LES TRAITS MOBILES DU VISAGE
Nous arrivons maintenant aux traits mobiles du visage, à ceux qui, parlejeud.es pièces osseuses, cartilagineuses ou musculaires, dont ils sont formés, exécutent directement des mouvements ou des déplacements.
Nous n'y avons pas placé le front, parce que les mouvements d'élévation ou d'abaissement qui s'y produisent ne sont que le reflux, sur la peau de sa partie supérieure, des mouvements des sourcils. Mais il n'est pas sans intérêt de remarquer que le front, par sa position intermédiaire entre le crâne et la face, et aussi parla nature de ses mouvements, est la transition entre la masse immobile du crâne et la masse mobile de la face.
Les traits mobiles du visage sont, dans l'ordre oii nous les examinerons : les yeux, les cils, les sourcils, le nez, la bouche, les joues, le menton, le teint, les cheveux et la barbe.
Des yeux. — Les yeux sont en général considérés comme le trait le plus expressif de la physionomie.
La première raison en est qu'il yen a deux, et que leur effet simultané se trouve tout d'abord doublé.
La seconde raison est qu'ils sont animés de deux mouvements, celui des paupières et celui du globe de l'œil ; on pourrait même compter un troisième ordre de mouvements dans les contractions et les rétractions de la pupille, qui modifient si profondément l'expression du regard.
Pour décrire d'une façon complète la physionomie de l'œil, il faudrait un véritable traité sur la matière, car non seulement l'œil exprime d'une manière saisissante les mouvements de l'âme, mais on lui fait dire une infinité de choses qu'on croit y voir et qui ne sont souvent que dans l'imagination du philosophe, de l'amoureux ou de l'artiste, qui les interroge.
Le regard. — Il faut convenir qu'il est de certains regards dont la profondeur a quelque chose d'effrayant, et que si on compare l'expression des autres traits du même visage, ceux-ci semblent beaucoup moins expressifs.
Vraie cause de r expression des yeux. — Il faut cependant ne pas se
laisser mener trop loin par cette impression, et prendre garde d'abord que l'effet extraordinaire des yeux dépend en grande partie des traits qui les avoisinent, tels que les sourcils, le front, le nez, et plus encore de la bouche, qui est la moitié de la physionomie.
Il faut ensuite remarquer que les yeux sont la partie la mieux connue, parce que c'est toujours là qu'on se regarde ; que c'est celle qui caractérise le mieux l'individu, parce qu'en la voyant on voit toujours en même temps les sourcils, le front et le nez : et voilà pourquoi on est d'accord qu'un portrait ressemble toujours si le haut du visage est exactement représenté.
Épreuve. — Mais si l'on pouvait ne voir absolument que les deux yeux d'une personne, rien que les yeux, sans les sourcils, non seulement on ne la reconnaîtrait pas, mais on verrait avec étonnement que l'œil le plus beau et le plus expressif n'a guère plus de regard qu'un œil de verre.
Contre-épreuve. — Pour faire la contre-épreuve de cette observation on n'a qu'à regarder de très près les yeux d'une tête peinte ou dessinée. En les comparant à des yeux vivants, on aura peine à comprendre comment l'illusion peut être obtenue, car une grande partie des détails de l'œil vivant sont omis dans la peinture. Et cependant, même dans une œuvre ordinaire, le regard, son" expression, sa profondeur qui semble pénétrer jusqu'au foyer intérieur de l'âme, sont aussi -saisissants que la nature même : c'est que là, comme sur le vivant, l'œil emprunte son expression à tout l'ensemble des autres traits,
Eiuemhh oculaire. — Il est impossible d'isoler l'œil des sourcils et des cils, auxquels il emprunte une grande partie de son expression. Sa situation, sa disposition ; la forme et la grosseur, le plus ou moins de saillie, du globe oculaire; la couleur, la dimension de la prunelle, le plus ou moins d'ouverture de la pupille ; la nuance et l'état du blanc de l'œil et de la peau des paupières ; la forme de ces paupières, leurs mouvements et ceux de l'œil lui-même; enfin jusqu'au rapport de la couleur des yeux avec celle des cils, des sourcils et des cheveux, voilà autant de caractères dont chacun a une signification d'autant plussensibleque les yeux, point central de la physionomie, sont, ainsi que nous l'avons fait observer tout à l'heure, le trait qu'on connaît le mieux et qu'on interprète le plus volontiers.
Position des yeux. — La situation clés yeux, leur distance, leur disposition, varient beaucoup ; chacune de ces variations a une grande importance, parce qu'elles constituent des modifications dans le plan même du type, et par conséquent dans ses caractères essentiels.
Écartement normal des yeux. — Dans la règle, la distance entre les deux yeux, prise au coin de chaque œil à droite et à gauche du nez, doit être égale à la longueur d'un œil d'un coin à l'autre. Mais, en fait, cette proportion se réalise rarement, et les yeux sont toujours plus ou moins rapprochés, plus ou moins écartés.
Rapprochement des yeux. — Le rapprochement s'observe plus souvent dans les visages longs ; l'écartement, dans les visages larges. Des yeux rapprochés acquièrent beaucoup de feu et de vivacité.
Explication. — La théorie de la vision explique à merveille ce résultat : lorsque nous regardons, nous ne voyons très nettement qu'un point et, tout autour, décroissant de netteté jusqu'à finir par s'éteindre, les points environnants. Si donc les yeux que nous regardons sont très rapprochés, bien que nous n'en fixions qu'un à la fois, nous apercevrons l'autre beaucoup mieux.
Il y encore à cela une autre raison non moins décisive : c'est que plus deux objets semblables sont rapprochés, plus chacun d'eux fait d'effet. Si les objets sont dissemblables, leur opposition mutuelle en est augmentée.
Yeux écartés. — Des yeux écartés perdent, au contraire, en vivacité pour gagner en calme et en douceur. Cette disposition, dont les artistes savent tirer des effets heureux pour imprimer de la majesté, de la placidité, à certaines têtes, donne au visage un air de morahté, mais lui ôte de l'inteHigence : il est de fait qu'en général elle ne se trouve pas chez des personnes d'une intelligence remarquable. Mais comme cet écartement des yeux marque ordinairement la douceur et la sagesse, un honnête homme peut encore s'en contenter.
V orbite. — Le plus ou moins de profondeur de l'orbite influe extrêmement sur l'expression des yeux.
Yeux enfoncés. — Des yeux enfoncés prennent une énergie et une profondeur qui se répandent sur toute l'expression de l'ensemble. On reconnaît généralement à ce signe une nature ardente, un cœur sensible, une volonté ferme, un caractère marqué en tout. Les bilieux et les
nerveux, à raison de l'accent particulier de leur ossature, présentent souvent cette disposition.
D'une manière plus générale on peut observer qu'elle se rencontre presque exclusivement chez les dolichocéphales, où elle coïncide avec le rapprochement des yeux, tandis qu'elle est plus rare chez les brachycéphales,qui ont les yeux plutôt écartés. On peut même tenir pour constant que jamais des yeux saillants ne sont rapprochés, et que jamais des yeux enfoncés ne sont écartés.
Yeux saillants. — La saillie du globe oculaire, qui, lorsqu'elle est modérée, rend l'œil vif, clair et brillant, lui donne un aspect vitreux lorsqu'elle devient excessive, et imprime à tout le visage un air de stupéfaction, d'ahurissement, qui ne se rencontre pas souvent chez une personne inteUigente.
Symbolisme et lumière. — Ces différences d'effet ne s'expliquent pas seulement par le symbolisme naturel de la sailhe, qui éveille le sentiment positif de la matière, ou delà profondeur, qui éveille celui plus vague d'un espace indéterminé : les différences de lumière y sont pour la plus grande part. L'œil enfoncé est plus voilé d'ombre, et cette ombre fait valoir son éclat; l'œil saillant, s'il l'est modérément, est éclairé : s'il l'est excessivement, il détonne sur le reste du visage, et l'effet est défavorable.
Horizontalité de F œil. — Dans la disposition absolament normale, la ligne droite allant d'un angle à l'autre de l'œil est horizontale. Cette disposition ne se rencontre que chez l'homme, et elle lui est tellement exclusive qu'on peut la compter, suivant moi, comme un des caractères qui le distinguent des autres animaux.
Ses variations . — Mais cette horizontalité, pas plus qae les autres caractères, n'est mathématiquement égale chez tous les individus, et de même qu'il se trouve des hommes qui n'ont pas d'intelligence, qui marchent courbés, ou dont les mains sont mal conformées, de même il en est chez qui la ligne des yeux est plus souvent inchnée vers le nez ou vers les tempes.
Inclinaison convergente. — Dans le premier cas, l'inclinaison donne à l'œil beaucoup de finesse et de vivacité ; et comme cette disposition coïncide presque toujours avec une direction analogue des sourcils, des narines et des coins de la bouche, qui est un signe d'esprit, elle donne les mêmes indications.
Inclinaison divergente. — Lorsque au contraire les yeux sont abaissés vers les tempes, si ce mouvement est excessif il marque une dépression notable dans l'intelligence : c'est ce qui fait « les yeux bêtes », comme on dit. Mais si l'abaissement est modéré, particulièrement s'il est accompagné d\ui long pli de lapaupière, c'est signe de penchant à la volupté, et l'œil prend une expression de puissante douceur.
Grandeur des yeux. — On peut dire qu'en général la grandeur des yeux indique l'intelligence et que leur petitesse donne une indication contraire. Mais ici comme toujours l'excès de grandeur dépasse la portée de l'expression, et lorsque l'œil est par trop grand il finit par perdre sa valeur pour se noyer dans une espèce de vague et de langueur.
Explication de T effet. — On peut aisément rendre compte de cet effet. Dans des yeux excessivement grands, il y a beaucoup de blanc; l'ombre des paupières n'en adoucit qu'une partie, et la prunelle, qui paraît proportionnellement plus petite, parcourt à travers ce blanc, dans les mouvements de l'œil, des espaces plus grands ; elle se déplace donc plus vite, et ce va-et-vient continuel, désagréable à voir, ôte au regard de son expression.
La prunelle ou iris. — La couleur de la prunelle présente un nombre infini de variétés, et ce serait beaucoup dire que de prétendre assigner à chacune de ces mille nuances une signification particulière.
