LES EXPRESSIONS PHYSIOLOGIQUES
a. b. Beaiilé cl Laideur. — c. d. SanU' et Maladie,
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fluences subjectives apportent un élément perturbateur ; à part les cas de grande beauté ou d'extrême laideur, les désaccords sont fréquents.
Deux autres conclusions ressortent de notre tableau. Pour juger les expressions fortes, tout le monde est d'accord : tandis que les divergences sont très grandes quand il s'agit d'expressions incertaines. Ainsi j'ai pu noter que l'accord des jugements est à son maximum quand il s'agit d'un homme de notre race, à son minimum quand il s'agit d'hommes s'éloignant beaucoup de notre type, au point de vue morphologique.
Par exemple, neuf jugements sur dix se sont trouvés d'accord pour reconnaître la beauté d'une gentille petite Romaine; un seul l'a déclarée de beauté moyenne. Thiébaut, au contraire, un des deux Accas qui se trouvent à Vérone, a été déclaré beau par six voix, laid par cinq, ni beau ni laid par deux. Pourtant quand la beauté et la laideur sont excessives, leur influence l'emporte sur celle de l'élément ethnique, et entraîne la conformité de nos jugements. C'est ainsi qu'un nègre de Zanzibar a été déclaré laid à l'unanimité et qu'une petite Japonaise a été jugée belle par sept voix sur neuf.
Je n'ai pas recueilli, sous forme de données numériques, mes observations sur les jugements relatifs à l'état de santé ou de maladie, fondés sur l'examen du visage. Mais, je puis l'affirmer, dans ces jugements que j'appelle physiologiq)ics, l'accord est encore plus grand que partout ailleurs ; peut-ètro parce qu ils sont plus faciles, peut-être parce que nous exerçons constamment dans cette direction notre faculté d'observation. C'est une chose incroyable que le degré de perfection auquel nos sens peuvent atteindre quand ils sont toujours exercés dans la môme direction, et que Tatlention nous est imi»osée par des motifs puissants. Que de ibis on entend formuler ces jugements : Oh! quelle honne mine! il fdil vraiment plaisir a voir ! — Oh ! le pauvre homme! quelle mauvaise mine! il n'a plus que quelques jours à vivre, et autres semblables. Ce qu'il y a de plus singulier, c'est qu'en pareil cas le jugement empirique a une grande valeur, égale souvent à celle du jugement prononcé par les hommes de science.
Si vous demandez aux personnes étrangères à l'art médical le powqnoi de leurs api)réciations sur la santé et la maladie, vous verrez encore grandir votre admiration pour la portée de l'observation vulgaire. Tous ces pou)'quoi a)mprendront la moitié de la physiologie et de la pathologie. Ils se rapi)orteront tous à l'état de la nutrilion, à la nature du sang ou à
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rharmonie et à la puissance de Vinnervation des nombreux muscles qui font mouvoir Toeil et le reste de la face. Et ces quelques signes sténographiques, recueillis par l'expérience populaire, comprennent une si grande partie de notre vie qu'ils peuvent nous fournir des critériums suffisants pour porter des jugements certains.
Qu'entend-on par un beau teint, sinon un sang bien fourni de globules, ni trop pauvre ni trop pléthorique et circulant avec une vitesse convenable dans les capillaires de la peau du visage? Et, au contraire, qu'entend-on par vilain teint, sinon un sang pauvre et vicié, ou extrêmement pléthorique? Et le vulgaire a bien raison de penser qu'avec un sang bien constitué et circulant bien, l'on est à plus de moitié chemin de la santé parfaite.
Un visage qui n'est ni maigre ni obèse ne veut peut-être dire que ceci : Une bonne nutrition n'amaigrit pas par l'excès du doit sur l'avoir ; elle n'empâte pas par l'excès contraire ? Et, inversement, l'amaigrissement du visage ne proclame-t-il pas le déficit de nutrition, qui peu à peu conduira à la mort?
Dans la conception empirique que le vulgaire s'est faite de la bonne mine n'entrent pas seulement le sang et la nutrition générale, mais aussi une certaine vivacité des muscles, qui, comme des soldats bien armés, sont prêts à commencer l'action d'un moment à l'autre. Cette vivacité du visage est le signe que les centres nerveux sont dans les meilleures conditions possibles. Et alors, avec un bon sang, une bonne nutrition, une innervation puissante, comment ne pas être bien portant? ou, comment ne pas sentir s'éveiller en nous, par sympathie, une grande satisfaction en ayant devant les yeux le tableau de la santé parfaite ?
Toutes ces observations empiriques, recueillies, mises en ordre et dépouillées de leurs scories, nous conduiraient à ces deux définitions scientifiques de la d07îne et de la mauvaise mine.
La bonne mine ou la physionomie saine veut dire que le visage exprime une bonne nutrition générale, une excel" lente compositioyi chimique du sang et une inyiervation harmonique et puissante.
La mauvaise mine ou la physionomie malsaine signifie qu'une de ces trois conditions d'une bonne santé fait défaut. Oa bien c'est la nutrition qui est insuffisante ou excessive, ou bien c'est le sang qui est pauvre de globules, ou empoisonné, ou mal pourvu d'oxygène, ou enfin, c'est Tinnervation qui est faible ou irrégulière. Ces trois conditions peuvent se rencon-
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trer à la lois, ou deux d'entre elles, et la gravité de notre verdict se proportionne au nombre plus ou moins grand des désordres que nous apercevons sur un visage et dont chacun indique l'état pathologique d'un des organes ou d'une des fonctions indispensables au travail vital.
Dans ma Ph3siologie de la douleur ', j'ai décrit quelques expressions permanentes de douleur physique qui sont autant de formes de mauvaise mine ; mais les auteurs qui ont écrit sur la pathologie générale et la clinique ont dû s'occuper spécialement de ce sujet; car bien des t'ois l'aspect extérieur du malade, et surtout de son visage, suffit pour faire deviner la nature du mal, et mettre sur la voie d'un bon diagnostic. Il y a quelques affections spéciales où la nature particulière des souffrances s'inscrit si fidèlement sur le visage, qu'elle suggère immédiatement le diagnostic au médecin observateur, avant tout examen du malade. Le tuberculeux, l'asthmatique, l'hypocondriaque, le cancéreux ont une physionomie et une mimique caractéristique, que le vulgaire môme sait souvent reconnaître. Personne, dans les temps modernes, n'a mieux traité ce sujet que notre Polli, dans son Étude spéciale sur la physionomie des malades-, livre de sa jeunesse qui est peut-être le plus beau monument de son esprit mobile et hardi. Nous ne croyons pas déplaire au lecteur en puisant dans cet ouvrage, publié depuis près d'un demi-siècle et beaucoup trop oublié.
Polli, après avoir défini la paihognomonie ou l'étude des physionomies morbides, après en avoir fait un examen analytique d'après l'âge, le tempérament et les traits divers, donne l'énumération suivante des physionomies morbides spéciales :
Physionordie douloureuse .
— de mauvais augure.
— moribonde ou hippocratiquê,
— capitale.
— 2)eciorale.
— abdominale.
— hydrocéphale.
— cardiopathiqne.
— diaphragtnaiiquâ,
— pestiférée.
— cholérique.