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LES TRAITS FIXES DE LA TÊTE

Si maintenant nous prenons chacun des traits en lui-même, nous voyons que chacun a son rôle, rôle qui devient d'autant plus prépondérant que le trait est plus marqué. Nous nous occuperons d'abord des traits fixes de la tête .

Le crâne. — Les deux masses de la face et du crâne semblent soumises à une sorte d'équOibre de pondération : on peut dire que ce que la face gagne, le crâne le perd et réciproquement : comme si, sur la quantité de la masse du corps, la nature avait assigné une portion fixe à la tête prise en bloc, sauf à la face et au crâne à s'arranger entre eux pour la répartition.

Cette loi est d'ailleurs générale, et l'excès ou le défaut d'une partie tendent toujours, sauf les cas de difformité décidée, à se compenser par d'autres parties.

Sans doute il y a de grosses têtes et de petites têtes, puisqu'il y a de grands et de petits hommes et que les uns et les autres sont plus ou moins bien proportionnés : mais l'écart ne dépasse jamais certaines limites, tandis que si les crânes avaient pu se disproportionner indéfiniment à la face, quelle qu'en eût été l'étendue, il y aurait eu des têtes monstrueuses ou microscopiques.

Fixité de la masse de la tête. — Remarquons d'ailleurs qu'il y a en général beaucoup moins de différences entre les têtes qu'entre les corps. Je crois voir à cela deux raisons : la première, C'est que le volume de la tête étant beaucoup moindre que celui du corps, les plus petites variations en quantité y produisent proportionnellement des différences plus sensibles ; la seconde, c'est que la tête étant le siège des appareils si nombreux de l'intelligence et des sens, la part de développement nécessaire à chacun de ces organes ne pourrait être réduite ou augmentée indéfiniment sans que tout le corps fût conpromis.

Effets des proportions relatives du crâne et de la face. — En ce qui touche la proportion de la face par rapport à celle du crâne, nous pouvons dire d'une manière générale que le développement du crâne, tant qu'il n'est pas excessif, donne à la tête un air imposant et intelli-

gent, et que plus il diminue, plus, par conséquent, l'étendue relative de la face aiigmente, et plus l'expression s'abaisse et devient vulgaire.

Les parties du crâne. — Nous avons à considérer le crâne sous cinq aspects : une partie antérieure, une partie postérieure, deux parties latérales et une partie supérieure.

Théorie crânioscopique du siège des facultés. — C'est une théorie désormais admise aujourd'hui par les anthropologistes, que les parties antérieures de la tête sont le siège de J'intelhgence; que les parties latérales et postérieures sont le siège de la sensibilité ; que les parties supérieures sont le siège de la moralité.

Objection. — On peut faire à cette théorie la même objection, insoluble selon moi, qu'à toutes les autres théories médico-psychologiques : c'est que si on sait ce qu'on dit lorsqu'on désigne telle ou telle partie du corps humain, il est impossible de savoir si l'inteHigence, la morahté et la sensibilité, sont réellement des organes particuhers de l'âme comme l'estomac et le cœur sont des organes du corps, et s'ils s'encadrent précisément dans les compartiments que la physiologie leur assigne. Je dis que la question est insoluble, à moins qu'on n'arrive à analyser scientifiquement, c'est-à-dire expérimentalement, la nature et l'organisation de ces trois prétendus éléments de l'âme : et c'est ce qui me semble impossible.

Néanmoins, sous le bénéfice de cette réserve, on peut donner comme acquis en fait que, au point de vue de la physionomie, cette théorie correspond assez bien au résultat des faits qu'on peut observer.

Expression des parties du crâne. — Le développement antérieur de la tête, dont le front fournit la plus grande masse, est reconnu par tout le monde comme un des signes les plus assurés de l'intelligence ; l'élévation du sommetde la tête donne une expression de majesté tellement sensible, que, chez tous les peuples et dans tous les temps, les hommes ont employé des coiffures élevées comme insignes de l'autorité, de la sagesse, de la supériorité sous toutes les formes ; le développement latéral excessif donne au contraire à la tête un air de bassesse ; enfin l'excès des parties postérieures y imprime un aspect bestial.

Ces aspects extérieurs répondent assez bien au caractère et aux

penchants du sujet observé : dans beaucoup de cas on a pu vérifier, sur des têtes de criminels, le rapport entre certaines conformations du crâne et la nature des crimes commis par ces monstres.

