TABLEAU SYNOPTIQUE DE LA MIMIQUE DE LA PENSÉE
/ Contraction des muscles qui froncent le sourcil.
Immobilisation de l'œil.
Contractions erratiques de tous les muscles oculaires.
Immobilisation statique de tous les muscles de la face.
face j Ouverture exagérée de l'œil.
J Occlusion ou semi-occlusion de l'œil.
f Abaissement de la mâchoire inférieure. Elévation extrême d'un seul sourcil.
Convulsions partielles ou totales des muscles faciaux.
Immobilisation statique de tout le tronc.
Contraction du tronc { Catalepsie.
Convulsions partielles ou totales.
Se gratter la tôte, le front ou le nez.
Se toucher les cheveux.
Se frapper le front ou se prendre la tête à une main ou à deux mains.
Se caresser les joues ou le menton.
Se frotter fortement les yeux.
Branler la tôte.
Faire des gestes rythmiques avec les bras ou les mains.
Faire des bruits rythmiques avec les pieds ou les mains.
Remuer les jambes d'une façon incessante et rythmique.
Se fermer fortement les oreilles avec les deux mains.
Mouvements sympathiques et le plus souvent rythmiques des membres . . .
Depuis le premier moment où les cellules cérébrales on
commencé à penser, la pensée ne cesse plus jusqu'à notre dernier souffle. Elle persiste même probablement pendant le sommeili et si beaucoup de gens se figurent qu'ils ne rêvent pas, c'est seulement parce qu'il sont oublié le matin les pensées crépusculaires de la nuit. Eveillez-les subitement en appelant leur attention sur l'état de leur conscience à ce moment précis ; presque tous vous diront qu'ils rêvaient. J'ai souvent fait cette expérience sur moi-même et sur d'autres, et elle m'a toujours donné le même résultat.
Cette continuité de pensée se peint sur notre visage par une mimique légère qui demeure inaperçue précisément parce qu'elle est permanente et se confond avec les autres caractères constants qui distinguent le visage d'un homme vivant d'avec celui d'un homme mort. Une certaine vivacité des yeux, une certaine promptitude des muscles faciaux à se contracter sont les traits fondamentaux de toute figure intelligente, et quand ces traits font défaut nous disons que nous avons devant les yeux un visage stupide. Nous reviendrons sur ce sujet en traitant des critériums qui peuvent servir de guide pour apprécier la valeur intellectuelle et morale d'une figure humaine *.
1. Lavater, daus le quatrième volume de sa grande Bible phyiiognomiqne, nous a donné beaucoup de très beaux dessins de gens stupides, d'après nature ou d'après Hogarlh. Il semble incroyable;; qu'avec un petit nombre de traits de plume, qui ne couvriraient pas la surface d'un sou, on puisse montrer avec tant d'évidence l'idiotisme et la stupidité.
Suivant le célèbre physiognomoniste suisse, les caractères les plus saillants de la stupidité seraient :
a) le Iront presque absolument vertical ;
l) la longueur excessive du front ;
c) le front faisant plus ou moins saillie dans le haut ;
d) le front qui se retire brusquement en arrière et qui est bombé près des sourcils ;
e) le nez fortement recourbé au-dessous du milieu du profil ;
f) la distance exagérée entre le nez et la bouche ;
g) la lèvre inférieure molle et pendante ;
h) le relâchement ou les rides du menton et des mâchoires ;
i) des yeux très petits, dont on voit à peine le blanc, surtout quand ils accompagnent un grand nez, que la partie inférieure du visage est massive et que les yeux sont entourés de petites rides très profondes ;
k) la tête rejetée en arrière et défigurée par deux goitres, surtout quand l'un d'eux remonit y^rs la joue ;
l) un sourire oblique et affecté, dont on ne peut se défaire, et qui est devenu une habitude, peut être considéré sans hésitation comme l'indice d'une nature fausse, d'une démence caractérisée ou au moins d'une méchanceté sotte ;
m) les formes trop arrondies et trop unies donnent au visage un air de bêtise et, dans ce cas, la réalité correspond presque toujours à l'apparence ;
n) les nez camus avec lef narines trop étroites ou trop larges et les ner trop
SIÈGE DE LA MIMIQUE INTELLECTUELLE l73
La mimique intellectuelle se groupe toujours autour de la tête, qui est le siège de la pensée, et autour de l'œil, qui en est le principal instrument. Pour s'en convaincre, il sulfit de comparer la figure d'un aveugle sans yeux avec celle d'un aveugle qui a des yeux n'y voyant pas. La première parait toujours plus stupide que la seconde. Bien qu'avec la pratique on réussisse à interpréter l'expression des muscles de la bouche, qui se substitue à l'expression des yeux, une face sans 'j-eux fait peur et rappelle de trop près celle d'un cadavre.
