SIG.NES DE REPULSION
mière expression de la douleur; ou bien nous pouvons prendre l'expression de la répugnance et du dégoût et passer de là aux réactions les plus manifestes de la haine agressive.
Dans le dégoût, dans l'aversion pour une chose inanimée, la haine, telle qu'on l'entend au sens vulgaire du mot, n'entre que peu ou point. Il ne s'agit, dans ce sens, que d'une mimique purement douloureuse, bien qu'il puisse s'y associer, en proportions diverses, l'expression de l'éloignement, qui est le commencement de la haine.
La civilisation nous a tellement rogné les ongles et émoussé les dents que parfois une haine violente peut n'avoir d'autre expression extérieure qu'un simple mouvement de la tête se rejetant en arrière. Si imperceptible que soit cet acte, il est toujours accompagné de quelque acte mimique se rapportant à la douleur. Et cette douleur a certainement deux causes, d'abord le désagrément de se trouver en face d'une personne détestée, et aussi la contrariété qu'on éprouve à se voir forcé de comprimer et de dissimuler sa haine et son chagrin.
Dans une société de personnes aimables et bien élevées, entre tout à coup un homme antipathique à tous, et qui peutêtre est pour quelques-uns un objet de mépris et de haine violente. C'est le moment d'étudier la mimique négative et, pour ainsi dire, crépusculaire de la haine. La tête s'éloigne de l'axe du corps; le corps s'appuie sur le dossier de la chaise ou sur le mur; il y a un mouvement centrifuge général. En même temps les lèvres se contractent, et les visages, qui un moment auparavant étaient gais et sereins, se voilent d'un nuage. Vous avez ainsi devant vous un tableau complet de la mimique de la haine, mais réduit par le frein social à une exi)ression à peine indiquée.
Vous avez une tendance à s'éloigner de la personne odieuse, ce qui représente tout un groupe de la mimique répulsive.
Vous avez l'expression de douleur qui accompagne le plus souvent la mimique de la haine.
Vous avez enfin une contraction silencieuse des lèvres, qui est le premier avertissement d'une résistance, d'une lutte qui va commencer. La première chose qu'on fait inévitablement quand on se prépare au combat, c'est toujours de retenir sou souffle et de fermer la bouche.
Le froncement des sourcils est un élément très caractéristique de la mimique de la haine, et marque la transition entre
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deux groupes d'expressions. Quand ce froncement est léger, il n'indique que la douleur. Quand il est très prononcé, il tend à effrayer l'adversaire en donnant aux yeux une expression menaçante, comme cela a lieu chez plusieurs anthropomorphes. Il y a des domaines communs à la haine et à la douleur; ces deux émotions s'entremêlent souvent et s'enchevêtrent au point qu'il est impossible de faire l'analyse élémentaire du composé psychique binaire qu'on a devant les yeux. Nous souffrons, et nous nous indignons de cette souffrance, et nous nous mettons en colère comme si la douleur était un ennemi à vaincre ; d'autres fois nous haïssons profondément et nous souffrons de cette haine. Dans l'un et l'autre cas les mimiques sont identiques : amour et plaisir, — haine et doideur, voilà deux composés binaires, deux combinaisons psychomimiques si énergiques que pour en séparer les éléments il faut la pile formidable et destructive de nos méthodes analytiques. L'œil prend une grande part à la mimique de la haine et cela de deux façons diverses et presque contraires.
Dans la répugnance simple, dans le simple éloignement l'œil se ferme, tout à fait ou à demi, comme pour repousser la vue de la chose ou de la personne que l'on hait. Quand, au contraire, on arrive à la période de la réaction ou de la menace, l'œil s'ouvre tout grand, la paupière supérieure disparaît presque et le regard se fixe intrépidement, en prenant le caractère que nous appelons à bon droit menaçant, puisqu'il annonce une menace imminente ou tout au moins virtuelle. La terreur et l'horreur se traduisent par des regards identiques. Cette analogie est si réelle que Lebrun, dans son Atlas, n'a pas pu distinguer la haine de la terreur, et que l'on pourrait, sans blesser la vérité, intervertir les noms qu'il a placés au-dessous de ses figures 16, 17 et 18. Dans la figure 16, intitulée : ïhorreiir, les muscles sont contractés comme dans la haine, et la figure 17, intitulée : Vefjroy, pourrait aussi bien être donnée comme représentant un accès de colère. La figure 18 exprime : la colère; mais elle pourrait aussi bien servir pour Xeffy^oy. La figure 17 : la haine ou jalousie, est mieux réussie. Mais toutes ces figures sont fausses ou incomplètes parce qu'il leur manque la mimique des bras et des mains qui, dans les grandes émotions, complète toujours l'expression du visage.
Représentez la haine sur le visage, en donnant aux mains le geste de la peur, vous aurez l'image de Vhorreur. Représentez l'horreur sur le visage et ajoutez-y des poings fermés et vous aurez l'image de la haine.