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fèrent pas au fond de celles que les autres végétaux peuvent nous inspirer ; mais les tlenrs sont plus près de nous, nous les voyons à chaque pas dans nos jardins, nous les détachons de leur tige pour les admirer et pour en embellir nos demeures, nous les rassemblons en bouquets ou en guirlandes pour exprimer nos plus doux sentiments ou pour célébrer nos fêtes, et c'est ce qui explique comment, au lieu de s'en tenir au sentiment de leur beauté naturelle, qui suffit à les faire admirer, l'homme a été porté à leur donner comme une part de son âme.
Ce serait une entreprise inexécutable et sans espérance que de prétendre analyser toutes les espèces de fleurs pour en dégager l'expression : les signes que nous y pouvons trouver sont, nous le répétons, trop généraux et trop vagues pour comporter des nuances comparables à celles que présentent les animaux supérieurs et même les grands végétaux dont nous avons parlé précédemment, îl faut s'en tenir à la considération des principales formes que peut prendre la corolle, à la douceur, à l'éclat des couleurs, au port et au groupement. Il nous paraît suffisant, pour donner une idée de ces divers caractères d'expression, de les observer sur quelques fleurs prises comme exemple, dans difîérents types.
La marguerite . — La marguerite des prés est composée de pétales blancs et longs, disposés en rayons autour d'un cœur jaune d'or. Cette fleur, ainsi que toutes celles dont la forme est analogue, nous donne une impression agréable et douce parce que sa figure est nette, parce que la disposition de ses parties est égale et régulière. Le blanc de ses pétales et le jaune d'or de son cœur sont deux couleurs claires oi^i le jaune, marquant plus vivement le centre de la figure circulaire, semble concentrer les rayons blancs des pétales. De plus, élevée sur une tige longue et sans feuiflage, la marguerite s'isole bien du corps de la plante, et, se balançant librement dans l'air, s'éclaire et se détache avec beaucoup de vivacité parmi les gazons ou les autres plantes qui 1,'entourent.
Cette figure circulaire et la disposition rayonnante des pétales semblent avoir été l'objet d'une sorte de prédilection de la nature, car le plan s'en retrouve dans un nombre tellement immense de
fleurs, que les autres formes pourraient presque paraître des dérogations ou des exceptions. Le rayonnement des pétales, prenant un centre commun dans ce cœur qui est le foyer de la fécondation, figure et exprime l'irradiation de la vie dans toutes les directions de l'espace ; il étale avec le plus de développement possible la surface de la fleur et la rend beaucoup plus apparente, beaucoup plus facile à reconnaître, qu'une fleur qui, avec une surface égale, serait formée autrement. Malgré la diversité de couleurs et de proportions du cœur et des pétales des fleurs rayonnées, toutes conservent cette propriété fondamentale qui résulte de leur plan, et qui est d'être régulières et nettement apparentes.
La rose. — Dans les fleurs à corolles touffues^ comme la rose ou le camellia, les effets résultent surtout de la couleur et de la consistance des pétales, et aussi de leur plus ou moins de grandeur. Ce sont les qualités de lumière et de matière, plutôt que de dessin et de forme, qui donnent alors à la fleur son caractère particulier. Les innombrables variétés de la rose pourraient à elles seules nous fournir la gamme presque complète de ces nuances d'expression, depuis la simplicité presque rustique de l'églantier jusqu'à la mignardise de la rose-pompon, depuis la morbidesse fiévreuse de la rose-thé jusqu'aux débordements voluptueux de la rose à cent feuilles. Pour être vagues et confuses, les sensations que nous éprouvons devant ces objets naturels et d'autres semblables n'en sont pas moins vives et profondes, s'il est vrai qu'un sentiment puisse encore avoir pour nous quelque douceur bien qu'il soit inexprimable.
