LES INFLUENCES DIVERSES DE LA MIMIQUE
mais qu'elle s'est ramassée tout entière dans une étroite citadelle.
Quelquefois, à force d'hypocrisie ou d'héroïsme (car dans la physiologie du phénomène, il n'y a pas à tenir compte du côté moral), l'on a réussi à faire taire tous les muscles mimiques du corps et des membres ; mais on y a substitué une mimique opposée. Nous sommes abreuvés d'amertume et d'humiliation, et cependant nous rions et nous remuons joyeusement les doigts, le cou ou les pieds. Tout notre corps exprime le contentement ; l'œil seul se tait et résiste à cette avalanche de faussetés. Tout à coup deux grosses larmes roulent le long des joues et révèlent le secret de la douloureuse bataille qui s'est livrée. Les grands peintres et les grands artistes dramatiques savent exprimer toutes les beautés cachées de ces tableaux sublimes ; mais nous, qui ne sommes ni peintres, ni comédiens, nous devons étudier, pour en profiter dans la vie, ces troubles de la mimique.
Plus d'une fois, tandis que des enfants paraissaient profondément absorbés par l'étude, j'ai découvert qu'ils se livraient à leurs vices, en examinant leurs yeux qui seuls trahissaient ce que tout le reste du corps réussissait à cacher.
Les nerfs vasomoteurs, eux aussi, obéissent peu ou point à la volonté; aussi convient-il de faire grande attention à la rougeur ou à la pâleur subite du visage ; parce que c'est souvent le signe involontaire d'une émotion dont on ne saurait découvrir la moindre trace dans tout le reste du territoire mimique et même dans l'œil.
Au milieu d'une conversation animée, dans un théâtre ou dans une salle de bal, si on fait entrer tout d'un coup l'homme préféré, quatre-vingt-dix fois sur cent, rougit la femme aimée, subitement ou bien, plus rarement, elle pâlit. Aucune marque de surprise, aucun sourire, aucun mouvement n'a salué cette arrivée, sauf l'œil qui peut-être s'est fermé, ou la paupière qui s'est abaissée pour cacher l'éclat subit du miroir de l'âme; mais les nerfs vasomoteurs ont dû céder à l'émotion et ont fait rougir ou pâlir le visage.
Lorsqu'à l'entrée de son amant dans la salle, la femme aimée ne change pas de couleur et ne baisse pas la paupière, ou bien elle n'aime pas, ou bien elle est arrivée déjà à une perfection d'hypocrisie, qui peut faire douter si un cœur bat encore dans sa poitrine.
Les hommes de forte volonté, et les femmes qui ont poussé très loin la gymnastique simulatrice, après avoir rejeté la mimique dans sa dernière forteresse, celle de l'œil, réussissent