutes les racines qu'il rencontre sur son passage. C'est d'ailleurs, comme la taupe, un insectivore, et les abominables dégâts qu'il fait en poursuivant sa proie ne lui profitent pas plus qu'au propriétaire des champs et des jardins qu'il ravage.

La libellule. — La libellule est d'une forme longue, svelte, qui lui a fait donner aussi le nom de demoiselle, parce que cet insecte, par sa grâce élégante, par la légèreté de son vol, rappelle des idées analogues à celles qu'inspire la vue d'une jeune fille. Sa tête est grosse et bien détachée du corps, et ses ailes, tantôt irisées comme la nacre, tantôt d'une belle couleur veloutée bleue, sont aussi gracieuses au repos que dans leurs mouvements rapides lorsque l'insecte vole.

L'éphémère. — Toutes ces qualités d'élégance et de légèreté se trouvent encore plus développées dans l'éphémère, qui, à une forme aussi fine que celle de la libellule, joint des détails encore, plus délicats. Sa couleur vert-d'eau, ses ailes transparentes, la longueur de ses pattes de devant, et enfin les longs filets recourbés qui prolongent son abdomen, réalisent un type animal tellement exquis, tellement frôle, qu'on n'a pas trouvé de nom plus juste à lui donner que celui d'éphémère, qui le peint d'un Irait.

La fourmi. — On a écrit des volumes sur les fourmis, sur leur prodigieuse intelligence, sur leurs travaux. Nous n'avons à les considérer ici que sous le rapport de la forme et du mou-

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vement. Ces insectes sont Irop connus pour que nous croyions devoir nous étendre beaucoup sur leur physionomie. 11 sufiil de les considérer un instant pour reconnaître que leurs traits extérieurs répondent parfaitement à ce que nous connaissons de leur intelligence et de leur uclivilé.

Ce qui frappe tout d'abord en elles, c'est la division si nette des parties de leur corps ; la grosseur et le modelé détaillé de leur tète ; la longueur et la souplesse de leurs antennes ; la force de leurs mâchoires, qu'elles tiennent souvent ouvertes; la vigueur et l'articulation de leurs pattes ; la mobilité des trois sections dont leur corps se compose ; la dureté de leur enveloppe ; la couleur sombre et chaude dont elles sont revêtues ; enfin la rapidité^ la légèreté et la liberté de leur marche et de leurs mouvements. Tous ces traits marquent d'une façon évidente l'intelligence et la puissance de travail de ces petits êtres si grands par leur valeur sociale, industrielle, et, oserait-on presque dire, morale et politique. Car les qualités et les mérites que nous les voyons déployer dans leurs cités souterraines pourraient servir de vertus à l'espèce humaine si l'espèce humaine avait assez d'esprit et de bon sens pour les imiter. Et cependant il est indiscutable qu'une fourmi est infiniment plus intelligente qu'un homme dont les conceptions et les actes se règlent, par exemple, sur les billevesées de Shopenhauer ou de Fourier.

L'abeille. — Avec un corps beaucoup plus gros, couvert de poils épais, rayé de barres jaunes transversales, et enfin pourvu de deux ailes, les abeilles ne diffèrent des fourmis, au point de vue de la forme, que par des caractères secondaires. Au fond ce sont des fourmis ailées d'une plus grande taille, et l'analogie de leurs formes répond, comme on sait, à une analogie de mœurs, car les abeilles, de même que les fourmis, sont des insectes travailleurs et constructeurs. Nous ne pourrions donc que leur appliquer les observations analytiques que nous venons de faire sur la conformation des fourmis et qui, sauf quelques modifications particulières à leur genre de travail, font voir en elles la même expression d'intelligence, de force et d'habileté.

Le papillon. — Le papillon est un des êtres les plus gracieux de la nature, par la légèreté idéale de ses formes, par Télan capri-

cieux de son vol ; la splendeur de ses couleurs va jusqu'à l'éblouissement, et c'est à peine si les oiseaux les plus merveilleux peuvent rivaliser avec lui de magnificence. Quelques espèces, et ce sont en général les plus belles, atteignent une taille assez considérable pour leur donner, en grandeur, parmi les insectes, un rang égal à celui qu'ils y occupent en beauté.

Il est à peine besoin de dire comment et pourquoi le papillon est si beau. Il a pour lui la délicatesse des formes, la division nette des parties, la légèreté de ses ailes ; de plus, des mouvements vifs et un vol aussi puissant que gracieux, tout cela revêtu des plus riches colorations que la nature puisse répandre sur un être vivant.

Aussi le papillon occupe-t-il dans l'esthétique et dans la poésie une place élevée. Les hommes se plaisent à voir en lui un être aérien, insaisissable, presque idéal, et les poètes en ont fait tour à tour l'emblème de l'inconstance, de l'illusion, de la fantaisie, de l'âme elle-même. Tout ce symbolisme peut se ramener à autant de métaphores par lesquelles ils ont voulu représenter les qualités physiques que nous avons analysées plus haut, et qui constituent l'expression propre de ce bel insecte.

