PHYSIONOMIES DIVERSES
mimique a un autre. Sourire et rire, convulsions et cris, chants et danses suffisent à peine à fournir une issue aux. courants continus et vigoureux qui partent des centres nerveux. Un caractère presque constant de cette mimique consiste à transformer en actes même les énergies effectives ; on sent le besoin irrésistible d'embrasser, de baiser ce qu'on a près de soi, fût-ce un animal ou un objet inanimé. L'artiste en représentant la joie humaine ne devra jamais oublier la force d'expression qui accompagne le désordre musculaire.
Physionomie de la volupté. — C'est un des naufrages les plus complets de la dignité humaine, et quelques femmes qui, par nature, sont peu ou point voluptueuses, éprouvent un véritable sentiment de répulsion ou d'horreur quand elles doivent assister à de telles scènes.
Physionomie de l'orgueil satisfait. — Lorsque l'homme s'élève soit sur l'échelle des rangs, soit sur des sacs d'écus, soit sur un ballon gonflé de vanité, il éprouve une joie intense et continuelle qui imprime à sa physionomie un caractère permanent très caractérisque. De même que le chat hérisse ses poils et se gonfle pour paraître plus gros et intimider un chien qui le menace, de même l'homme plein d'orgueil, satisfait de la situation hiérarchique oii se trouve son moi. gonfle les joues, respire souvent et avec force, avance sa bedaine s'il en a une, la partie antérieure du ventre s'il est maigre, dr»rsse la tête, fait du bruit en marchant, en un mot cherche à pren dre au soleil le plus de place possible et à attirer de toutes façons l'attention de ses inférieurs. Ce n'est pas sans raison qu'en toutes langues gon/lé veut dire orgueilleux, et se gonfler s'enorgueillir.
Physionomie joyeuse, épicurienne, bachique. — C'est l'exagération de la bonne humeur avec une forte teinte de sensualisme, d'hébétement et de libertinage.
On peut du degré le plus bas de l'expression de la gourmandise s'élever jusqu'à rtq)icui'isine qui est i)lus élevé et universel. Une peau brillante et chaude, une bouche demi-close, comme dans l'attente de baisers faciles, ou de morceaux savoureux, des yeux demi-ouverts et un peu troubles, qui regardent en l'air, comme s'ils contemplaient perpétuellement des casseroles fumantes ou des chairs tendres, le murmure sourd d'un sang épais au-dessus d'un ventre satisfait ♦^t^^ilu^s épais encore, une béatitude de Silène nu porté syktt^asi'^aii^e;
de bacchantes nues, le bouillonnement tempétueux de digestions pénibles, une tranquille paresse d'idées, de perpétuels désirs de tables bien servies et de lits bassinés, un ruminement de baisers et de liqueurs, une fermentation bestiale dans la grande coupe de la nature humaine ; voilà à grands traits les linéaments anatomiques et figurés d'une mimique qui a inspiré les artistes dans les créations de Bacchus, de Silène et de certains don Juan.
Quelques-uns de ces tableaux peuvent représenter des expressions permanentes; d'autres ne correspondent qu'à des états passagers. Les expressions de la joie tumultueuse et de la volupté sont peu durables : au contraire la physionomie bachique, celle de l'orgueil satisfait et surtout celle de la bonne humeur peuvent être permanentes.
Si un artiste voulait figurer dans cinq grands tableaux les diverses périodes de la vie humaine, représentées par leurs joies les plus caractéristiques, les lignes qui suivent pourraient peut-être l'inspirer et le guider :
1 . Enfance. — Bonne liumeur, conscience d'une santé parfaite.