Cette couleur, qui le plus souvent est en rapport avec celle des cheveux et des sourcils, est par-dessus tout un indice du tempérament; mais à part les variétés et les anomalies, les nuances ne peuvent donner que des indications bien aventurées, surtout si l'on tient compte des préventions que l'ensemble des traits donne nécessairement.
Autant qu'il est permis de préciser au milieu des innombrables variétés qu'il offre, l'œil est généralement clair chez le sanguin, foncé chezlebilieux, vivement nuancé chez le nerveux, et faiblement coloré chez le flegmatique.
Ces colorations correspondent très probablement à des modes d'activité différents dans la circulation et l'innervation. Il ne faut pas oublier d'ailleurs que cette classification des tempéraments est loin d'être absolument physiologique, et qu'on n'en peut pas déduire des observations tout à fait scientifiques : mais nous avons à faire ici plus d'art et de philosophie que de science.
Prunelles claires. — Les yeux clairs, soit bleus, soit gris, soit fauves, indiquent en général plus d'aisance et de vivacité que de sensibilité ou d'intelligence.
Prunelles foncées. — Les yeux foncés, bleus, gris, bruns, noirs, verts, marquent l'intensité du sentiment, l'énergie de la volonté, la profondeur des conceptions.
Prunelles nuancées. — Les yeux nuancés, et plus particulièrement les yeux pers, c'est-à-dire mêlés de vert et d'orangé tournant plus ou moins au gris, au bleu ou au noir, indiquent l'excès dans le sentiment, une volonté irrégulière et disproportionnée, de Tesprit, de l'élévation dans les idées et souvent de la faiblesse dans le caractère.
Prunelles 'pâles. — Enfin les yeux pâles, peu colorés, sans expression et sans éclat, se rencontrent d'ordinaire chez des personnes à intelligence lourde ou faible, à sensibilité émoussée, à caractère plutôt inerte qu'énergique.
Rapport des prunelles avec le tempérament. — On voit qu'en somme toutes ces inductions correspondent assez exactement à celles que fournit le tempérament, parce qu'en effet c'est le tempérament surtout qui donne la couleur aux yeux.
Pour avoir toute leur valeur, il faudra sans doute qu'elles coïncident avec des signes physionomiques concordants ; mais c'est ce qui arrivera la plupart du temps.
Il ne faut d'ailleurs pas perdre de vue que la multiplicité des nuances de l'œil doit inspirer une grande réserve, car il est probable qu'on y trouve plus de diversité encore que dans les caractères.
Prunelles disparates. — C'est surtout en matière de coloration que l'on doit être sobre de théories, car c'est là que la nature se livre aux écarts les plus capricieux. Ainsi, pour le sujet qui nous occupe, un physionomiste, s'il ne s'en rapportait qu'à la couleur de l'iris, serait bien embarrassé pour interpréter d'après ce signe le caractère d'une personne qui a un œil bleu et un œil noir, comme cela se rencontre quelquefois.
Dimension des prunelles. — La dimension des prunelles a beaucoup d'importance dans l'effet du regard. Lorsque la prunelle est grande, elle y donne une expression de calme et de puissance ; lorsqu'elle est petite, et particuhèrement si l'œil est foncé, ses déplacements se marquent davantage, et le coud d'œil est plus vif.
La pupille. — Enfin l'ouverture de la pupille fournit des indications que le physionomiste ne doit pas négliger, et qui pour le médecin deviennent des symptômes de première importance. Les pupilles dilatées donnent à l'œil quelque chose de vague, qui rend le regard vide et sombre; au contraire, lorsque la pupille est étroite, l'expression de l'œil en devient plus précise et plus ferme.
Pupilles dilatées. — La dilatation momentanée de la pupille est un signe de défaillance, de vive émotion, de terreur. En physiologie, elle est expliquée par le relâchement des freins que le grand sympathique fait fonctionner sur certaines parties du système musculaire. La prunelle est un écran circulaire percé d'un trou, et qui ne reste tendu que par la traction contraire d'un anneau musculaire central, traction que le grand sympathique maintient; si, par suite d'un trouble quelconque, le grand sympathique cesse d'agir, la pupille est abandonnée à elle-même, elle se rétracte vers ses bords, et son trou central, qui est la pupille, s'élargit.
Action des maladies et des poisons sur la pupille. — Certaines maladies, l'action de poisons tels que la belladone, par exemple, déterminent un élargissement de la pupille. Ce signe est également un des diao'uostics les plus constants et les plus assurés de la fohe, lorsque les pupilles sont inégales.
Le blanc de r œil. — L'état et la couleur du blanc de l'œil ne sont pas sans une certaine importance dans la physionomie. Lorsqu'il est bien pur et bien blanc, c'est signe de bonne santé, de vie réguhère et calme, de circulation facile : au contraire, chez les personnes d'un tempérament échauffé ou malsain, qui boivent ou mangent outre mesure, qui sont violentes de caractère, disposées aux congestions, le blanc de l'œil est presque toujours injecté, marbré déveines rouges ou bleues, épaissi ou sillonné de filets jaunâtres.
Nuances, variations. — Bien que sa véritable nuance soit modifiée pour notre vue par le contraste de la couleur des prunelles, le blanc tire plus ou moins sur le jaune chez les biheux. Il en est de même chez les nègres, dont les yeux sont très injectés quoiqu'ils paraissent si blancs par leur opposition à la couleur de la peau.
Les paupières . — La disposition et la forme des paupières ont encore plus d'importance. C'est d'abord ce qui décide de la grandeur ou de la petitesse de l'œil ; c'est aussi ce qui lui donne sa forme.
Œil long^ œil rond. — Selon que la tranche de la paupière est plus ou moins courbée, l'œil est en amande ou rond. Dans le premier cas il a plus de douceur et d'élégance et indique plutôt des penchants analogues, confirmés d'ailleurs par l'expression de l'œil et des autres traits, presque toujours fins et allongés.
L'œil rond a plus de fixité, plus d'énergie : c'est l'œil de l'homme positif et froid ; on le rencontre le plus souvent dans le visage rond ou carré du brachycéphale.
PaupiGve longue. — Lorsque la peau de l'arcade sourcilière ne la couvre pas de ses replis, la paupière est longue, c'est-à-dire que son cartilage, monté sur le globe de l'œil, se détache en hémisphère ; et lorsque la paupière s'abaisse, cette saiUie, en se développant, donne au regard une expression superbe de grâce, de pudeur, chez les femmes, de distinction et de dignité chez les hommes.
Paupières courtes, minces, épaisses., fines, fortes. — Des paupières courtes, confondues dans la masse de l'orbite, ôtent au contraire àl'œil une grande partie de sa finesse et de son expression.
Des paupières trop minces rendent l'œil plat et vitreux; trop épaisses, elles en éteignent l'éclat, tandis que, fines, elles y ajoutent delà délicatesse, et fortes, de l'énergie et de la profondeur.
Couleur de la peau des paupières. — La couleur de la peau des paupières a aussi une influence très grande sur l'ensemble des yeux. Des paupières rouges, ridées, larmoyantes, y donnent, ainsi qu'à tout le visage, un air de maladie, de faiblesse, d'aigreur. Des paupières trop blanches éteignent l'éclat du regard; roses, elles l'animent; brunes, elles lui donnent une si étrange profondeur, que bien des femmes, surtout en Orient, se les noircissent avec le kheûl pour obtenir cet effet.
Explication de F effet des paupières. — Tous ces effets s'expliquent par le plus ou moins d'ombre portée que les paupières jettent sur le globe de l'œil. Cette ombre a sa juste mesure dans la moyenne hors de laquelle tout tombe dans l'excès.
Ouverture et tranche des paupières. — La netteté de la tranche des paupières, la hardiesse et le beau développement des courbes de son ouverture, sont un des signes qu'on rencontre le plus souvent chez les artistes. J'oserais presque dire que, des nombreux artistes que je connais, il n'en est pas un qui ne présente ce signe.
On peut tenir pour certain que l'œil de l'artiste, tant par une aptitude naturelle que par suite d'études et de préoccupations constantes, devient chez lui un organe prépondérant où doivent se concentrer de plus en plus toute son intelligence et toute sa sensibilité ; comment pourrait-il se faire qu'une conformation et un aspect particulier ne fussent pas le résultat d'une aptitude native développée par le travail et la contemplation ?
Peau de F orbite. — La peau de l'orbite, que l'on confond trop souvent avec la paupière, contribue pour une grande part à l'expression et à la forme de l'œil.
Hors les cas très rares oii elle laisse voir la paupière dans toute sa hauteur, elle la voile plus ou moins d'un repli qui tantôt forme bourrelet, tantôt tombe comme une espèce de draperie.
Bourrelet, bouffissure. — Tant que le bourrelet laisse bien se dessiner le bord de la paupière, l'œil n'y perd pas de sa vivacité et même il en peut prendre un peu d'énergie: mais si la peau est bouffie et déborde jusqu'à couvrir le bord, l'œil se rapetisse, le regard s'éteint, et l'expression du visage se déprime et s'alourdit.
Draperie. — Au contraire lorsque la peau forme un pli penchant vers le coin extérieur de l'œil, le regard prend un air de calme et de réflexion, et ce signe est considéré généralement comme indiquant la prudence. On peut observer ce trait dans beaucoup de portraits de Rigaud : il donne beaucoup de dignité à la physionomie.
C'est exactement l'effet de la draperie : contraster par des lignes •et des masses d'accent différent, voiler les parties accessoires, et faire ressortir d'autant mieux l'objet cenh^al du tableau.
Les cils. — Les cils, lorsqu'ils sont bruns, ajoutent à l'expression du regard, que cette expression soit douce ou énergique : cet effet est donc relatif ou subordonné. Il résulte d'abord de l'opposition de leur hgne, qui marque nettement l'ouverture de l'œil ; il résulte aussi de l'ombre qu'ils projettent sur le blanc et sur la prunelle.
Les cils extrêmement longs ne se trouvent jamais chez des personnes d'une intelhgence exceptionnelle.
Les cils clairs ne modifient pas sensiblement l'effet des yeux. Les cils blanchâtres, enfin, leur ôtent une grande partie de leur expression et donnent au regard un caractère confus, farineux, brouillé, qui ne coïncide pas souvent avec une intelhgence bien vive.
Les sourcils. — Les sourcils, au contraire, ont une importance considérable, non seulement par l'éclat et la vivacité qu'ils peuvent donner aux yeux, mais par leur expression propre. C'est un trait qui marque vivement la physionomie, parce qu'il trace en quelque sorte, par sa disposition et par ses formes, le plan du type, et cela à proportion que le type est plus accentué.