Méprises des phr&nologistes. — Mais en sens contraire il est certain que des phrénolo^istes célèbres, et Gall lui-même, s'y sont trompés bien des fois : les exemples de ces méprises sont trop connus pour qu'il soit utile de les rappeler ici.

Notion acquise. — Ce qui reste de tout cela, c'est une sorte de notion de sens commun, et qui a une grande valeur : l'opinion générale est à peu près d'accord pour reconnaître à ces variations des parties du crâne la signification que nous avons indiquée, et toutes les fois que des artistes, des poètes, des romanciers, ont à caractériser un personnage dans le sens de la moralité, de l'intelligence ou de la sensibilité, ils le font conformément à cette donnée. Il faut donc admettre qu'elle est fondée jusqu'à un certain point.

Pondération des parties du crâne. — La règle de pondération que nous avons proposée en ce qui concerne le volume respectif du crâne et de la face semble encore vraie quant au volume respectif des parties du crâne : ce qu'une partie gagne, une autre le perd. La raison est ici la même : si, par exemple, à un occiput énorme répondait un front énorme, le crâne serait monstrueux.

Proportions idéales du crâne. — Pour nous résumer en ce qui concerne le crâne, rappelons ici un principe qui domine la physionomie comme il domine toute l'organisation animale en général : c'est que, au-dessus de tous ces indices qu'on peut légitimement considérer comme attachés à certaines formes et à certaines proportions, il y a un indice encore bien plus sûr du parfait développement des facultés de l'homme ; et cet indice, c'est précisément l'absence de prédominance aucune. Un crâne où l'on trouverait toutes les parties également développées, voilà le crâne idéal, absolument comme, dans la figure humaine, l'idéal de la beauté, et par conséquent de la physionomie, serait un corps et un visage où pas un trait ne s'écarterait de cette proportion parfaite qui est l'harmonie même de la nature, parce qu'elle donne à chaque trait de l'ensemble toute sa valeur. Et cette proportion est aussi la règle suprême de l'art.

Les tempes. — Il n'y a pas d'observation bien intéressante à faire au sujet des tempes, au moins au point de vue de la physionomie.

Cette partie du crâne est absolument inerte et doit être considérée plutôt comme une sorte du complément du front, qu'elle amplifie et achève d'une façon plus ou moins heureuse.

Le renflement des tempes, lorsqu'il vient se joindre à d'autres in di ces analoo-ues, contribue à donner au visage un aspect de force et de dureté : des tempes déprimées, maigres, indiquent la faiblesse, la délicatesse, et rarement un esprit vigoureux : mais, somme toute, ce sont là des indices aussi fugitifs que cette partie est secondaire.

Les pommettes. — Les pommettes sont peut-être, malgré le peu d'attention qu'on y attache d'ordinaire, la partie la plus importante du visage.

D'abord, comme le front, elles sont la transition entre le crâne et la face, et de leur accent, de leur caractère, dépend l'harmonie entre ces deux parties de la tête. De plus, par la place qu'elles occupent, elles contribuent pour une grande part à l'effet des yeux, du nez et de la bouche, qui sont les parties les plus vivantes, les plus décisives, de l'ensemble physionomique .

Enfin, comme elles sont immobiles, leur fixité invariable maintient à travers les variations incessantes des autres traits une dominante caractéi'istique que rien ne peut altérer.

On peut donc considérer les pommettes comme la clef de voûte, si j'ose dire^ des constructions de la face. Leur ampleur, la fermeté de leurs plans, donnent au visage un caractère d'autant plus imposant que les parties voisines, comme l'arcade sourcilière, le nez, le maxillaire supérieur, sont forcément modelées dans le même accent.

Au point de vue de l'esthétique, qui se confond de si près avec celui de la physionomie, les proportions des pommettes ont la plus grande influence sur la beauté, et quiconque voudra se donner la très douce peine d'analyser et de méditer dans toutes ses parties la figure d'une belle femme, reconnaîtra combien il est vrai de dire que les pommettes sont le chef-heu de toute johe figure, le centre oii s'engendrent toutes les surfaces, le foyer oii viennent converger toutes les lignes.

