‹ La physionomie et l'expression des sentimentsChapitre 20 sur 172 · LE FRONT · texte numérisé non relu

LE FRONT

et enfin Pline : Est enim frons tristUiœ, hilaritatis, cleraentiœ et severUaiis index : nullibi magîs quarn in ociilis et fronte pudor conspicitur *.

Les citations du savant jésuite nous démontrent une fois de ^lus que les orateurs, les poètes et les prophètes plaraient dans les lobes antérieurs le siège principal delà pensée, bien avant qu'on eût même pressenti une physiologie cérébrale,

Mgr Giovanni Ingegneri, évèque de Gapo d'Istrin, se livre à propos du front à des diagnostics d'une subtilité' exhilarante. Par exemple, le front qui n'est ni lisse ni rugueux est signe que rhomme aime la justice-.

Le bolonais Ghirardelli consacre la seconde décade de son ouvrage ^ à l'étude du front qui est la pci/iie la pins secrèlcet la plus noble de la physionomie. Il est encore plus riche de citations et d'élucubrations cabalistiques que le jésuite Nicquetius. Pour donner une idée du style pompeux et sentant son xYii*^ siècle, avec lequel il discourt sur le front, je citerai une seule période :

Entre toutes les parties de notre corps, le front se montre la plus docile à mettre au jour les affections intérieures de l'ùme. Au pied du Iront brûlent continuellement les nobles flammes des yeux; d'autant plus facilement cet oracle du cœur est enflamme par la curiosité et par la connaissance extérieure; d'autant mieux s'y lisent les décrets arrêtés dans le conseil de la nature...

Lavater avait bien raison de dire que tous ses prédécesseurs dans l'étude du front n'avaient fait que se copier les uns les autres, et qu'ils étaient tombés dans des raisonnements vagues et contradictoires, dans des conclusions rigides et dépourvues de sens. Il aflirme avoir étudié le front plus qu'aucune autre partie du visage, parce qu'il le considérait comme plus important et plus caractéristi(|ue; mais lui aussi a voulu forcer la nature à répondre sous la contrainte de la torture ; et ses règles sont des divinations que la science sévère rejette et répudie. Voyez si mon api»réciation est trop dure :

1. Plus le front est allongé, plus l'esprit est dépourvu d'énergie et d'élasticité.

1. R. P. IIoNOR.vTi NiCQUKTii, etc., PhijsiogiHimui humana^ Luurduni, 1648, p. 170.

2. Fisoiiomia naturale di Mo.Niic.NOR Giovanni Inglgniùiu, PaJova, lii26, p. \%

3. CûRNKLio GuiuAUUELLi, Cc/lilojui FiSOiiOiiiiCit , \jo\o^i\d, lo72, p. 7i,

2. Plus il est étroit, court et ramassé, plus le caractère est concentré, ferme et solide.

3. Les contours arrondis et sans angles décèlent la douceur et la flexibilité du caractère. Celui-ci, au contraire, aura d'autant plus de fermeté et de rigidité que les contours du front seront rectilignes.

4. Une perpendicularité absolue, depuis les cheveux jus- •(ju'aux sourcils est signe d'un complet manque d'esprit.

5. Une forme perpendiculaire, qui s'infléchit insensiblement vers le haut, annonce un esprit réfléchi, une pensée profonde et sûre d'elle-même * .

Arrêtons-nous là. Les anciens, à la vue d'un front, savaient nous dire toutes sortes de belles choses. Nous, nous ne savons plus rien, et dans les premières Agnes que nous avons écrites sur cette partie du visage, nous avons résumé à peu près tout ce que Ton possède de positif. Il est probable que dans la foule des jugements portés par les anciens physionomistes et surtout par Lavater qui était bon observateur, il se cache quelque parcelle de vérité. La postérité pourra l'y retrouver par un travail analytique dont nous ne sommes pas capables aujourd'hui. Mais ce serait peine perdue que de se fatiguer à fouiller dans les scories du passé, quand les riches filons de la psychologie positive se découvrent à nos yeux charmés.

L'œil. — L'œil est une partie si importante du visage qu'une monographie complète de cet organe comprendrait la moitié de la psychologie et de la mimique. Mais dans cette première partie nous ne devons parler que de l'histoire anatomique des yeux et non de leur expression.

Les caractères les plus saillants des yeux sont leur expression, leur forme, leur position, leur couleur et la disposition spéciale des sourcils et des paupières. D'après l'ensemble de ces caractères, nous jugeons que des yeux sont beaux, laids, éloquents, stiipides, expressifs, etc.

La grandeur de l'œil, telle que nous l'apprécions empiriquement à première vue et sans prendre de mesures, dépend non- seulement du volume du globe oculaire, mais de l'ouverture variable des paupières qui en laissent apparaître une portion plus ou moins grande.