La rose trémière. — Dans la rose trémière c'est le port de la tige, c'est la distribution des fleurs, qui donnent le caractère. La tige est élevée et ferme, elle s'élance verticalement d'un seul jet, garnie de fleurs espacées par groupes, et sa base, largement fournie de grandes feuilles, contribue encore à faire pyramider l'ensemble. Il y a là une composition naturelle en élévation et en hardiesse qui n'est pas sans rapport avec certaines règles qu'on applique en architecture pour obtenir un effet de ce genre. Les qualités de modelé et de couleur de la tige, du feuillage et des fleurs, viennent d'ailleurs joindre leurs expressions particu-
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lières à celles de l'ensemble, et c'est ainsi que la rose trémière prend l'air de grandeur et de triomphe qui fait de cette plante un des plus beaux ornements de nos jardins.
Le muguet. — Dans les fleurs en. grappe comme le muguet, la suspension et la mobilité, jointes à l'espacement libre qui sépare chaque fleur, donnent à l'ensemble une expression de délicatesse et de légèreté qui résulte de la nature, puisque le signe expressif est dans la qualité même de ces fleurs délicates suspendues par un fîl à une tige frêle et flexible. C'est encore ici un effet littéral produit par les mêmes moyens que ceux qui donnent l'expression chez l'homme et chez les animaux. Nous pourrions, avec quelques variantes quant à la forme et à la couleur, appHquer les mêmes observations aux autres fleurs en grappe telles que le fuchsia, le faux ébénier.
Nous pensons en avoir dit assez pour faire voir comment les principes de l'expression naturelle peuvent s'appliquer aux fleurs d'après les mêmes signes que ceux qui, dans d'autres êtres, nous ont servi à en caractériser la physionomie; nous ne pousserons pas plus loin cette démonstration, laissant au lecteur à en renouveler l'épreuve sur les mille variétés de fleurs que chacun peut avoir l'occasion d'examiner.
Souffrance. — Bien que la sensibilité, et à plus forte raison la douleur, paraissent manquer au végétal, les causes de maladie ou de mort qui menacent tous les êtres vivants s'attaquent à lui et le font languir ou périr. Quels que soient les mystères qui se cachent sous son écorce, l'arbre ou la plante que nous voyons dépérir ou succomber n'en présente pas moins à nos yeux des signes de maladie et de souffrance que nous pouvons comparer, dans la proportion que comporte l'analogie, avec ceux qui paraissent aux animaux et à nous-mêmes. Le feuillage qui pâlit ou qui se dessèche nous rappelle la pâleur de l'homme souffrant ; les lichens et les mousses qui envahissent l'écorce ressemblent aux parasites dont les animaux malades sont accablés ; la lenteur de la croissance, la déformation du bois, la chute de Técorce, ont des rapports d'analogie avec les signes du rachitisme dans les espèces animales. Sans que nous puissions savoir s'il n'existe pas réellement une souffrance pour le végétal ainsi affecté,
pour nous il souffre, son aspect fait naître en nous l'idée de souffrance, et nous l'exprimons par les mêmes mots dont nous nous servons pour exprimer la douleur de l'homme ou de l'animal. Cette observation devait trouver sa place ici pour compléter l'analyse des propriétés expressives des végétaux.
C'est sous l'influence du même sentiment que certains arbres peuvent produire sur nous une impression de tristesse^ d'épouvante, et prendre à nos yeux les proportions et presque la figure d'acteurs animés, lorsque nous les voyons dressés au milieu de quelqu'une de ces scènes d'horreur que la nature nous présente parfois. Dans des lieux désolés, au milieu de sites d'un aspect sinistre et sauvage, on rencontre ces arbres,les uns à demi déracinés par une tempête, les autres brisés en éclats par la foudre, ou n'ayant plus de vivant que quelques rameaux qui languissent, tandis que tout le reste de ces grands corps, dépouillé de feuillage et d'écorce, blanchit et se tord comme les os d'un squelette. Tels qu'ils nous apparaissent alors^ ces êtres ne sont pas seulement des images ou des symboles de la destruction et de la mort, ils en sont l'œuvre, on pourrait aussi bien dire les victimes, et en nous représentant la souffrance, les idées funestes qu'ils nous inspirent ne sont que l'interprétation littérale des signes de la souffrance réelle qu'ils ont éprouvée et qui les a mis en cet état. On peut donc dire qu'il y a des arbres tragiques aussi bien qu'il y a des végétaux gracieux comme le jasmin, les hanes, le palmier, et il suffit de rappeler certains paysages de Salvator Rosa pour faire voir quelle intensité, quelle fureur d'expression, un arbre fracassé ou renversé peut ajouter à l'effet d'un paysage lugubre.