Le papilloti de nuit. — Le papillon de jour, on peut le dire, est un tissu vivant formé d'air et de lumière : le papillon de nuit, lourd, sombre, revêtu parfois d'une livrée funèbre, fourré d'un poil long et épais, représente, comme les oiseaux nocturnes auxquels il ressemble vaguement, la nuit et la peur; les hommes, universellement frappés de son aspect lugubre, n"ont pas manqué de lui attacher des idées de mauvais augure. La forme grossière et ramassée de ces papillons, leur couleur foncée, leur vol bourdonnant, s'ils ne justifient pas ces croyances superstitieuses, ^•endent du moins bien compte de l'impression défavorable produite par leur physionomie.

La puce. — La puce appartient à ces légions trop nombreuses de parasites destinés à vivre aux dépens des autres animaux. Ce sont, au fond, de véritables carnassiers]; seulement, ce qui les distingue des autres carnassiers, à commencer [par l'homme, c'est i\u"\U sucent au lieu de manger.

Lorsqu'on examine une puce au microscope, on est frappé de

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la perfection du corps de ce frêle animal, en égard à sa destinée. La puce est aplatie latéralement, cuirassée d'une carapace très dure et en même temps très extensible ; elle a des griffes recourbées, une trompe pénétrante capable de percer la peau épaisse des mammifères. Lorsqu'elle marche, elle le fait sur le côté, glissant entre les poils sans cesser d'être en contact avec la chair, cl si un danger la menace ou qu'elle veuille changer de victime, elle peut, à l'aide de ses pattes de derrière, sauter jusqu'à sept cents fois la hauteur de son corps. Enfin, à travers l'obscurité que forme à sa base le pelage épais des animaux, la puce a encore dans sa couleur foncée une protection contre les yeux qui cherchent à la découvrir. Cet insecte présente donc au J plus haut degré cette appropriation de la forme à la fonction, sur laquelle nous avons insisté tant de fois comme sur un des principes les plus constants et les plus généraux de l'expression animale.

Le cousin. — Nous en pourrions dire autant du cousin, avec cette différence que celui-ci est un parasite ailé, destiné à poursuivre à travers les airs les animaux sur lesquels il se nourrit et qui en général le repoussent tant qu'ils peuvent : il lui fallait donc, outre un appareil de succion qui, comme chacun sait, ne laisse rien à désirer, des ailes et des muscles de faveur pour soutenir son vol infatigable. C'est pour cela que le cousin est un des insectes à la fois les plus légers et les plus forts parmi les diptères suceurs.

La mouche. — La mouche est le type de Tordre des diptères, insectes à deux ailes dont le corps, par la division bien marquée des trois parties principales, par la finesse et la force des pattes, ressemble beaucoup à celui des abeilles. Ces insectes jouent un trop grand rôle dans la vie de l'homme pour que nous n'en fassions pas ici mention. Ils sont vifs, légers, gracieux. Si leur obstination nous est trop souvent importune, leur présence continuelle auprès de nous a plus d'une fois animé notre solitude, et lorsqu'ils bourdonnent dans un rayon de soleil, leurs mouvements rapides sont agréables à voir et, comme tout ce ([ui est bien vivant et bien libre, nous présentent l'image de la vie el de la liberté. Ce sont donc des insectes expressifs à la l\us par

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eux-mêmes et par les idées qu'une longue habitude de notre esprit rattache à leur physionomie.

Le scolopendre. — Le scolopendre est le type d'une classe d'insectes, les myriapodes, qui sont composés d'une série d'anneaux égaux, pareils, munis chacun d'une paire de pattes. Leur tête, aplatie et pourvue de deux palpes, s'articule sans division avec le corps, qui se termine par deux appendices divergents. Ces insectes, dont les segments sont parfois très nombreux, atteignent dans les régions équatoriales une grosseur d'un centimètre, et jusqu'à vingt centimètres de longueur. Leurs mouvements sont d'une grande rapidité, et leur corps se tord lorsqu'ils avancent en rampant. L'allongement de ce corps, l'uniformité de ses parties, la souplesse de ses ondulations, donnent à ces insectes une ressemblance avec les serpents, et d paraît évident que nous devons voir en eux un nouvel exemple de ces analogies typiques qui semblent, reproduire dans toutes les classes d'animaux un certain nombre de plans organiques, comme si la nature voulait continuellement balancer, dans la production de la vie, les deux lois de l'unité et de la variété.

Ces insectes, à cause de leur forme, de leur mode de progression, qui en lont des espèces de reptiles, inspirent à l'homme un effroi, un dégoût, analogue à celui qu'il éprouve pour les araignées. Mais la principale raison de cet effet, c'est la multiplicité et les mouvements rapides des cent pattes du scolopendre. Nous sommes habitués à voir, dans tous les animaux en général, le nombre des pattes limité à deux, trois ou cinq paires au plus, et c'est de cette observation habituelle que nous nous faisons l'idée générale d'un animal. Dans le scolopendre, cette idée est bouleversée, et le rôle des membres paraît aussi disproportionné que leur nombre. De là une impression défavorable., un trouble de nos notions habituelles, qui nous saisit à la vue de cet animal, et se double d'ailleurs de sa ressemblance avec le genre d'horreur que le serpent nous inspire. Voilà pourquoi le scolopendre a une physionomie désagréable pour nous.