La courbure et l'ampleur de la ligne des sourcils sont un des signes les plus assurés de l'énergie et de la stabilité du caractère.
Leur finesse, lorsqu'ils diminuent en pointe, indique la subtilité de l'esprit.
Des sourcils épais et bien fournis, horizontaux, marquent la force, le calme, la patience.
Si leur épaisseur devient excessive, que le poil en soit inégal et hérissé, c'est signe d'une inteUigence lourde, de penchants matériels.
Les sourcils relevés vers les tempes indiquent l'esprit ; abaissés vers les tempes, la faiblesse de caractère et d'intelhgence.
Les sourcils en accent circonflexe, c'est-à-dire rapprochés et relevés au-dessus du nez, indiquent la prétention, l'orgueil.
Des sourcils de peu de longueiîr, formant deux touffes isolées au miheu de l'arcade sourcilière, et placés très haut, sont signe de gaîté, de légèreté d'esprit et de caractère.
Enfin des sourcils en arc de cercle très large et très arrondi donnent au visage un air d'étonnement et de naïveté que les personnes intelligentes présentent rarement.
La nuance plus ou moi us foncée des sourcils donne, comme pour les cils, plus ou moins d'énergie à ces effets.
Rapport de couleur entre les yeux et les cheveux. — Les rapports d'analogie ou d'opposition entre la couleur des yeux et celle des cheveux produisent des effets tantôt simples, lorsqu'il y a analogie, tantôt complexes, lorsqu'il y a opposition.
Dans le premier cas, lorsque les yeux et les cheveux sont très foncés ou très clairs, l'expression et le caractère donnés par ces nuances prennent plus d'énergie et d'unité: dans le second cas, au contraire, les valeurs gagnent d'autant plus que l'opposition est plus marquée, mais en même temps l'effet physionomique se décompose en deux parties, l'une produite parla nuance des cheveux, l'autre, par celle des yeux.
Il en résulte tantôt l'accord, comme lorsque les bruns ont les yeux bleus, ou encore lorsque les blonds les ont bruns ; tantôt une dissonance plus ou moins étrange, plus ou moins désagréable, lorsque les yeux d'un brun sont jaune clair ou vert émeraude, lorsqu'un roux les a très noirs.
Bien que ces oppositions de couleur entre l'œil et les cheveux doivent être considérées surtout comme des anomalies, elles ne sont pas sans portée physionomique.
Bruns aux yeux bleus. — Les yeux bleus chez les bruns, surtout si la nuance en est très claire, donnent au \isage un air de franchise généreuse chez l'homme^^-d^^r^toe^ei de candeur chez la femme : au po'int de vue de la beauté, c'est une des plus douces combinaisons
de la nature. 1^ SEP 1 1903 ^1
L'opposition d'yeux, très noirs avec des d^ieveux très blonds, tout en produisant aussi d'admirables effets de beauté, a quelque chose d'étrange: les yeux noirs ont moins de regard que les bleus, et marquent par eux-mêmes l'énergie : à côté de ces cheveux blonds, au milieu d'un visage pâle ou très clair, ils sont comme une énigme, comme un mystère, qu'il n'est pas toujours facile de démêler, surtout dans un visage de femme, surtout quand la beauté vient aggraver et multiplier les dangers d'une erreur de diagnostic.
Roux aux yeux noirs. — Des observations analogues peuvent être faites sur la combinaison d'yeux noirs avec des cheveux roux, où l'effet est encore plus étrange.
Tout bien considéré, et autant que j'en ai pu juger par mes observations personnelles, j'ai toujours trouvé, dans les personnes blondes ou rousses à yeux noirs, beaucoup d'élan, une volonté fantasque, des affections violentes, un tour original dans l'esprit, de l'aptitude aux arts, du goût pour le plaisir, une grande hardiesse d'intelligence : enfin quelque chose comme les quahtés de ces magnifiques chevaux alezans que tout le monde veut monter et qui jettent tout le monde à terre.
Le nez, son importance au point de vue de la physionomie., de la beauté et de l'anthropologie. — Le nez, comme chacun sait, est au milieu du visage, et cette position suffît déjà pour expliquer l'importance de son rôle dans l'ensemble, surtout si on se rappelle qu'on ne peut pas regarder les yeux sans le voir du même coup d'œil. Il est vrai
qu'on voit aussi le front et les joues, mais ce sont des parties pleines et uniformes, tandis que le nez est saillant : c'est le point culminant du visage, si bien même qu'on peut compter cette disposition comme un des caractères exclusifs de l'honime, car chez tous les animaux le nez est empâté dans la face.
Enfin le nez est un trait osseux dans sa partie supérieure, ce qui lie intimement ses formes à celles des autres traits osseux, c'est-à-dire du crâne, du front, des tempes, des pommettes, des mâchoires et du menton ; et comme il est en saillie avancée, il arbore, pourrait-on dire, au plus haut degré d'évidence le caractère du type.
Le nez, au point de vue anthropologique, a donc une très grande signification.
Au point de vue de la physionomie, il n'en a pas moins, et cela par deux raisons,
La première, c'est que s'il est osseux à la base, son extrémité est cartilagineuse, et, de plus, mobile, tellement mobde que ses mouvements s'étendent à toute sa hauteur.
La seconde raison est que le nez, étant par sa position centrale en continuité directe avec le front, les sourcils, les yeux, les pommettes, les joues et la bouche, c'est-à-dire avec tous les traits, sauf le menton, les oreilles et les mâchoires, exerce sur chacun de ces traits un effet d'harmonie ou de contraste d'autant plus décisif qu'il se produit au contact : et nous avons vu, à propos des yeux, que plus les objets sont rapprochés, plus leur opposition ou leur accord s'accentue.
L'ensemble de ces considérations montre du même coup comment la forme du nez doit avoir autant d'influence sur la beauté que sur l'expression. Les mêmes raisons expliquent comment la ressemi^lance d'un portrait dépend en si grande partie de celle du nez : tenez est le plus caractéristique des traits; dans les caricatures, c'est là qu'on force le plus l'exagération.
Eléments de F analyse du nez. — Les expressions de grandeur ou de petitesse ne suffisent pas pour analyser les dimensions du nez, car il faut considérer sa longueur de haut en bas, sa largeur en travers, sa sailhe en avant, outre qu'il varie en développement à divers points de sa masse. Les narines et le bout du nez n'offrent pas moins de diversité.
Nez long. — Un nez long indique l'intelligence sérieuse et le senti-
ment grave : un nez court, moins d'intelligence et des sentiments plus variables. Si le nez devient très long, le visage prend un air de recueillement, d'abattement : c'est ce qu'on exprime en disant, d'une personne qui éprouve une déception, qu'elle <( allonge le nez ». Cela s'explique d'ailleurs: dans ce cas on baisse la tête, et le nez se découvre dans toute sa longueur.
Petit nez. — L'extrême petitesse du nez est reconnue au contraire, comme un signe de sottise : on dit : « faire voir à quelqu'un son nez camus », pour signifier qu'on lui montre qu'il n'est qu'une bête.
Nez large. — Si le nez est long et large, c'est marque de force, de solidité de caractère; s'il est long et mince, c'est signe de prudence, de rectitude d'esprit. S'il est à la fois court et large, il indique une intelligence et une sensibilité grossières ; court et étroit, il ôte à la physionomie toute animation, et le visage trahit une insignifiance et une faiblesse d'esprit et de cœur que l'observation du sujet confirme presque toujours.
Nez /i?î, nez épais. — La tinesse ou l'épaisseur transversale du nez donne des indications analogues à celles qu'on peut tirer de la grosseur ou de la petitesse de son ensemble : nez fin, inteUigence déliée ; nez épais, intelligence lourde.
Saillie du nez. — Le plus ou moins de saillie du nez, surtout dans sa partie osseuse, donne plutôt une mesure d'énergie générale qu'une détermination d'aptitude spéciale. Cette saillie est à son plus haut degré dans le type aquilin, qui est généralement celui des hommes d'énergie.
Profondeur des orbites. — Le plus ou moins de profondeur des orbites détermine une saillie proportionnelle de la partie haute du nez ; le plus ou moins de rapprochement des yeux laisse plus ou moins d'épaisseur à cette partie.
Si elle est saillante, le nez prend une énergie pénétrante dans l'expression ; le regard est alors ingénieux; si elle est épaisse, c'est l'énergie calme.
Nez droit. — Lorsque, comme dans l'antique, le haut du nez continue le front par une ligne droite, le visage prend un caractère d'ordre et d'harmonie, mais il perd en vivacité pour gagner en sérénité. A moins que les autres traits n'en contre-balancent l'effet, cette disposition indique une intelligence et une sensibihté tout au plus moyennes.
Bout du nez. — On peut dire de l'extrémité du nez à peu près de même que de son épaisseur et de sa saillie : plus cette extrémité est fine, délicatement modelée, mobile, plus on en peut inférer d'augures favorables pour la supériorité sensitive et sentimentale.
J'ai connu un homme d'une intelligence tout à fait extraordinaire, doué en même temps des plus nobles facultés affectives, et qui avait un nez si long, si fin, si parlant, oserai-je dire, que ses enfants devinaient, aux mouvements de ce nez, si leur père parlait sérieusement ou par plaisanterie.
Formes diverses du nez. — Le nez aquilin, avons-nous dit, caractérise en général les natures énergiques ; nous pouvons ajouter qu'il est, sauf l'exception de la phtisie, un signe de longévité. Il accompagne le plus souvent la grandeur de la stature : les géants ont presque tous le nez aquihn. Le nez plus ou moins droit est un trait de forme et de direction moyenne, qui ne signifie pas grand'chose sous ce rapport : la forme générale, l'insertion avec le front, et la disposition des narines, peuvent seules en compléter l'appréciation.
Nez retroussé. — Le nez retroussé, qui coïncide presque ioujotirs avec une mine éveillée et des traits à l'avenant, est signe de légèreté d'esprit, de franchise, de gaîté, de bon caractère.
JSez camus. — Le nez camus est celui qui manque de sailHe et qui semble aplati. Cette disposition est si généralement tenue pour signe de niaiserie, qu'on dit « être camus, être bien camus », dans le même sens que « rester sot » ou « être bien attrapé ».