En général, et à part les cas d'excès, le développement des pommettes indique l'énergie morale aussi bien que la force physique, et se trouve le plus souvent chez des personnes plus positives et vivaces qu'idéahstes ou langoureuses.

Les indications sont contraires lorsque cette partie est peu saillante, que le modelé en est indécis ou irréguiier : dans ce cas on peut tirer à peu près les mêmes conclusions que des mêmes caraclères observés sur le front. Les gens faibles, les mystiques, les ascétiques, les sectaires, en un mot les hommes en qui la pensée reflue constamment à l'intérieur ou s'envole hors du monde réel, sont remarquables par le peu de développement de leurs pommettes.

Les artistes de tous les temps n'ont jamais manqué d'observer, dans le choix de leurs types, cette loi pliysionomique, et après les innombrables dissertations oii les critiques ont essayé de caractériser l'œuvre des divers peintres, il serait vrai peut-être d'ajouter, que, rien qu'aux pommettes, on peut reconnaître l'auteur d'une figure.

Les mâchoires. — Quoique la partie inférieure en soit mécaniquement mobile, les mâchoires doivent être plutôt classées parmi les parties fixes du visage, parce que, comme les pommettes, elles marquent les saillies osseuses et concourent avec elles à donner ce caractère sohde qui demeure invariable et permanent à travers les transformations des parties mobiles de la face.

Les mâchoires, selon qu'elles sont plus ou moins développées dans un sens ou dans l'autre, fournissent des indices correspondant à ceux qu'on peut tirer des aspects analogues des pommettes : si leur développement, l'ampleur ou la dureté de leur modelé, marquent également l'énergie physique et morale, leur exiguïté, leur délicatesse, trahissent le manque d'énergie active et, par opposition, la prédominance des facultés intellectuelles ou sentimentales.

La mâchoire inférieure. — L'attention se porte en général beaucoup plus sur ]a mâchoire inférieure, parce qu'elle seule est mobile, parce qu'elle marque le quart du contour du visage, et que ses proportions et ses formes ont une influence plus étendue sur l'effet d'ensemble, tandis que la mâchoire supérieure est engagée dans les joues et les lèvres, et n'exerce aucun mouvement.

11 est de fait que la mâchoire inférieure joue un rôle beaucoup plus apparent. Elle arrive d'ailleurs à prendre dans certains cas une importance extrême, excessive: car si, par son développement et son épaisseur, elle vient à prédominer sur les parties élevées du visage, elle en abaisse, elle en matérialise l'expression.

Elle contribue pour la plus grande part, dans ce cas, à réaliser

l'applicalion du principe que nous avons posé en commençant, à savoir que plus les parties inférieures y prédominent, plus l'expression du visage s'abaisse et se matérialise. Cela est si vrai que, pour caractériser une personne d'une épaisse et lourde incapacité, on dit : « C'est une forte mâchoire. »

La mâchoire inférieure fournit encore, et d'une façon très sûre, une indication sur la force physique du sujet : lorsque les muscles en sont très saillants, renflés en rond, cela dénote une force très grande.

Dans certaines mâchoires moins massives, les muscles, au heu d'être renflés en long, font saillie par arêtes anguleuses : c'est alors plutôt signe d'énergie morale.

Identité d' expression du mouvement et de la forme. — A ce sujet on peut faire une observation bonne à garder, car elle s'applique à toutes les interprétations physionomiques : c'est que le mouvement, l'accent, qui dans chaque trait expriment à nos yeux tel ou tel sentiment, tel ou tel penchant, sont identiquement les mêmes, soit que le trait soit naturellement ainsi construit, soit qu'il prenne ce mouvement et cet accent sous l'influence passagère du moment. Il résulte donc de cela que, pour le dédain, par exemple, tous les hommes qui voudront exprimer ce sentiment seront obligés de donner à leurs lèvres l'accent et le mouvement que la nature a donnés à son ouvrage lorsqu'elle a modelé les lèvres du dédaigneux.

Eh bien, nous pouvons appliquer cette observation au sujet de la mâchoire inférieure. Lorsque, sous l'influence d'une émotion violente, l'homme veut cependant se contenir, il serre la mâchoire : au milieu du calme affecté de tout le reste du visage, le frémissement des muscles maxillaires produit un grand effet, et d'autant plus grand qu'on y voit, plus clairement qu'on ne saurait dire, s'y concentrer tout l'effort d'une âme prête à éclater.

