LES INFLUENCES DIVERSES DE LA MLMIQUE
aurait permis de répondre à ses adversaires avec des armes plus solides, en pénétrant au fond des choses. En dehors de cette difficulté, qui lui venait de l'époque où il vivait, sa nature sensitive lui faisait parcourir rapidement la surface des choses, afin de sentir la chaleur du sentiment qui s'en exhale.
Ainsi nous accordons que le Physionomiste se trompe quelquefois ; mais nous soutiendrons toujours que ses erreurs ne montrent que les XDornes de sa pénétration et ne prouvent nullement que la science dont il fait son objet soit une science mensongère. Conclure des méprises du Physionomiste qu'en général la Physiognomonie ne mérite aucune confiance, c'est comme si l'on soutenait que la raison est une chimère, parce qu'il peut arriver à tout homme raisonnable d'agir d'une manière contraire à la raison.
Lavater et les autres physiogiiomonistes moins célèbres ne se sont presque occupés que de la dissimulation, en fait de causes perturbatrices de nos jugements, tandis qu'il y a bien d'autres éléments perturbateurs en dehors de celui-là. Et comme d'autre part ils ont toujours confondu l'anatomie avec la mimique, ce qui est immuable avec ce qui est variable, ils n'ont pu se défendre que mollement conti^e leurs adversaires.
On peut étudier les effets complexes de la mimique chez les animaux les plus intelligents et les plus rapprochés de nous. Un chien a été châtié plusieurs fois pour avoir sauté sur la table et avoir pris la viande qui s'y trouvait. On lui offre un morceau friand sur un plat et l'on met le plat devant lui. Il semble que ce chien devrait exprimer la mimique très simple du désir alimentaire et du plaisir; mais en même temps il se rappelle les sévères corrections qu'il a reçues ; pendant qu'il contemple la viande en remuant la queue, il vous examine d'un air interrogateur et soupçonneux, et de temps en temps toute mimique cesse, et il regarde en l'air, comme s'il était profonilément distrait et préoccupé. Ce tableau représente au vif une expression de plaisir, troublée par la peur. Ce n'est certes pas le seul que nous offre l'observation des animaux. J'en appelle aux chasseurs qui ont pu en voir cent autres, et à tous ceux qui, possédant chez eux un chat intelligent, ont mille occasions d'étudier les allures hypocrites de ce tigre domestique.
Dans l'homme, c'est toujours la volonté qui trouble et modifie l'expression simple et ingénue; mais la volonté peut à son tour être mise en branle par un x psychique de nature variable.
Mantegazza. -— Physionomie.
PI. VII (p. 208).
YH