Nez épaté. — Un nez épaté est encore plus aplati que le nez camus : c'est un signe de lourdeur, de stupidité grossière. Dans le jargon parisien actuel, « épater » quelqu'un, c'est l'écraser, l'assommer, d'étonnement ou d'admiration, comme fait au nez un coup de poing qui l'épate.
Nez pendant. — Le nez pendant se trouve particulièrement chez des personnes portées à la tristesse, aux idées noires : c'est par excellence le nez du pessimiste et du misanthrope.
Nez crochu. — Crochu, ce trait signifie de la raideur, delà dureté, une certaine bizarrerie de caractère, surtout si les arêtes sont tranchantes et sèches.
Nez de travers. — De travers, il donne au visage une expression apparente de méfiance, parce que le visage a l'air de nous regarder de
travers. Bien que cette irrégularité doive être surtout considérée comme une déviation presque mécanique, on peut appliquer ici une observation assez digne d'attention : c'est qu'en général les écarts des traits, lorsqu'ils sont suffisamment marqués, correspondent à un défaut d'équilibre dans les sentiments ou les penchants que ces traits exprimeraient dans un visage normal.
Narines larges. — Les narines larges sont par elles-mêmes un instrument bien disposé pour la respiration ; elles se rencontrent presquetoujours avec des yeux grands, bien ouverts, une bouche grande aussi et bien fendue : elles caractérisent donc ce qu'on appelle une nature en dehors, disons le mot: ouverte, c'est-à-dire la gaîté, la bonne humeur; elles ont de plus une signification particuhère, et elles décèlent un vif penchant à l'amour. Quand cette disposition s'exagère, elle peut aller jusqu'à caractériser la violence et la cruauté.
Narifies longues. — Lorsque l'ouverture de la narine est développée en longueur, c'est signe d'un odorat fin et d'une intelligence supérieure. Les anciens avaient noté cela : Phèdre, dans une de ses fables, qualifie Esope de ?ia)is emunctse sene.x., c'est-à-dire vieillard à la narine bien mouchée, bien évidée.
Narines pincées ou sèches. Le nez de Louis XI. — Les narines pincées et sèches expriment la concentration, la patience ferme, la dissimulation, la froideur calculée du caractère : les avares, les fanatiques, les ascètes, les misanthropes, portent ce signe, qui dans certaines combinaisons avec d'autres signes, peut devenir un indice de cruauté froide et réfléchie. Le nez de Louis XI en est un exemple très déterminant.
Mode d'insertion du nez. — Le mode de son insertion dans les joues fournit encore des diversités notables dans l'expression du nez. Si le corps du nez se détache franchement de la masse, et que les contours des narines soient bien nets et bien fouillés, l'expression propre du trait en lui-même se dégage nettement : si au contraire les narines sont empâtées dans les joues, que le corps du nez soit comme engorgé, il en résulte un aspect lourd et confus qui se répand sur tout le visage.
Principe de la netteté de V ex-pression. — Ces observations nous fournissent l'occasion de poser encore un principe général : c'est que plus un trait est nettement déterminé dans sa masse et dans ses hgnes,
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plus son expression propre prend de force et de précision, et plus, en même temps, chacun des autres traits, et l'ensemble à son tour, en prennent aussi. Car c'est une loi de la nature que la beauté, l'ordre et l'harmonie s'établissent et s'achèvent d'autant plus parfaitement que chaque chose se montre mieux telle qu'elle doit être pour remplir son office.
La peau du nez. — Bien qu'en général la peau du nez participe à la teinte générale des joues, des causes de diverse nature viennent quelquefois y donner une teinte très diiîérente ; chez les personnes pâles ou maigres, c'est à peu près celle du front ; chez les personnes colorées, grasses ou couperosées, elle est plus approchante de celle des joues.
La circulation est à peu près aussi active dans le nez que dans les joues : aussi, par te froid ou la chaleur, voit-on ces deux traits rougir également. La couleur du nez est donc avant tout une affaire de teint.
Cependant lorsque cette couleur est extrêmement blanche ou extrêmement rouge, elle peut indiquer : dans le premier cas, un excès de sensibilité nerveuse, la pauvreté du sang, ou bien une tendance habituelle à la concentration, au mysticisme ; dans le second cas, réchauffement et l'aigreur du sang, une irritation deTestomac, mais rien qui ait rapport au caractère ou aux penchants.
Enfin, lorsque le nez est violet et couvert de gros bourgeons bleuâtres qui dans ce cas se reproduisent sur les lèvres, on peut presque à coup sûr affirmer que le sujet boit beaucoup de vin rouge : le nez est-il au contraire veiné de bleu, d'un rouge clair piqueté de points plus foncés, c'est le « petit vin blanc du pays » qui donne la teinture. Dans ces deux cas le nez perd son titre pour prendre la qualification de « trogne ».
La bouche. — La bouche est sans contredit le trait le plus expressif du visage. 11 y a à cela plusieurs raisons.
D'abord elle est plus mobde qu'aucune autre partie, parce qu'elle a des muscles qui non seulement la font mouvoir dans toutes les directions, mais qui de plus lui permettent à la fois de s'agrandir, de se rétrécir, de s'arrondir, de s'allonger, et enfin de se déplacer tout d'une pièce, à droite, à gauche, en haut, en bas, en biais, tout en restant plus ou moins ouverte, plus ou moins arrondie.
De plus l'ensemble de la bouche ne se compose pas seulement de deux lèvres ayant chacune des effets propres : les dents, ainsi que nous l'aYons vu, concourent pour une grande part à l'aspect et à l'expression des lèvres, et il n'est pas jusqu'à la langue qui, à de certains moments, promenée sur les lèvres ou pointant entre les dents, ne vienne ajouter une note très vive et très expressive aux signes de la préoccupation, du dédain ou de la moquerie, par exemple.
Ce n'est pas tout : la bouche est l'instrument de la parole, le portevoix du cri, l'embouchure de la respiration, le vestibule de la nutrition, l'organe du goût, et pour tout dire enfin, le siège du rire et le sanctuaire du baiser.
On le voit, la vie tout entière voltige sur les lèvres de l'homme ; ehe y passe et repasse à chaque fois qu'd respire : voilà pourquoi la nature, en concentrant là tant de facultés, a dû y montrer, tellement au vif, l'image visible de tous les mouvements de l'âme.
Grande bourhe, petite bouche. — L'extrême grandeur ou l'extrême petitesse de la bouche est un excès qui, comme tous les excès, constitue un signe défavorable ; dans les deux cas, la bouche perd toute expression : la trop petite est d'un niais, la trop grande, d'un nigaud.
En dehors de ces écarts, les petites bouches sont plus fines, les grandes bouches, plus intelligentes. Mais la dimension n'est qu'un des moindres éléments de l'expression : la coupe, le modelé, la consistance, de chacune des deux lèvres, leurs formes respectives, et surtout la disposition du lobe central et des coins, font varier à l'infini les effets, sans parler des mouvements que chaque personne, suivant son caractère et les influences extérieures, imprime à ses lèvres.
Coins de la bouche. — La disposition des coins de la bouche, avec leur prolongement en arrière et en dessous, fait la moitié de l'expression de ce trait.
Lorsque cette partie est doucement et déhcatement modelée, elle est un signe sûr de douceur et de grâce dans le caractère. Les gens durs, violents, sévères, portent, on peut le dire, toute leur énergie dans les coins de leur bouche. Ce trait se voit très accusé chez les Bretons et chez les Espagnols du midi. En sens contraire il arrive que la commissure des lèvres se prolonge par un simple sillon presque horizontal, très léger, qui se perd mollement dans la peau des joues ; presque toujours les coins extérieurs des paupières offrent alors
la même disposition ; il en résulte, pour la bouche et pour les yeux, une expression d'un charme infini.
Cet indice est d'autant plus essentiel à noter, que cette partie de la bouche, étant manœuvrée par plusieurs muscles, est peut-être la plus difficile à tenir en bride, et c'est elle qui trahit le plus souvent son homme.
Bouche abaissée aux coins. — Une bouche descendant du centre vers les coins indique du sérieux, de la gravité, de la tristesse ; le chagrin, comme nous le savons tous, hélas ! par notre propre expérience, produit naturellement cette disposition des lèvres.
Bouche relevée aux coi?is. — Lorsqu'au contraire les lèvres sont naturellement relevées vers les coins, ce qui se rencontre d'ordinaire avec des narines, des yeux et des sourcils relevés de même, c'est signe d'esprit, d'intelligence vive, de gaîté.
Bouche serrée. — 11 est des personnes qui ont habituellement les lèvres serrées en rond comme une bourse à coulisse : c'est signe d'attention, de concentration habituelle, de souffrance physique, de chagrin, de constipation... Gomme degré d'intelligence, cela n'a pas de portée.
Bouche béante. — D'autres personnes laissent pendre leur lèvre inférieure et ont ainsi la bouche souvent béante : comme signe habituel, cela marque un laisser-aller moral et intellectuel ; comme signe accidentel, c'est un effet de la surprise, de l'abattement, de la consternation, de l'incertitude.
Lèvres entr' ouvertes. — Mais il en est autrement lorsque, dans un mouvement rapide de surprise, de reproche, de crainte, de colère, les lèvres s' entr' ouvrent : dans ce cas elles sont soutenues, plus ou moins contractées, souvent même agitées d'un tremblement convulsif ; elles expriment alors les sentiments que nous venons d'indiquer. Et si, au heu d'être l'effet d'un état passager de l'âme, cette disposition des lèvres est habituelle au sujet, elle est l'indice d'une imagination ardente, de sentiments tumultueux, d'une intelligence active et profonde, d'un caractère résolu. C'est un des moyens dont les acteurs tragiques se servent le plus souvent lorsqu'ils jouent des rôles de traîtres ou de tyrans.
Modelé des lèvres. — Le modelé des lèvres diffère beaucoup, et change le caractère de la bouche. Lorsqu'il est ferme, tranché, il donne, selon le degré, de l'énergie ou de la dureté à l'expression ;
lorsqu'il est moelleux, indécis, il l'adoucit ou l'efface. Mais comme ces différences tiennent en grande partie à la consistance de la peau et des tissus, elles sont surtout une affaire de tempéramenl et de race, et il ne faudrait pas y attacher une signification absolue.
