‹ La physionomie comparéeChapitre 28 sur 34 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Il nous faut maintenant conclure. Nous avons analysé, tant dans l'homme que dans les autres êtres de la nature, plus de sept cent cinquante objets d'observation. Persuadé que l'idée qui nous a servi de guide ne s'est jamais trouvée démentie, nous avons résumé^, dans le chapitre qui précède, les propriétés psychologiques des signes d'expression communs à tous les êtres, et nous espérons que ce résumé aura justifié notre théorie.

Ainsi qu'on a pu le voir, notre méthode a consisté à étudier principalement et d'abord le signe d'expression en lui-même; après l'avoir décrit et analysé, nous avons essayé d'en expliquer le sens, et pour cela nous n'avons guère fait que transcrire ce qu'en dit le langage courant des hommes, et rapporter l'interprétation que le sens commun y attache.

Ces expressions ainsi acceptées de tout le genre humain ne sont pas des idées arbitraires, ce sont des idée^ acquises par des faits. Et d'où seraient-elles venues aux hommes si ce n'était des choses à propos desquelles ils les conçoivent? Comment, surtout, auraient-elles pu être si précises, si fixes, si unanimes ? Cela n'a pu arriver que parce que la source en était réellement dans les qualités des choses.

Les choses contiennent donc réellement les idées que nous y percevons.

Ainsi nous pouvons le dire avec toute assurance : l'idée est

au foiul tle chacun dos aspects et de cliacuu des mouvements de la matière organisée ou brute; c'est l'idée qui en a tracé les lignes et modelé les contours; c'est l'idée, en un mot, qui u pétri l'univers et qui, mêlée à toute sa substance, peut seule le rendre palpable à nos sens, intelligible à notre entendement. Et l'homme n'aurait jamais pu se reconnaître et se comprendre lui-nir'ine, si son ànie n'avait pu, elle aussi, se rendre palpable et intelligible en pétrissant et en modelant à sa propre image le corps qu'elle anime et qu'elle gouverne.

D'ailleurs l'expression n'est pas seulement dans l'esprit humain : la preuve, c'est que les animaux la ressentent, puisque nous les voyons se réjouir ou s'épouvanter an seul aspect de la figure ou des mouvements de l'homme et des êtres animés ou inanimés, lorsqu'ils sont agréables ou effrayants. Eux-mêmes, par leur figure et par leurs mouvements, ont des expressions que nous pouvons observer tous les jours.

De là est sortie la physionomie, qu'on peut à bon droit considérer comme une fonction de relation de tous les êtres entre eux, et qui, par l'unité des signes dont elle se compose, constitue un art naturel de l'expression, comparable de tout point à l'art conventionnel du langage.

Ceci nous amène enfin à poser la question fondamentale d'où dépend toute la théorie de l'expression: comment, par quel procédé, par quel mécanisme intellectuel, l'expression peut-elle passer de l'objet, où elle est contenue, à notre esprit, qui est préparé pour la recevoir?

Pour résoudre cette question, il n'y a qu'à se reporter aux conditions générales de la connaissance.

Or comment l'esprit humain procède-til pour connaître?

En séparant abstractivement l'idée de l'objet à connaître et en la reportant ensuite sur un objet déjà connu auquel elle convient plus ou moins exactement : nous obtenons ainsi une comparaison qui nous fournit la connaissance cherchée. Telle est la loi de l'entendement.

« Pour peu qu'on ait réfiéchi sur l'origine de nos connaissances, dit Rnffon dans son Discours de la nature de rhomme, il est aisé de s'apercevoir que nous ne pouvons en acquérir (pu^

Page 1