Décembre 1871, pages 7()8 et
yivaBts, Bst définitivement comblé,» en serta qne les seiêû^es physiques et les sciences naturelles, distinguées jusqu'ici, ne forment plus maintenant < qu'uneseule science.» Pour réduire à une science unique la biologie et la physique, il faudrait démontrer que les êtres vivants sont produits par la simple combinaison des corps simples. Or, M. Martens re-* connah qu'on « ignore encore s'il en est ainsi, » c'est-à-dire qu'il déclare qu^on ne sait pas ce que son affirmation suppose qu'on sait. Pour que l'abime fût comblé, il faudrait nécessai-rement, ou nier la loi d'inertie dans son application à la physique, ou proclamer que l'inertie est la loi des êtres vi^ vants. n est loisible à un philosophe d'énoncer l'opinion que la science parviendra un jour à ce résultat ; mais donner ce résultat pour acquis, dans l'état actuel des connaissaïu^es expérimentales, c'est méconnaître les exigences d'une mé«tbode vraiment scientifique. On doit maintenir, jusqu'à nouvel ordre, que l'inertie de la matière, opposée à la spontanéité des êtres vivants, établit entre les sciences physiques et les sciences naturelles une limite que ceux mêmes qui ne la croient pas infranchissable doivent reconnaître infrancbie.
La physique, comme toute autre science de faits, se compose d'hypothèses, qui deviennent des lois plus ou moins certaines, selon le degré de leur confirmation expérimentale (1). La physique moderne, considérée dans son ensemble, est une grandehypothèseen voie de confirmation. L'explication des phénomènes de la chaleur et de la lumière par les ondulations de l'éther semble établie sur des bases solides ; l'existence de l'éther est une supposition rendue très probable par les expli-
1. Voir pour la démonstration de cette,' théorie de la méthode la Logique de Vhypothèee, 1. vol. in-8». Paris, 1880.
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cations qu'elle fonniit. Les rapports qui unissent les agents' considérés jadis comme distincts et désignés sous les titres de lumière^ calorique, électricité, magnétisme, sont des faits bien constatés. L'équivalence du travail mécanique et de la chaleur a été établie par de nombreuses expériences ; mais l'équivalence générale de tous les phénomènes physiques est une thèse dont la démonstration expérimentale est loin d'être complète. Si l'on considère l'action du soleil sur les plantes, aucune expérience ne permet de déterminer encore le rapport exact de la force des rayons et des phénomènes végétaux qui doivent en offrir l'équivalence (1). Il résulte de ces faits et d'autres analogues que la conservation totale de l'énergie dans l'univers n'est pas encore expérimentalement démontrée, et l'on peut dire que, par la nature du cas, la démonstration complète fera toujours défaut. On peut demander, par exemple, ce qu'il advient de la chaleur rayonnée par le soleil. Elle est partiellement envoyée aux planètes et aux antres astres, et l'on cherche son équivalent terrestre dans des phénomènes physiologiques qui tombent dans le champ de nos observations. On affirme, par exemple, sans pouvoir encore le préciser, comme il vient d'être dit, que la force du soleil est employée à la croissance du bois, emmagasinée dans le tronc et les rameauj^ d'un arbre, et qu'elle se retrouve toute entière, sous forme de lumière et de chaleur, lorsque l'arbre est consumé. Mais que devient la partie considérable de la chaleur et de la lumière du soleil qui rayonne librement dans l'espace ? Trouve-t-elle quelque part une surface qui la réfléchisse ou bien accomplit-elle un voyage sans fin dans l'étendue illimitée? (2) Les esprits les plus aventureux n'oseraient répondre, et la réponse serait nécessaire cependant à une confirmation expérimentale complète de la théorie de la conservation de l'énergie.
i. Helmholtz — Mémoire sur la conservation de la force, page 47. 2. n)id., page 38.
