LE VÉGÉTAL
tige et le plus ou moins de consistance de son feuillage, chaque plante forme un instrument d'une sonorité différente, ce qui produit pour chacune, on peut le dire, un timbre particulier de résonnance ; et quelle que soit son espèce, l' intensité du son produit par le passage de Fair change selon que le vent est plus ou moins fort. De là deux éléments de variation dans la force et dans la qualité des bruits, et qui se traduisent par des nuances presque musicales, car on y peut saisir assez souvent des traits chromaliques nettement dessinés. Le souffle des grands vents dans les arbres, la nuit ou par un jour de tempête, agite et trouble l'âme comme feraient les grondements de quelque grand être en fureur ; le bruissement des feuilles sous la caresse d'une brise légère nous donne un sentiment de douceur et de sécurité ; c'est une sorte de chant qui atteste le mouvement et la vie autour de nous: au contraire quand nous entendons les branches sèches siffler et craquer sous la bise glacée de l'hiver, nous frissonnons, et des idées sinistres s'emparent de notre imagination. Sans doute on ne saurait méconnaître que l'effet expressif ne soit confirmé, et parfois même surpassé^ par les signes qui, dans ces moments de trouble, éclatent sur toute la scène de la nature; mais loin d'ôter sa valeur à un signe particuher comme ici le bruit des arbres, cette observation y en donne davantage, parce que rien n'est isolé dans les lois de l'expression : plus il y a d'éléments qui se réunissent pour la produire, plus elle est assurée et mieux elle se démontre.
On peut donc, sans crainte de verser dans la fantaisie, dire que la plante a une voix, parce qu'elle rend des sons particuliers selon son espèce et différents selon la cause qui les produit.
La beauté dans les végétaux. — Les conditions qui président à la beauté de l'homme et de l'animal règlent aussi celle du végétal : elles se résument de même dans l'ordre et dans la convenance des parties. C'est la régularité et la juste proportion des formes, c'est la prépondérance modérée des qualités spécifiques, c'est la perfection des détails, c'est enfin l'unité de l'ensemble marquant clairement et vivement sa nature vraie, qui donnent à la plante comme à tous les êtres, même inaniméS;, le charme de la
Jjeauté. La puissance ou la délicatesse des formes, l'éclat et la \'ariété des couleurs, le parti pris du caractère ou l'heureux mélange des contrastes, viennent encore diversifier la beauté des végétaux. La plante a, d'ailleurs, comme tous les autres êtres de la nature, ses différents genres de beauté selon son espèce, et c'est encore le principe de la convenance qui fait accorder les traits avec les qualités qu'elles doivent annoncer, donnant au chêne des branches vigoureuses et un feuillage sombre, au saule des rameaux flexibles et des feuilles pâles, au roseau sa tige frêle, au hêtre son bois ferme, son port élancé.
Pour la plupart des arbres de nos chmats, l'année représente le cours entier de la vie, et depuis l'éclosion du bourgeon jusqu'à la chute des feuilles, nous les voyons passer par l'enfance, la jeunesse, la maturité, la vieillesse et la mort. A chacune de ces périodes, l'arbre nous offre les aspects correspondants de notre propre vie. Les feuilles naissantes, oii nous pouvons voir l'ébauche de ce que sera la feuille, ont quelque chose d'inachevé qui nous rappelle l'enfant; l'arbre qui en est couvert est d'une couleur tendre et la forme qu'il doit avoir est à peine indiquée. C'est au fort de l'été, un peu avant la sève d'août, que l'arbre a pris tout son développement et qu'il est en pleine virilité, si on peut dire. Quoiqu'on veuillent prétendre certains amateurs de feuilles mortes, c'est là que l'arbre est le plus beau; c'est laque, sous l'imposante uniformité de sa verdure, il fait mieux voir le modelé de ses masses et qu'il déploie sa puissance et sa vie dans toute leur majesté. Sans doute les colorations que l'automne amène dans le feuillage ont beaucoup de finesse et de variété et sont d'autant plus agréables à quelques paysagistes qu'elles sont beaucoup plus faciles à peindre et plus séduisantes aux yeux des amateurs ; mais si l'on veut se tenir aux inspirations vraies de la nature, on reconnaîtra que les feuillages d'automne étant un effet et un signe de la décadence et de la vieillesse des feuilles, ils sont inférieurs en expression à ceux des feuillages d'été tout juste autant qu'un vieillard est inférieur en beauté à un jeune homme.
Arbustes et fleurs. — Les observations que nous avons présentées jusqu'ici portent principalement sur les arbres. Malgré