S'il fallait limiter au moindre espace possible le champ de l'expression de la pensée, s'il fallait le réduire à son centre principal, je le renfermerais dans cet espace de quelques centimètres carrés, qui s'étend au-dessus des sourcils et entre eux : c'est précisément là que se manifestent ces rides verticales, si bien étudiées par Darwin, et qui constituent l'acte de froncer les sourcils. Ceux-ci, par la contraction des muscles sourciliaires, se rapprochent et s'abaissent tandis qu'en même temps il se forme des rides plus ou moins profondes entre les deux sourcils. Au contraire, dans la souffrance, les extrémités internes des deux sourcils se relèvent et il se forme beaucoup de rides transversales.
Le muscle qui fait froncer les sourcils a été appelé par Du-
longs disproportionnés au reste du visage supposent d'ordinaire une intelligence déprimée.
Les contorsions involontaires et les mouvements convulsifs de la bouche, la vibration des chairs, leur rigidité ou leur mollesse excessive, Taplatissement et la rotondité des contours, les traits trop ou trop peu accentués, trop de tension ou trop de relâchement, un bizarre mélange de délicatesse et de trivialité, en un mot les disproportions de tout genre sont autant d'imperfections ou de siijncs d'ii)ij)er/ectiûn ; elles sont à la fois le signe et la chose signifiée.
Bien que ce soit Lavater qui écrive, quelle incertitude de traits, que de cabale et que d'astrologie ! Il n'y a pas une ligne qui ne soit contredite ailleurs, bien que dans chaque ligne il y ait une part de vérité.
La définition de l'homme médiocre, qu'il donne plus loin, est beaucoup plus heureuse. (Tableau IV, page 1G.)
• Tout iodividu qui ne nous frappe d'aucune façon, qui ne nous attire ni ne » nous repousse, qui ne nous ennuie ni ne nous charme, qui ne se fait ni désirer i ni détester, qui n'est ni assez riohe pour donner, ni assez puissant pour » dépouiller, qui laisse tout à sa place, qui ne produit rien lui-même et n'a pas » assez d'énergie pour enlever les productions des autres, rentre dans la classa 1 nombreuse des gens médiocres. •
Certes, celui qui sait faire un pareil portrait des gens médiocres n'est pas lui • même un homme médiocre, bien qu'il ajoute : • Ces médiocrités sont absolu- » ment indispensables pour maintenir, consolider et compléter l'ordre de la » création. L'insensé seul peut les mépriser, l'impie seul et le méchant peuvent « les regarder comme inutiles... »
cliesne, le muscle de la réflexion, et bien que ses théories ne supportent pas la critique, il est pourtant yrai que le premier geste de l'attention intense et de la réflexion consiste à froncer le sourcil, et que ce mouvement a été observé chez les Australiens, chez les Cafres, chez les Malais, chez les Hindous et chez les Guaranis. Pour Darwin l'origine de ce geste caractéristique est très claire, parce qu'il rappelle les premières impressions de dégoût, et qu'il est malaisé et même douloureux d'observer ou de réfléchir pendant un certain temps. Il peut aussi, suivant lui, y avoir là un phénomène d'atavisme, un legs du temps reculé où il fallait regarder au loin pour apercevoir sa proie ou pour se mettre en garde contre un péril.
Cette explication, bien qu'ingénieuse, est probablement un peu forcée. Je crois, au contraire, qu'il s'agit simplement d'un fait de sympathie par contiguïté, de même que nous avons, dans les émotions génitales et gastronomiques, des faits mimiques de sympathie, qui se manifestent dans les muscles voisins des centres de l'émotion, sans que ces mouvements aient une utilité directe pour la satisfaction de nos besoins.
Pour moi, l'acte de froncer les sourcils a la même valeur que celui d'ouvrir de grands yeux quand nous entendons lire quelque beau morceau de poésie.
L'attention est la direction intense et visible d'un ou de plusieurs de nos sens, vers un objet extérieur, ou encore la direction invisible des centres nerveux vers un phénomène de la vie viscérale ou de la vie psychique. Je réserverai le mot d'attention pour les sens ou pour les faits de sensibilité splanchnique ou générale, et celui de réflexion pour l'examen des faits psychiques.
Nous pouvons apporter de l'attention à une sensation quelconque du goût, de l'odorat ou du toucher ; mais la mimique est bien plus expressive quand l'œil et Toreille sont les organes qui s'emploient à recueillir les impressions du monde extérieur.
Dans l'attention visuelle, le corps se porte en avant, les yeux sont fixes, et tous les muscles du cou et du tronc semblent n'avoir d'autre fonction que de diriger l'organe de la vue et de le rapprocher de ce que nous voulons bien voir.
Dans l'attention auditive, après avoir avancé la tête vers le côté d'où vient le son, il est singulier que nous la penchions sur une épaule (le plus souvent sur l'épaule gauche) comme si nous voulions écouter avec une seule oreille.
Ce geste, qui est très caractéristique et qu'on peut observer