L'inertie, enfin, cette base générale de toutes les explications physiques, est une hypothèse très confirmée, mais une hypothèse. En effet, l'inertie n'est pas une simple induction, l'expression d'un fait généralisé. La durée d'un mouvement augmente dans la proportion où le frottement et les autres résistances passives qui peuvent l'arrêter diminuent. C'est là une observation certaine ; mais elle ne conduit pas nécessairement à l'idée du mouvement indéfini. On rendrait fort bien compte du fait en admettant que les corps ont une tendance naturelle au repos, tendance dont la pesanteur et les frottements accroissent l'effet. Aucune expérience possible ne peut, comme il a été dit, montrer la continuation indéfinie d'un mouvement qu'aucune cause étrangère ne vient modifier. Ce n'est pas non plus l'observation du mouvement permanent désastres qui a conduit à formuler la loi d'inertie. On a enseigné dans les écoles du moyen âge que les mouvements célestes sont circulaires et permanents par opposition aux mouvements terrestres, qui sont rectilignes et s'arrêtent. Cette manière de concevoir les phénomènes était le résultat d'une induction assez naturelle. La loi de l'inertie, qui n'a pas été établie par induction, n'est pas non plus une déduction a pnori semblable à celles des mathématiques. Les savants qui ont formulé cette loi pour la première fois l'ont bien établie en partant de certains principes généraux ; mais ce5 principes n^ont pas une évidence rationnelle immédiate, en sorte que considérer l'inertie comme une déduction ne serait que reculer d'un degré son caractère hypothétique. Cette loi n'est donc ni une induction exprimant un fait d'expérience généralisé, ni une déduction de principes rationnels évidents ; elle n'est certainement pas un axiome ; elle ne peut donc être qu'une hypothèse. La loi d'inertie, dit Laplace, soit dans sa Mécaniqm céleste, soit dans son Exposition du sys-tème du monde, est, « la plus naturelle et la plus simple que
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ron pttissîB imâSfiner. » Laplacc reconnaît ici le rrai caractère de la loi ; elle a été t imaginée » ; c'est une supposition de Tesprit ponr expliquer les faits. Elle est simple sans doute comme moyen d'explication ; mais elle est loin d'être simple dans le sens d'une conception naturelle, qui résulte de la pure application du sens commun à l'étude des phénomènes. Elle a bien ce caractère dans sa première partie ; tout le monde admet sans peine qu'un corps en repos ne se met pas de lui-même en mouTement. Mais cette partie de la loi qai est naturelle estprécisément celle qui est de nul emploi dans la réalité, puisque aucun corps n'est à l'état de repos absolu. La seconde partie de la loi, la prolongation indéfinie du mouvement, est une supposition qui n'est pas naturelle, qui est au contraire très*hardie et fort éloignée des apparences. La loi d'inertie est donc une hypothèse; mais c'est là plus confirmée de toutes les hypothèses de la physique, parce que, comme elle forme la base de toute la science, il n'est aucun progrès de la science qui ne soit une confirmation de la doctrine qui lui sert de fondement.
Reconnaître le vrai caractère logique de la physique moderne, c'est éviter deux erreurs, l'une dans le domaine de la philosophie ou de la science générale, l'autre dans le domaine de la physique même.
L'erreur philosophique consiste à considérer les lois qui rendent compte de l'expérience, avec des degrés divers de probabilit4, comme étant des lois absolues exprimant la nature étemelle et nécessaire des choses. Cette erreur était naturelle à l'époque où l'on croyait pouvoir construire la science a priori, par la seule étude des idées de la raison; il est surprenant de la voir se produire dans les écrits d'auteurs qui font profession d'appartenir à l'école expérimentale. Elle est si grave qu'il importe de signaler une de ses sources dans certaines impropriétés de langage auxquelles on ne fait pas
GARÂCTSRE LOGIQUE. W
assez attention. J'entrerai à cet égard dans quelques détails.
M. Helmboltz dit, dans l'introduction de son Mitmom mr la conservation de la -force (1) :
« Le but final des sciences théoriques est de trouver les « causes constantes des phénomènes. II ne s'agit pas ici de « décider si réellement tous les faits peuvent se ramenedr à de
< telles causes, c'est-à-dire si la nature est toujours iatelli- « gible, ou bien si la nature présente des variations qui, se
< dérobant à la loi d'une causalité nécessaire, appartiennent « au domaine de la spontanéité, de la liberté. Mais, on peut « l'affirmer, la science qui a pour but de cooicevoir la nature, « doit admettre la possibilité de cette conception; et eHe
< doit, en suite de son hypothèse, poursuivre son œuvre, ne « fut-ce que pour acquérir la certitude irrécusable que nos « connaissances sont limitées. »
Voilà l'expression légitime de la nature des théories. Ce sont des hypothèses que l'on doit suivre dans toutes leurs conséquences, mais avec la résolation arrêtée de respecter les faits que ces conséquences contrediraient. Leméme auteQT dit dans son Exposé de la transformation des forces naUkr rehes (2) :
< En observant toutes les actions connues, tant physiqim « que chimiques, on voit que l'univws possède une provir c sion de force disponible qui ne peut ni croître ni décroître,
< La quantité de force capable d'agir, qui exiiSte dans la nsh- € ture inorganique, est éternelle et invariable. »
Ici les expressions deviennent équivoques. L'affir&iati(m çpie la quantité de force ne peut ni croître ni décroître est exacte comme expression des faits, en tant qu'elle si^tSa que l'homme ne peut pas par un mécanisme qiielco&cpe créer une quantité de force qui n'existe pas; ntals si Tpn
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