SIGNES DE LA TIMIDITÉ
sionomie d'un homme, son degré de timidité, et de mesurer par là son peu de courage. Qui sait combien de mésaventures nationales, combien d'humiliations pourraient être évitées si la science nous donnait le moyen de porter un pareil diagnostic. Malheureusement, en dehors des quelques traits que nous avons tracés, on ne peut rien dire de certain, à moins de faire de la fantaisie et de vouloir enfermer les nuées dans un sac. Cette indigence et cette modestie de la science physiognomonique contemporaine a succédé à une époque d'outrecuidance qui nous fait rire aujourd'hui. Il n'y a pas un livre ancien qui ne donne une recette sûre pour discerner les hommes timides. Voici celle de Nicquetius :
Timidi viri figin'a. — Ad mulieres, cervos, cuniculos, lepores, damas et temperiem frigidam refertur occiput cavum; calor pallidus, sublividiis, citrinus vel niger, oculi imbecilles et qui fréquenter Dictant, pallidi, stupidi; pilus mollis; ex tréma parva; lumbi imbecilles; collum longum, gracile, pingue; pectus débile, carnosum; vox acuta, remissa, tromula; os parvum; mentura rotundum; labia patua ; tibise, crura carnosa, sed minime ossea ; manus longse et subtiles ; pedes parvi, inarticulati ; mes qui est in facie mœstus *.
Le même auteur, dans d'autres endroits de son ouvrage, explique comment : quibiis capilli surrediores timidi — coxœ carnosœ timidum dénotant — entra parva tunidorunipropiHa^ — quibiis crura pervertuntiir timidi siint — manus svMiles et longœ timidorian propriœ, etc.
Dans tous ces tableaux de genre, on découvre au premier coup d'œil le procédé. L'auteur, comme tout le monde, a fait la surprenante découverte que les femmes sont plus timides que les hommes ; il nous fait le portrait d une femme sous prétexte de peindre un homme timide, et le tour est joué.
Il est singulier que tous les anciens auteurs aient attribué à l'homme timide des cheveux doux, c'est-à-dire fins.
Ghirardelli nous assure « que les cheveux r^ns et doux dénotent le plus souvent une personne craintive », et il trouve bien naturel qu'il en soit ainsi, puisque le cerf, le lièvre et la brebis ont le poil doux. Plus loin ce physionomiste ne craint pas d'aller chercher des signes et des indices chez les oiseaux, parce que, comme l'enseigne Aristote, « tous ceux » qui ont le plumage doux sont timides ; par exemple la caille » et tous les oiseaux qui vont en troupe, ce qui est un indice » manifeste de leur timidité *. »
i. NlCQUETH, op. cit., p. 318.