IR
comme le fait Dausset, on place de préférence le malade entouré de couvertures, mais à l’air libre, audessus ou au-dessous des deux électrodes placées horizontalement sur le même plan. La température est portée à 39°-40° en un temps variable avec chaque sujet : avec 800 à 1.009 watts, il faut une demi-heure à une heure environ d’exposition. Cette température atteinte on interrompt la séance et elle redescend à la normale en 2 ou 3 heures. (Ce n’est que dans le traitement de la P.G. qu’on maintient la température à 40° pendant plusieurs heures.)
b) Mode d'action des ondes courtes. — Comme en diathermie, l'élévation de la température locale ou centrale est le résultat le plus évident des applications d’ondes courtes. À cette action thermique, on peut rattacher la vaso-dilatation, l’hypérémie, qui entraînent l'augmentation des échanges et le méilleur état de défense des tissus articulaires par :pport supplémentaire de phagocytes.
On constate aussi une action analgésique nette ; la chronaxie serait abaissée.
Quant à l’action nocive des ondes courtes sur le gonecoque elle a été démontrée par Schliephake, Haase, etc. Cette action semble d’ailleurs en rapport avec la longueur d’onde. Faut-il donc admettre une action spécifique des ondes courtes, en rapport avec un effet vibratoire, suivant l'hypothèse du prof. d’Arsonval ? Ou bien faut-il, avec d’autres auteurs, faire reposer toute l’action des ondes courtes sur des phénomènes thermiques ? À l’heure actuelle, la question
LLTRAEE
n’est pas encore définitivement tranchée. Il semble bien cependant qu’en réalité il existe une action vibratoire des ondes courtes, mais, outre que nous n’en avons pas la preuve formelle, cette action parait presque indissociable de l’action thermique.
Quoiqu'il en soit, dans le cas qui nous intéresse, les bons effets thérapeutiques des ondes courtes ne peuvent guère être attribués à leur action directe sur le gonocoque. Peut-être la thermo-sensibilité spéciale du gonocoque joue-t-elle un rôle, mais les facteurs les plus importants sont sans nul doute l’exaltation de la phagocytose et l’hyperémie, et peut-être aussi les modifications de l’équilibre du potassium et du calcium.
c) Résultats et indications. — Les ondes courtes ont tout d’abord été appliquées suivant la méthode vulgarisée en France par Halphen et Auclair: l’électropyrexie. La pyrétothérapie par injection de vaccin antichancrelleux Dmelcos avait déjà donné d’assez bons résultats entre les mains de Dimitresco et Petrea, de Charles Richet fils. Les résultats obtenus avec les ondes courtes en application générale à forte puissance leurs sont absolument comparables (Halphen et Auclair, Bourgeois, Atsatt et Paterson..) Les arthrites ainsi traitées étaient surtout des arthrites subaiguës ou chroniques, mais quelques cas aigus ont été aussi rapportés. Dans les cas favorables, on assiste à une diminution nette et rapide de la douleur et des phénomènes inflammatoires : rougeur, chaleur, gonflement ; l’articulation est plus facilement mobilisable. Souvent il arrive aussi que la douleur diminue sans
ÉRRUIE -
modification de l’état local. Enfin, il y a des échecs totaux, mais ils seraient plutôt rares et concerneraient surtout des cas chroniques.
Cependant l’électropyrexie semble actuellement beaucoup moins utilisée que les applications locales d'ondes courtes dont les effets souvent remarquables ont été signalés par Schliephake, Pflomm, Dausset.. Plus le traitement est appliqué d’une façon précoce, meilleurs sont les résultats ; dans les cas chroniques, ils sont moins beaux et parfois longs à se manifester, mais il ne faut pas désespérer et cesser trop tôt le traitement.