L'œil, un peu grand sans être trop saillant, est pour nous

i. Lavater, Es»ai sur la phi/siognomonie, etc., La Haye, 1786, tome 111, p. 239.

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la perfection idéale; un œil petit nous parait laid. Ce jugemont est rationnel car, l'œil étant un des organes les plus expressifs, il y a dans sa force expressive un élément de qunniilé, qui n'est pas sans influence.

En général les Ariens, les Sémites et beaucoup de Nègres ont l'œil grand ; les Mongols et beaucoup de Malais ont l'œil petit.

La forme de l'œil dépend en partie de la convexité plus ou moins grande de la cornée, mais plus encore de la forme de l'orbite, de celle des paupières, et de leur ouverture. Nous avons donc à considérer des yeux ronds, saillants, en amande, horizontaux ou dirigés obliquement soit vers le nez, soit vers les tempes.

Dans les races ariennes et sémitiques et chez les Polynésiens blancs, les yeux sont en amande avec l'extrémité externe très affilée. C'est là pour nous une des principales beautés des femmes sémites, et de celles qui ont dans les veines un peu de sang sémite comme les P^spagnoles d'Andalousie. Cette forme d'œil est également très ai)préciée en Orient, puisqu'avec du sulfure d'antimoine on simule un allongement de l'ouverture transversale des paupières.

L'œil s'abaissant obliquement de dehors en dedans est un des traits caractéristiques des Mongols et de quelques races américaines. Cette obliquité est excessivement prononcée chez les Esquimaux, les Buriat(^s etc.

Quelquefois, parmi nous, il arrive précisément le contraire, et l'angle externe de l'œil est plus bas que l'aiigle interne. Quand ce caractère est associé à d'autres é'.éments esthétiques, il peut constituer une beauté rare et extraordinaire, comme on a pu le voir chez l'impératrice Eugénie.

Les yeux peuvent être laids, s'ils sont trop rapprochés ou. trop éloignés l'un de l'autre. Dans le premier cas surtout, le regard jirend un caractère bestial, très répugnant.

Ils peuvent aussi être diflbrmes s'ils sont à fleur de tète comme chez quelques nègres, ou trop saillants comme chez quelques myopes. L'enfoncement excessif des yeux dans les orbites peut dépendre ou d'une disposition très proéminente de la voûte des orbites, ou d'un grand amaigrisse-nent. Dans l'un ou l'autre cas, le regard peut prendre un caractère féroce ou triste.

La couleur des yeux diffère beaucoup, et entre les diverses races et entre les individus d'une même race. D'ordinaire, nous la définissons sommairement par un seul mot, bien qu'en réalité elle soit constituée par les diverses teintes de l'iris et par l'influence plus ou moins grande de celle de la

Mantkgazza. ^

pupille qui est toujours noire. L'irii comprend deux zones concentriques de couleur différente et présente presque toujours des stries d'une troisième teinte. De là la difficulté de réduire toutes les couleurs d'yeux à un petit nombre de types. Nous appelons noirs les yeux qui sont châtain-foncé ; mais il n'existe pas dans le monde un seul iris noir.

Nous pouvons établir une classification assez grossière en distinguant les yeux en gris, bleus, verts et hruns. La société anthropologique de Paris a admis pour chacune de ces couleurs fondamentales cinq nuances, qu'elle a figurées sur un tableau, intercalé dans le petit volume de ses Instructions anthropologiques. Mais quand on veut faire usage de ce tableau, on se trouve en face d'énormes difficultés, parce que les termes de comparaison choisis par Broca sont inexacts. Dans le tableau on a des couleurs opaques, c'est-àdire des teintes réfléchies par le papier blanc sur lequel elles sont étendues. La couleur de l'œil, au contraire, est fournie à la fois par des rayons réfléchis et par des rayons transmis. Aussi la pratique m'a-t-elle montré qu'il valait mieux désigner lacolcration de l'œil par les mots du langage ordinaire. Pour arriver approximativement à une classification scientifique, nous devrions avoir une série d'yeux artificiels en verre, semblables à ceux qu'on adapte aux borgnes pour dissimuler leur infirmité.

En étudiant avec mon ami Sommier la couleur des yeux des Lapons, je me suis convaincu de ces difficultés, et j'ai dû renoncera me servir du tableau de la société anthropologique. Nous avons pu distinguer dans l'iris des Lapons au moins quatorze nuances diverses et graduées. En voici la liste :

Châtain fonce

Cbàlain r

CbàLam clair

Bleu turquoise

Bleu turquoise clair

Azur gris

Bleu de ciel clair

Gris

Gris brun

Gris clair 2

Gris azuré clair 1

Gris jaune • 2

Gris vert 2

Yert 1

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