‹ La physionomie et l'expression des sentimentsChapitre 104 sur 172 · REFLEXION · texte numérisé non relu

REFLEXION

tous les soirs au théâtre mériterait d'être mieux étudié. Il serait intéressant de rechercher si chacun de nous approche du son sa meilleure oreille, ou si au contraire il essaie d'avoir la sensation d'un seul organe acoustique, comme cela arrive souvent pour l'œil.

L'attention qui se rapporte aux trois autres sens inférieurs a une mimique incertaine, bien qu'elle affecte souvent un caractère local ; souvent elle se modèle sur Toeil et sur l'oreille bien qu'il ne s'agisse ni de voir, ni d'écouter.

L'attention intérieure peut n'être qu'une concentration de la conscience sur un phénomène viscéral ou psychique, ou bien elle peut s'élever à la comparaison, à la réflexion, en un mot, à la pensée. Dans ces cas si divers, la mimique est à peu près la même. Un hypocondriaque, qui épie les mouvements de ses intestins ou de son cœur, diffère peu en apparence d'un philosophe qui médite sur la conscience du moi.

Aussitôt que la réflexion est devenue intense et profonde, la mimique devient presque entièrement négative, comme si toute notre énergie s'était concentrée dans le cerveau, et qu'il ne nous en restât plus assez pour contracter un petit groupe de muscles ou même un seul muscle. En fait le muscle sourciliaire se relâche, et le regard erre sans s'arrêter sur aucun objet. Nous regardons soit en haut, soit en bas, si ces deux mouvements de direction contraire ont exactement le même but, celui de nous isoler du monde extérieur qui nous entoure. Darwin, Donders et Gratiolet ont étudié ce fait qui peut s'exprimer par le mot de regard distrait. Remarquons à ce propos que l'impropriété du terme ne saurait être plus grande. Nous appelons distrait un homme qui ne prête attention à rien, et nous appelons de même distrait le regard de celui qui est plongé dans une profonde méditation. Et puis tous les jours nous viendrons faire des dissertations pour vanter le langage, cette ombre pâle et incertaine de notre pensée !

Plus la pensée devient intense et plus la force innervatrice abandonne les muscles faciaux. C'est alors que la bouche s'entr'ouvre, puis s'ouvre et qu enfln la mâchoire inférieure devient pendante. Le visage prend alors en apparence le caractère de la stupidité, nous fournissant ainsi un exemple de plus que, dans la mimique, les extrêmes se touchent et se confondent.

Mais dès que la pensée se dégage des centres cérébraux et qu'elle se manifeste par un de ses puissants courants centrifruges, et surtout par la parole, aussitôt la mimique de concentrique devient excentrique, et nous voyons se produire ces

phénomènes expressifs que, dans notre tableau, nous avons énumérés sous la rubrique de mouvements sympathiques et le plus souvent rythmiques des menibres.

C'est alors que nous faisons entrer en action les membres supérieurs et que nous accompagnons l'action cérébrale de gestes très variés dans la forme, mais qui tendent toujours à donner un rythme à la pensée, en marquant, comme le feraient des virgules ou des points, les parties les plus saillantes du discours. Personne au monde (à moins de faire effort pour cela) ne saurait parler sans gesticuler, et beaucoup d'orateurs éloquents et passionnés mourraient suffoqués si nous les contraignions à faire un discours avec les membres attachés au corps. A cette mimique d'accompagnement prennent part même les membres inférieurs, et bien des gens ne sauraient parler ou écrire sans balancer les jambes et sans frapper du pied.

Cette mimique est tout à fait distincte de celle qui consiste à se frapper le front, à jouer avec ses cheveux, à se caresser le menton ou à se gratter le nez. 11 est probable que tous ces mouvements ont pour but de secouer le cerveau et de faciliter le travail cérébral. Les frictions à la peau de la face pourraient arriver au même résultat par le moyen d'une excitation périphérique des nerfs les plus voisins du cerveau. Je serais d'autant plus disposé à adopter cette explication qu'on se frotte surtout le cuir chevelu et le front, et beaucoup moins souvent le nez, les joues et le menton. Qu'une secousse mécanique donnée au cerveau puisse en faciliter le travail, cela semble prouvé par ce fait que beaucoup de gens ne peuvent penser avec activité qu'en allant en voiture, à cheval ou en bateau. Chaque cerveau a ses besoins particuliers, et chez tous les hommes la mimique intellectuelle a surtout pour but de faciliter le travail du cerveau.

Si de l'analyse nous passons à l'étude synthétique de la mimique intellectuelle, nous trouverons quelques tableaux qui, dans leurs expressions diverses, représentent des formes spéciales du travail cérébral. Voici les principaux :

Attention \

Réflexion \ déjà examinées dans notre étude analytique.

Méditation ]

Souvenir. Le regard se fixe en haut et en bas et les yeux se ferment. On se frotte énergiquement le front avec la paume de la main, ou bien on le frappe de diverses façons. Ici l'in-

Mantegazza. — Physionomie.

PI. V. (p. no).

a. Mépris. — h- Frayeur. — c. Élonnemcnt. — d. Hypocrisie. e. Slupidilé. — f. Inlelligeiice.

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