Nous n’avons eu que deux fois l’occasion d’appliquer nous-même ce traitement, en raison de circonstances indépendantes de notre volonté. Nous avons obtenu une guérison rapide dans un cas d’arthrite tibio-tarsienne subaïiguë, et un échec ‘dans un cas particulièrement grave d’arthrite du genou du type Duplay- Brun, passée à l’état subaigu après de longs mois de traitements médicaux variés et d’immobilisation plàtrée ; mais nous n’avions pratiqué dans ce cas que 6 séances d’ondes courtes, ce qui est trop peu pour juger de l'efficacité réelle de ce traitement, comme nous l’a fait très justement remarquer le docteur Morel-Kahn, lors de la publication de cette observation à la Société Française d’Electrothérapie et de Radiologie (la malade fut améliorée seulement par la radiothérapie).
Depuis, nous avons eu l’occasion de voir avec notre ami le docteur Moule, dans le service du docteur
Belot à Saint-Louis, plusieurs malades traités par des applications locales d'ondes courtes à forte puissance pour des formes variées d’arthrites gonococciques: les résultats étaient tous satisfaisants, mais il fallait souvent faire 15 à 20 séances avant d'obtenir une amélioralion. |
En conclusion, nous sommes donc tout à fait favorables aux applications locales d’ondes courtes dans le traitement des arthrites gonococciques aiguës ou chroniques, à condition toutefois de ne pas considérer cet agent comme exclusif et quasi-spécifique. Il n’y a aucune contre-indication et nous ne pouvons que conclure avec Dausset : « Pas d’électrodes à appliquer, possibilité de faire le traitement le pansement ou l’appareii d'immobilisation restant en place, possibilité d'élever la température des tissus profonds beaucoup mieux qu'avec la diathermie. C’est pour ces avantages ques les ondes courtes devraient être ordonnées dès la période aiguë de l’arthrite blennorragique.… L’associtation ondes courtes et rayons X. doit remplacer toujours la néfaste pratique de l’immobilisation. »
KINESITHERAPIE
« La kinésithérapie », écrit Durey, « comporte l’ensemble des applications thérapeutiques du mouvement ; qu'il s'agisse des mouvements actifs ou passifs, subis par le patient ou produits par lui, avec ou sans intervention de machines ou appareils. » Nous aurons donc à envisager le massage et la mobilisation active et passive, naturelle ou artificielle (mécanothérapie).
Les pratiques kinésithérapiques appliquées aux arthrites blennorragiques ont été jugées, tour à tour, avec une extrême faveur ou une grande méfiance.
Pendant longtemps, l’immobilisation dans un appareil piâtré a constitué un dogme presque absolu. Cependant, si elle calme assez souvent et rapidement les douleurs, l’immobilisation prolongée est déplorable : elle conduit directement à l’ankylose et à l’atrophie musculaire.
Si donc, dans certains cas, on est obligé d’en venir malgré tout à l’immobilisation, celle-ci devra toujours être de courte durée et associée à d’autres traitements physiothérapiques. Puis, il faudra avoir recours au massage et à la mobilisation pour aider à la guérison
fonctionnellle.
On a longtemps discuté, et certains discutent en-
LR or
core, sur le moment le plus opportun pour mettre en œuvre ces pratiques.
Si l’on intervient trop tard, on trouve l’ankylose déjà solidement installée. Trop de précipitation amène souvent, d’autre part, un réveil de l’arthrite qui était en bonne voie de guérison.
Ces opinions extrêmes ont été cependant également soutenues.
« Les mouvements intempestifs », écrivait Verneuil, en 1879, « ne servent qu’à entretenir l’inflammation, laquelle, par ses exsudats plastiques produit directement l’ankylose ».
A l'opposé, Willems fait une règle de traitement de la mobilisation immédiate, dès le malade réveillé de l'opération (arthrotomie). Cette méthode est de réalisation difficile et n’est pas d’ailleurs sans échecs. (Cotte.)
Le massage précoce des arthrites gonococciques aiguës a été préconisé de même par Fège père dès 1890. Fège fils y a consacré sa thèse (1910) ainsi que Fauvel (1925). « Le massage précoce doit être fait malgré les phénomènes aigus, mieux, à cause des phénomènes aigus. À la disparition des phénomènes aigus il est trop tard, l’organisation est complète. » D’après les mêmes auteurs les résultats seraient absolument merveilleux : soulagement immédiat, disparition rapide des phénomènes inflammatoires, restitution ad integrum de la fonction. « Le pronostic de la blennorragie articulaire est moins sombre, oserions-nous dire benin ? »
Fège demande seulement de s'abstenir lorsqu’il y à un soupçon de suppuration.
