CHAPITRE XVI
Quand la pensée n'est pas accompagnée par le plaisir ou par la douleur, par un sentiment ou par une émotion quelconque, elle a une mimique peu expressive et très concentrique. Cela n'empêche pourtant pas que le travail du cerveau possède une véritable mimique qui lui est propre.
La mimique intellectuelle peut, par ses mouvements divers, exprimer soit l'intensité de la pensée, soit sa nature, soit un certain moment de son activité ; ou bien elle peut accompagner par un rythme sympathique le mouvement de la substance grise qui pense. Ce sont là les diverses fonctions de la mimique intellectuelle. Il faut les étudier l'une après l'autre ; et ensuite, une fois ce travail analytique terminé, il sera possible de coordonner les matériaux recueillis, et de signaler quelques lois dans un domaine qui est un des moins explorés de la physiognomonie. On trouve chez les anciens auteurs des descriptions cabalistiques de l'homme intelligent et de l'homme stupide ; on trouve dans les physiologistes plus récents quelques bonnes études sur l'attention et la réflexion ; mais je crois qu'aucun livre ne présente une revue complète de tous les phénomènes mimiques qui accompagnent l'exercice de la pensée.
Pour se rendre compte de la rapidité avec laquelle se comblent les lacunes laissées par l'ignorance du passé, il faut comparer la planche II de l'ouvrage de Lebrun, où se trouve représentée Vattention, avec la belle monographie que Paolo Riccardi de Modène a récemment donnée du même phénomène *.