La mâchoire supérieure. — En ce qui touche la mâchoire supérieure, il faut observer que, si en effet elle est absorbée, à partir des canines, par les masses des joues, toute sa partie antérieure entre les canines détermine le degré plus ou moins grand de saillie, et aussi de hauteur, de la lèvre supérieure. Sans anticiper ici sur ce que nous aurons à dire plus loin au sujet de la proportion des lèvres, notons du moins que la mâchoire supérieure contribue indirectement à faire varier cette proportion.

Prognathisme . — ^Mais ce n'est pas tout, et dans le prognathisme, c'est-à-dire quand les mâchoires, fortement projetées en avant, poussent au dehors les deats, ce n'est pas seulement la forme de la bouche qui est modifiée par l'avancement des lèvres, mais les dents sont mises à nu ; souvent même, au plus léger mouvement, au moindre sourire^, les gencives se découvrent, et la mâchoire supérieure entre ainsi en scène pour mêler à l'expression générale une note commune et grossière qui souvent dépare des visages d'ailleurs agréables. Ce défaut, heureusement, peut être facilement réparé par une légère opération qu'on fait sous la lèvre supérieure.

Les dents. — Les dents, malgré leur nature presque minérale qui en fait en apparence des corps étrangers implantés dans un organisme vivant, jouent cependant un rôle considérable dans la physionomie.

Je ne perds pas de vue que, par un bénéfice dont je ne sais trop s'il faut se réjouir ou s'affliger, ces osselets partagent avec les cheveux le privilège de pouvoir être artificiellement imités, et que dans ce cas leur signification perd singulièrement de sa créance ; mais à, part cette objection, l'importance physionomique des dents n'est pas discutable.

Belles dents ^ vilaines dents. — Des dents blanches et bien rangées donnent à tout le visage un air de fête; des dents jaunes, branlantes, délabrées, éparses en désordre sur des gencives malsaines, jettent dans l'âme des pensées navrantes de décadence et de dévastation, et l'observateur ne peut s'empêcher de trouver un reflet de ces tristes impressions sur le visage affligé d'un tel désastre.

Ajoutez à cela que, sauf exception, les gens mal dentés, mâchant insuffisamment, digèrent mal, qu'au contraire les belles dents sont un gage presque assuré de digestion admirable, et voilà déjà une raison pour que les mauvaises dents coïncident toujours avec le caractère triste et contraint que la dyspepsie inflige à ses victimes, tandis qu'une belle dentition assure à ses élus une bonne humeur toujours épanouie.

Influence des dents sur le rire. — - 11 faut de plus noter, et ceci est d'observation, que, par l'effet d'une faiblesse bien excusable, un rien suffit pour faire rire à gorge déployée une personne qui se sait de belles dents, tandis qu'il faut des événements extraordinaires pour

faire ouvrir les bouches mal meublées, et encore a-t-on grand soin cle serrer les lèpres, comme lorsque, tout en étant obligé cFouvrir la fenêtre, on se cache derrière le rideau.

Les grandes dents. — Quoi qu'il en soit, les grandes dents réveillent d'une façon assez marquée des idées de correction, de régularité ; elles donnent l'air respectable ; loin d'exciter aucun sentiment profane, elles semblent porter l'âme vers les régions calmes où se plaisent les natures consciencieuses. Elles conviennent aux personnages graves et donnent un air de solennité à l'accomplissement des grands devoirs de la vie. Les dents longues sont caractéristiques de la race anglaise, qui est honnête, positive, énergique, et peu sentimentale.

Les petites dents. — De petites dents, bien égales, bien serrées, indiquent en général, d'abord une bonne santé, mais aussi des penchants vers la sensualité. Soit qu'ehes favorisent la gourmandise, soit que les gourmands en profitent par leur faute, il est certain qu'ils sont d'ordinaire supérieurement outillés sous ce rapport ; on est porté à faire souvent ce qu'on fait facilement et avec plaisir, et voilà, sans plus insister sur cette question de responsabilité, comment les gastronomes sont amenés à faire, le plus souvent qu'ils peuvent, la meilleure chère possible.