Principe de la 'prépondérance individuelle. — Nous trouvons en effet ici le lieu de placer une observation générale dont il faut toujours tenir compte : c'est que le tempérament et la race ne sont en définitive que des influences de milieu : or ces influences n'empêchent pas les aptitudes elles facultés individuelles de diversifier les individus. Malgré son tempérament, malgré sa nationahté, chaque homme est avant tout un organisme indépendant, une âme libre, et son action sur luimême peut annuler dans une mesure indéfinie l'influence du milieu oii il vit : la preuve, c'est que dans tous les tempéraments et chez tous les peuples, on rencontre toutes les variétés possibles de caractère et d'intelligence.
La lèvre supérieure. — Le plus ou moins de longueur verticale de la lèvre supérieure, son plus ou moins de saillie en avant, contribuent beaucoup à varier l'expression de la bouche et sont des signes d'une importance notable.
La lèvre longue et verticale indique la prudence et la réserve, et se rencontre plutôt dans un visage intelligent ; courte et saillante, elle donne une expression de dignité, de force, et est, d'ailleurs, très favorable à la beauté, parce qu'en même temps elle découvre bien la lèvre inférieure.
Lobe central de la lèvre supérieure. ~ Le développement du lobe central de la lèvre supérieure, lorsque ce lobe est bien modelé, est d'un effet très énergique ; il donne un air de décision et d'autorité, et accentue avec une vivacité singulière l'énergie d'une physionomie.
Lorsque la lèvre supérieure déborde sur l'inférieure, la bouche perd de son expression, par la raison bien simple que, de ses deux parties, l'une est cachée sous la masse et voilée par l'ombre ; le visage est moins expressif et prend l'air morne et consterné.
Lèvre inférieure. — En sens contraire la saillie prépondérante de la lèvre inférieure, qui la met en lumière et donne plus de saiHie à l'autre lèvre, est un signe de force, d'aplomb dans le tempérament et dans les idées. Cela donne l'air capable et décidé.
Lèvres droites. — Une bouche dont les lèvres ont une ouverture
droite et horizontale indique une nature calme, correcte, un peu froide même, surtout quand les lèvres sont minces. Qu'elles le soient encore davantage, serrées et comme sèches, c'est signe d'un caractère sec, rigide, concentré, dissimulé, et de froideur dans les sentiments affectifs, surtout du côté de la tendresse.
Lèvres otiduleuses. — Plus, au contraire, la bouche est ondulée dans la hgne de jonction des deux lèvres, plus on peut supposer de vivacité, de fantaisie et d'ardeur dans les sentiments, surtout si les lèvres sont d'une certaine épaisseur.
Livres épanouies. — Que si les lèvres ainsi disposées sont rebondies, s'épanouissant en dehors et se découpant en arc d'un pourpre vif sur la blancheur de la peau, c'est le signe éclatant d'une disposition habituelle à la franchise, à la bonté, au plaisir, à la gaîté.
Lèvres sensuelles. — Cette disposition devient un indice considérable de sensualité lorsque la rougeur et l'épanouissement des lèvres s'accentuent encore ; Brillât-Savarin a noté avec raison ce signe comme un de ceux qui caractérisent le plus sûrement une jolie gourmande, et on peut l'attribuer avec non moins de confiance à toutes les sortes de sensualité.
hidice intellectuel de la bouche. — En terminant, remarquons que la bouche pourrait, presque à elle seule, servir à mesurer du premier coup d'œil le degré de culture intellectuelle et même de civilisation, de l'individu qu'on considère. Plus une race est primitive, plus sa bouche est inerte et dépourvue d'expression.
La bouche du paysan. — On peut observer cela sans sortir de chez nous, et on est frappé de l'aspect tout particuher de la bouche des paysans : c'est une fente, une ouverture, et rien de plus.
C'est que si la bouche, comme nous l'avons remarqué en commençant, est le siège de plusieurs facultés exercées également par tous les hommes, elle est l'instrument de la parole, instrument qui ne peut pas manquer de se modeler sur la parole ; or, la parole c'est TinteUigence même, et voilà pourquoi le paysan, qui exerce moins son intelligence, a une bouche moins expressive.
La bouche du singe. Le cri de Gratiolet. — Toute proportion gardée, on peut rappeler ici le mot superbe de Gratiolet discutant les caractères du singe, et s'écriant, à propos de la bouche de cet animal, qu'on prétend assimiler à la nôtre :
— Ces lèvres ne parleront jamais !
Les joues. — Les joues complètent, par leur modelé aussi bien que parleurs mouvements, l'ensemble du visage et celui de l'expression. Bien que la plus grande partie de ces mouvements soient produits indirectement par ceux de la bouche ou des mâchoires, les joues ont, à plusieurs points de vue, une importance considérable.
D'abord, comme tous les traits doubles, elles font la symétrie ou l'asymétrie du visage, et c'est une observation qu'il faut appliquer à tous les traits doubles, yeux, sourcils, narines, pommettes, dont l'inégalité trouble l'effet propre et l'etîet d'ensemble, tandis que le visage est d'autant plus harmonieux que ces doubles traits sont plus semblables : car c'est une règle en toutes choses, et particuhèrement en physionomie, que l'égalité et la ressemblance composent l'harmonie, et que l'inégalité et la dissemblance produisent la dissonance.
Les joues forment, avec le front, la plus grande partie de la surface même du visage, elles se continuent et ne font qu'un avec les pommettes et les mâchoires ; c'est sur cet espace relativement neutre et calme que se dessinent et se détachent les traits parlants, si on peut dire, du visage, les yeux, le nez, la bouche : ceux-ci sont le tableau de la physionomie, elle en est le fond.
Enfin les joues sont la partie dont le coloris est le plus animé, le plus variable au gré des impressions du moment, le plus significatif au point de vue de la santé, du tempérament, de la race, du sexe même, puisque c'est ce qui donne le teint, et le teint, dont nous aurons à parler à part, n'est pas moins important comme indice physionomique que comme condition de la beauté.
Les joues ont peu d'expression par elles-mêmes ; elles portent surtout l'indice du tempérament et on ne peut guère en tirer d'inductions que sur des penchants tenant de près à la constitution qu'elles annoncent.
Joues massives. — On trouvera donc des joues massives chez les hommes de forte complexion, à musculature puissante, et leur aspect complétera un visage oii les penchants physiques s'annoncent comme prédominants.
Joues maigres. — Les joues maigres donneront des indications opposées et coïncideront avec un ensemble opposé aussi, et le visage prendra un air plus fin, plus intelligent.
Joues pendantes. — Les joues pendantes, lorsque cette disposition est modérée, donnent beaucoup de force et de dignité à la physionomie. Mais il faut que la masse conserve de l'ampleur et de la fermeté;, car si elle est flasque et lâche, l'expression est contraire et donne un air de mollesse, de délabrement.
Dépression des joues. — Une certaine dépression dans les joues audessous des pommettes donne à la physionomie quelque chose de puissant, et cet effet se double, chez les personnes d'un certain âge, par un sillon plus ou moins profond qui se marque à la suite.
Les fossettes. — Les fossettes donnent, lorsqu'elles sont modérées, beaucoup de grâce et de vivacité au visage, particulièrement quand elles accompagnent le rire. Les fossettes trop marquées, celles qui se maintiennent même dans les moments où le visage reste sérieux, y impriment un cachet de vulgarité, de riisticilé : les paysans en ont assez souvent de cette sorte. Au reste il semble bien que, tout considéré, on ne les rencontre guère sur des têtes très intelligentes.
Le rictus. — Il est un autre trait, au contraire, qui caractérise beaucoup la physionomie dans le sens de l'énergie; c'est le rictus, cette ride qui, parlant de la narine, descend, contournant les muscles de la bouche, les séparant, par un sillon plus ou moins profond, de ceux de la joue, et allant se perdre au bord de la mâchoire inférieure. Ce trait, selon la disposition et la consistance des parties qu'il sépare, refoule en bourrelets plus ou moins épais la peau des joues, lui donnant beaucoup de rehef et de mouvement, tandis qu'en même temps, rassemblant et encadrant la masse des lèvres, il en accentue et en augmente l'expression. On le voit, c'est toujours le même principe : tout ce qui se met en évidence, tout ce qui met en évidence, est favorable à la physionomie.
Le menton. — Le menton est encore, avec la mâchoire, dont il n'est d'ailleurs qu'un prolongement, généralement d'accord avec les pommettes et les mâchoires pour marquer par des formes analogues des penchants doux ou violents, élevés ou bas, suivant qu'il est faible ou fort, délicat ou grossier.
Les variétés de son modèle donnent à ce trait des expressions d'autant plus diverses qu'elles se lient très étroitement à celles de la bouche, et d'autant plus énergiques que le menton est doué d'une certaine mobilité de haut en !)as et de bas en haut.
Menton carré. — Un menton carré du bas indique la force, le calme, dans l'action comme dans la pensée ; cette indication acquiert plus d'énergie si le menton est creusé d'une fossette profonde. Cette fossette correspond d'ailleurs presque toujours à un sillon droit très marqué entre les sourcils, et ces deux signes sont le résultat de l'épaisseur de la peau et de la grosseur des muscles de la face.
Ceci montre une fois de plus comment l'expression de chacun des traits du visage est à la fois propre à sa forme particulière et concordante avec l'effet de chacun des autres traits et de l'ensemble de tous.
Analogie du menton avec les autres traits. — Les lignes du menton sont généralement analogues à celles des autres traits : cela est surtout frappant dans le type aquilin, oii la courbe concave du menton est pour ainsi dire égale à la courbure convexe du nez, tandis que sa longueur et sa saiUie sont aussi proportionnelles à la mesure du même trait. Il suffit de songer à la figure de Polichinelle pour vérifier ce rapport.
Exceptions. — Cependant le menton, à la différence des parties hautes si bien liées entre elles, présente souvent un écart considérable par rapport aux autres parties osseuses de la face, et on voit de très petits mentons dans des visages à traits supérieurs très larges, comme aussi de très grands au bas de visages à petits traits.
Cet écart ne va cependant pas jusqu'à se mettre en opposition avec le style du type, et on ne verra jamais un menton plat ou carré avec un nez aquilin, ni un menton recourbé en avant, c'est-à-dire aquilin, avec un visage plat ou carré.
