‹ La physionomie et l'expression des sentimentsChapitre 59 sur 172 · OPINIONS SUR LE RIRE · texte numérisé non relu

OPINIONS SUR LE RIRE

déplaisait à Sénèque, à Pythagore et à Plularque, et il devrait être en abominalion à tout homme prudent et sage.

L'empereur Iléliogabale riait si fort qu'au théâtre son rire dominait celui de la foule. Et Boccacc a dit à propos d'un rire semblable : Maître Simon riait à gorge déployée, si bien qu'on aurait pu lui arracher toutes les dents.

Démocrite fut surnommé Gélasino, à cause de son rire inextinguible ; riant sans cesse et de toutes choses, il s'était élargi la bouche jusqu'aux oreilles; on lui voyait toujours les dents et son visage était crispé. Juvénal dit de lui :

Perpétua risu puhnonem agitare soïchat DemocritJis

Zoroastre, l'inventeur de la magie, est né en riant, comme rattcslQ Pline, lib. VII, cap. xvi.

Celui qui rit à haute voix est un effronté, dit Rasi; et ceux qui rient en toussant ou de façon à perdre la respiration sont des tyrans ^•?) Si la voix s'altère en riant, dit Michel Scot, c'est signe d'arrogance, d'avarice, de tyrannie, de fausseté et de traîtrise.

Celui qui a les lèvres minces et qui, avec un visage joyeux, rît peu, sera voluptueux ; la bouche qui rit toujours est Tindice d'un homme méchant, menteur, pervers, dissimuiA et malicieux à qui personne ne doit se fier, dit Albert le Grand, car le rire de la bouche, qui correspond aux yeux est toujours mauvais, et c'est le propre des femmes.

Le rire modéré indique des hommes bienveillants, conciliants, de conduite prudente, dit Rasi. Michel Scot dit qu'ils sont habiles, sagaces, d'esprit net, intelligents et laborieux.

Isocrate écrit que Platon était de mœurs si graves, et montrait sur son visage tant de réserve que jamais on ne le vit rire, non plus que Clazomène. Nous lisons que Crassus était d'aspect si sévère et d'habitudes si austères qu'il n'a jamais ri de sa vi-.î.

Le jf'suito îlonord Niqaetius-, dans son chapitre consacrflau rire, aprf's beaucoup de citations presque toutes favorables au rire, fait df'*jà un peu de physiologie :

Rcpcntina fit dilatalio cordis ac magna vitalinm splriluum

cffusio quœ confeslim muscuios thoracis et diaphragmalis conculiunt et titillant; ad molum harum partlum seqnitur motus musculorum, qui a lateribus buccae sunt, fitque illa oris deductio, quam risum vocamus, idque ad exprlmendum anlmi gaudium ; de hls, qui plura volet, legat prseclarum tractatum Elpldli Berrclarii Prisccnsis de risu.

Ad risum proclines maxime sanguinei et cholcrici quii calidiores sunt et apud Graecos risus dicilur ytkto^ ab tKy\, id est calor.

Niquetius discute l'opinion ancienne, d'aprôs laquelle la

* Honorait Ni^vctii e SocUtate Jcsii, Sacerdotis, Théologie Physiognom.a humana. Libri IV distincta, editio prima, Lugduni, 1648.

rate serait la cause du rire, opinion née spontanément de la douleur qu'on éprouve quelquefois à la rate après avoir trop ri, ou bien imaginée pour faire pendant à la théorie qui faisait du foie le siège de la douleur :

Cor sapit et pulmo loquitur, fel commovet imvt, Splen ridere facit, cogit amare jecur

pt ailleqrs :

Quid faciam ? Sed sum petulanti spïene cacMnno.

Après avoir épuisé le peu qu'il possédait de physiologie, Niquetius fait comme les autres et retombe en pleine cabale :

Piieri, mulieres, fatui ac quilibet inexpcrli facile rident quia illis omuia nova ac noyitas risiim facit. Tyrinlliii, quum tpi>voyX(OT£ç esseut et hoc nomine a vicinis maie audirent, Delphicum oraculum consuluerunt. Respondil Pythia ita tandem eos hoc malo liberandos, si Neptuuo taurum immolarent et eum ay£>.a(7Tot in mare projicerent; illi, re deliberatg, pueros omnes hoc sacrifîcio abegerunt ne qiiod esset ridendi periculum

Un écrivain espagnol peu connu * avait, avant Gherardelli et Niquetius, lancé des traits contre ceux qui rient trop :

Ceux qui rient facilement et avec de grands éclats, ont la rate grande et sont naturellement niais, vaniteux, sots, inconstants et indiscrets.

Ceux qui rient peu et avec modération sont prudents, fins, discrets, loyaux, constants et remarquablement intelligents.

Je ne veux point citer Cicéron qui dit dans ses Tuscii-

lanes ^ :

Si ridere concessum est, vituperatur tamen cachinnatio Catulle avait déjà dit plus sévèrement :

Risu inepto res imptior nulla est.

Mais avant le philosophe et le poète, Y Ecclésiastique avait prononcé :

Fatuus in risu exaltât vocem suam, sapiens autem vix tacite ridébit.

* Hieronymo Cortei^, natural de la cUidad de Vaïencia. Phisonomia y varios secretos de naturaleza^ Barcelona, 1610.

? Tusculan, lib. IV. Voyez aussi Clément d'Alexandrie, Pédagogia. lib. II, cap. v.

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