LA DÉFIANCE W
se résout à son tour dans l'hypocondrie, dans la nosomanie, dans une souffrance générale de toute la partie sensible de notre être, qui peut nous porter au désespoir et au suicide. Nous avons étudié ce sujet dans notre Physiologie de la douleur, et les traits principaux en sont reproduits dans le chapitre de ce livre qui traite de la mimique de la doiileio\
Entre la peur et l'amour de nous-mêmes (sentiment concentrique et centripète par excellence, dont la mimique par suite est négative), se place la défiance qui est un commencement de peur, un mouvement de l'égoïsme qui s'éveille pour faire face à un danger imminent ou entrevu. La même chose peut se dire du soupçon^ qui est frère de la défiance et dont l'expression est purement intellectuelle, avec une nuance à peine sensible de préparation à la défense.
La défiance, qui est un commencement de mouvement défensif, a une mimique à peine sensible qui peut se réduire à un soulèvement du sourcil accompagné de rides transversales sur le front, d'une élévation de la lèvre supérieure et d'une contraction forcée de la bouche.
Quand nous voulons faire partager à d'autres notre défiance et nos soupçons, la mimique devient plus expressive, et elle empiète sur le domaine du langage conventionnel. C'est alors que nous tordons la face et surtout la bouche de façon à leur faire perdre leur symétrie naturelle. Nous pouvons aussi lever les épaules et tordre le corps dans le même sens que les traits du visage ; ou bien branler la tête de droite à gauche ou froncer le nez, ou enfin appuyer la pointe de l'index sur la joue ou sur une des ailes du nez ou sur la paupière inférieure pour la tirer en bas. Presque toujours cette mimique est accompagnée d'un hmmn prolongé, et qui ressemble à un râle ou à un ronflement.
Ici nous sommes sur un territoire mixte, sur une frontière où les expressions automatiques de la mimique se confondent avec le langage figuré ou conventionnel. Quelques-uns des faits s'expliquent facilement. D'autres restent complètement obscurs.
La torsion de la face, du nez, de la bouche, de tout le corps n montrent avec évidence que la chose ou la personne dont il s'agit n'est pas claire, ni droite, qu'il y a du faux, que quelque chose va de travers. C'est ainsi qu'on dit dresser le nez ou faire la moue pour indiquer un manque d'estime et par conséquent de confiance. Plus simple encore est l'explication du branlement de tête et des nombreux signes qui servent à ex-. primer une négation.
Le soulèvement du sourcil indique que nous voulons ouvrir les yeux tout grands pour mieux voir une chose obscure ; et, à mon avis, la même signification s'attache au mouvement de l'index qui s'applique sur la paupière inférieure pour la tirer en bas. Ce reste, qui semble obscur à beaucoup de personnes, me paraît vouloir dire uniquement : Ici il faut Uen ouvrir lès yeux.
On a voulu donner de cette mimique une interprétation subtile et compliquée : « Regardez cet homme; il est louche ou borgne; cave a sîgnaiis, et tout ce qui s'ensuit. » Je crois qu'on est allé chercher bien loin une explication qu'on avait sous la main.
Il est plus difficile de comprendre pourquoi on manifeste aussi la défiance ou le soupçon en posant le doigt sur la joue ou sur le nez. Probablement ces gestes ont le même sens que celui qui consiste à mettre le doigt sur la paupière inférieure. Pour moi, ce dernier geste serait l'expression normale caractéristique; les autres en seraient des variantes ou des synonymes. La mimique brode souvent sur le même motif des variations diverses, et même dans les expressions les plus constantes et les plus irrésistibles, nous avons beaucoup de formes équivalentes qui alternent et se substituent l'une à l'autre.
La défiance devenue une habitude imprime souvent à notre visage un caractère permanent, qu'on peut considérer comme celui de la timidité. On le voit dans toute sa force chez les pauvres fous atteints du délire de la persécution. Ils ont une façon incertaine de regarder tout autour d'eux ; leurs sourcils se relèvent, ou bien l'un s'élève tandis que l'autre s'abaisse ; leur regard est vacillant, de temps en temps leurs lèvres se contractent et ils branlent la tête, ou bien ils prennent une attitude d'attention comme s'ils écoutaient les bruits réels ou imaginaires.
C'est là de la maladie; mais en dehors du domaine spécialement pathologique, il y a aussi une expression de timidité, qui se caractérise par divers caractères négatifs, tels que l'absence de joie vive, de tendance à la lutte, et par quelques signes positifs, comme l'incertitude des mouvements faciaux et la disposition à rougir facilement.
Nous parlerons de ce phénomène, qui joue un grand rôle dans la mimique, en nous occupant de la pudeur qui en gendre pour son propre compte une forme particulière et très caractéristique de la timidité.
Il serait fort utile de pouvoir déterminer, d'après la phy-