ETUDE ANATOMO-CLINIQUE ET BIOLOGIQUE
L’arthrite blennorragique a été longtemps classée dans le groupe des pseudo-rhumatismes infectieux que l’on opposait au rhumatisme articulaire aigu, et elle a longtemps souffert de la difficulté à mettre en évidence le gonocoque « in situ » et ainsi à identifier toutes les formes de l'affection.
Quant à l’appellation elle-même, elle varie suivant les auteurs. Les uns tiennent toujours pour la therminologie traditionnelle : « rhumatisme blennorragique », ce terme désignant mieux pour eux l’état de fluxion inflammatoire et d’œdème qui s’étend non seulement à l'articulation elle-même mais également aux tissus conjonctifs péri-articulaires. Pour Cooperman, « le terme de rhumatisme gonococcique est un terme malheureux, il devrait être banni de la terminologie. I donne aux malades l'impression erronée que la guérison doit être complète et il donne au médecin la fausse sécurité. » Mondor, qui a bien précisé l’anatomie pathologique de l’affection, est du même avis : « Une maladie mal baptisée risque d’être une maladie mal connue c’est-à-dire mal traitée. »
A 1 VE ETIOLOGIE
L’arthrite blennorragique surviendrait dans 3/100 des cas de gonococcie, d’après Renault, et plus souvent chez l’homme que chez la femme.
Elle est toujours une complication secondaire d’une première localisation, génitale chez l’adulte, oculaire chez le nourrisson... Ce foyer initial est loin d’ailleurs de présenter toujours la même évidence clinique.
Si l’arthrite se déclare en principe à la troisième semaine de l’infection, elle survient bien souvent, surtout chez la femme, dans les blennorragies chroniques, parfois même passées inaperçues ou oubliées.
L’infection gonococcique peut évoluer très longtemps à feu couvert dans les glandes de Bartholin, l’utérus, et les trompes chez la femme ; dans la prostate et surtout les vésicules séminales (Fuller) chez l'homme.
Parmi les causes adjuvantes il faut retenir le froid, l'humidité, le surmenage, l’affinité particulière de certaines espèces de gonocoques arthrophiles, la prédisposition de certains sujets, et surtout le traumastisme. (Mondor.)
PATHOGENIE
L’arthrite blennorragique est due à la localisation du gonocoque sur les articulations, où Petrone l’a mis
en évidence le premier (1883).
On a pu surprendre toutes les étapes de son voyage :
— au départ, dans la lumière dés veines urétrales et vésicales.
— en cours de route dans le sang : ce passage dans le sang est fugace et le gonocoque y est très difficile à mettre en évidence.
— à destination, dans l’articulation.
Anatomie pathologique. — L’atteinte est polyarticulaire deux fois sur trois. Le genou est touché une fois sur deux.
Les lésions peuvent frapper les différentes parties de l’articulation.
1) Les lésions synoviales sont constantes :
— tantôt simple hyperémie ;
— tantôt œdème et congestion intense avec esudation fibrineuse ;
— tantôt la synoviale est méconnaissable, fongueuse, cloisonnée en loges pleines de liquide purulent.
Le liquide est plus ou moins abondant, quelquefois citrin, parfois purulent (85 % des cas, d’après Bogdanow). ;
2) Les lésions du cartilage ont, d’après Walther, un gros intérêt.
Elles sont tantôt légères : simple dépoli,
— tantôt plus sérieuses : ulcérations en coup d’ongle,
— tantôt profondes : perforation, décollement, disparition complète.