‹ La physionomie et l'expression des sentimentsChapitre 24 sur 172 · LE MENTON · texte numérisé non relu

LE MENTON

Lavater veut (et, je crois, avec raison) que dans une bouche nous distinguions :

a) Les deux lèvres proprement dites, prises isolément • 1)) Leur ligne de jonction quand la bouche est fermée ;

c) Le centre de la lèvre supérieure;

d) Le centre de la lèvre inférieure;

e) La base de la ligne du milieu (Lavater appelle base l'angle qu'on aperçoit quand on regarde une bouche de profil dans un lieu peu éclairé et qui jette une petite ombre sur la lèvre inférieure ;)

f) Les angles sous lesquels se termine cette ligne.

Quant à la forme générale, Lavater distingue trois variétés principales :

Les bouches dans lesquelles la lèvre supérieure dépasse l'inférieure. C'est un signe distinctif de la bonté (?). Aussi peuton dire que ce sont des bouches sentimentales ;

Les bouches dans lesquelles les deux lèvres s'avancent également ; elles se rencontrent chez les gens honnêtes et sincères (?), et on peut les appeler bouc lies loyales;

Les bouches où la lèvre inférieure dépasse la supérieure et qu'on peut appeler boucfies i-rritables.

Aujourd'hui, plus ignorants ou plus sceptiques que Lavater, nous nous contentons de dire que la proéminence excessive de la lèvre supérieure va souvent de compagnie avec le scrupule, et qu'au contraire une profhninence marquée de la lèvre inférieure dénote ordinairement une grande fermeté de caractère ou de l'obstination.

Le menton. — On a répété dans beaucoup de livres que l'homme seul a un menton, mais peut-être n'est-ce vrai que du squelette. Il est pourtant hors de doute que les races sui)érieures ont une grande répugnance pour les mentons fuyants et à peine marqués. En réalité, c'est là un caractère d'infériorité qui se rencontre dans les types très bas de l'humanité. Au contraire, nous trouvons beau un menton arrondi ou ovale, assez marqué chez l'homme, moins saillant chez la femme. Les mentons crochus donnent, au contraire, Lidée d'une certaine dureté qui ne peut être accompagnée de la grâce et de la bonté. Mais ces appréciations, comme toutes les autres du même genre, n'ont aucune base sérieuse. 11 parait pourtant démontré que, toutes choses égah'S d'ailleurs, une forte saillie du menton a la même signilication que la i)roéminence de Is lèvre inférieure, comme nous l'avons vu plus haut. C'est urv caractère ethnique des Anglais, qui sont un peuple de volonté

ferme « Une longue expérience m'a démontré, assure Lavater, qu'un menton saillant dénote toujours quelque chose de positif, tandis que le menton fuyant a toujours une signification négative ». Souvent l'énergie ou la faiblesse d'un individu ne se manifeste que dans son menton. Mais Lavater n'est pas disposé à admettre avec les anciens qu'un menton pointu indique l'astuce.

Beaucoup de proverbes en diverses langues assignent un caractère certain de bonté aux mentons qui ont au milieu une fossette. Lavater déclare que son expérience a confirmé l'opinion populaire; mais je ne prendrai pas la responsabilité de la soutenir ou de la contredire. Ce qui est certain, c'est qu'une fossette ainsi placée embellit encore un beau visage. Aussi Pulci avait-il raison, dans son Mor^gante Maggiore, de résumer ainsi en un vers heureux tous les mérites d'un menton :

Le mentou rond, et fendu et bien ramassé.

Avec deux ou trois adjectifs on peut toujours définir une forme quelconque de menton, car c'est un des traits les moins riches en particularités. Lavater, pour son compte, en distinguait trois variétés principales, savoir : les mentons fuyants (que je crois propres aux femmes), ceux dont le profil est sur le même plan que la lèvre inférieure, et enfin les moutons aigus qui dépassent la lèvre inférieure.

Tommaseo a consacré au menton une de ses rêveries métaphysiques : « Menton petit, indice d'aff'eclion ; menton long et plein, froideur; long et rentrant, perspicacité et fermeté; fossette au menton^ plus de grâce dans le corps que dans l'âme. »

Les joues. — Peu saillantes chez les blancs et chez les noirs, les joues sont très prononcées dans la race mongole, chez qui elles constituent un des traits les plus caractéristiques. Nous avons déjà parlé de leur proéminence chez les Esquimaux ; mais les Buriates n'en difi*èrent point sous ce rapport, car dernièrement mon excellent ami Sommier m'écrivait de Sibérie qu'il avait voyagé avec un ambassadeur Buriate, et qu'en le regardant de profil, il voyait la joue apparaître par dessus le nez.

Pour nous, gens de race aryenne, des joues trop saillantes sont toujours laides.

Les oreilles. — C'est peut-être le trait le moins expressif du visage, d'une part, parce qu il est encore moins mobile que

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le nez et seulement dans de rares occasions, d'autre part, parce qu'il est placé dans un endroit à demi caché où il faut aller le chercher pour l'admirer ou pour le trouver laid. Il faut pourtant avo.ier que l'oreille, quand elle est parfaite, complète la beauté du visage.

Dans les jugements esthétiques que nous portons sur l'oreille, nous sommes encore darwiniens sans nous en douter. Nous la trouvons laide quand elle est trop grande et surtout quand elle est trop détachée de la tète, quand elle n'a pas de lobe ou quand le cornet est simiesque dans sa partie supérieure. Nous la trouvons belle quand elle est petite, bien tournée, avec des sinuosités bien dessinées, quand elle s'applique le long du crâne et quand elle a un lobe arrondi et distinct.

Les oreilles circulaires, irrégulières ou carrées sont laides ; les oreilles ovales sont belles.

Il paraît que le lobe de l'oreille fait défaut chez quelques races de l'Afrique septentrionale (Chaouia, Kabyles).

Les dents. — Quand la bouche est fermée, les dents ne se voient pas ; mais quand elle s'ouvre, les dents sont de première imi)ortance pour la physi()nomie, à qui elles ajoutent un élément capital d'admiration ou d'horreur, de sympathie ou de répugnance. Les plus belles dents ne suflîsent pas pour qu'un homme soit beau ; mais de vilaines dents gâteraient la beauté de la Vénus de Milo elle-même.

Dans nos races supérieures, nous trouvons belles des dents pas trop saillantes, sans intervalle entre elles, pas trop épaisses, pas trop larges, pas trop longues, blanches ou légèrement teintées de bleu. Nous trouvons laides des dents saillantes, placées de travers, irrégulières, jaunes ou disjointes.

Il est répugnant pour tout le monde de voir, quand la bouche s'ouvre, une grande partie de la gencive de la mâchoire supérieure. C'est une tare pour la beauté d'avoir des dents gâtées, c'est comme une tache sur le soleil. Puisque l'hygiène des dents est en même temps l'hygiène de la beauté, les bons dentistes mériteraient une statue d'or ou tout au moins une place d'honneur parmi les principaux bienfaiteurs de l'humanité.

Une étude ethnologique sur les dents reste encore à faire; elh' révélerait des caractères distinctifs d'une grande importance.

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