Bull, de la Société d'anthropologie, 1878, p
2. Pfaff, Das menschliche Eaar, etc., 27veite vermehrte Anflage, Leipzig.
ESTHÉTIQUE DE LA CHEVELURE 5o
Sur Testhétique et la poésie des cheveux, j'ai écrit, il y a déjà onze ans, quelques lignes émues que je demande la permission de reproduire ici. On sera peut-être indulgent pour un vol que le maître de la maison se lait à lui-même.
L'œil est la fenêtre de l'âme ; sur une lèvre peut se concentrer assez de beauté pour tuer un homme ou le sauver; sur le front peut briller assez de génie pour faire dire que l'homme est un Dieu commencé ; le menton peut à lui seul révéler une bonté et une douceur sans limites; le corps peut avec ses ondoiements nous parler de force et d'amour; mais les cheveux qui ne parlent pas, qui ne mentent pas, et à qui la sensibilité a été refusée, peuvent centupler toutes les autres beautés et cacher, dans leurs labyrinthes infinis, autant de poésie que l'homme est capable d'en éprouver et d'en créer.
Ils se plient aux mille caprices de la fantaisie ; ils obéissent aux plus téméraires désirs du toucher ; ils varient à l'infini les combinaisons esthétiques des traits, et sur les lignes immuables (lu squelette font surgir à chaque instant des beautés nouvelles; si bien que d'un seul visage ils font cent tableaux divers, et d'une seule beauté mille beautés. C'est une matière vivante qui cède avec une docilité infinie à la volonté, au goût, à l'art, et semble une onde palpitante de chaleur, de passion presque de pensée, qui coule doucement et sans fin comme d'un fleuve éternel.
La tête de l'homme est le temple de sa pensée et de ses passions ; c'est là que résident sa grandeur et sa beauté virile ; mais là où l'homme finit et où le ciel commence, le vent agite une forêt qui n'est plus de la chair et n'est pas encore de la matière brute : c'est une frontière où nos yeux ne cessent jamais de chercher des sensations, et où un crépuscule de formes toujours changeantes et toujours belles, s'agite et paraît \ivre.
La division poussée à l'infini, l'infinie multiplicité du monde végétal manquait à l'homme; la nature les lui a données en lui donnant des cheveux, qui sont pour le toucher l'occasion de mille contacts voluptueux.
Les divers peuples de la terre attribuent à la chevelure une importance diifé' rente qui n'est pas toujours en raison du rang hiérarchique qui leur appartient. Les Quakers, qui sont à un échelon très élevé de la série humaine, réduisent le soin de la chevelure à son minimum; beaucoup de races américaines et les Lapons témoignent la même indifiérence. Au contraire les Papous en général s'occupent beaucoup de leurs cheveux; ils les tressent et les arrangent de mille façons diverses qui mé-
S6 LES CHEVEUX, LA BARBE Eï LES RIDES
ritent le nom d'architecture capillaire. Il est remarquable que chez eux les hommes aient plus de soin de leur chevelure que les femmes, et se soumettent volontiers au sacrifice de reposer leurs têtes en dormant sur d'incommodes appuis de bois pour ne pas compromettre les singuliers édifices qui s'élèvent sur leurs crânes. Même en Europe chez diverses nations et en divers temps les cheveux ont été soumis aux arrang'^ments les plus étranges et ont dû obéir aux plus bizarres caprices. Tordus et retordus, tressés ou laissés lâche, ils ont augmenté en différents sens les dimensions de la tête, en simulant des tours, des nids, des galettes. L'histoire esthétique et ethnique des cheveux mériterait un volume qui ne serait pas de mince dimension.
La Barbe. — La barbe est propre à l'homme; partout la nature l'a refusée aux femmes. Pourtant chez beaucoup de races les hommes en ont si peu qu'on pourrait dire qu'ils n'en ont pas. Elle ne correspond d'ailleurs à aucune hiérarchie intellectuelle ; car elle est très fournie à la fois chez les Australiens et chez les types les plus beaux et les plus élevés de la branche aryenne et de la branche sémitique.
Les peuples les plus imberbes sont en général ceux qui se rattachent à la race mongole et à la race américaine. Chez les Lapons, j'ai trouvé très peu de barbe et seulement à la lèvre supérieure et au menton.
Parmi les peuples qui ont peu de barbe, beaucoup se l'arrachent. Ainsi font les Tehuelches de la pampa argentine qui se servent pour cet usage d'une pince d'argent. Ainsi font les Kalmouks et les Maoris qui ont ce proverbe : Il n'y a 2MS de femme pour r homme velu.
Les Russes, les Persans, les Scandinaves ont de très belles barbes. Chez quelques races orientales la netteté des contours de la barbe est très remarquable, tandis que chez les Australiens et les Todas elle est disséminée irrégulièrement sur le visage en petites touffes.
La barbe plaît aux femmes ainsi qu'à nous parce que c'est un caractère sexuel, et qu'elle donne au visage un aspect viril. Pour la même raison elle déplaît chez la femme comme une monstruosité rebutante; de là notre proverbe : Une femme barbue, on la salue avec des pierres.
Les physiognomonistes, les astrologues et les poètes ont disserté et le plus souvent plaisanté sur la signification de la barbe. Rappelez-vous ce sixain que Quadagnoli ^ consacré aux moustaches*