Certains savants prétendent, dit-on, que des dents blanches, fines et serrées, indiquent chez la femme un développement extrême, ils vont, m'a-t-on assuré, jusqu'à dire : excessif, de la sensibilité sympathique. Mais je ne suis pas en mesure de contrôler leur opinion, n'ayant pas lu leurs ouvrages.

Grincement de dents. — Dans certains états de rage ou de colère, le grincement des dents vient ajouter à l'expression générale des autres traits une note d'une énergie terrible. D'autres fois elles se montrent à découvert et donnent au visage un air de férocité d'autant plus saisissant que ce mouvement est familier aux animaux irrités ou affamés. C'est pour cela qu'on dit : « montrer les dents ».

L'oreille. — L'oreille, si mobile et si expressive chez les quadrupèdes, semble réduite chez l'homme à un rôle purement passif. Quelques-uns prétendent que chez l'homme primitif, le pavillon, au lieu d'être comme chez nous appliqué parallèlement à la paroi du crâne, s'en écartait et faisait saillie.

Certains peuples, particulièrement de race mongohque ou malaise,

ont les oreilles ainsi plantées. Chez les personnes de notre race oii on la rencontre, cette disposition anormale donne au visage un aspect inaccoutumé dont l'effet est par cela même assez difficile à déterminer, mais qui, somme toute^ n'est pas favorable et se résume en une impression de sauvagerie, de bestialité.

Les oreilles, n'étant guère qu'un cartilage inerte couvert de peau, n'ont pas d'expression par elles-mêmes. De face on n'en voit que l'épaisseiu^, de sorte qu'elles font fort peu d'effet.

Quand au contraire on considère la tête de profil^ on les voit de face, et leur dimension, l'élégance ou la grossièreté de leurs contours, leur donnent une grande importance dans l'ensemble.

Des oreilles trop grandes, rouges, épaisses, sont considérées comme un indice de lourdeur intellectuelle ; fines, délicates, bien dessinées, comme annonçant un esprit défié. Je ne trouve pas l'observation bien justifiée par les faits: il y a des gens très spirituels qui ont des oreilles énormes, et d'autres très sots qui les ont toutes petites. Ce qui est vrai, c'est que la petitesse des oreilles, comme celle des mains et des pieds, a toujours été tenue pour un signe de race, parce qu'en effet elle donne au visage de la distinction.

Inertie de ToreUle. — Au surplus on ne voit guère comment l'intelligence ou le sentiment pourrait influer sur la forme des oreilles. Sans doute elles sont, comme les yeux, le nez, la bouche et la main, un organe des sens, mais un organe inerte. Si elles ont, dans la surprise ou dans l'attention, un léger mouvement d'élévation, c'est un déplacement presque imperceptible, qui n'ajoute rien à l'expression, et qui fait que nous devons les classer parmi les traits fixes du visage. L'oreille n'est en somme qu'un cornet acoustique ouvert jour et nuit, et qui ne peut rien par lui-même pour entendre plus ou moins bien, tandis que les yeux, le nez, la bouche et la main, sont toujours en mouvement, toujours en quête, et ne cessent d'exécuter toute espèce de manœuvres afin d'assurer l'exactitude des sensations qu'ils sont chargés de recueillir.

Position de ïoreille. — Il faut observer cependant que, malgré leur insignifiance propre, les oreilles peuvent, selon leur position, contribuer à l'accent de la physionomie. Lorsqu'elles sont posées très bas, elles complètent l'expression d'un visage oti les traits sont inclinés du centre au dehors, et qui marque peu d'intelligence et d'ac-

tivité : si elles sont posées très haut, elles ajoutent à la vivacité de la physionomie et coïncident presque toujours avec des traits relevés du centre au dehors, ce qui est un signe d'esprit et de gaîté.

Le front. — Un front large ou élevé annonce la largeur ou l'élévation de l'intelligence : un front bas ou étroit donne des indications contraires: voilà la formule générale de l'expression de cette partie.

Mais ici, comme dans tous les traits, cette expression n'est pas uniquement une affaire de quantité : le plus ou moins de saillie des surfaces, la douceur ou la dureté des contours et des angles, la proportion ou la disproportion des détails, et enfin, ce qui est d'ailleurs apphcable à tous les traits en général, l'aspect de la peau et le rapport avec les parties avoisinantes, sont autant de causes qui viennent modifier l'expression.