Principe tératologique de ïhorreur naturelle. — Cette dernière observation, s'ajoulant à toutes celles que nous avons eu occasion de faire précédemment sur plusieurs animaux, nous semble auto-

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riser un rapprochement entre les principes de la ti'^ralologie et ceux de rex[)ression. On sait que la science de la léralologie esl pour ainsi dire entièrement fondée sur cette l)elle théorie de Geoffroy Sainl-Hilaire, que toutes les monstruosités peuvent se ramener à trois formes : les monstres par défaut, les monstres par excès, et les monstres par interversion de parties.

Or, si nous appliquons ce critérium analytique à ces animaux, répugnants ou terrifiants, dont nous avons donné la desci'iption à notre point de vue physionomique, nous reconnaîtrons que chez tous il y a précisément un excès, un défaut, ou, sinon une interversion, au moins quelque disproportion monstrueuse, des parties du corps, et c'est dans cette anomalie que réside la cause du sentiment d'horreur ou d'épouvante qu'ils nous inspirent. Nous avons, par exemple, remarqué que le serpent nous présente l'apparence et par suite l'idée d'un vertébré mutilé, comme s'il lui manquait les quatre membres; à propos, du scolopendre, nous venons de montrer comment cet animal, par l'uniformité de son corps, ressemble au serpent, et nous présente ainsi également l'aspect d'un monstre par défaut : mais à cette première impression s'en joint une autre, celle du nombre disproportionné des pattes, et le scolopendre devient en même temps à nos yeux un monstre par excès.

Cette observation nous semble importante et peut servir à éclairer plus d'un point de la théorie de l'expression dans l'animal et peut-être même dans les autres objets de la nature, puisqu'elle se rattache aux idées d'ordre et de proportion qui sont pour nous la source la plus féconde et la plus sûre de nos conceptions en matière de physionomie.

L'araignée. — Ce que nous venons de dire nous dispense de nous étendre sur l'araignée et les arachnides, animaux qui diffèrent surtout des insectes par des détails d'organisation intérieure, mais dont la conformation extérieure s'en rapproche beaucoup. La grande différence d'aspect est dans la confusion de la tête avec le corps, et dans les pattes, qui sont au nombre de huit. En se rapportant à ce que nous avons fait observer sur l'excès des parties du scolopendre, on verra que le grand nombre des pattes de l'araignée, leurs mouvements rapides, soid pi'obablement la raisin» \n\\\-

cipale de l'horreur et du dégoût qu'elle nous inspire, à quoi il faut joindre la forme barbare du corps, sa couleur noire, et les poils qui la hérissent. Tout cela ne s'applique guère d'ailleurs qu'aux mygales, à la tégénaire, cette araignée noire qui atteint une taille assez notable, et qui est en effet d'un aspect fort repoussant, car les araignées de jardin ne sont pas aussi laides, et on en voit courir, sur les rosiers ou sur les grappes de raisin, de toutes petites, écartâtes ou vertes, dont personne ne songe à s'effrayer. Le faucheur lui-même, cet échassier des arachnides, n'est pas tant redouté, et à la campagne on en est si peu dégoûté qu'on mange fort bien d'une salade quoiqu'il ait traversé le saladier.

Crustacés. — Les crustacés, au point de vue de l'expression, peuvent être considérés comme de très grands insectes, dont le mécanisme de mouvement est le même, et qui ne diffèrent que par leur taille, leur respiration aquatique, et un moindre degré d'intelligence. L'écrevisse et ie crabe en sont les types principaux, qui se marient avec plus ou moins d'élégance ou de grandeur dans des espèces que tout le monde connaît, le homard, la langouste, la crevette, et toutes les variétés des crabes. A chacune de ces espèces on peut appliquer les principes d'analyse expressive qui nous ont servi à caractériser les divers types des articulés. Il serait sans intérêt de recommencer ici cette application. Le seul point qu'il importe de préciser, c'est que chez tous les crustacés la tête est adhérente au corps et très petite, deux signes qui à eux seuls suffisent pour marquer d'une façon assurée l'infériorité intellectuelle de ces animaux par rapport aux insectes.

Les annélides. — Enfin, avec les annélides, nous arrivons à la fin de l'embranchement des articulés. Plus de membres, phis d'yeux, ni d'antennes, ni de mandibules ; une tête à peine distincte, un corps cylindrique. Les sens n'existent qu'à peine, les mouvements sont faibles, l'intelligence n'est plus qu'un atome. Les vers de terre, les sangsues, tels sont les types de ces êtres élémentaires dont on ne peut presque dire, au point de vue de l'expression, qu'une chose, c'est qu'ils se meuvent el que par là on les voit vivre.

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