En résumé, un menton saillant, aux hgnes hardies, aux masses fermes, indique l'énergie et l'activité ; un menton effacé, aux hgnes indécises, peu étoffé en chair, trahit la faiblesse et la timidité. On peut aussi, au point de vue intellectuel, tirer dans un sens ou dans l'autre les mêmes indications.
Menton des bavards et des menteurs. — Je crois que si l'on voulait bien les observer, on reconnaîtrait, ainsi que je crois l'avoir remarqué, que les menteurs et les bavards ont dans le menton quelque chose de tout particuher : leur menton est large, perpendiculaire, sans saillie centrale ; les angles latéraux en sont arrondis, et la peau en est tendue de façon à devenir souvent luisante, surtout lorsqu'ils parlent.
Le teint. — Le teint, quoiqu'il s'étende à toute la surface de la peau
du corps, ne se considère, au point de \'ue de la physionomie, que sur le visage. Malgré tout ce que les traits ont de fixité, de saillie, de signification propre ou collective, on n'imagine pas à quel point le teint influe sur l'expression du visage : on n'a qu'à mettre un blanc et un liègre en présence pour faire sauter aux yeux cette vérité.
On objectera peut-être que les traits du nègre ne diffèrent pas moins que sa couleur des traits et de la couleur du blanc : mais on peut répondre que si les traits diffèrent, c'est en grande partie parce que le teint est différent, et on n'en verra que mieux ressortir l'importance de cette coloration, puisqu'elle est un des signes les plus essentiels de la race, du tempérament et, par conséquent, du caractère.
Le teint et la beauté. — Quant à la beauté, le teint en fait la moitié : la preuve, c'est que la coutume de se mettre du blanc, du rouge et autres cosmétiques analogues, a été, de tout temps et chez tous les peuples, reconnue et pratiquée comme le moyen le plus efficace d'embellir le visage.
La clarté. — Ceci nous fournit la première et plus importante observation à faire sur le teint, c'est qu'en général la clarté et l'animation y sont un avantage. En effet, on peut dire d'abord que plus le visage est clair, plus il est facile et agréable à voir.
Les acteurs et la lumière. — Sur la scène, on a soin d'éclairer le visage des acteurs en dessus et en dessous. Sans doute c'est afin qu'on les voie mieux, mais cet éclat les embellit beaucoup, et d'ailleurs ils ajoutent encore à cet effet en se mettant encore plus de blanc et de rouge qu'on ne s'en met à la ville.
L'éclairage du modèle. — Tous les artistes savent que, à part quelques têtes d'une expression particulièrement marquée, un modèle gagne en beauté à proportion qu'il est plus éclairé.
Tout cela se justifie par ce principe que l'effet de chaque chose est d'autant plus achevé que cette chose exprime plus clairement ce qu'elle est et qu'on en peut plus facilement juger: un teint clair est agréable à voir parce qu'on le voit bien, tout comme on a plaisir à voir des yeux bien nets et bien ouverts, une bouche délicatement et fermement modelée.
Couleur de la peau. — La couleur de la peau vivante est d'un orangé plus ou moins clair; cette couleur résulte du mélange du rouge du sang et du jaune de la peau ; la peau, par elle-même et dépourvue de
saii^, est d'un jaune presque citron, ainsi qu'on peut le voir sur les morts. Toutes les nuances de la peau sont au fond dérivées de celle-là.
Coloration de race. — Indépendamment de cette teinte propre, la peau se colore plus ou moins en brun, et même en jaune, en rouge et en noir, dans certaines races ou dans certains individus par la transparence du pigmentum., couche colorante placée sur le derme. Enfin le liâle, les taches de rousseur, ou des particularités de nuance de l'épiderme, la foncent plus ou moins.
Caractéristique du teint. — Un teint clair caractérise en général le tempérament sanguin et le tempérament lymphatique. Dans le premier cas il est rosé et variable, dans le second, blanc et reposé.
Les indications sont à peu près les mêmes que celles du tempérament auquel elles correspondent, et sur lesquelles il serait superflu de revenir. Ce qu'on peut dire, c'est qu'en général le teint clair indique plutôt l'aisance que la force de la vie ; et même, lorsqu'il devient excessivement clair, c'est signe de faiblesse de complexion et, par conséquent, de peu d'énergie dans le caractère.
Teint blanc. — Un teint blanc et mat, s'il est laiteux, marque le lymphatisme ; un peu plus de force de tempérament, et plutôt du calme que de la faiblesse dans les sentiments.
Teint rosé. — Un teint uniformément rosé indique un mélange des tempéraments sanguin et lymphatique, et une moyenne entre les aptitudes de ces deux tempéraments.
Teint rouge. — On voit, chez des personnes maigres et à cheveux roux ou blonds, des teints d'un rosé uniforme dont le ton est tellement vif, que la peau ressemble à de la viande crue. Cette couleur, avec celle des cheveux roux, forme un ensemble étrange, et donne au visage une espèce d'égarement vague : l'expression de la physionomie est nulle ou indécise. Je ne crois pas qu'on trouve ce genre de teint sur des visages aquilins. Soit qu'il reste propre aux types peu accentués, soit à cause de l'uniformité d'une teinte aussi violente, il produit très rarement un effet favorable.
Teint pâle. — Quant au teint pâle, on peut dire qu'il forme la transition entre les teints clairs et les teints foncés, car selon sa nuance il peut appartenir à des tempéraments très différents.
Pâleur maladive. — La pâleur de l'anémie ou couperose est un jaune citron excessivement clair ; celle de l'hydropique est grise,
comme plombée ; celle du poitrinaire est rose pâle ; clans le bilieux, dans certains malades du foie, elle est jaune ou d'un rose piqueté particulier ; enfin il y a des gens qui sont naturellement pâles quoiqu'ils ne puissent être classés dans aucune de ces catégories, et dont la peau est d'un orangé très clair : c'est le teint mat.
Indications de la pâleur. — Laissant de côté les cas de maladie, que nous avons dû citer pour les exclure, disons seulement que la pâleur, dans les teints mats comme dans les teints bilieux, indique en général du calme et de la concentration. Elle est le signe bien reconnu du chagrin^ du travail intellectuel, d'habitudes méditatives, de penchants au spirituahsme ; les savants, les ascètes, les fanatiques, ont presque toujours le teint pâle.
Enfin, comme indication de l'activité du sujet, la pâleur est la trace de grandes fatigues, de veilles habituelles, d'excès fréquents : elle est un des signes de l'ivrognerie parl'alcool.
Quand les excès arrivent à un point extrême, la pâleur alcoolique s'accompagne de lividités plombées qui ponctuent la peau. Bien des mois après le siège de Paris et la défaite de la Commune, on reconnaissait facilement à ce signe, sous leurs habits bourgeois, les hommes qui avaient fait partie des bataillons insurgés : ils avaient la figure jaune et bleue.
Rougeur. — La rougeur du teint, particulièrement propre aux sanguins, est chez eux un signe de vivacité lorsqu'elle est modérée, de violence lorsqu'elle est excessive et que les joues, le nez, le front, le menton et les oreilles, sont grossièrement rougis de sang par plaques et par sillons.
Chez r apoplectique . — Chez les apoplectiques, le rouge tourne, avec l'âge, au violet et au bleu, et donne au visage une turgescence flamboyante dont l'effet est parfois épouvantable. Mais ce n'est plus alors qu'un symptôme pathologique.
Chez les ivrognes. — On trouve des signes analogues, avec une intensité concentrée sur le nez, chez les ivrognes qui se grisent avec du vin. Je ne saurais dire s'il y a là une teinture par infiltration des principes colorants du raisin, ou si cette nuance est simplement l'effet de la congestion habituelle au buveur, mais l'aspect et le ton d'une face d'ivrogne le font distinguer à première vue d'un apoplectique ou d'un sanguin.
Chez les scrofuleux. — H y a une certaine nuance de rougeur du teint qui est propre aux scrofuleux : c'est la nuance rouge brique. Bien que la scrofule ne soit qu'une maladie et non un élément physionomique, l'observation est bonne à noter pour les personnes en quête de mariage.
Teints hriins. — Le teint brun, qui caractérise en général le tempérament bilieux, mais qui se rencontre souvent dans d'autres cas, donne à l'ensemble des traits plus d'unité et d'énergie, par la double raison que les ombres, aggravées par la teinte brune de la peau, en deviennent plus marquées, et que les clairs, adoucis par la même teinte, s'enlèvent plus doucement, à la différence du teint clair, 011 les contours et les saillies de chaque trait sont très éclairés et leurs ombres peu marquées. Et voilà comment il se fait que le teint clair détaille mieux chacun des traits, et que le teint brun en concentre mieux l'effet d'ensemble.
La différence du brun au clair n'agit d'ailleurs pas uniquement sur l'ensemble général, et elle change encore le rapport relatif d'un trait à un autre : par exemple, l'opposition entre de grands yeux et un front bas ne donnera pas le même effet avec un teint clair qu'avec un teint brun : dans le premier cas, l'œil sera placide et sans expression ; dans le second cas, il paraîtra reluisant et hagard.
Nuances du teint brun. — On peut ramener à quatre nuances tous les teints bruns de la race blanche: ces nuances sont le jaune, le cuivré, l'olive et le brun, c'est-à-dire un noir plus ou moins éclairci d'orangé.
Le tempérament, la race, les conditions de vie, font prédominer avec plus ou moins d'intensité telle ou telle de ces nuances. Ces variétés ne donnent à la physionomie que des accents ou des degrés, mais, comme tous les caractères collectifs, elles n'en laissent pas moins subsister les particularités et les aptitudes individuelles : la plupart des Flamands ont le teint clair, la plupart des Espagnols ont le teint brun, et cela n'empêche pas qu'il n'y ait parmi eux, comme parmi les peuples à teint jaune ou à teint noir, une diversité infinie.
Races exotiques. — En dehors de la race blanche et de l'Europe, on peut dire que la nature a épuisé tous les tons, sauf le bleu, pour barbouiller la figure de nos congénères des quatre autres parties du monde. Depuis le nègre noir comme de l'encre jusqu'à la Taïtienne
dorée comme une orange, elle a fait des gens sépia, ocre brun, terre de Sienne, \eau fauve, rouge brique, bronze florentin, cuir de Russie, vieil acajou, laiton, cuivre rouge ; il y en a même, dit-on, dont la peau est rose vif comme celle d'un radis. Tout cela, ce sont des hommes, mais quand on voit certains d'entre eux^ vraiment on a peine à le croire.