Un front un peu bas, surtout s'il est large, blanc, uni, donne à ton le visage un aspect de calme et de sérénité ; et si, comme il arrive presque toujours dans ce cas, le dessus de tête est en même temps haut et bien développé, l'ensemble de la tête prend une très belle expression.

Coiffure. — Ce développement des parties supérieures a encore un autre effet dont la mode et la coquetterie n'ont pas manqué de tirer avantage ; c'est qu'en donnant beaucoup de valeur aux parties supérieures, il fait paraître plus fins et moins importants les traits inférieurs du visage. Or ces traits, surtout la bouche et le menton, étant ceux qui laissent le plus souvent à désirer, il en résulte que les coiffures tombant sur le front embellissent presque tous ceux qui les adoptent, et voilà pourquoi elles ont tant de succès.

Formes du front. — La forme du front, la direction de ses plans, l'accent de ses courbes, sont déterminés par le type général de la tête. Selon que les traits sont droits, saillants, délicats, grossiers, ronds ou aquihns, le front se modèle dans le même sens. Nous nous bornerons à indiquer les principaux effets d'expression résultant de ces diversités.

Arcades sourciller es. — Lorsque les arcades sourcilières sont saillantes et épaisses, surtout vers le milieu du front ; que l'angle extérieur de cette arcade est fortement marqué, et qu'en même temps les deux bosses du front se dessinent vigoureusement, le front exprime l'énergie, la volonté, la persévérance. Cette expression est presque toujours

confirmée par l'épaisseur des sourcils ; la saillie des arcades donne de la profondeur à l'orbite et, par suite, du feu au regard. La profondeur de l'orbite, à son tour, amène la saillie du nez, qui est presque toujours accompagnée de celle da menton. Et comme, d'autre part, le développement des pommettes est presque toujours égal à la distance entre les deux angles inférieurs du front, on voit combien l'expression de celte partie est liée à celle de l'ensemble.

Des inductions contraires doivent être tirées lorsque lé modelé du front mauque de saillie ; on voit d'ailleurs alors tous les autres traits s'effacer.

Béformatioiu du front. — Quoi qu'il en soit le front développé est un indice considérable d'intelligence. Mais comme pour tous les traits, c'est à condition qu'il soit régulièrement construit, c'està-dire qu'il ne s'écarte pas de cette moyenne de direction, de rectitude, de courbure, de saillie et même de dimension, qui fait à première vue distinguer un trait normal d'une difformité.

Quelque haut ou large qu'il puisse être, le front cessera d'indiquer l'intelligence s'il est bombé ou creux outre mesure, s'il est bourrelé de bosses ou défoncé par des dépressions irrégulières, et l'excès de son développement pourra coïncider avec un abaissement intellectuel indéfini, car on voit des idiots dont le front est d'une grosseur monstrueuse.

Le front dans V antique. — Si l'on s'en rapporte à l'antique, le front, normalement, devrait être perpendiculaire. Je crois, au moins d'après les observations que chacun de nous peut faire sur le vivant, qu'il serait plus exact de dire qu'il est presque toujours plus ou moins incliné en arrière, rarement en avant. Sans doute l'antique nous présente toujours des fronts perpendiculaires, mais les sculpteurs de ce temps ont pris leurs modèles dans la race grecque, et à moins d'accepter ce type comme un canon absolu pour toute l'humanité, ce qui est difficile, il faut bien tenir compte de l'observation pour établir la moyenne vraie.

Front perpendiculaire. — Quoi qu'il en soit, il y a des fronts perpendiculaires. Ils appartiennent généralement au type brachycéphale, et concourent, par leur accord avec les autres signes propres à ce type, à une expression de calme dans la sensibilité et de solidité dans rintelligence.

Front incliné. — L'inclinaison en arrière, en allégeant et en dégageant le haut du visage, lui donne de la vivacité. Elle le met en. valeur par une autre raison, c'est qu'il se trouve par-là plus éclairé. D'ailleurs cette disposition coïncide presque toujours avec des sourcils, des yeux, des coins de bouche, relevés à droite et à gauche, disposition qui dénote généralement beaucoup d'esprit et d'inteUigence . On peut donc dire que le front légèrement inchné en arrière est un signe de supériorité intellectuelle.

