‹ La physique en actionChapitre 29 sur 93 · CHAPITRE XI?. t&S · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI?. t&S

le nuage orageux par le fluide que lance sa pointe; mais cette fonction est secondaire, souvent elle n'est pas remplie, toujours elle l'est imparfaitement, et le paratonnerre a rempli son principal office lorsqu'il a reçu sur son extrëmité supérieure le coup de foudre destiné au bâtiment, et devenu inoffensif grâce au conducteur qui le protège. Or, le rôle du paragrêle serait exclusivement de décharger par sa pointe le nuage orageux , et il serait tout à fait inefficace et inutile s'il ne remplissait pas cette condition; car ce n'est que par ce moyen qu'il pourrait empêcher la formation de la grêle. Eh bien! ce qu'un paratonnerre, c'est-à-dire un parfait conducteur, ne réalise qu'imparfaitement, peut-on supposer qu'un paragrêle, c'est-à-dire un conducteur beaucoup moins parfait, 'le réalisera d'une manière complète, comme il doit le faire, à peine d'inutilité?

Mais admettons, pour un moment, l'efficacité du paragrêle ; supposons qu'en effet il puisse soutirer, à la manière d'un paratonnerre, l'électricité des nuages où la grêle se forme. Eh bien! après quelque temps d'action, les nuages seraient déchargés, mais la grêle existerait déjà, et le paragrêle n'aurait fait autre chose que hâter sa chute; à moins de supposer que les paragrêles s'opposeraient partout et toujours même à la formation des nuages orageux. Il arriverait même par ce moyen que ce seraient précisément les champs paragrêles sur qui la grêle tomberait , tandis que,

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sans leur action , les nuages porteurs de la gvè\e auraient pa être entraînés pins loin.

Si, rapproches comme ils doivent l'être sur nos édifices, les paratonnerres ont pour effet de les préserver du choc de la foudre, mais non de décharger les nuages au point d'empêcher toute fti]mination , il est évident que, pour opérer cette décharge, les paragréles, conducteurs si incomparablement moins parfaits, devraient être incpnlparabiement plus rapprochés et plus multipliég que les paratonnerres dans un même espace. Or, comme ce ne seraient pas quelques points déterminés qu'il s'agirait de mettre à l'abri, mais des champs, mais des plaines, sur toute l'étendue d'un territoire, il est manifeste que les paragréles devraient couvrir ces vastes surfaces à des intervalles qu'on pourrait comparer à ceux qui séparant les échalas de nos treillages, ou tout au moins les pieds de vigne sur nos coteaux. Or, qui ne voit qu'indépendamment d'autres objections et d'epabgri:as infinis, il en résulterait des fi^is qui dépasseraient énormément les pertes éventuelles quç pourrait faire subir la grêle?

pi tout ceci suppose que ce météore est un produit électrique; conformément à la théorie de yplta. Mais cette théorie n'est rien moins que certaine ; mais on a vu de près la grêle se former entre deux nuages, et les grêlons, au lieu daller 4e l'un à l'autre, selon la théorie de Volta, çtre emportés d'un mouvement horizontal avec une très-grande vitesse; on n'avait même pas de preuve

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que les nuages fussent ëlectrisés; et dans le cas présumé où tel eût été Fétat du nuage supérieur^ rien ne prouve que son électricité eût concouru à la formation de la grêle.

En résumé, les paragréles ne sauraient donc avoir l'efficacité qu'on leur suppose; et celte efficacité fut-elle réelle dans U mesure que leur médiocre conducibjlité permet de leur accorder, ils ne pourraient être utiles que dans des conditions d'établissevpent trop dispendieuses pour le^ services qu'ils seraient dans le cas de rendre.

371. Nous ne saurions terminer ce chapitre sourc« sans dire quelques mots sur )'afmosp]ière d'élec- l'électricité tricité dans laquelle nous vivons. «que.

L'air est toujours dans un état électrique plus ou moins prononcé. A quelques mètres du sol, et par un temps serein, on lui trouve toujours l'électricité positive; par un temps pluvieux, l'état électrique est variable. C'est ce qu'on reconnaît au moyen de l'éleclroscope à paiHes et à pointe : quand on le transporte de bas en haut, on voit les pailles diverger. £n lançant avec force une flèche qui se rattache par un )ong cordon conducteur à l'électroscope , on reiparque la divergence des pailles ; cette divergence croit à mesure que la flèche s'élève, et l'on recopnait aisément la nature de l'électricité des coiiches que la flèche traverse: l'air est donc habituellement à l'état positif. La tension diminue à mesure qu'on se rapproche du sol ; la terre est dans l'état négatif , et dans 1^ voisinage du sol, i| y a une sorte de zpne neutre.

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Quelles sont les sources de rélectrîcité atmosphérique? Il n'y a pas besoin d'en chercher d'autres que le dégagement continuel d'électricité qui se fait à la surface de la terre et dans l'air. On sait que toutes les actions chimiques dégagent de l'électricité; or, parmi ces actions, il en est deux qui se produisent, dans la nature, d'ime manière incessante et sur une grande échelle; savoir, la végétation et l'évaporation. Cette dernière ne donne pas d'électricité, quand il s'agit d'eau pure; mais il n'en est aucune à la surface de la terre qui ne contienne en dissolution quelques sels; or, la séparation de l'eau et des sels produit l'effet inverse de celui qu'a produit leur combinaison , et il y a de l'électricité dégagée. L'air est donc dans un état électrique permanent, et quand les couches s'abaissent et se condensent près de la surface de la terre , l'organisme animal en est affecté. Il y a alors production plus abondante de transpiration , et une oppression particulière qui se dissipe avec l'orage.

Comment s'électrisent les nuages qui lancent la foudre? On conçoit fort bien que ces amas de vapeurs vésiculaires absorbent l'électricité abondante répandue dans l'atmosphère; maison ne se rend pas bien raison des causes qui peuvent constituer deux nuages dans des états électriques opposés, ou en laisser quelques-uns à l'état naturel, tandis que les autres s'électrisent. Ce dernier cas suffit pour rendre raison de la fulmination entre deux nuages; seulement, après l'étin-

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celle, Tun des deux reste charge; tandis que, dans le premier cas, les deux nuages peuvent rentrer à rétat naturel.

Le choc de la foudre sur des objets terrestres prouve que bien souvent l'orage s'exerce dans des régions peu élevées; et Ton ne trouve phis invraisemblable, que des voyageurs gravissant des montagnes, même médiocrement élevées, aient vu l'orage se déchaîner sous leurs pieds et leur cacher la terre, tandis qu'au-dessus de leurs têtes le soleil brillait au milieu d'un ciel serein. Or, non-seulement on a pu dominer ainsi le foyer d'où partait la foudre, mais il est arrivé plusieurs fois que des voyageurs ont traversé des nuages orageux pendant qu'ils lançaient la foudre et le tonnerre, sans éprouver d'autres effets que ceux qu'on éprouve sur le tabouret isolant, quand oh tient le conducteur. L'Annuaire en cite plusieurs exemples qui ne laissent pas de doute sur cette possibilité de traverser impunément les orages.

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