Les cheveux et la barbe. — Considérés au point de vue physiologique, les cheveux et la barbe occuperaient un rang tout à fait secondaire dans les traits du visage, car ils ne constituent par euxmêmes qu'une espèce de végétation, et ils peuvent manquer complètement ou disparaître sans que le visage en soit gravement compromis, tandis qu'il est défiguré si un seul des autres traits est détruit.
Mais lorsqu'on aura observé avec attention un certain nombre de têtes d'homme et de femme, on reconnaîtra l'immense importance des cheveux et de la barbe.
Importance de la coiffure. — La coiffure, non seulement chez les nations civilisées, mais chez les derniers des sauvages, a toujours été pour l'homme et pour la femme le premier et le plus essentiel de leurs soins : il y a des peuples qui ne s'habillent pas, mais il n'y en a point qui ne se coiffent.
C'est qu'en effet la coiffure, on peut le dire, transfigure la tête : elle en change la dimension apparente, elle en modifie les proportions, elle couvre ou découvre tour à tour le front, les joues et le cou, avec des effets divers selon la couleur des cheveux, selon les relations de cette couleur avec la nuance de la peau.
La barbe. — Chez l'homme, la barbe vient doubler et plus l'importance de ces modifications, puisque, entière, elle peut couvrir la moitié de la face, et que, rasée partiellement, elle forme, sous le nom de moustaches, de favoris ou de barbiche, de véritables traits artificiels. Ces traits substituent à la physionomie naturelle une physionomie acquise, intentionnelle, dont la signification est d'autant plus sûre qu'elle a été volontairement recherchée.
Importance des cheveux et de la barbe. — Loin donc d'être réduits au rôle de simples appendices accessoires, les cheveux et la barbe sont une partie très active, très vivante, des traits de la physionomie : ils le sont à cause de leur souplesse, qui permet d'en varier indéfiniment les
masses, les lignes et la disposition ; ils le sont à cause de leur insensibilité et de leur croissance continue, grâce auxquelles on peut les couper, les teindre, les épiler, ou les laisser croître indéfiniment.
Leur exjwession. — Ce n'est pas tout, et nous allons voir qu'ils ont, suivant leur consistance, leur plus ou moins de poli ou de souplesse, leur mode d'insertion ou d'alignement, une grande variété d'aspects correspondant à autant d'effets d'expression.
Leur importance en ethnologie. — Enfin, et c'est là qu'on peut se rendre compte du rôle de la chevelure dans l'humanité, c'est par sa nuance que se détermine le classement de chacun de nous en bruns, blonds, châtains et roux, sans parler, hélas ! des gris et des blancs. Je ne compte pas les chauves, qui sont hors concours.
Cette couleur des cheveux, qui, d'ailleurs, sauf quelques exceptions, est en même temps celle de la barbe, est d'un effet décisif dans la physionomie, parce qu'elle en est un des traits les plus frappants.
Effet cV expression selon leur nuance. — Plus les cheveux sont bruns, plus le visage prend un air d'énergie : à mesure, au contraire, que la nuance en tourne au châtain, l'expression devient plus calme ; et si, chez les blonds ou les roux, on rencontre des visages énergiques, c'est le plus souvent dans les autres traits qu'on en trouve l'indice.
Cependant des chevelures de nuance claire peuvent donner à certains visages enflammés ou truculents un caractère beaucoup plus violent encore, mais c'est qu'alors ces chevelures sont d'une nature particuhère, ainsi que nous le verrons.
Nuances franches^ nuances douteuses. — Que les cheveux soient foncés ou clairs, l'effet en est d'autant plus marqué que la nuance est plus franche : des cheveux d'une nuance fausse ou douteuse ne jouent aucun rôle dans l'expression; des cheveux décolorés, inégaux de couleur, peuvent même éteindre en partie l'effet des autres traits.
Rapport de la nuance des cheveux avec le tempérament . — Dans l'état scrofuleux ou lymphatique, ils sont souvent d'une nuance pâle et trouble qui confirme les autres signes.
Dans nos races européennes, les cheveux très foncés se rencontrent le plus souvent chez les biheux ; les cheveux châtain ou blond cendré, chez les sanguins ; châtain plus souvent foncé, chez les nerveux; blond pâle ou tirant sur le brun, chez les lympathiques. Quant à la nuance rouge et aux divers roux qu'elle forme en se combinant avec le brun
ou ]e blond, on la rencontre dans tous les tempéraments, sauf peutêtre le bilieux.
De toutes ces nuances et de leurs combinaisons infinies on ne saurait tirer d'autres inductions que celles des tempéraments, et encore Yoit-on qu'elles sont loin de concorder toujours chacune avec un tempérament particulier. Il faut donc se borner à constater l'effet d'accentuation plus ou moins marqué produit par le foncé ou le clair des cheveux et de la barbe, et ne pas pousser plus loin, sous peine de tomber dans la fantaisie. Il y a d'autant plus de raison à cela, que, surtout pour les cheveux clairs, la teinture en modifie les nuances à l'infini, et des chevelures blondes, sur certains visages de jolies femmes, changent continuellement d'un jour à l'autre comme l'aspect d'un ciel plus ou moins doré.
Consistance des cheveux. — Ce qui est plus significatif et plus précis dans la chevelure, c'est sa consistance. Des cheveux souples, fins, brillants, unis, forment des surfaces unies et satinées, des contours allongés et calmes : si, au contraire, les cheveux sont secs, gros, ternes, rudes, l'aspect est tout différent, les surfaces sont moins éclairées de reflets, les masses sont plus raides, plus vivement marquées. Dans le premier cas, l'effet est doux et donne au visage du calme et de l'harmonie ; dans le second cas, l'effet est dur ou marqué, et produit un aspect tendant plutôt à l'agitation, au désordre.
Cheveux plats. — Les cheveux tout à fait plats, qui d'ailleurs sont presque toujours en même temps fins et clairs, sont tellement reconnus comme un signe de bassesse, de dissimulation, d'humilité, d'avarice, que sur le théâtre on n'a jamais manqué de représenter les traîtres, les avares, les hypocrites, et en général ce qu'on appelle un pauvre diable, avec des cheveux plats.
Pauvreté ou ahonclance des cheveux. — La pauvreté de la chevelure et de la barbe est en effet un signe de tempérament faible, et, par conséquent, de cœur médiocre.
Cheveux frisés. — Au contraire, les cheveux frisés sont un indice presque certain de vigueur physique et d'énergie morale, mais non de supériorité intellectuelle. On a vu plus d'un héros frisé, mais d'homme de génie, je ne crois pas.
Cheveux crépus. — Quant aux cheveux crépus, à leur maximum de torsion ils caractérisent la race nègre et d'autres races aussi peu in-
tellio^entes, et je ne vois pas d'ici de tête crépue, sauf une, qui recèle de grands trésors d'intelligence.
Cheveux ondes. — Les cheveux ondes, généralement gros et épais, sont un signe de bon tempérament, et la santé du corps est un gage de la santé de l'âme : Mens sana in corpore sano^ comme disaient
les anciens.
Cheveux des malades. — Dans certaines maladies, et notamment dans le mal de Pott, les cheveux deviennent ternes et rêches. On sait que l'état du poil est aussi un indice de santé ou de maladie chez les animaux, selon que ce poil est brillant ou terne.
Disposition des cheveux. —■ Enfin, pour ne rien oublier, notons que le mode de disposition des cheveux n'est pas sans une action sensible sur l'effet du visage. Si les cheveux sont plantés très bas et en hgne droite sur le front, ils lui ôtent toute sa valeur, mais ils font ressortir beaucoup le§ yeux et paraître plus fin le bas du visage : somme toute, cela donne l'air moins intelhgent.
S'ils sont plantés très haut et encore en ligne droite, le front prend une étendue considérable, et le visage s'ennoblit.
Les cheveux dont la plantation s'avance en pointe sur les tempes et se découpe sur le haut du front en courbes rentrantes, favorisent l'aspect de distinction, d'harmonie et de franchise, d'un visage gracieux ou noble. Dans l'extrême jeunesse, une coiffure à la chinoise donne au visage d'une jeune fille une fraîcheur et une grâce incomparables ; une femme en pleine fleur de beauté gagne toujours à découvrir ses tempes et à relever ses cheveux.
Chez l'homme, le dégagement des contours du front éclaircit et ennoblit l'expression.
Cheveux blancs ou gris. — La nuance grise ou blanche des cheveux n'est, à proprement parler, qu'un signe de l'âge.
Bien que ces nuances aient un effet très marqué sur la physionomie, en réveillant naturellement les idées de sérieux ou de respect que les cheveux gris ou blancs portent avec eux, ce ne sont pas des traits du visage. Néanmoins il faut noter, au point de vue de l'ensemble, que les cheveux gris, suivant qu'ils le sont plus ou moins, donnent de l'énergie à certaines figures martiales ou accentuées, surtout lorsque la peau est brune, et adoucissent les figures à expression moyenne et à teint clair ou rosé.
L'HOMME 7i
Quant aux cheyeiix blancs, s'ils donnent de la majesté au visage des vieillards, c'est qu'ils entourent ce visage d'une plus grande lumière qui éclaircit le teint et atténue les ombres des rides.
La poudre. — C'est par la même, raison que la poudre embellit si généralement ceux qui s'en blanchissent les cheveux : un visage à demi jeune et à demi vieux ne peut pas regagner toute sa jeunesse, mais il regagne la moitié de ses avantages et il perd la moitié de ses inconvénients.
Couleur et disposition de la barbe. — La couleur, la consistance et la disposition de la barbe peuvent donner lieu aux mêmes observations que les cheveux : ce qui est vrai des cheveux en est vrai par les mêmes raisons, et il serait oiseux de le répéter.
So)î expression. — Mais ce qu'on n'a pas, ce me semble, assez remarqué, et dont les artistes tiennent cependant le plus grand compte dans le choix de leurs modèles, c'est la variété et l'énergie de l'exprès^ sion de la barbe^ non seulement selon sa couleur, ce dont nous ne reparlerons plus, mais à cause des diverses façons dont elle est plantée.
Epaisseur de la barbe. — D'abord, si de légères différences d'épaisseur n'y signifient pas grand'chose au point de vue de l'intelligence, il est certain qu'une barbe excessivement fine, inégale, pauvre, est un signe de faiblesse ; mais ce qui est plus sûr encore, c'est que la barbe excessivement épaisse est un signe d'épaisseur et de lourdeur dans l'intelligence, et de force physique.