Mais c'est à condition, comme toujours, qu'il n'y ait pas excès, sans quoi on se trouve en présence d'un front fuyant dont la direction aplatit et repousse en arrière la masse cérébrale, et qui est au contraire l'indice d'un abaissement pouvant descendre, dans certains types, jusqu'à la férocité bestiale, comme chez Robespierre, par exemple.

En sens contraire, un front légèrement inchné en avant marque d'une manière très imposante la grandeur et la puissance de l'âme. La lumière le frappant moins directement, il est moins éclairé et prend un voile de pénombre. Les anciens ont appliqué cette observation dans leur type de Jupiter, oii le front surplombe en avant d'une manière frappante.

Chez les simples mortels qu'il m'a été donné de coudoyer, cette disposition du front m'a toujours paru caractériser plutôt l'orgueil qu'une grande supériorité intellectuelle : je l'ai observée surtout chez certains orateurs boursouflés et vides, chez des poètes incompris et incompréhensibles, et je dois dire que dans tous les personnages auxquels je pense en ce moment, cette variété d'orgueil avait un caractère particulièrement irritant d'insolence et de mauvaise humeur, et qu'il s'accompagnait, dans la plupart des cas, de faiblesse intellectuelle et d'insuffisance du sens moral.

Irrégularités du front. — L'étranglement, l'aplatissement, de la partie supérieure du front, sa dépression latérale trop accentuée, indiquent en général la faiblesse, l'incohérence, la bizarrerie des idées ; ces irrégularités, toutes les fois qu'elles ont pour effet de troubler la pondération et la suite des plans et des surfaces du front, correspondent presque toujours à des irrégularités intérieures.

Peau du front. — L'état de la peau du front donne heu à des observations analogues. Indépendamment des différences que son modelé

présente, il y a dans la peau, dans les muscles et jusque dans les veines, de cette partie, des diversités qui donnent au front et, par suite, au visage, une expression très différente.

Sa peau fine, claire, unie, étendue sans tension ni tiraillement, est un indice de calme et d'ordre dans la pensée. Si cette peau est épaisse, rugueuse, rouge, froncée par bourrelets, le front prend une expression tumultueuse et agitée qui indique des habitudes de vivacité ou de violence.

Front de linsolent. — Dans la face de l'insolent^ qui est généralement tendue et rouge, le front semble le siège particulier du diagnostic, et le langage usuel l'atteste : on dit de l'audacieux ou de l'impudent qu' « il a du front » ; pom^ dépeindre un orgueilleux à l'air insultant, on dit qu'il a « le front huilé »;, parce que la peau de son front reluit comme si elle était couverte d'huile.

Rides, du front. — Les rides du front ont la plus grande importance, et rien que leur diversité infinie suffirait à le démontrer, quand on songe que chacune est un véritable graphique d'autant d'impressions et de sentiments différents, et que ces signes éloquents ne sont séparés que par une mince paroi du cerveau qui, on peut le dire, les a tracés.

Pour ma part je me suis demandé bien souvent pourquoi, au lieu de consulter les rides de la main, on n'avait pas songé plutôt à consulter celles du front : je crois que là, au lieu des hiéroglyphes fantastiques qu'on croit débrouiller dans les plis d'une main, on lirait à livre ouvert des inscriptions aussi claires que la pensée dont elles sont la trace. Les vices ont leur stigmate, la douleur a son burin, dont les signes ne trompent pas.

Quoi qu'il en soit, les rides du front, en tenant compte, bien entendu, des conditions du tempérament et des effets de l'âge, sont tout d'abord une marque d'activité intellectuelle ou sentimentale.

Elles manquent presque absolument chez les peuples primitifs ; elles manquent souvent aussi chez les personnes vouées à une vie calme ou contemplative.

Les femmes ont généralement le front moins ridé que les hommes, et cela à proportion que leur vie est plus calme : on peut le remarquer chez les rehgieuses et les vieilles filles, oii ce signe concorde souvent avec un teint clair et reposé.

Les rides les plus significatives du front sont les lignes verticales entre les sourcils, et les rides horizontales au-dessus des sourcils.

Rides verticales. — Les premières, qui sont le résultat d'un froncement fréquent des sourcils, indiquent, si elles sont fines, l'attention habituelle, une légère ironie, parfois une vue un peu courte ; elles sont alors accompagnées d'un plissement de la paupière inférieure, parce que, dans ces cas, l'homme est porté à cligner légèrement des yeux.

