‹ La physique moderne: études historiques et philosophiquesChapitre 4 sur 108 · PREMIÈRE ETUDE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE ETUDE

Le mot physique a reçu dans le cours des temps des significations diyerses. Les anciens Grecs ont quelquefois désigné par ce terme tonte la science des réalités, par opposition à l'étude des idées abstraites. Us classaient alors l'ensemble des recherches de l'esprit humain sous trois chefs : la logique ou la science des lois de la pensée ; la morale ou la science des règles de l'action ; la physique ou la science des êtres. Cette dernière science avait donc pour objet, non-seulement la matière, mais les êtres vivants, les esprits et le principe du monde; elle renfermait notre histoire naturelle, notre psychologie et notre théologie. De nos jours, le mot physique a désigné une étude spéciale^ « celle des propriétés générales des corps fit des phénomènes qui n'entraînent pas de changements permanents dans leur composition intime » , l'étude de ces changements étant renvoyée à la chimie. C'est la définition

i. Une première rédaction de cette étude a été publiée dans la Biblio-. thèque universelle {JmileX et Août 1872). M. De la Rive, qui du reste avait bien vouln prendre connaissance des parties les plus importantes dn manuscrit, a approuvé ce travail. Sa mort, survenue le 27 novembre 1873, ne m'a pas permis d'avoir son opinion sur la manière dont les études suivantes, qui ont été publiées aabord dans la Revue philotofkique, la Revue scientifique et la Bibliothèque universelle, exposent des idées qui avaient fait souvent le sujet de nos entretiens.

donnée par M. Lamé dans son enseignement à l'École polytechnique. Dans la langue actuelle de la science, le mot physique tend à prendre une signification plus étendue. M. Robert Mayer s'en est servi pour désigner c la science entière de la matière inerte (1) » . Le mot a le même sens dans les sciences physiques de la classification d'Ampère, dans le titre des Archives des sciences physiques et naturelles, jointes à la Bibliothèque universelle, et dans le titre de l'ouvrage consacré par M. Emile Saigey à la théorie de l'unité des phénomènes naturels (2). Ainsi conçue, la physique commence à l'apparition de la matière, ce qui la sépare des sciences purement abstraites : la logique et les mathématiques ; elle s'arrête à l'apparition de la vie, ce qui la distingue de la botanique et de la zoologie, deux sciences réunies maintenant, par un néologisme lieureux, sous le titre Ae biologie. Elle renferme donc la mécanique, y compris la mécanique céleste, la chimie, la minéralogie, la physique au sens étroit du terme, la météorologie, -et la partie de la géologie <}ui peut se passer de la con-

sidéra tion des êtres vivants. Elle est une science auxiliaire pour la biologie, de même que les mathématiques sont une science auxiliaire à son égard. Toutes les sciences qui viennent d'être énumérées forment un groupe naturel, parce qu'elles ont un objet commun : la matière inorganique, et que l'umlé des lois qui régissent les phénomènes dont elles s'occupent se manifeste toujours plus à mesure que l'étude fait des progrés. Le mot physique a dans cet écrit le seos général qui vient d'être indiqué.

L'expression de physique moderne n'est pas une désignation stérile, indiquant un état de la science aujourd'hui nouveau, et qui sera vieux demain, relativement à un autre qui deviendra vieux à son tour par rapport à celui qui lui succé-

4 Discours au Congrès des naturalistes allemands réani à Insbrack, eni8G9.

â. La Physique moderne, essai sur V unité des phénomènes naturels. Paris, Germer Baillière, 1867.

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