CHAPITRE PREMIER
ESQUISSE HISTORIQUE DE LA SCIENCE DE LA PHYSIO- NOMIE ET DE LA MIMIQUE HUMAINE
Dans toute cette portion restreinte du monde où peut pénétrer notre pauvre œil humain, nous voyons les premiers germes des êtres vivants naître et se développer suivant des lois identiques à celles qui président à la naissance et à l'évolution dos sciences dans le tran({iiille laboratoire de lintelligence. D'abord aj)parait un tourbillon confus d'atomes qui se cherchent et se groupent pour essayer les premières combinaisons de forces et les symétries de formes les plus simples ; bientôt se dessinent confusément les organes d'ordre inférieur; les parties qui d'abord étaient confondues se distinguent peu à peu ; à mesure que les membres se laçonnent et que les articulations se dénouent, elles se groupent et se hiérarchisent ; elles grandissent renfermant des choses petite? et très petites qui à leur tour deviendront grandes et très
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grandes, de même que des séries infinies de germes contenues dans un germe unique engendrent successivement des formes nouvelles et des descendants nouveaux. Et à la fin nous nous trouvons en face d'un organisme, muni de membres distincts, qui réclame une part d'espace, une place au soleil et un nom. Ainsi naissent les champignons et les chênes, les fourmis et les hommes ; les sciences naissent et se développent de m.ôiiie.
Cette marche de toutes les sciences a été aussi celle de la science qu'on appelle physîognomonie ou métoposcopie, noms divers qui signifient une même chose, l'étude de la physionomie humaine. Bien des siècles avant que ces mots eussent pris place dans nos dictionnaires et dans l'histoire de la science, l'homme avait regardé le visage de l'homme pour y lire la joie et la douleur, la haine et l'amour, et il avait cherché à en tirer des divinations curieuses et d'une application quotidienne. II n'est pas de peuple illettré, de langue rudimentaire qui n'ait incarné dans quelque proverbe le résultat de ces premiers jeux de la divination. Les bosses, les regards louches, les yeux étincelants et les yeux éteints, les diverses longueurs du nez et les diverses largeurs de la bouche sont célébrés ou condamnés dans les dictons populaires. Ces dictons sont les premiers germes de la substance embryonnaire qui fournira plus tard des matériaux à une science nouvelle.
Dans ces premières tentatives on rencontre toujours l'inexpérience enfantine de l'ignorance; les sympathies et les antipathies y sont traduites en dogmes indiscutables et en jugements sans appel; l'instinct et le sentiment y tiennent la place de l'observation et du calcul; le tout est assaisonné de cette magie qui est un des péchés originels de la famille humaine. Cet assaisonnement devient toujours plus abondant à mesure que s'accroît le besoin d'aliments nouveaux, et finit par se substituer presque entièrement à la nourriture réelle, insuffisante pour une faim si grande. C'est alors que l'homme, non content d'examiner le visage humain pour traduire en proverbes ou en lois physiognomoniques des coïncidences fortuites ou les suggestions de la sympathie et de l'antipathie, va chercher dans le ciel et parmi les étoiles des rapports entre les astres et nos traits, et bâtit ce bizarre édifice de Vastrologie judiciaire, véritable magie blanche appliquée à l'étude de la figure humaine. La magie exige un magicien ; celui-ci s'enveloppe dans le mystère de l'inconcevable pour expliquer l'inintelligible ; la magie devient une industrie, un métier qui engraisse un petit nombre de fourbes aux dépens d'un peuple de niais.
Ce sont là les origines véritables, bien que peu honorables,