MIMIQUE DE LA HAINE, DE LA CRUAUTÉ ET DE LA COLÈRE
Que de fois ne nous arrive-t-il pas dans la vie de répéter avec un soupir la profonde parole de Seume : Le ciel nous a gâté la terre ! La haine est à l'amour dans le domaine des passions ce que la douleur est au plaisir dans le domaine des sensations ; et la mimique de la haine doit être Topposë de celle de Tamour, de même que les sentiments qu'elles ont à exprimer sont en contradiction absolue. Cette étude, procédant par comparaisons et par antithèses, serait très facile si nous nous faisions de la haine une conception tirée uniquement de lobservation. Mais en pensant à la haine nous sommes détournés d'un jugement sain par l'influence des idées éthiques et religieuses qui nous ont habitués à toujours considérer la haine comme un péché. Au contraire, tout animal, tout homme qui nait sous le soleil doit et peut haïr, i)ourvu qu'il se lasse de la haine une conception juste, celle d'éioignement. de réaction contre ce qui nous menace et nous offense. Montaigne, qui fut un des plus profonds connaisseurs du cœur humain, pressentait cette vérité quand il a dit : Nature a, ce crains-je, elle-mcnie attaché à Vhomme quelque penchant à VinJairaanitc.
Gomme j'ai déjà consacré quelques volumes au plaisir, à la douleur et à l'amour, je voudrais, avant de mourir, pouvoir écrire aussi la Physiologie de la haine ; c'est seulement alors que je croirai avoir touché» b's qu.itrt» jioints cai'dinau:: entre lesquels se meut la nature humaine. Pour aujourd'hui qu'il me soit permis d'esquisser l'expression d'une des énergies les
plus puissantes, d'où dérive plus de la moitié de l'histoire de rhumanité.
Les anciens physiognomonistes ne se sont presque occupés que de la colère et ont toujours eu grand soin de la distinguer de la haine, dont elle est, au contraire, une forme particulière. Ils nous ont pourtant laissé quelques portraits grotesques du méchant. Faisons un rapide voyage à travers ces brouillards du passé.
L'ancien traité de Polémon sur la physiognomonie, traduit en italien par Carlo Montecuculli, dit :
Signalement du fou méchant. — Les fous méchants sont comme les bêtes, dont les unes sont cruelles, les autres douces, et c'est ainsi qu'il faut en juger. Celles qui sont douces sont encore plus folles; les chèvres sauvages, les moutons, les chevaux, les ânes et autres semblables sont doux et tranquilles ; au contraire les bêtes fauves sont plus farouches et plus violentes. C'est de même qu'on doit raisonner sur la figure des hommes, car il y a parmi eux deux races : les uns sont doux et justes, les autres ont des mœurs sauvages. Ils se distinguent les uns des autres par l'âprelé et la dureté ou par la délicatesse; c'est par là qu'on voit s'ils sont arrogants ou s'ils sont aimables ; la douceur est la compagne naturelle de la justice, la dureté est celle de la fierté et de l'intempérance ; les libidineux sont ceux qui tiennent beaucoup du paysan ; le fou méchant a les cheveux longs, la tête dure et de travers, les oreilles grandes, le cou tors, les pieds longs, les talons hauts, le front dur et âpre, les yeux ténébreux, petits, secs, le regard fixe, les épaules étroites, la barbe longue, la bouche large ouverte et comme écrasée, la figure allongée et portant comme des traces de fractures; il est courbé, pansu, avec les jambes grosses, les attaches des mains et des pieds énormes et grossières ; il a la voix aboyante, débile, grêle et impudente.
Signalement du colérique. — Celui-là a la stature droite, la taille massive, le teint rouge, les épaules rejetées en arrière et pas trop fortes, la poitrine plaie, la barbe longue ^t bouclée, le dos large, les cheveux tombant régulièrement autour du cou, la figure longue, les cils recourbés et le nez creux.
Aristote distinguait trois espèces de gens colères : les Mlieux ou aigres ; les acerljes ou mners ; les difficiles, âpres ou cruels :
Biliosi seu acuti supra modum sunt prompti et celeres et ad omnia, omnibus de causis, iracundia oxcandescunt. Acerbi ad injuriam ulciscendam non adeo rapiuntur. Sed solum ejus memoriam cum intima tristitudine diu retinent, quasi diu in iracundia persévérant; ul tri namque ita sedare solet voluptatem afferens, et dolorem ex accepta injuria mitigans, permolesti sunt omnibus et sibi ipsis et amicis propter perpetuam ex ira trislitudinen conceptam. Asperi ac ssevi ad vehe-