En réalité, il est presque aussi néfaste de commencer trop tôt à mobiliser ou masser une arthrite blennorragique que d’attendre trop tard ou de s’abstenir.
Comme le dit justement Carnot : « S'il s’agit d’un rhumatisme blennorragique encore mal refroidi, les méthodes kinésithérapiques peuvent être détestables, réveiller l’inflammation, mobiliser les micro-organismes qui s'étaient fixés et, mieux, en exalter la virulence ».
L'opinion généralement admise est qu’il faut commencer de bonne heure : « De bonne heure, veut dire lorsqu'il n’y a plus de fièvre générale, ou d’hyperthermie locale, et surtout dès que la pression au niveau de l'articulation n’est plus douloureuse. » (Mauclaire.)
La mobilisation forcée sous anesthésie ne doit être pratiquée que très rarement et avec les plus grandes précautions, dans la crainte de provoquer une fracture ou une nouvelle poussée d’arthrite suivie d’un accroissement de l’ankylose.
Il vaut mieux commencer par des manœuvres d’effleurage débordant largement la région articulaire et toujours bien supportées, puis passer progressivement au pétrissage de la peau et du tissu cellulaire sous-cutané et aux frictions le long des ligaments.
On pourra ensuite pratiquer la mobilisation passive, avec prudence et modération au début, sans jamais aller au delà de la douleur, suivant le précepte
d'Ollier. « Si les tentatives de mobilisation pratiquées sans violence ne déterminent que des douleurs passagères. elles doivent être continuées. Au cas où cette mobilisation serait suivie de souffrances persistant longtemps après chaque séance, on s'arrèterait pour attendre de nouveau l'extinction complète de la phlegmasie et pour recommencer à propos. C’est donc presque en tatonnant qu'il faudra procéder ; c'est une affaire de tact de la part du praticien ». (F. Guyot.)
Rapidement d'ailleurs le malade pourra exécuter de lui-même de petits mouvements souvent répétés entre les séances de kinésithérapie passive et d'amplitude croissante avec la libération des adhérences. La mobilisation active a surtout pour but de lutter contre l'atrophie musculaire : d’abord isolée, elle se fera ensuite contre une résistance progressivement croissante.
D'ingénieux appareils ont été imaginés par Zander pour la mobilisation active ou passive. Les mouvements sont ainsi dosés et réglés d'une façon précise. En réalité, la supériorité de la mécanothérapie est plus théorique que réelle. De plus, si elle n’est pas bien dosée elle peut être dangereuse : aussi est-elle assez peu employée (Mausset), d'autant plus que les instituts Zander sont assez rares.
Notons enfin, pour terminer, qu'on aura souvent avantage à pratiquer les séances de massage et de mobilisation dans un bain (Ollier, Siebelt) ou sous une douche d'air chaud (Frey. Dausset) ou d’eau chaude (Aix-les-Bains).
THERMOTHERAPIE
Quelques auteurs ont préconisé les applications de vessie de glace ou de cataplasmes froids de farine de lin contenant des fragments de glace sur les articulations atteintes d’arthrite aiguë avec grosse inflammation des tissus peri-articulaires. Ces pratiques sont presque généralement abandonnées.
La chaleur a, par contre, toujours joui et jouit encore d’une grande vogue dans la thérapeutique des arthrites blennorragiques aiguës ou chroniques. Par les applications de chaleur, on cherche à produire une hyperémie active favorable à l'activation des échanges, à la phagocytose et à la résorption des exsudats, en même temps qu’un effet sédatif et analgésique.
Pour traiter les affections rhumatismales — ainsi d’ailleurs que beaucoup d’autres maladies, — les Grecs usaient déjà de bains de sable chauffé au soleil, les Egyptiens mettaient sous une tente des pierres chauffées à hautes température, les Romains construisaient des thermes.
De nos jours les procédés se sont multipliés.
Certains sont actuellement un peu délaissés : cataplasmes chauds, bains de mélasse, sacs de sable
chauffé à 80° (Balzer).