Si les rides, au contraire, sont profondes, déterminant entre elles un renflement considérable, et que les paupières inférieures ne soient pas ridées, ce qui indique que le sujet fronce les sourcils sans cligner des yeux, c'est marque d'énergie dans la volonté, signe d'une pensée dominante, d'une idée fixe ; témoignage d'un sentiment profond, pénible ; trace ineffaçable de quelque grande douleur.

L'expression devient plus saisissante et tourne à la brutalité lorsque la ride est réduite à un seul sillon durement tranché entre les deux masses sourcilières. Elle indique alors plutôt une disposition fixe et intime qu'une trace de sentiments ou de pensées laissées par des événements extérieurs.

Les veines frontales. — La grosseur des veines frontales, presque toujours accompagnée de leur gonflement subit à la moindre émotion, donne au front un aspect de force aveugle et peu intelligente, surtout si la peau est épaisse, le teint violemment coloré : sur certains fronts osseux bien développés, aux plans savants, à teinte de vieil ivoire, quelques veines ardoisées courant sous une peau sèche et mate ajoutent singulièrement, au contraire, à l'air d'intelhgence du front.

Rides horizontales. — La peau du front, il faut y bien prendre garde, est soumise à deux sortes de traction : l'une, de haut en bas, dans le froncement des sourcils ; l'autre, de bas en haut, quand les sourcils se relèvent. Sans doute la profondeur des rides est en raison composée de ce double tiraillement, le pli occasionné par de fréquents abaissements se creusant encore à mesure que des relèvements se renouvellent : mais avec un peu d'attention on n'aura pas de peine à constater que la disposition et la profondeur des rides ne sont pas les mêmes dans tous les cas.

Lorsque les mouvements d'abaissement sont fréquents, les mouvements d'élévation sont rares et réciproquement, puisque chacun de

ces mouvements caractérise des habitudes d'esprit différentes ; de plus, chez les personnes qui froncent souvent les sourcils, ce froncement est toujours momentané, et la traction ne s'exerce que sur le bas de la peau du front : il en résulte que les rides se tracent immédiatement au-dessus des sourcils et laissent le haut du front uni : elles sont plus fines. Lorsqu'au contraire on relève habituellement les sourcils, la peau du front est refoulée dans toute sa hauteur, et il se fait plusieurs rangs de rides plus profondes.

Or l'élévation momentanée des sourcils, qui en général exprime des sensations vives, des idées subites comme la surprise, la terreur, une douleur violente, devient chez certains sujets une disposition habituelle, et alors, même lorsque la peau du front est au repos, les rides formées par suite de cette habitude ne doivent pas être confondues avec les rides du froncement de sourcils. Elles ont, comme on voit, des causes mécaniques opposées ; elles donnent aussi des signes bien différents.

Signe de la bêtise. — La vanité, la sottise, la naïveté poussée jusqu'à la bêtise, se traduisent sans doute parfois par une espèce de froncement de sourcils bien connu, mais l'épanouissement excessif de la face et, par suite, l'élévation des sourcils, sont tellement reconnus pour le signe classique de la bêtise, que tout le monde, quand on veut la représenter, épanouit sa bouche, écarquille les yeux et relève les sourcils.

Explication. — Tout cet ensemble de mouvements s'explique de la manière la plus précise. La tête est le siège des sens ; c'est par leurs appareils qu'elle perçoit les impressions extérieures : le cerveau sentil une difficulté à percevoir ces impressions, instinctivement il cherche à ouvrir plus grandes ses communications avec l'extérieur.

Chez les fous, l'élévation des som^cds devient un signe de la plus grande importance. Ce mouvement arrive alors à se fixer en un retroussement violent de toute la peau, qui forme plusieurs rangs de bourrelets ; cela contribue, avec l'état des autres traits, à donner au fou cet air de défi qui domine dans toute sa physionomie.

L'explication que nous venons de donner s'applique ici avec plus de probabilité encore : le cerveau du fou, bouleversé de fond en comble par le désordre de ses sensations et de son intelligence, fait effort sur les instruments des sens pour saisir l'idée qui lui échappe.

j^Q LA PHYSIONOMIE COMPARÉE

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