Influence du milieu. — D'ailleurs, ainsi que tous les êtres qui vivent d'air, de lumière, de chaleur, d'eau, et de substance nutritive, l'arbre se modifie, se transforme, sous les influences du miheu oîj il est attaché plus étroitement encore que les animaux, puisqu'il lui faut vivre et mourir à la place o£i il est né.
Selon que le sol, l'air, les eaux, la chaleur, lui sont favorables ou contraires, la plante prospère ou languit. Sous un ciel tempéré, sur une terre féconde, les végétaux paraissent prendre quelque chose de la douceur et de la sérénité de la uature ; dans
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les climats brûlants l'arbre et la plante semblent desséchés. Si à la chaleur de la zone torride vient se joindre l'humidité d'un terrain toujours imbibé d'eau, la vie végétale devient luxuriante, et c'est alors qu'on voit, à travers les arbres géants des forêts vierges, les lianes et les plantes parasites former d'inextricables enchevêtrements. Enfin dans les régions polaires le végétal ne fait plus que ramper et se tordre sous le froid, et nous présente l'image d'un être toujours près de succomber à la force de destruction qui le poursuit.
Dans des proportions plus modérées mais tout aussi infailhbles, les influences de miheu résultant du plus ou moins de chaleur ou d'humidité du sol, de sa nature, de son exposition, exercent sur le développement des végétaux des effets comparables à ceux que les mêmes conditions font éprouver aux animaux et aux hommes. Il n'est pas besoin de dire que l'analogie ne peut se rencontrer que dans les fonctions ou les propriétés que les plantes peuvent avoir de communes avec les animaux, et que, même dans cette mesure, la comparaison est éloignée tout juste de la distance qui sépare l'animal du végétal. Mais, sous cette réserve, il reste vrai de dire d'une manière générale que les grands agents biologiques tels que l'air, la lumière, la chaleur, l'électricité, l'eau, affectent d'une manière analogue les végétaux et les animaux, puisque les uns comme les autres sont des composés gazeux associés à une énorme quantité d'eau et vivant d'air, de lumière, d'eau, de chaleur et d'électricité. La prospérité ou la décadence de la vie, les modifications favorables ou défavorables de l'organisme et des fonctions, les variations individuelles ou générales, dont peuvent être affectés les végétaux, se marquent donc sur leur physionomie comme sur celle des animaux, et par des signes analogues.
C'est ainsi qu'un arbre rabougri n'est pas sans une certaine ressemblance avec une animal rachi tique ; que le coup de hache du bûcheron fait penser à une blessure ; que la (leur qui va mourir se flétrit et se penche aussi tristement qu'une jeune fdle touchée par le souffle de la mort.
Les végétaux languissants prennent un aspect tout particulier ; leurs couleurs et leurs formes ne sont plus les mômes, et quand
dépérissent des récoites ou des plantations entières, nous y reconnaissons aussi bien les signes visibles de la maladie que nous y avions reconnu jusque-là ceux de la santé. Les uns et les autres se rapportent aux qualités vitales qui s'annoncent par l'état des parties, et les exemples que nous venons de citer montrent dans quelle mesure on peut dire qu'en effet les influences de milieu se marquent sur les végétaux en signes analogues à ceux que ces mêmes influences exercent sur les animaux.
