DE LA PHOTOGRAPHIE
^^wd^' 560. La lumière exerce une action chimique lanière, suf beaucoup de substances qu'elle combine ou décompose; et tout le monde connaît particulièrement celle qu'elle exerce sur les couleurs. Beaucoup de teintures sur étoffe subissent des altérations considérables par l'effet d!une lumière vive; et c'est à l'influence de la lumière que les végétaux doivent leur coloration verte : tenues dans Tobscurilé, ces parties s'étiolent et blanchissent. Mais l'influence de la lumière se fait sentir jusque sur les substances inorganiques : exposés au jour^ les sels d'argent, et surtout le chlorure de ce métal, passent en peu de temps du blanc au brun foncé, tandis qu'ils conservent leur blancheur s'ils sont tenus dans l'ombre. Cette action n'est pas égale de la part des diverses couleurs. Si l'on fait tomber le spectre sur un papier imprégné de chlorure d'argent, on remarque que c'est sur les parties bleues et violettes que le papier noircit d'abord; on remarque aussi que cette coloration se produit même en dehors du spectre et au delà du violet, quoiqu'il n'y ait aucune autre lumière :
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ce qui a conduit la plupart des physiciens à admettre des rayons chimiques invisibles.
On peut obtenir fort simplement des silhouettes Pap»*» mnoires ou blanches par l'action de la lumière, en ^SiT appliquant sur une feuille de papier imprégnée de chlorure d'argent des découpures qui cachent telle ou telle partie du papier et préservent cellelà de l'action de la lumière; mais un tel procédé n'aurait aucun objet utile. On prépare des papiers qui, placés dans la chambre noire, reçoivent et fixent les images des objets qui s'y peignent; il existe pour cela plusieurs procédés. On prend, par exemple, du papier non collé qu'on trempe dans l'éther chlorhydrique d'une préparation déjà ancienne; quand il est bien sec, on plonge ce papier dans une solution neutre de nitrate d'argent; on fait sécher à l'obscurité et sans feu, puis on garde ce papier dans un livre pour le mettre à l'abri delà lumière, jusqu'à ce qu'on en fasse l'emploi au foyer de la chambre obscure. On prépare un autre papier très-sensible en le trempant alternativement et à plusieurs reprises dans des solutions faibles de sel marin et de nitrate d'argent, et le faisant sécher, même au feu , après chaque immersion. Ces papiers impressionnables reçoivent des images détaillées et assez nettes, parce que les différents points des objets envoient de la lumière à différents degrés d'intensité, ce oui altère inégalement la blancheur des différents points de la couche impressionnable. Mais ces papiers ont l'inconvénient radical de représenter les clairs
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par des noirs et les noirs par des clairs; ce qui fait une image à contre-sens. MM. Niepce et Daguerre ont trouvé dans la solution alcoolique du résidu de l'huile de lavande un instrument plus docile: le produit de son évaporation sur une lame de verre est une couche blanche très-mince, susceptible de prendre en quelques heures des images au foyer de la chambre noire. Ces images, très-faibles, sont avivées par la vapeur de l'huile de pétrole qui, pénétrant diversement les points qui ont subi à divers degrés l'action delà lumière, leur donne des teintes inégales, de telle sorte que le$ points les plus éclairés des objets conservent dans l'image la teinte la plus claire. Ici il n'y a plus contre-sens, et la photographie est créée ; mais les images sont encore loin de présenter un aspect satisfaisant. Arrivons au procédé spécial de M. Daguerre.
Plaque» mé- 561. Une feuiUc de cuivre plaquée d'argent sur iodl^? une très-petite épaisseur, et parfaitement décapée, polie, essuyée, est exposée pendant ulicertain temps à l'évaporation de l'iode qui y dépose unecoiiche jaune-dorée, d'une minceur extrême. Dans cet état, la plaque est mise au foyer d'une chambre noire, qu'on expose à l'objet dont on veut avoir l'image. Au bout d'un certain temps (qui varie de To minutes à une demi-heure), on retire la plaque que la lumière a influencée, mais d'une façon qui n'est pas d'abord sensible à l'œil. Alors on l'exposç à la vapeur du mercure sous une inclinaison de 45"* dans une boite à jour qui permet
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de suivre la marche de ropëration. Sous Tinfluence de la vapeur mercurielle, le dessin se découvre et se manifeste peu à peu. Selon que la lumière a modifié plus ou liioins profondément la couche d'iode, le mercure pénètre plus ou moins profondément et se condense en gouttelettes plus ou moins serrées qui réfléchissent diversement la lumière; là où elle n'a point agi l'argent reste défendu sous la couche d'iode ou d'iodure qui s'est formée dans toute l'étendue de la plaque. La Action d« vapeur mercurielle est déterminée par une élévation de température qui ne dépasse pas yS"*; la petite lampe qui le chauffait étant retirée, le mercure se refroidit ; lorsqu'il atteint 4^^ on recouvre l'appareil, et l'image est bien formée ; mais il faut laver la planche dans une solution de sel marin ou d'hyposulfite de soude qui enlèvent tout ce qui restait d'iode ou d'iodure d'argent : cette couche voilait l'image , et après son enlèvement la plaque n'est plus impressionnable à la lumière; il ne reste plus que de l'argent et du mercure plus ou moins amalgamés. Le mercure forme les clairs par un pointillé mat; les ombres sont données par la surface polie de l'argent là où elle est à découvert; car en se plaçant dans un jour convenable, on ne reçoit pas la lumière que l'argent réfléchit spéculairement dans une direction déterminée par l'incidence, et du côté de laquelle on évite de se placer, tandis que les gouttelettes d'amalgame doBnent une réflexion irr^ulière mais dans tous les sens. La dégradation des teintes plus eu moins
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foncée suit celle des degrés plus ou moins complets de lamalgame. En se plaçant à contre-jour, la surface polie de l'argent parait en clair, comme on sait, et l'image n'est plus visible; ce qui confirme l'explication ci-dessus.
Les images obtenues par ce moyen sont encore, il est vrai, dépourvues de coloration, mais au moins les clairs sont-ils représentés par des clairs, et les ombres par des ombres, selon les proportions de la nature. Les objets n'ont pas de détails, les détails pas de finesse que l'image daguerrienne ne rende de la façon la plus complète et la plus précise: la loupe y fait reconnaître des traits que leur délicatesse ou leur exiguïté à distance ne permettent souvent pas d'apercevoir à l'œil nu. La plaque photographique est une rétine artificielle qui le cède à l'œil humain par l'absence de coloration, mais qui l'emporte sur elle par la fixité des images, et d'après les procédés actuels, rivalise avec elle par la rapidité de leur formation. Perfectionne- 562. C'cst daus cct état quc la photographie sortit des mains de son inventeur, M. Daguerre; mais depuis la première révélation de ce bel art, il a reçu une telle foule de perfectionnements, qu'il reste peu de chose du procédé primitif. Ainsi la longueur du temps nécessaire pour former l'image, ne permettait de recueillir que celles fournies par la nature morte; l'immobilité seule se prétait à la représentation photographique; mais le portrait, mais le mouvement de nos cités, et l'agitation du feuillage, et la poussière tourbillon-
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nant dans nos plaines, et le ciel lui-même, qui, sous le mobile caprice des nuages, changea chaque instant d'aspect , en un mot tout ce qui offre la variété et la vie semblait inabordable à ce pinceau éthéré ; car le moindre mouvement faisait tache sur le tableau : aujourd'hui l'image se forme avec la rapidité du coup d'œil, et l'éclair lui-même s'y peindrait peut-être avec netteté. Mais suivons par ordre la série des perfectionnements.