PHYSIONOMIE RELIGIEUSE
l'on ne peut fabriquer un seul petit muscle pour exprimer un sentiment qui n'est que la somme de beaucoup d'énergies toutes humaines et toutes susceptibles d'ôtre analysées anatomiquement et physiologiquement.
Lavater suffirait à le prouver. Religieux comme il l'était, il a consacré un des plus longs chapitres de son ouvrage à l'étude De la religion et des physionomies religieuses ; pourtant, avec son ingéniosité, il n'a réussi qu'à donner une description du caractère des hommes religieux, et non un tableau de la mimique religieuse.
Après avoir dit qu'il y a une confor^mation religieuse, il sent le besoin de justifier ces étranges paroles et suppose qu'on dira de lui : Ce bon Lavater ne sait ce qu'il dit et, à force d'écrire, il a perdu la tête.
Plus loin il distingue trois classes principales de conformations religieuses :
1« La forme tendue et dure (par exemple celle de Calvin);
2° Les formes vagues et molles 'dans le genre de Zinzendorf).
3° Les formes libres et droites qui sont susceptibles d'un excès de rigueur ou d'une extrême douceur (saint Paul et saint Jean).
Il esquisse d'une façon très heureuse la physionomie des jésuites, et donne quelques bons portraits de Loyola, de Ximénés, de Charles Borromée et de plusieurs autres. Rien de plus étonnant que l'expression religieuse d'un certain vieillard qui prie. Tous les artistes qui ont à traiter des sujets religieux devront s'inspirer de cette petite gravure qui est tout un poème.
Voici le commentaire qui accompagne cette merveille :
Recueillement d'un cxur pieux, absorbé dans la méditation de la mort, dont toutes les pensées se tournent vers Dieu et qui, désenchanté de tout dans ce monde, ne soupire que pour rélernel repos. Peut-être sa dévotion est-elle timide et peu éclairée; mais du moins elle est sincère. Tous les traits du visage s'y réfèrent, depuis les yeux contrits et craintifs jusqu'aux rides du front. Ce n'est pas un pécheur qui se repent, c'est un saint qui, à la moindre distraction, craint de perdre la voie du salut. L'ardeur, qui jadis enflammait sa jeunesse, réchauffe encore aujourd'hui sa piété qui n'est pas souillée par l'osleiitation du pharisien.
Dans son étude sur la physionomie religieuse, Lavater s'est peint tout entier en quelques lignes, où l'on voit percer le naturaliste sous le manteau du théologien et de l'homme religieux ;
Tout homme religieux modèle involontairement la divinité d'après sou propre caractère. Le flegmatique adore un dieu calme et doux ; l'homme violent redoute sa puissance et sa vengeance. Voilà pourquoi saint Pierre et saint Jean parlaient du même Dieu, l'un avec terreur, l'autre avec tei. dresse.
Si le génie de Lavater n'a pas réussi à nous donner le type physiognomonique de l'homme religieux, il serait étonnant que ses vulgaires disciples et les écrivains modernes aient eu plus de succès.
Quelques-uns d'entre eux ne peuvent se juger qu'avec un sourire. Thoré ^ par exemple, prétend qne l'élévation du sommet de la tête est un caractère commun à tous les hommes religieux :
Les œuvres d'art présentent beaucoup de preuves à l'appui de cette assertion. Presque toutes les statues antiques ont la partie supérieure de la tête peu élevée. Tel. est le type païen, dans lequel la religiosité était moins développée que dans le type chrétien.... La tête du Christ, reproduite par les maîtres, offre dans sa partie supérieure une admirable conformation, soit que l'instinct ait guidé les artistes, soit que ce type ait été conservé par les traditions.
Lepelletier attribue les traits suivants à Vhonime dhine piélé, d\ine fol sincères * .*
La tête, même lorsqu'elle n'offre pas un développement considérable, est cependant bien conformée; le front prédomine sans exagération; il est pur, noble, digne, sans ostentation, sans vanité, les violentes émotions ne viennent point en détruire la candeur; et celles qui pourraient en altérer le calme y semblent neutralisées par le rayon céleste dont il reçoit la lumière et la puissance; les sourcils figurent deux arcs parfaits et régulièrement tracés, les yeux en amende sont assez grands. . . .
Le col est plutôt allongé que très court, etc.
0 hommes au cou court l o femmes aux yeux petits et ronds ! renoncez à l'espoir d'entrer dans le royaume des cieux, car vous ne pouvez avoir ni vraie piété, ni loi sincère.
1. C. TiiORÉ, Dictionnaire de ph't'nolonie et dcjjhi/.yio^'uomonie. Bruxelles,