‹ La physionomie et l'expression des sentimentsChapitre 119 sur 172 · La peau conserve sa couleur normale · texte numérisé non relu

La peau conserve sa couleur normale

4. Il n'y a pas d'harmonie dans la mimique, et l'on voit certaines contractions, et certains relâchements musculaires qui font toujours défaut dans la douleur vraie.

5. Le pouls est rapide à cause de l'exagération de l'efTort musculaire.

6. Il suffit d'une surprise imprévue, ou d'un objet quelconque qui attire l'attention pour que toute la mimique douloureuse disparaisse tout à coup.

7. Quelquefois on réussit à découvrir, à travers les larmes, les sanglots et les gémissements les plus profonds, l'éclat fugitif d'un sourire, où se trahit peut-être la joie maligne de tromper son prochain.

8. L'expression est presque toujours excentrique et manque absolument de formes concentriques.

Cette étude analytique nous suggère une méthode pour apercevoir et décrire toutes les autres hypocrisies mimiques* Manteoazza. 14

210 LES INFLUEiNCES DIVERSES DE LA iMLMIQUh"

Le plaisir faux, par exemple, s'exprime par un rire forcé, par des soupirs profonds et prolongés hors de temps et de mesure. La fausse colère se manifeste par des mouvements exagérés des membres et par une contraction forcée des sourcils, pendant que la lèvre sourit involontairement et que l'œil regarde autre part.

Les expressions fausses peuvent toutes se réduire à deux types :

^Exagération d'une émotion faible ou simulation d'une émotion qui n'existe pas.

Atténuation d'une expression mimique, ou bien dissimulation complèU de cette expression.

Quand nous exagérons la mimique, nous poussons presque toujours cette exagération au delà de ce qui est vraisemblable; cette gymnastique de l'hypocrisie nous fatigue; nous nous reposons souvent et dans les intervalles nous substituons fréquemment, sans nous en apercevoir, au rôle que nous voulions jouer, la mimique diamétralement opposée.

Ainsi j'ai vu éclater de rire tout à coup une femme qui venait d'hériter de son frère, et qui se frappait la tête contre les murs et sanglotait en feignant d'être inconsolable. De même, lorsque l'on simule le sentiment religieux, l'admiration ou la compassion, il arrive soudain qu'on se met à rire cyniquement ou sardoniquement, ou qu'on tire la langue d'une façon grotesque.

Exagération de l'expression, désordre des mouvements, intermittences marquées, voilà les caractères les plus saillants d'une mimique qui veut exprimer plus qu'on ne sent, ou faire croire à une émotion qu'on n'éprouve pas du tout. Il y a pourtant un autre caractère, encore plus constant, mais qui, à cause de sa ténuidité, a échappé à beaucoup d'observateurs Vulgaires.

De tous les muscles, ceux du tronc et des membres sont les plus dociles à notre volonté, ceux de la face sont moins obéissants, ceux des yeux sont les plus indépendants de tous. Voilà pourquoi, dans une expression menteuse, on fait tant de mouvements des bras et des jambes, tant de contractions des muscles de la face, tandis que l'œil résiste courageusement, ou du moins est le dernier à se prêter à ces mensonges. On voit un ouragan en miniature, une tempête de convulsions ; mais l'œil reste immobile et apathique, et suffit pour révéler le secret de la comédie. Les pleurs ne coulent que bien rarement dans les douleurs feintes ; quelques femmes seulement, véri-

EMOTIONS DISSIMULEES 211

tables génies de la fausseté, réussissent parfois à verser des larmes vraies et sans éprouver aucun chagrin. Dans l'état ordinaire, les glandes lacrymales n'obéissent pas à notre volonté; mais après un long exercice on parvient à les dompter et à les discipliner, et elles laissent couler leur précieuse liqueur quand cela convient au tartufe fieffé qui veut duper autrui.

On a beau être un grand artiste en hypocrisie, s'être dès l'enfance exercé à exprimer ce que l'on ne sent pas, et avoir acquis dans ce genre un talent de premier ordre, on craint toujours de ne pas réussir à son gré parce que Ton sent la différence qui existe entre le sentiment intime et la comédie que l'on joue. De là vient qu'on est irrésistiblement porté à l'exagération, que l'on croit toujours la mimique insuffisante et que l'on éprouve le besoin de la fortifier par des cris et par des paroles. Les grandes douleurs sont presque toujours silencieuses, ou du moins elles sont accompagnées seulement de ces phénomènes vitaux que l'on pourrait appeler automatiques, tels que les soupirs et les gémissements; au contraire les émotions feintes sont souvent éloquentes et accompagnées de grandes exi)losions de loquacité.

Inversement quand, dans un but quelconque, on tient à dissimuler une émotion, on se livre à un travail tout opposé au i>récédent.

Avant tout, l'on s'efforce de restreindre le domaine de la mimique, et naturellement Ton commence par les muscles qui obéissent le plus vite et le plus facilement à notre volonté. L'on arrête les mouvements des jambes, des bras, du tronc, du cou. Si la force modératrice augmente, l'on rétrécit de plus en plus le champ de l'expression et l'on arrête même les muscles de la bouche et des joues, jusqu'à ce qu'enfin l'exprès* sion soit réduite à ce dernier territoire que, dans tous les temps et dans toutes les langues, on a appelé, non sans raison, le miroir de lame.

C'est dans l'œil que se livre la dernière bataille ; c'est lui qui est la dernière forteresse où l'expression concentre toutes ses forces et reste souvent victorieuse, même après avoir abandonné toutes les autres provinces de la mimique. Le vulgaire, qui s'en tient à la surface des choses, dit que l'émotion a disparu ou n'a jamais existé, parce qu'il voit les membres et le corps immobiles ou le visage impassible ; mais l'observateur i)lus profond trouve concentrées dans l'œil toutes les forces qui précédemment étaient éparses sur un vaste espace, et juge avec raison que rémotion est très forte,

Page 1