ASTROLOGIE JUDICIAIRE
de la physiognomonie. Viennent ensuite les premiers écrivains qui recueillent de la bouche du peuple et dans les proverbes les matériaux épars d'une science nouvelle ; ils y ajoutent une quantité de conjectures qui leur sont propres, donnent un nom à leur doctrine et rendent sous une forme dogmatique à la foule ignorante ce qu'ils ont reçu d'elle. Une littérature dans l'enfance est toujours encyclopédique. C'est pour cela que les éléments de la physiognomonie se rencontrent dans la Bible, dans les Pères, dans les philosophes et dans les poètes. Giovanni-Baptista Dalla Porta avait raison d'écrire dans le titre du premier livre de son bel ouvrage * que la physonomie (comme on disait alors) était née de principes nainrets ; et dans son préambule, en une page riche de hardiesses et de puissantes synthèses historiques, il avait le droit de montrer comment les germes de la science dont il abordait l'étude se trouvaient épars dans les œuvres des grands esprits qui l'avaient précédé. J'ai plaisir à en citer quelques passages:
Adamantius dit que la nature, même quand la bouche est muette, s'exprime par le front et les yeux. Le philosophe Cléanthe avait coutume de dire d'après Zenon qu'on peut connaître les mœurs d'après le visage. Les Pythagoriciens avaient pour régie, à ce que rapporte Jamblique, lorsqu'il leur venait des disciples demandant à s'instruire, de n'en recevoir aucun s'ils n'avaient reconnu à de clairs indices, tirés de leur visage et de tout leur extérieur, qu'ils devaient réussir dans les sciences. Ils disaient que la nature constitue le corps d'après l'àme et donne à celle-ci les instruments qui lui sont nécessaires, qu'elle nous montre dans le corps l'image de l'ûme, ou plutôt que l'un est l'e'chantillon de l'autre. On lit dans Platon que Socrate n'admettait aucune personne à philosopher sans s'être assuré eu examinant son visage qu'elle y était propre.
La physionomie d'Alcibiade indiquait, dit Plutarque, qu'il était
destinéà s'élever au plus haut rang dans la République Platon et,
après lui, Aristote ont dit que la nature proportionne le corps à l'activité de l'ûmc. En effet, tout instrumeni qui est fait en vue d'une chose doit être proportionné à celte chose ; et toutes les parties du corps sont faites pour quelque chose, et ce pourquoi une chose est faite est une action, d'où il suit clairement que le corps tout entier a
été créé par la nature en vue d'une action excellente Nestor,
d'après la ressemblance qu'il retrouve sur le visage de Télémaque, eonjecture ce que doit être son âme, h ce que rapporte Homère :
« D'après certains signes que je discerne sur ton visage, ô illustre adolescent, je reconnais de qui tu es fils. Je ne m'étonne pas de te voir tant d'éclat dans les yeux ; ton visage fier et généreux, la haute
1. G. n. Dalla. Porta Napolitano, Ddla (isonomia delVuomo, iibri s^i, Padova, 1<)27, p^ig. 1.
éloquence et ta raison me rappellent ton père. Quel adolescent pourrait ôtre tel que toi s'il n'était le fils du grand Ulysse? »
Aristote a écrit un livre sur la physionomie, et Platon, qui pourtant n'était pas évolutionniste, a comparé la physionomie des hommes à celle des animaux. Dalla Porta, tout en réfutant sur ce point le grand philosophe grec et en soutenant qu'il était déraisonnable de s'imaginer pouvoir trouver un homme dont le corps tout entier fût semblable à celui d'un animal, fait pourtant dans son ouvrage des rapprochements continuels entre l'homme et les animaux et illustre ses comparaisons de nombreuses figures.
Platon avait dit, à titre d'exemple, que le genre lion devait être généreux et hardi, en d'autres termes, qu'un homme serait courageux, s'il avait quelque chose du lion, comme la poitrine large, les épaules vastes et puissantes, etc. A son tour, Dalla Porta met continuellement en parallèle avec l'homme les paons, les chiens, les chevaux, les ânes, les Lœufs, les coqs, les cochons et d'autres bêtes. Deux exemples suffiront pour montrer jusqu'où le physionomiste napolitain avait poussé ces rapprochements. A la page 115 bis de l'édition déjà citée, il compare un poisson de mer, la raie, avec l'empereur Domitien.
« Dans la planche suivante, on voit le visage de Domitien, représenté d'après sa statue de marbre et les médailles antiques, et en regard une raie représentée d'après nature. »
Et à la page 104 Jjis, on voit les membres inférieurs d'un singe et ceux d'un homme avec cette indication :
« Dans la planche ci-dessous on trouvera les fesses du singe et celles d'un homme maigre et sec. »
Il paraît cependant que ces rapprochements impies n'empêchaient pas en ce temps de mourir en odeur de sainteté, car Dalla Porta termina ses jours, entouré de la vénération universelle et fut enterré dans une église. Mais les théologiens d'alors étaient peut-être plus tolérants sur ce point que ne l'a été notre Tommaseo.
Le jésuite Niquetius qui fut un des plus érudits parmi ceux qui ont écrit sur la physiognomonie au xvii*' siècle, cite dans -.03 ouvrages 129 auteurs, sans compter, dit-il, a scripiiiram ^acram, quœ, lit ait Origenes, scientiariun est irnive^^sitas >^, jt parmi eux, saint Ambroise, saint Grégoire le Grand, saint Grégoire de Nazianze, saint Grégoire de Nysse, saint Jérôme, raint Augustin, saint Pierre Damien, saint Thomas, parmi les saints ; Aristote, Platon, Cardan, Sénèque, Tertullien, parmi les philosophes et les théologiens ; Xénophon, Strabon,