DI-RIVATIONS DE LA FORCE MIMIQUE
à triompher môme de ce dernier retranchement, en sorte que rien ne trahit plus au dehors la flamme intérieure. Alors, quand toutes les soupapes de l'expression mimique sont ainsi fermées, il arrive presque toujours qu'un membre (une jambe, un bras, un doigt) est pris subitement d'une convulsion rythmique et se met à battre régulièrement la mesure. La plupart du temps, on tape du doigt sur un corps solide de façon à faire du bruit, ou l'on frappe la terre avec le pied. Moins souvent, on respire d'une façon haletante et essoufflée qui peut môme se transformer en sifflement.
Ces faits se vérifient souvent quand on cherche à cacher la colère. Cette colère est d'autant plus forte que se répète plus souvent le tapotement rythmique, substitué à la mimique expansive ordinaire, et que ce tapotement est accompagné d'une respiration forcée. Il semble que dans ce cas il n'y ait pas seulement, au sens figuré, une chaudière pleine de vapeur, dont les soupapes sont fermées et qui menace d'éclater, mais qu'il s'agisse réellement d'une force captive s'échappant de sa prison avec une fureur et une violence d'autant plus redoutables qu'elle trouve une voie plus étroite.
Dans tous ces cas de feinte et de dissimulation, il s'agit toujours d'un déploiement de force musculaire, ou, tout au plus, des phénomènes de sécrétion qui l'accompagnent, comme celui de verser des larmes ; mais il y a d'autres transformations plus complètes et plus obscures, dans lesquelles le fait purement mimique passe dans des régions psychiques plus élevées. Nous ne voulons pas pénétrer sur un terrain placé en dehors du champ que nous avons entrepris de traiter dans ce volume ; mais nous devons examiner comment ces phénomènes se rattachent à l'expression.
Assez souvent l'efl'ort fait pour dissimuler une émotion est si grand que, s'il durait, il amènerait des troubles profonds dans les centres nerveux. La force mimique, qui ne peut trouver une issue dans le champ musculaire, s'élance alors dans les régions de la pensée et y suscite de nouvelles et puissantes manifestations.
Un homme entre dans un salon : la femme qu'il aime ne trahit aucune émotion ; mais, de silencieuse elle devient tout à coup excessivement causante, ou bien, si elle parlait d'une façon indifl'érente, elle se met à parler avec enthousiasme ; le son de sa voix se modifie et peut môme devenir musical. Le plus souvent, elle oublie le sujet de la conversation et, par une étrange et bizarre association d'idées, elle se met à discourir de cent autres choses qui n'ont aucun rapport, ni avec