Ainsi, au privilège de la mort, que nous lui avons reconnu tout à l'heure, le végétal joint la faculté de souffrir, et les maux dont il est affecté pourraient presque s'appeler des douleurs puisqu'il les exprime : il nous les exprime dans la langue même oii nous exprimons les nôtres et, par la puissance de cette sympathie qui unit entre eux tous les êtres vivants, il nous les fait ressentir. Rien ne nous semble plus propre à faire voir combien sa seule qualité d'être vivant le rapproche de nous, et de quelle hauteur elle l'élève au-dessus des êtres inanimés.
Types de tendance chez les végétaux. — En étudiant la physionomie des animaux, nous avons rencontré à plusieurs reprises une observation qui nous a montré dans certains animaux une tendance à se détacher de la condition organique de leur groupe pour se faire marcheurs, sauteurs, aériens, aquatiques, terrestres, souterrains, tandis que les autres espèces du même groupe suivent sans s'en écarter le régime auquel les destinait leur plan d'organisation. Guidé par cette remarque, nous avons été conduit à reconnaître que les habitudes particuhères de locomotion, quoique rapprochant ensemble des animaux d'espèces fort éloignées, formaient néanmoins, au point de vue de la physionomie, des groupes expressifs naturels dont nous avons cru devoir tenir grand compte.
Nous retrouvons les mêmes idées dans le résine véorétal. Cerlaines plantes deviennent arborescentes, comme la fougère, par exemple, selon les conditions oii elles vivent. D'autres, comme certains rosiers poussant ordinairement au niveau du sol, peuvenir devenir grimpantes. On pourrait citer un grand nombre de transformations de ce genre, surtout sous l'influence du changement de climat. Il y a donc dans le végétal une propriété de
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déclassement analogue à celle de certains animaux. Bien que le résultat en soit de modifier la physionomie de la plante, nous n'avons pas à y insister, parce que les changements n'ont pas une grande importance.
Mais il y a plus d'intérêt à l'idée des groupes naturels qui se présentent à l'esprit quand on considère que le règne végétal, on peut le dire, a ses grimpeurs, ses sauteurs, ses oiseaux, ses reptiles, ses amphibies, ses poissons, ses parasites, aussi bien caractérisés que ceux du règne animal. C'est là, soit dit en passant, qu'on peut reconnaître combien l'idée de classification est utile et vraie lorsqu'elle répond à des collections de caractères vraiment analogues ; c'est là aussi qu'on peut voir, non sans quelque surprise peut-être, se représenter parmi les végétaux des séries semblables, une hiérarchie proportionnelle, et, si l'on veut bien nous permettre cette métaphore, des grades pareils annoncés par les mêmes insignes.
Si les convenances de la botanique n'admettent d'autres caractères de classification que ceux qui résultent de l'organisation des végétaux, pour qui, comme nous, considère la nature au point de vue de la physionomie, on ne peut se refuser à reconnaître les analogies d'apparence qui rapprochent sous nos yeux des êtres de classes plus ou moins éloignées. Ces lierres qui grimpent le long des murailles, ces hanes élancées d'un arbre à l'autre, ces orchidées suspendues dans Fair, ces plantes grasses dont la couleur et l'aspect rappellent les reptiles, les espèces qui vivent dans l'eau, celles, plus nombreuses encore, qui se nourrissent de la substance d'autres végétaux, reportent l'esprit à une idée supérieure d'analogie. Nous voyons dans toute la nature les . degrés divers de cette espèce d'essor qui pousse certains êtres à s'élever, à se délivrer de l'action de la pesanteur, tandis qu'à côté d'eux, souvent dans la même espèce, leurs compagnons de vie restent attachés à la terre ou vont se plonger dans les eaux.
Sans doute on peut dire qu'il n'y a là rien qui s'accorde avec les principes scientifiques de l'étude des végétaux, et que ce n'est qu'une vue de l'esprit: mais si, comme cela aurait dû se faire depuis longtemps, la physionomie venait à être étudiée à titre de
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science naturelle, cette vue de l'esprit, qui n'est en somme qu'une généralisation de caractères, pourrait passer au rang de principe scientifique.