CHAPITRE IX
Le plaisir est une des émotions les plus universelles et les pius élémentaires de tous les êtres vivants. C'est un des pôles de la sensibilité animale et peut-être de la sensibilité végétale. Aussi a-t-il une mimique riche, variée et caractéristique qui, semble-t-il, aurait dû attirer et arrêter l'esprit d'observation des curieux qui ont, les premiers, dirigé leurs regards sur l'homme pour étudier ses mouvements. Pourtant il n'en a pas été ainsi ; les anciens ouvrages des physionomistes se bornent
consacrer quelques pages au rire qui paraît avoir été pour eux la seule expression du plaisir, digne d'être étudiée ; et encore dans ces quelques pages trouve-t-on plus d'astrologie et de cabale que d'observation véritable et attentive. La physiognomonie a été dès sa naissance une science astrologique, et ce péché originel s'est perpétué jusqu'à nos jours, car il ne s'est pas trouvé un rédempteur pour le laver et le guérir.
Le bon Cornelio Ghirardelli, de Bologne {réminent académicien vespertin), dans le huitième discours de sa Céphalogie pliysionomique (Bologne 16*70) traite de la bouche riante et du souffle infect (singulière association). Il y cite Aristote et il distingue le rire modéré qui se rencontre chez V homme sage et le rire immodéré et désordonné que Cicéron appelle Cachinnus et qui est le propre des /bw^.Et il continue ainsi :
Le rire est une voix inarticulée produite par le plaisir qu'on prend à une chose faite ou dite d'une façon ridicule, ou bien monstrueuse ou bien imparfaite. Nous disons donc que le rire modéré est un signe de sagesse, de sérénité et d'allégresse. Le rire immodéré, au contraire, est signe de folie ou de sottise. Le rire excessif, éclatant et prolongé