Ses formes diverses. — Je crois qu'on peut aller plus loin, et tout en convenant que je n'ai pas assez observé pour formuler une conclusion précise, je ne puis m'empêcher de croire qu'aux formes si différentes que prennent la barbe et surtout les moustaches^, correspondent des indications plus ou moins intimes sur le caractère de l'homme. Il y a des barbes dont l'expression est aussi énergique que celle des autres traits du visage, et ce qui me porte à croire qu'on pourrait essayer d'observer dans cette direction, c'est la diversité des coupes et des dispositions que la plupart des hommes donnent à leur barbe avec tant de soin et d'intention réQéchie. Ce n'est pas ici la même chose que la coiffure : la coiffure se dispose sur la partie osseuse de la tête, tandis que la barbe s'étend sur les traits mobiles, notamment sur la bouche, s'y modèle et en suit les mouvements, au moins dans une certaine mesure.
Coupes et dispositions artificielles de la barbe; leurs effets. — En y réfléchissant avec attention, on peut, je crois, déterminer pour chacune des coupes et des dispositions de la barbe l'effet qu'efles produisent, et même en montrer la raison. Il est d'abord reconnu par tout le monde que chaque coupe de la barbe a son expression particulière, qui, sauf très peu d'exceptions, est cherchée à dessein par celui qui a adopté cette coupe pour lui-même ou l'a imposée à ses subordonnés.
C'est ainsi que les moustaches ont été de tout temps et sont encore aujourd'hui prescrites aux militaires. Les personnes qui veulent avoir l'air militaire ou martial, les adoptent également. Pour les uns comme pour les autres la raison est la même et le résultat est le même. Les moustaches donnent de la vivacité à la physionomie par des effets faciles à analyser. EDes sont d'une couleur plus foncée que la peau, elles ont du relief : elles se détachent donc doublement sur le fond lisse et clair de la face : elles y font mouvement et contraste. Elles sont de plus en travers du visage, elles le coupent : nouveau contraste par opposition avec la hgne verticale du nez ; par leur parallélisme avec les sourcils, elles donnent delà valeur aux yeux en les soulignant. Rien donc que par leur position, leur relief et leur couleur, elles avivent le tableau physionomique. Mais ce n'est pas tout, et selon la disposition, le plus ou moins de longueur, les ondulations ou les frisures qu'on y donne, elles prennent des formes plus ou moins crânes, plus ou moins cavahères ou imposantes. Elles sont d'ailleurs très expressives par une autre raison, c'est que, couvrant les lèvres, elles en sont le prolongement, en suivent les mouvements et même les amplifient, si bien que le spectateur y voit malgré lui des lèvres, mais des lèvres d'un aspect formidable et barbare : les moustaches, en un mot, sont la bouche portée à un plus haut degré d'expression.
Les favoris seuls, qui sont généralement adoptés par les marins et par les magistrats, ont un effet différent qui peut s'expliquer par des raisons analogues. Ils laissent à découvert le miheu du visage^ notamment la bouche, qui en est le trait le plus intellectuel, ainsi que nous l'avons remarqué : ils ne peuvent donc rien ajoutera la physionomie dans le sens de la vivacité. Mais en formant masse de chaque côté des joues, ils donnent de la précision au contour du visage, de la
symétrie aux traits, et éveillent, par leur direction verticale et leur volume, une idée d'équilibre et de poids qui s'accorde avec celle qu'on se fait de l'autorité calme, de la fermeté froide, nécessaires à un marin ou à un magistrat.
La barbe entière, lorsqu'elle est portée longue, forme une sorte de draperie ou de voile qui supprime la moitié du visage pour n'en laisser paraître que les parties les plus élevées : de là l'expression de calme et de majesté qu'une longue barbe porte d'ordinaire, à moins que le visage et le reste de la personne n'y contredisent, bien entendu.
La barbe très courte ou rase est défavorable à la physionomie. Réduite à la longueur d'un poil de chien, elle couvre d'une couche épaisse et uniforme la moitié du visage : elle en supprime donc la moitié de l'expression et ne la remplace pas, comme fait la barbe longue, par un effet significatif. Que si à la barbe courte on ajoute des lunettes, le visage n'est plus qu'un masque sans regard et sans sourire.
Le colher hébraïque, moyen terme entre la barbe entière et les favoris, donne des effets qui tiennent de ces deux coupes. Mais il a un inconvénient qu'on ne saurait méconnaître, c'est qu'il est rarement avantageux à l'harmonie physionomique, en circonscrivaut trop durement le contour du visage : il donne par suite un air rude et commun.
Quant à la barbe de bouc comme la portent les Américains, il u'y a pas de figure qui puisse y résister : ce bouquet de poils isolé au bas d'une figure rasée, ce prolongement et cette importance donnés au trait le plus insignifiant et le plus massif du visage, font un effet très désagréable. Cet effet peut d'ailleurs s'expliquer comme ceux des moustaches et des favoris : chaque trait, cela est incontestable, porte avec lui, une idée qui s'élève ou s'abaisse selon qu'il est plus ou moins développé : or, le menton ne représente que des idées très secondaires dans l'ensemble de l'expression : son développement apparent ne sera donc pas plus agréable aux yeux et à l'esprit que ne l'est son développement réel lorsqu'il est d'une grandeur excessive.
Indépendamment de ce que la coupe lui donne, la barbe peut varier en expression d'après la façon dont on la dispose. Les effets divers qu'on peut ainsi produire résultent des mêmes principes gêné-
raux qui président à l'expression des traits. Selon que l'ordre ou le désordre, la correction ou l'irrégularité, Tépanouissement ou la concentration, domineront dans la disposition de la barbe, il y aura des effets agréables, désagréables, etc.
Mais c'est assez insister sur ces traits secondaires du visage : notre observation n'avait d'autre intérêt que de montrer, même dans cette partie presque inerte, l'application des principes universels et invariables de l'expression.
Les femmes à barbe. — Il n'est pas sans exemple de voir la barbe fleurir ou sévir avec plus ou moins d'abondance sur un visage féminin. Chez certaines femmes elle prend des développements tels qu'elle peut devenir pour elles, suivant la façon dont elles la subissent, un bienfait, ou une calamité : un bienfait si elles en tirent profit pour se montrer dans les foires ; une calamité, si elles prennent le parti de se raser comme un sapeur cassé de son grade.
Cependant on m'a cité une dame qui avait trouvé moyen de tirer vanité d'un superbe collier de barbe noire dont un caprice delà nature l'avait gratifiée, et qu'elle étalait en se rengorgeant.
On rencontre assez souvent dans le monde des femmes portant des favoris ou des moustaches qui, vu les usages du sexe, ne sont pas précisément à l'ordonnance : un nuage de poils follets sur les joues, et même des petites moustaches bien fines et bien nettes, ne déparent pas, aussi irrémédiablement qu'on veut le dire, un joli visage de brune.
Mais il y faut du choix et de la qualité : des poils gros, frisés, inégaux, fleurissant au coin des lèvres et de chaque côté du menton, sont quelque chose d'affreux : l'effet en est déplorable, et il faut nous couper cela.
Question de la brime et de la blonde. — Il ne serait pas séant de quitter ce sujet sans dire au moins un mot d'une question sur laquelle les docteurs disputent encore et disputeront probablement jusqu'à la fin des siècles : je veux parler de la question de la brune et de la blonde.
Aux yeux d'un observateur superficiel ou indifférent, il semble que cette nuance plus ou moins foncée d'un ornement naturel ne puisse pas avoir grande influence sur le cœur ou sur l'esprit de la femme qu'il décore, car si l'on considère la même diversité dans Fhomme,
on ne voit pas que d'être brun ou blond fasse une grande difTérence dans le caractère.
Les peuples blo?ids et les peuples bruns. — Cependant si, au lieu de réduire nos observations à quelques individus isolés pris dans le même pays et dans la même race, nous comparions en masse les peuples blonds aux peuples bruns, nous trouverions dans la couleur des cheveux plus qu'un hasard de nuance, et cette couleur prendrait autant d'importance que les autres traits généraux de la physionomie, tels que le type, le teint, la taille, qui sans doute diversifient les individus d'une même race, mais qui deviennent des caractères ethnologiques lorsqu'ils viennent à se généraliser et à prédominer chez tel ou tel peuple pris dans son ensemble.
Le règne blonde et le règne brune. — Quoi qu'il en soit, il est certain que, dans l'état actuel de nos sentiments et de nos mœurs, les femmes blondes et les femmes brunes ne sont pas simplement des variétés d'une même espèce, et que, si on se rend compte de l'immense différence qui les distingue^ la seule solution possible de la question sera de dire que les femmes blondes et les femmes brunes forment véritablement deux règnes à part.
Cela tient-il à l'esthétique que le nom seul de blonde ou de brune fait déborder de tous les cœurs, ou bien est-ce la suite du régime particulier de toilette et de sensibilité que la couleur de ses cheveux impose à la femme, toujours est-il que le roman, le théâtre^, la poésie, la peinture, la critique et la morale, sans parler de l'amour, travaillent incessamment à poser, à éclairer, à discuter, avec une ardeur insatiable, cette question de la brune et de la blonde, qui de tout temps a passionné les plus grands esprits, tourmenté de scrupules infinis les cœurs les plus sincères.
Conclusions motivées. — Je ne puis pas songer à approfondir ici une question qui demanderait toute une vie d'étude et de travail, mais je me crois fondé, d'après ma propre expérience et celle de mes voisins, à proposer au moins des conclusions que je crois suffisamment justifiées, et que voici :
. Quand on songe à tout ce qu'il y a de bonté, de candeur, de loyauté, de dévouement;, de fidélité, de douceur, de sûreté, d'harmonie, de sensibilité, dans la brune ;
Et quand on rêve à tout ce qu'on peut découvrir de grâce, de séduc-
tioii, de chatterie, d'enthousiasme, de caprice, de violence, de mystère, de poésie, de passion, chez la blonde ;
Mais quand on voit combien également belles peuvent être une brune et une blonde judicieusement choisies ;
Tout bien pesé et considéré, je conclus que le plus sage serait d'aimer la blonde et d'épouser la brune.
S'il se trouve quelqu'un pour me dire lequel vaut mieux de l'amour ou du mariage, que celui-là me jette la première pierre.