PLAISIRS DES SENS DU VISAGE
a. Plaisir da goût. — b. Plaisir de l'odorat. — c. Plaisir do la vue.
d. Plaisir de l'ouie.
LA MUSIQUE Eï LA DA.NSE 'J^
comme toutes les autres ; mais ces exceptions s'expliquent facilement par l'action de causes perturbatrices. C'est une loi qui gouverne les individus et les sociétés, et qui devrait inspirer l'art. Mettez vous à la fenêtre ; regardez ce groupe d'hommes, de femmes, d'enfants qui font cercle autour de quelque chose que vous ne voyez pas. Ils sont mornes, immobiles... C'est qu'il est arrivé un malheur ; ils regardent le cadavre d'un suicidé — Une autre fois, de la même fenêtre, vous voyez un tumulte, des gens qui crient et qui dansent; tout est mouvement, tout est tapage. C'est qu'ils sont en fête, et In joie les emporte tous ensemble dans un tourbillon tumultueux d'cxpLinsion musculaire.
J'ai étudié sur mes enfants l'effet d'une joie subite ; après l'immobilité momentanée que cause la surprise, ils rient et en même temps 'Is frappent du pied en cadence, ils battent des mains, ils sautent, ils dansent, bien qu'ils n'aient jamais été témoins de pareille mimique chez aucun être vivant.
Regardez un enfant à qui l'on vient de donner un jouet nouveau et d^'siré ; il saute alternativement d'un pied sur l'autre ; il frappe des mains en cadence. Ce beau tableau de la joie enfantine nous rév^'le une des premières sources de la musique, qui £st peut-être la plus admirable création du cerveau humain. Le plaisir a engendré la musique, la musique par un merveilleux retour fait naître le plaisir, et celui-ci à son tour s'exprime par des mouvements musculaires rythmiques qui sont l'alphabet de la danse. Du battement cadencé des pieds et des mains à l'invention du tambour, du tambourin et de la cymbale, il n'y a qu'un pas. Le bruit sauvage, mais rythmé, ravive la joie et crée la musique, qui, par ses formes pathologiques, nous ramène à un bruit sauvage. Darwin ayant demandé à un entant de moins de quatre ans, ce qu'il entendait par bonne humeur, l'enfant répondit : cela veut dire 7ire, habiller et embrasser, nous révélant ainsi par sa naïve répartie un chapitre de psycholoe^ie.
Dans l'explosion de la joie, les sympathies affectives réveillent par influence les parties les plus excitables de notre cerveau, celles où l'énergie condensée est toujours prête à s'épancher en mimique. C'est ainsi que Petherick a vu les nègres du Nil supérieur se frotter le ventre en contemplant quelques verroteries convoitées, et que Leichardt a vu les Australiens ouvrir et fermer alternativement la bouche, comme s'ils dégustaient, en admirant ses chevaux, ses taureaux et surtout ses chiens. C'est ainsi encore que les Groen- Mànteoazza* 7
landais savourent l'air quand ils sont contents, comme sMls avalaient un morceau délicieux. A ces faits, j'en ajouterai d'autres qui confirment cette loi dans des domaines différents. Les libertins, pour exprimer un plaisir quelconque, se lèchent les lèvres se caressent les joues ou ont recours à quelque autre mimique sexuelle, et les gens passionnés pour la musique donnent à toutes leurs joies une expression harmonique.
Parmi les éléments mimiques du plaisir, énumérés dans notre tableau analytique, quelques-uns sont caractéristiques de la volupté sexuelle; je citerai entre autres le renversement en arrière du globe oculaire de façon à cacher la cornée, le grincement des dents, le trisrnus, les convulsions épileptiformes, les soupirs, les râles, les rugissements, les mugissements, les sanglots et autres semblables; ces phénomènes sont de la nature la plus bestiale; ils n'en sont que plus automatiques et plus irrésistibles, et l'éducation n'exerce sur eux que peu ou point d'influence. Ici l'homme intelligent est complètement submergé dans la grande mer de la fraternité animale : le cheval, l'âne et l'homme ont souvent la même manière d'exprimer l'enthousiasme erotique.
Les divers mouvements mimiques du plaisir peuvent se grouper entre eux de façon à former des tableaux caractéristiques de certaines émotions ou d'états spéciaux de notre organisme.
Je mentionnerai ici quelques-uns des plus connus et des mieux définis, pour qu'ils servent à guider l'artiste et le psychologue.
Physionomie de la bonne humeur. — Quand la santé est parfaite, quand aucun souci ne trouble notre sérénité, c'est déjà un plaisir que de se sentir vivre ; ce plaisir s'exprime par un sourire expansif, par une tonicité permanente des muscles de la face, et un léger éclat des yeux. C'est le visage des enfants en bonne santé, c'est Texpression joyeuse d'un galant homme qui se porte bien. En face de ces belles représentations de la vie, nous nous écrions : Oli! quel visage 7nani! Quelle image d\m cœur conlenl! C'est une joie que de le voir!
Physionomie de la joie tumultueuse, de la joie dél.i- BANTE, de la JOIE FOLLE. — On l'observe dans la joie subite et violente, surtout quand l'esprit n'y est pas préparé. L'émotion se répand tumultueusement et rapidement d'un cercle